30.12.06

Bergeronnette, mon amie...




C’est la plus assidue, la plus fidèle aussi. Je voix bien de temps à autre une bande de moineaux voyous qui se chamaillent et se querellent autour de quelques brins de nourriture et qui doivent écumer l’une après l’autre les maisons environnantes et aussi le couple de merles, la merlette avec une robe plus claire que celle de son digne époux et qui ont élu domicile dans la haie qui borde la route qui va vers l’école.
Mais la plus fidèle disais-je c’est la bergeronnette. Elle a réduit progressivement la distance de garde qui toujours sépare un animal sauvage de l’homme, elle s’envole maintenant à mon approche au tout dernier moment et se perche sur le muret de la cour d’où elle peut m’observer tout à loisir
C’est la plus assidue parmi tous ces oiseaux qui sont là à demeure dans ce pays d’Arcoat et elle lui arrive parfois d’effectuer un drôle de ballet sur ses pattes grêles tout en ébouriffant ses plumes quand les miettes tant attendues tardent à arriver. Une danse de séduction probablement tendant à dire: Regarde comme je suis belle et comme je sait faire des tas de trucs sympas. Tu ne vas quand même pas laisser mourir de faim un pareil phénomène !
Bien sur que ses efforts et son attente sont promptement récompensés
Récemment, que lui a-t-il pris? Elle est entrée dans la maison, affolée elle a décrit plusieurs cercles, incapable de retrouver le chemin de sortie. Je ne suis pas intervenu et j’ai attendu qu’elle se calme. Finalement, elle s’est posée et s’est recroquevillée dans le coin d’une fenêtre.
C’est là que j’ai pu la prendre délicatement dans la main en m’abstenant de tout geste brusque. Elle s’est abandonnée à son sort et quand ma main s’est refermée sur elle la maintenant au creux de ma paume, nos regards se sont croisés et j’ai pu percevoir du bout de mon index les battements de cœur minuscule battant à grande vitesse.
Dés que j’ai franchi le seuil, j’ai ouvert grand la main et, immédiatement, elle a pris son envol avec un long cri aigu : Remerciement, soulagement, que m’a dit ma petite bergeronnette ? Allez savoir mais l’aventure ne la, semble t’il, pas trop traumatisée car elle est toujours là attendant son repas et les miettes qu’on lui répand.
Toutefois, je crois bien qu’elle ne s’approche plus si près de la porte d’entrée afin probablement de n’être pas aspirée dans ces pièges à bergeronnette que constituent les maisons des hommes, chacun sait bien cela.
Et pendant ces brèves secondes où j’ai tenu dans ma main ce petit corps tiède et doux, j’ai été submergé non pas par un sentiment de toute puissance devant ces quelques grammes de vie palpitante mais par un sentiment de communion.
Nous partageons, bergeronnette et moi la même terre, nous sommes elle et moi fait de la même poussière d’étoiles et pendant quelques fractions de temps, elle la minuscule et moi le grand nous nous sommes retrouvé sur un pied d’égalité, voisins de palier en quelque sorte et parties essentielles du même grand tout, elle et moi, ni plus ni moins.

Claude

28.12.06

Le flocon de neige

Et dire qu'avec cette température qui ne cesse de monter, ce spectacle que j'ai observé voici longtemps et que je me plais à relater vu dans ces quelques lignes qui suivent ne sera plus qu'à observer seulement au cinéma ou dans un quelconque postcast.
Pauvre de nous quand même...

LE FLOCON DE NEIGE

Un flocon de neige
Doucement s‘est posé
Sur tes cheveux cendrés
Un flocon de neige
Tout blanc et innocent
Comme une simple caresse
Comme un présent
Que le temps nous laisse
Et vient glisser sur ta peau
Pour se changer en eau
Tout plein d'allégresse
Un petit flocon de neige
A la beauté éphémère
De toute fin dernière
Un tendre privilège
Que se permet le ciel
En laissant un arc en ciel
Entre une oreille ocrée
Et une bouche fermée
Un flocon de neige
Enfermé dans l’écrin
De lumière d’un matin
Un matin calme et serein
Où un flocon de neige
Avait choisi de goûter
A ta saveur nacrée
Avant que beaucoup
De ses frères
Au coup par coup
Viennent couvrir la terre
Comme il m’est arrivé
De couvrir ton corps blanc
De tendres baisers
Comme un chaud vêtement
Un flocon de neige
Comme un doux privilège
Doucement s‘était posé
Sur tes cheveux cendrés

Claude

19.12.06

Magie de Noël (suite)

J’en reviens à Noël et à toute sa magie

A l’occasion de cette grande fête, j’ai donné de l’argent à ma concierge,
J’ai invité hier l’un de mes fils au restaurant pour fêter un peu à l’avance cet important événement
Puis je lui ai remis une enveloppe avec de l’argent pour son fils qui est mon petit fils d’ailleurs par la même occasion (la nature fait bien les choses…)
Puis j’ai continué cette folie distributrice en donnant de l’argent à un pompier en uniforme qui se tenait au garde à vous devant l’entrée de mon immeuble avec une main qui me tendait un splendide calendrier plein d’arrière-trains de pompiers
Et enfin, j'ai vidé mes poches des pièces de monnaie qui les encombraient en les confiant à une jeune personne à genoux au carrefour proche de mon domicile...

