29.11.05

souvenir


Je me souviens de ce soir là. C'était à l'époque où je pratiquais le vol à voile. Une activité splendide soit dit entre nous et j'y consacrais l plupart de mes temps libres en y incluant bien sûr les fins de semaine

C'était lors d'une de ces fins d'après midi quand tout incite à la contemplation et au repos. Et j'ai gardé précieusement dans un coin de mon esprit la vision de ce couple là. Elle, jeune avocate, lui officier pilote de l'armée de l'air. Elle le regardant avec des yeux amoureux et lui, lui ébouriffant les cheveux d'un geste tendre.

Je sors d'un milieu défavorisé, une mère vendeuse, un père disparu depuis longtemps et un beau père, ridicule et odieux. Il faut dire que je sortais de l'adolescence, 18, 19 ans environ avec toutes les injustices et préjugés de ces âges là.

Et je contemplais ce couple avec envie, nostalgie, tristesse aussi car à deux pas de moi mais aussi loin qu'une lointaine étoile, j'avais l'aisance, la classe, l'éducation. Toutes choses qui m'étaient sans nul doute interdites.

Quand ils allaient repartir, ils rejoindraient une habitation grande et élégante (au moins l'imaginais ainsi car notre proximité n'a pas été jusqu'à m'inviter chez eux) et moi j'irais dans une rue sombre de la vieille ville, monter un escalier pentu et puant pour retrouver les quelques m² où s'entassait la famille. Une belle voiture les attendait et j'allais quant à moi enfourcher mon vieux vélo et pédaler tout au long des seize kilomètres qui me séparait de la ville

On garde probablement chacun en un coin de sa mémoire des images comme celle là, sans que l'on sache exactement pourquoi. Grand mystère de la sélectivité de la mémoire. Aujourd'hui et bien des années après cette brève rencontre, ce ne sont plus que deux ombres bien rangées dans l'une des circonvolutions de mon cerveau.

Je ne sais plus leur nom, je crois bien d'ailleurs que je ne l'ai jamais su. Sont ils encore vivants; elle et lui? Il faut dire que cette scène se passait en 1957. Se sont-ils aimés longtemps, ont ils eu des enfants? Ou alors le temps assassin qui se plait à détruire et casser a t-il condamné l'un des deux à souffrir maintenant encore d'un mal inguérissable.

Oh! Être encore ce jeune homme de 18 ans, pouvoir faire que le temps suspende son vol, que le regard amoureux d'une jeune femme s'attarde encore et toujours sur le visage de son compagnon et que celui-ci doucement lui caresse ses cheveux, tout dans la douceur d'une fin de journée dans la lumière innocente d'un été finissant.

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