Et j’ai descendu alors le boulevard en chantant cette petite chanson:

Un siphon, phon, phon
Les petites marionnettes
Ainsi font font font
Un petit tour
Et l’air d’un con…

Claude

PS ; Rien n’est perdu puisqu’on recommence la semaine d’après pour la nouvelle année. La vie est belle, youpeee !!!

18.12.06

Astre noir

Elle prenait bien la lumière.
J’ai employé cette expression récemment et j’aime bien ces quelques mots qui me sont venus spontanément à l’esprit
C’est vrai que je n’ai jamais bien compris comment elle faisait pour attirer et capter si bien le moindre point lumineux pour se l’accrocher à elle
Je regarde parfois mais de moins en moins souvent ces quelques photographies que je possède encore d’elle, des photos en noir et blanc et à ce moment je ne regrette en rien la couleur dont on dit pourtant qu’elle est la marque même de la vie mais dont elle n’avait nul besoin pour se composer toute une symphonie en gris dans toutes ses nuances et qu’elle jouait pour moi seul
Je n’ai jamais compris comment elle savait attirer comme un aimant tous ces photons en balade autour d’elle et les restituer aussitôt sous forme de vibrations comme celles qui agitent la flèche en atteignant sa cible
Je n’ai jamais compris comment elle se débrouillait à répartir ainsi ces contrastes entre larme et sourire, entre fossette de la joue et pli de la bouche, je n’ai rien compris à ses sortilèges qui lui faisaient un visage si resplendissant
Elle savait capter toute la lumière environnante qui, en longues écharpes d’ondes vibrantes, l’entourait mais, généreuse, elle savait la redonner et, du bout de mes doigts, je sens encore vibrer, venus d’un lointain passé, toute ces pulsations qui remontent maintenant le long de mes bras encore vivants

Et je contemple ces quelques centimètres carrés de reflets argentiques en me berçant de l’illusion qu’un astre mort peut encore s’émouvoir au souvenir d’un lumignon éteint

Claude

16.12.06

Joyeux Noël


JOYEUX NOEL

Un père Noël,
Un putain
De père Noël
Tout
Debout
Au coin
Du boulevard
Et d’une de ses ruelles
Bavard
Rigolard
Un père noël
De cauchemar
Arsouille
Casse couille
Et tout plein
De mauvais vin
Un grimace
Dégueulasse
Sur fond
De teint
Assassin
Dressé
Comme une pustule
Ridicule
Face aux passants harassés
Avec une voix de fausset
Comme un roi
Des cons
Sans ses rennes
Comme une reine
Des bas fonds
A la ride obscène
Un putain
De père Noël
Plein de mauvais vin
Et de regrets éternels
Un père Noël
À l’image
De ces perpétuels
Naufrages
De ces vies pathétiques
Aux sursauts arythmiques

Claude

13.12.06

Carrefour parisien

J’aime mon carrefour parisien. J’habite à deux pas du croisement boulevard Diderot, rue de Reuilly dans le 12ème. Lorsque je sors de l’immeuble où je vis, je me sens chez moi dans ces quelques centaines de mètres où on trouve tout ce dont on a besoin pour vivre

Le 16ème par exemple me semble un territoire aussi exotique qu’un pays lointain, un lieu où je me sens étranger et il m’arrive presque de m’étonner d’y trouver des autochtones y pratiquant une langue tout compte fait pas si différente que celle que l’on entend entre Nation et gare de Lyon.
D’ailleurs pour me faire aller dans un endroit aussi éloigné que cet arrondissement là, il me faut un motif extrêmement sérieux et, dès que je peux, je rejoins avec soulagement ces rues qui font partie de mon univers familier dont je connais les moindres recoins et où je sais que je pourrai toujours m’arrêter chez le traiteur qui est du Quercy , qui me parle de son village natal mais qui est pris de tournis quand il s’évade l’été pendant un mois ou le marchand de fruits et légumes avec qui je me plais à échanger quelques potins sur le quartier et ces drôles d’indigènes qui le peuplent
C’est vrai que Paris, cette grande cité qui effraye tant les provinciaux, peu au fait de ses particularismes, est avant tout une succession de villages ou de petites villes qui ont su garder leur dimension humaine, et dans l’une desquelles je me sens bien entre la petite blonde boulangère qui fait de si beaux sourires et ces groupes de filles ou de garçons du lycée d'à-côté aux tenues qui parfois arrivent encore de m’étonner et qui s’en viennent à l’heure de midi se faire un petit snack au MacDo en bas de chez moi….

11.12.06

Les vieux métiers du temps jadis






Ah, ils ont bien du charme ces vieux métiers disparus surtout quand on veut bien lire entre les lignes...


LES VIEUX METIERS

Chauds les petits pains !!
Criait la boulangère
En montrant sa panière
Chaud mon petit pain !!
Clamait le jouvenceau
Mon beau p’tit pain chaud
Rond mes boulets, ronds !!
Criait le charbonnier
Un p’tit pain long
Dans son panier
Deux boulets ronds
Pour l’entourer
Une boulangère
Et son mitron
C’est ça la bonne chanson
Et les bonnes manières
Des vieux métiers de Paris
Des beaux métiers du temps jadis

Claude


9.12.06

Solidarité animale




Pas très à l'aise, miss souris, quand même!!!

7.12.06

Mon Américaine




Gardes tes souvenirs et ne les laisse pas mourir, enveloppes les de cette lumière qui inondait ce matin là le boulevard des Gobelins avant notre départ pour le sud et les collines de Toscane barrées de mauve et du bleu noir des cyprès et puis ne laisse pas disparaître l’odeur de ce fromage de Parmesan qu’un cuisinier brun et souriant éparpillait en gestes précis au dessus du Risotto brûlant.
Ne les laisse pas s’échapper ces souvenirs baignés de la lumière des jours heureux, cette lumière dans laquelle, paisibles, discouraient des vieux dans le soleil d’hiver sur la place de Monforte d'Alba et ce café, demitasse, noir comme l’enfer, bu à une terrasse d’Alba, Alba la blanche en contraste à ce café si sombre cet expresso des Italiens dont tu raffolais mais dont tu te restreignais pour épargner ton cœur et ses dérèglements soudains.
Ne les laisse pas s’évanouir ces souvenirs à portée de main, ce village de Bra qui t’avait fait sourire comme ce nom veut dire soutien-gorge en Anglais, toi qui n’en avais vraiment pas besoin et rappelles toi ce Dolcetto rouge sombre qui attendait d’être servi dans de grand verres à pieds décorés de grappes et de feuilles de vigne
Ne laisse pas non plus disparaître l’écho de ce fou rire dont tu fus soudainement prise à notre entrée en Autriche sur le chemin du retour. Tu as regardé un grand panneau placé sur notre droite, juste après les bâtiments de la douane qui, aujourd’hui, doivent être désaffectés. Un grand panneau avec en grandes lettres l’inscription « Gute Fahrt !!!!». Je n’y avais pas prêté attention mais toi, bien sûr tu avais lu « Good fart » ce qui en bon Français signifie. « Bon pet ». Et toute l’incongruité de cette remarque innocente m’a submergé et c’est à mon tour que j’ai failli m’étrangler de rire et il m’a fallu m’arrêter sur le bas côté pour ne pas risquer nos vies ou celle des autres et calmer ces contractions qui devenaient douloureuse. Nous nous sommes réciproquement séché nos larmes avec ton mouchoir
Ne les laisse pas s’évaporer ces bribes d’existence, ces parcelles d’innocent bonheur arrachées à l’éternité.
Elle fût mon Américaine l’instant d’un été perdu, elle fût l’innocence d’une jeunesse ancienne.
Elle vint des rives lointaines d’un océan pas si pacifique que ça, elle vint pour me faire aimer l’Italie et son piémont et les couleurs pastel des collines qui descendent vers la mer

Ne laisse pas mourir tous ces souvenirs, laisse les venir remplir ton verre comme le fit en son temps ce rouge Dolcetto, rouge comme le sang qui courait dans ses veines.

Souviens toi, elle fût mon Américaine en transit d’El paso, elle fût mon Américaine, si belle, pour moi qui ne suis pas beau…

Claude

6.12.06

Soldier's tales





Une courte histoire d'un autre temps, dans d'autres lieux, dans une autre vie peut-être...

VEILLEE D’ARMES

Les mains des hommes
Dans le soir
Dessinaient d’étranges signes
D'incendescentes cigarettes
Illuminaient un bref instant
Des visages blafards
Les voix étaient basses
Et d’un lent mouvement
Un soldat fatigué
Appuyé contre un arbre
Se tourna vers la sombre colline
D’où descendait la nuit
Le soir était au calme
Demain serait la mort
Demain dans la colline.

Claude

5.12.06

La vallée perdue




Il y a Kyria, Kyria la noire venue des dunes de la lointaine Afrique avec ses nattes et des yeux de charbon ardent
Et Tiriiit, l’oiseau tige, de vert et de jaune habillé, l’oiseau au chant d’or entrecoupé de cris aigus pareils à ceux des enfants libres et son ami Priiit, aux ailes de jais et au corps rouge, Tiriiit et Priiit, la grande et la petite aiguille d'un temps qui ne veut pas passer
Et le cap’tain Pattes-courtes au gilet de peau de mouton et qui sait les secrets de la mer et qui veut bien les partager avec ceux qui ont su garder des traces de brume au fond de leurs yeux
Et aussi le loup, N’a-qu’un-œil, l’autre perdu dans un combat avec l’ancien roi de la meute, le loup silencieux et furtif comme l’ombre de la la feuille qui tombe en abandonnant son arbre
Et celui à la mine sombre qui agite de ses mains usées ses mille gris-gris et amulettes et qui sait trouver sa voie sur les routes oubliées: Gnathon, le sorcier, vêtu de peaux de bêtes avec son corbeau bavard et suspicieux perché sur son crâne comme un chapeau informe, Gnathon dont jusqu’au nom fait peur et qui est le gardien des portes de l’enfer
Et la princesse, Emelrinde, dont la peau se pare des cristaux des neiges éternelles, dont la chevelure n’est qu’un souffle de printemps et dont la robe a été tissée de gouttes de rosée et Flora la rose, son amie qui meurt le soir pour lui revenir au matin et dont les corolles s’animent du visage des navigateurs disparus sous la crête des eaux troubles
Et l’oiseau noir dont nul ne sait le nom et qui, au dessus des têtes, lance son cri de guerre régulier comme la corne de brume qui appelle à la vie des rochers déchirés
Et le cheval bleu à la crinière blonde qui à peine effleure l’émeraude de l’herbe du bout de ses sabots légers et qui porte sur son dos celui-là à la longue chevelure brune qui galope vers un amour perdu
Et les murmures de la forêt quand s’agenouillent les chênes dans la clairière où la lune de ses rayons trace les ronds de sorcière pour y semer ces champignons faits pour ouvrir la porte aux rêves
Et les toits du château, aigus et couverts du chaume pris aux moissons de l’été, le château enchanté où résonnent les bruits de la fête, le château où les portes de bois épais s’entrouvrent pour laisser s’échapper en longues farandoles courbant à leur passage les longues tiges de blé les mesures de la mélodie des temps révolus…

Claude

Merci, Albert

"A man's ethical behaviour should be based effectually on sympathy, education, and social ties; no religious basis is necessary. Man would indeed be in a poor way if he had to be restrained by fear of punishment and hope of reward after death." --Albert Einstein

« Le comportement éthique de tout homme devrait naturellement reposer sur la compassion, l’éducation et les liens sociaux; aucune base religieuse n'est requise. L’espèce serait vraiment bien mal partie si son comportement se basait sur la peur de la punition (terrestre) d’une part et l’espoir d’une récompense (céleste) après la mort d’autre part »

Rassurez vous je ne lis pas Einstein dans le texte, la partie scientifique de son œuvre, j’entends. Bien sûr je connais E=MC² mais franchement je ne sais pas ce que cela signifie exactement.
Mais je crois être capable de comprendre la phrase qui précède et en tous les cas elle me plait bien. Ce qui me sépare d’Einstein cependant si je peux me permettre, c’est qu’il me semble avoir encore (il met ses verbes au conditionnel dans la version anglaise) quelques illusions sur la nature humaine, illusions que je ne partage malheureusement pas.

Je crois en fait que la peur de la punition n’arrête plus certains pendant que l’espoir de la récompense céleste en fait agir d’autres
En d’autres termes, on n’est pas sorti de l’auberge

Claude

2.12.06

La roche Perrin




Le fond de l’aber
S’encombre de brumes
Au loin
Au delà de la roche Perrin
Le phare palpite
Le soir s’allonge
Pour faire l’amour
A la mer

Claude

30.11.06

Le concerto

Peut être connaissez vous le concerto pour violon en mi mineur de Mendelssohn. Un des plus beaux que je connaisse et je ne me lasse pas de l’écouter.
Il m’a inspiré ces quelques lignes dont je vous laisse juge


LE CONCERTO


Légère, tu t’es enfuie
En courant sous la pluie
Et dans mon cœur résonne
Le concerto pour violon
De Mendelssohn
Et ses infinis frissons

Aérienne, tu t’es envolée
A la première ondée
Et j’écoute les violons
De Mendelssohn
Félix de son prénom
Et dans son concerto résonne
Dans un frémissement qui dure
L’écho vain de mes fêlures


Seul dans le noir profond
J’écoute ce concerto pour violon
Ce concerto en mi mineur
Où vient se briser mon coeur


Claude

29.11.06

La ligne mystérieuse




Tu t'en souviens? On arrivait à la plage par un petit chemin qui zigzaguait entre des touffes d’oyats. Il fallait monter la dune et, arrivé au sommet, on pouvait voir l’étendue plus moins grande laissée par la marée avec parfois des bois flottés qui nous enchantaient. On en a ramené quelques uns comme objets de décoration.

Moi, je me souviens, quand tu es arrivée la première de notre petite ascension, tu t’es retournée dans ma direction et le vent en a profité pour rabattre l’une de tes mèches devant tes yeux. D’un geste machinal, tu l’as remise en place et tu m’as souri.

Tu prends superbement la lumière comme disent les gens du cinéma et pendant un court instant, j’ai eu cette vision comme un hymne au bonheur et à la vie d'une jeune femme nimbée de lumière d’été et le temps s'est immobilisé comme pour laisser s'inscrire à jamais dans mes souvenirs ta blondeur se mariant à celle du sable de la plage en contrebas et à quelques filaments étirés de cirrus suspendus entre la ligne d’horizon et la fuite éperdue de la mouvante frontière océane

Nous nous sommes assis à quelques mètres des vagues qui se brisaient sur le rivage. Je t’ai demandé si tu voulais m'accompagner pour quelques brasses, tu m’as répondu que non et tu t’es immédiatement plongée dans la lecture du livre que tu avais emporté avec toi

Je me suis donc dirigé vers l’eau et tu m’as demandé de faire attention. J’ai du hausser les épaules et je suis entré dans l’élément liquide
Comme d’habitude, j’ai pensé que l’océan n’était pas très chaud et je me suis aspergé pour habituer mon corps aux différences de températures entre air et eau et je me suis décidé à plonger.

Je ne suis pas un très grand nageur mais enfin je me débrouille. A un moment j'ai regardé dans ta direction, tu étais tournée vers moi mais tu étais complètement absorbée dans ta lecture
Je me suis laissé porter par les vagues, je me sentais bien au sein de cette mouvance aquatique, mi-nageant, mi-faisant la planche en regardant le ciel. Soudain, j’ai réalisé que je m’étais éloigné plus que je ne l’avais prévu. Des quelques mètres où tu étais quand je m’étais retourné, la distance devait atteindre maintenant 40 mètres et je n’avais plus pied. Il était temps de revenir et c’est là que j’ai ressenti cette puissance qui insidieusement, inexorablement me poussait vers le large.
J’ai commencé à me battre pour revenir mais au mieux je faisais du sur-place. L'idée des "baïnes " et de leur traîtrises m'est venue à l'esprit
A un moment, j’ai vu que tu me regardais mais tu n'as pas compris que je me trouvais maintenant en difficulté et rassurée de me voir faire des mouvements de nage, tu es repartie dans ta lecture

Je commençais maintenant à avoir peur et le pire, à avaler de l’eau. J’ai regardé à gauche et à droite mais j’ai compris que mes efforts ne me rapprochaient pas de la terre ferme

Et c’est là que, pendant une infinitésimale fraction de seconde, l’envie d’arrêter m’est venue. J’ai littéralement « marché » sur cette très mince ligne qui sépare la désir de vivre de celui de mourir.

Pendant un très court instant, j’ai pensé arrêter mes mouvements qui maintenant devenaient pesants et frénétiques tout à la fois, j'ai presque accepté de me laisser aller, regard levé vers le ciel, à cet univers liquide qui me battait aux oreilles et le temps a, semble t-il suspendu son cours pour me laisser seul face à mon choix et les forces de la nuit ont failli vaincre pendant que, comme un équilibriste, je "marchais" sur ce fil ténu qui est celui de notre chemin de vie.

Et puis la vision d'une fille baignée de lumière en m'attendant au haut d'une dune s'est imposée à moi et j'ai hurlé non, un non viscéral, venant du plus profond de mes entrailles et j'ai, en serrant les dents, allongé mes mouvements en direction de cette plage où était mon salut et là, j’ai senti l'océan desserrer son étreinte, la distance qui me séparait de toi s’est enfin amenuisée.

Je te suis revenu, j'ai repris pied vers la vie, je suis enfin revenu au port, j'avais frôlé le gouffre j'avais marché sur ce fil mystérieux duquel tomber d'un côté ou de l'autre peut vouloir dire vie ou mort, j'avais été funambule sur ce fil d'Ariane qui tisse nos destinées et j'avais décidé de faire le choix de retrouver la douceur de ta peau et la fermeté de tes seins

Je suis sorti de l’eau et, épuisé, je me suis allongé à tes côtés. Quand ma cuisse a touché la tienne, tu m’as dit
-Comme tu as froid

Mais tu ne t’es pas poussée et j’ai senti ta chaleur se transmettre à toutes mes fibres. J'avais gagné la lutte mais je ne t'en ai rien dit et je crois bien que c'est une larme qui s'est mêlée à cette eau salée qui s'attardait encore dans mes cheveux et venait mouiller mes joues mais ça non plus tu ne l'a pas vu.

Claude

28.11.06

Musiques...




Je sais comment enfourcher les traces du vent dans mes voyages immobiles, il me suffit d’écouter l’une de ces musiques que je garde de certains de mes voyages.
Il me suffit de fermer les yeux et de laisser leurs sons m’envahir. Ce matin, par exemple, j’écoute des enregistrements de musiques aborigènes. Un mélange étonnant de murmures, de gémissements, des passages aussi qui sont comme des prières et puis des chants d’oiseaux et de cris d’animaux. Un mélange qui est un moyen de rentrer en communication avec des entités dont nous avons perdu le souvenir et dont nous ne savons plus comprendre les pouvoirs

Et je m’en retourne vers eux, vers ces enfants de la terre qu’il m’est brièvement arrivé de côtoyer, je ne comprends pas, bien sûr, un traître mot de ce qu’ils disent mais leurs onomatopées et leurs paroles me touchent bien plus que ne le savent le faire tous ces chanteurs modernes qui hurlent ou susurrent trop près du micro ou dont les paroles se noient dans la musique d’accompagnement. Pour ce qu’ils ont à dire en général, ça n’a pas grande importance de toutes les façons.

Là, au moins, il me semble aller à la rencontre de l’authentique, je voudrais comme eux dans les vibrations produites par leurs instruments retrouver le contact avec cette terre qui est probablement en train de nous lâcher et s’apprête à nous faire payer cher toutes nos inconséquences.

Et puis, je reviendrai au Requiem de Verdi et à nos langages occidentaux et j’attendrai sans hâte qu’il m’amène jusqu’au Libera me, ce sommet dans la liturgie qu’il décrit et alors, comme toujours, je me laisserai emporter par ces paroles destinées à un dieu auquel je ne crois pas et face à notre petitesse, je mesurerai à nouveau le désespoir de savoir qu’il me faudra mourir un jour.

Claude

27.11.06

Pourquoi, oui, pourquoi?




POURQUOI?

On n'a pas souvent l'occasion, en ces temps agités, de se poser les vraies questions. Et pourtant...

Qui suis-je?
Où cours-je ?
Dans quel état j'erre?

Vous la connaissez cette fameuse trilogie n'est ce pas mais ce n’est pas tout, en effet:

POURQUOI peut on avoir une pizza à la maison plus vite qu'une ambulance?

POURQUOI il y a un stationnement pour handicapés en face des patinoires?

POURQUOI les gens commandent-ils avec un double cheeseburge et des grosses frites un coca... light?

POURQUOI achetons nous des saucisses pour hot-dog en paquet de 10 et des pains à hot-dog en paquet de 8 ?

Et ce n‘est pas fini...

POURQUOI Les femmes ne peuvent pas se mettre du mascara la bouche fermée?

POURQUOI le mot "abréviation" est si long?

POURQUOI, pour arrêter Windows, doit on cliquer sur Démarrer?

POURQUOI le jus de citron est fait de saveurs artificielles alors que le liquide vaisselle est fait de vrais citrons?

POURQUOI n'y a t’il pas de nourriture pour chat à saveur de souris ?

Les boîtes noires indestructibles dans les avions sont bien connues...

POURQUOI est-ce qu'ils ne fabriquent pas l'avion au complet dans ce matériau?

Si voler est si sûr que ça, POURQUOI l'aéroport s'appelle t-il un "terminal?

Et toujours:

POURQUOI est-ce qu'on appuie plus fort sur les touches de la télécommande quand les piles sont presque à plat?

POURQUOI est ce que ce couillon de Noé n'a pas écrasé les deux moustiques qui demandaient à entrer dans l’arche?

POURQUOI est ce que les employés de chez Lipton n’auraient pas, eux aussi, droit à une pause café?

POURQUOI les moutons ne rétrécissent pas quand il pleut?

POURQUOI "séparés" s'écrit-il en un mot, alors que "tous ensemble" s'écrit, lui, en deux mots?

POURQUOI, quand j’achète un boomerang neuf, on ne me dit pas comment me débarrasser de l'ancien?

Et enfin, POURQUOI n’a-t-on pas de réponses claires à ces questions pourtant existentielles:

Comment les panneaux " DÉFENSE DE MARCHER SUR LA PELOUSE " arrivent-ils au milieu de celles-ci?

Quand l'homme a découvert que la vache donnait du lait, que cherchait-il exactement à faire à ce moment-là?

Si un mot dans le dictionnaire est mal écrit, comment s'en apercevra-t-on?

Et enfin, POURQUOI, oui, POURQUOI, en suis-je venu à écrire de pareilles conneries ?

Claude

25.11.06

Vide

Vide, se sentir vide
Inutile, se savoir inutile
Quand la vie se fait hirondelle
Et le pas celui d’une haridelle
Vide et inutile
Et des mots sans signification
en ces temps de reddition
Dans ces moments perdus
Où rien ne va plus
Quand le temps inutile
M'enléve jusqu'à mes désirs d’îles

Claude

23.11.06

Les travaux




Evidemment ça été du sport pour s’intégrer dans la circulation sur le périphérique mais il a fini par mettre le cap au sud.
Quelle circulation et comme dab, avec son immatriculation provinciale, ces cons de Parisiens ont voulu lui prouver qu’ils sont des champions en matière de conduite automobile. Capables d’utiliser un accélérateur et de dépasser tout ce qui les entourent en prenant le maximum de risques. Mais bon, ils sont comme ça, autant ne pas faire attention
-Tu veux dépasser ? Eh, bien vas-y mon brave! Je ne suis pas vraiment à une place près.

A cette époque de l’année, la nuit tombe vite, il fait déjà moins clair, il va falloir qu’il fasse gaffe, la dernière fois qu’il a pris la route, il a bien failli prendre la mauvaise direction et il été obligé de se rabattre sur la droite au tout dernier moment pour reprendre la bonne direction au grand dam d’un « confrère » autoroutier qui a aussitôt manifesté sa mauvaise humeur par un coup de klaxon courroucé.
Bon, on y est ! Porte d’Italie et les virages à venir pour quitter le périph’. Comment a-t-on pu laisser se construire de pareilles horreurs, tout est gris, sale, fait d’un béton vieilli avant l’âge et dangereux en plus avec ces courbes prononcées où il faut se battre pour garder une trajectoire correcte.

5 heures de route au bas mot. Il fera une halte pour un complément de plein avec un café noir en prime. Il lui téléphonera juste pour le plaisir sans cesse renouvelé d’écouter sa voix et ils se raconteront deux ou trois bêtises. Elle lui dira bien sûr de faire attention et ça le fera rire et une fois encore, elle fera l’inventaire des choses qu’il est censé lui ramener de Paris et tant pis pour les objets qu’il aura pu oublier. De toutes les façons, pas question de faire demi-tour. Ils échangeront un baiser au travers du combiné et probablement elle ira vérifier que le plat qu’elle lui a préparé mitonne comme il convient.

Il pleut, plus exactement il pleuviote et il est obligé d’actionner ses essuie-glaces, de les arrêter, de les remettre en route quand le caoutchouc commence à racler le pare-brise avec un bruit désagréable et ça le fait ronchonner. Il aime bien lorsque il est sur l’autoroute après avoir ajusté le régulateur de vitesse n’avoir rien d’autre à faire qu’à surveiller le ruban macadamisé qui se déroule sous ses yeux

Ah ! Bien sûr, il fallait s’y attendre, des travaux !!! Il ne manquait plus que ça. Tomber la vitesse, première chose à faire. Voilà quelque temps, un automobiliste, en excés de vitesse, à percuté des pompiers présents sur les lieux de travaux en cours et le corps de l’un d’eux, catapulté dans le fleuve proche n’a jamais été retrouvé semble t-il.
Des balises oranges et blanches et des trucs qui flashent et s’illuminent à son passage et un bref instant il se demande s’il déclanche un mécanisme quelconque au fur et à mesure de son avance ou si tous ces dispositifs lumineux clignotent et palpitent en permanence.

Depuis combien de kilomètres roule t-il maintenant à vitesse réduite ? Sans être un obsédé de la moyenne, il lui faudra quand même plus de temps que prévu pour atteindre son but
Evidemment, pas de trace de travailleurs, pas de traces de travaux non plus d’ailleurs. A croire qu’ils le font exprès pour les garder, les automobilistes, plus longtemps sur l’emprise de leur empire de macadam.

Il aurait du s’arrêter à la station qu’il a vue avant d’aborder cette portion en travaux, sa vessie commence à se rappeler à son bon souvenir et il va lui falloir prendre une décision
Depuis quelque temps déjà, il n’a pas aperçu d’autres feux de véhicules, ni devant lui, ni derrière lui mais ce fait ne l’inquiète pas outre mesure. Après tout, on n’est vraiment pas en pleine saison touristique et à cette heure tardive, rien que de très naturel que d’être seul pendant quelque temps sur cette portion de route
Il a quitté la zone de travaux, il ne s’en est pas aperçu immédiatement d’ailleurs, c’est après un moment qu’il s’est dit qu’il allait pouvoir reprendre une allure normale.
Sur sa droite, il aperçoit l’amorce d’une voie qui s’enfonce entre deux rangées de buissons, un parking mal signalé pense t-il et il se dit qu’il va s’arrêter juste un instant pour satisfaire son besoin naturel.
Il s’engage sur le chemin qui s’offre à lui et arrête le véhicule. Avant de descendre, plus par réflexe qu’autre chose, il coupe le contact. Après être sorti du véhicule, machinalement, il s’étire et redresse ses reins douloureux puis il fait un pas en avant…
Pendant une fraction de seconde, seul un bruit de branches cassées se fait entendre dans le silence absolu qui règne ici puis c’est, soudain, un long hurlement, un cri qui rebondit sur des murs ou des parois, un cri qui brusquement s’éteint rendant le silence de la campagne environnante encore plus épais et prégnant.
Deux ou trois oiseaux dérangés dans l’arbuste qu’ils s’étaient choisi se sont aussitôt envolés mais sont revenus bientôt rassurés par le calme revenu…

Le jour a fini par poindre, un petit jour poisseux et collant suintant d’humidité surie. Les amateurs de logiciel de modification d’image comprendront sans nul doute ce que je veux évoquer. Cela a commencé par l’arrière de la voiture, peu à peu, sa silhouette, lentement, précisément, inexorablement, abandonne ses formes au profit des couleurs et du fouillis des branchages environnants. ..

On peut estimer qu’au moment où le clair-obscur cédera enfin la place au jour à venir, quand péniblement et comme à regret les derniers lambeaux des brumes s’évanouiront pour redonner sa réalité banale à ce coin désolé de campagne isolée, tout sera redevenu comme avant, comme si rien n’était venu s’arrêter en ces lieux, la nature aura repris ses formes et quelques oiseaux pourront, tristement, à l’abri de quelques feuilles, s’interpeller et se répondre par de timides trilles, des chants mélancoliques et beaux où se mêlera l’écho d’un autre cri qui n’en finit pas de s’évanouir, s’évanouir, s’évanouir ….

Claude

22.11.06

On peut toujours rêver...

Ils sont venus, ils sont tous là
Même ceux du sud de l'Italie
Y a même Georgio, le fils maudit
Avec des présents plein les bras…


Vous connaissez comme moi ces mots de la chanson d’Aznavour, non ?

Eh, bien, ils vont sans tarder arriver avec tous les moyens mis à leur disposition. Tous (et toutes), plus beaux les uns que les autres, tous et toutes vêtus de lin blanc et de probité candide naturellement !
Tous en possession de solutions qui, enfin, vont nous faire sortir du marasme dans lequel ces incapables de concurrents, (eux n’ y sont pour rien, qu’alliez vous donc aller imaginer là ?) nous ont plongé depuis tellement longtemps.
Ils n’expliquent pas toujours comment tout ça a bien pu arriver sauf que, s’ils en avaient eu l’occasion, ils auraient forcément fait bien mieux que les autres évidemment. Ben, voyons !
Ils vont venir, comme d’hab. nous promettre, la bouche en cœur, des lendemains qui chantent ou des grands soirs glorieux et demain, promis, juré !! on rasera gratis.

Bon, c’est incontournable, comme on dit maintenant et c’est le prix à payer pour la démocratie en marche, parait-il
On peut toujours, me direz vous, ne pas allumer les étranges lucarnes qui trônent maintenant dans le moindre de nos salons ou ne pas écouter les niouses sous quelque forme que ce soit mais c’est pas gagné d’avance d’échapper à ce qui nous attend entre sordides coups bas et rodomontades préélectorales, autant en être conscient dès maintenant d’autant qu’on en a déjà quelques exemples bien gratinés

Alors, il m’arrive de rêver : Qu’on tombe sur quelqu’un qui vienne dire à l’électeur de base que je suis qu’il est aussi con, effrayé et désemparé que je le suis dans ce monde qui m’entoure.
Qu’il vienne me dire que tout va trop vite dans cet univers que nous partageons, lui et moi.. Que LE changement fondamental qui survenait en l’espace de trois générations, c’est maintenant trois fois (ou plus) dans la même génération, que tout est bousculé, que parfois même, tout est si rapide que la communication est devenue difficile voire impossible entre les aînés et les cadets d’une même fratrie

Je voudrais qu’il vienne me dire que cette grande et belle école qu’il a, en principe, fréquentée comme beaucoup de ceux qui, avec lui, vont venir nous vendre leurs salades ne sert pas à grand-chose si on n’est pas persuadé que la vérité d’hier sera l’erreur de demain,(et inversement) que les écrits des grands penseurs de tout poil sont sujets à caution dès que l’encre qu’ils ont utilisée pour nous faire part de la profondeur de leurs réflexions est à peine sèche sur leurs manuscrits.

Je rêve de trouver un candidat qui vienne me dire qu’il fera de son mieux avec les informations dont il dispose, qu’il fera ce qui est en son pouvoir pour essayer de changer mon quotidien mais qu’il est loin d’avoir la solution miracle, qu’il n’est pas du tout certain de pouvoir réussir et, si ça ne marche pas, qu’il s’engage à rendre les clés de la maison que j’ai bien voulu lui confier afin qu’un autre puisse, s’il en est capable, vienne et essaye de faire mieux que lui et que, pour l’accomplissement de cette lourde tâche, sincèrement et sans arrières pensées, il vienne lui souhaiter bonne chance

Comme je le dis plus haut, on peut toujours rêver, non ?

Claude

19.11.06

Le gouffre




Le mouvement défigure les lignes comme les mots peuvent gâcher l'image et je ne voudrais donc pas disserter trop longuement sur cette illustration trouvée lors d'une promenade sur le net
J'aime cette affiche de réclame comme on disait alors, faite pour vanter les charmes de la Corse.
Cela date de l'entre deux guerres, entre la Grande et celle qui, peut être, le fut moins et le dessinateur nous fait partager sa vision du bonheur
Un monde qui a disparu, des silhouettes esquissées ou affirmées d'êtres qui ne sont plus
Un monde contemporain de celui de "Cabaret" que je viens de revoir avec toujours le même émerveillement. Là aussi, tout un monde dansait sur les lèvres du volcan, on voulait oublier un cauchemar avant que de se précipiter dans un autre, une période de brève rémission, une parenthèse entre deux catastrophes
Et cette représentation de femme dans la lumière dorée des "golfes clairs" me touche profondément et avec elle cette peinture d'une époque qui s'en est allée et ne reviendra plus.
Et aujourd’hui encore nous dansons sous la conduite d'un maître de ballet dont les énigmatiques indications semblent nous conduire de plus en plus proche de ce gouffre ouvert à mes espérances éteintes


Claude

15.11.06

De ma jeunesse




J'AVAIS LA TRISTESSE

J’avais la tristesse
Légère
Mais la démarche altière
J’avais la tristesse
Entière
Et la détresse
En bandoulière
Quand je passais
En boule
Sur le boulevard
Du temps qui roule
Sur les trottoirs
Perdu dans la foule
J’avais la mélancolie
Comme seule compagnie
Et la tristesse
En brume légère
Mais aussi l'allégresse
Bien cachée derrière
Je les gardais des yeux
Et je les berçais
Toutes les deux
Ces deux voleuses
Du temps passé
Je leur chantais
Comme une berceuse
Pour les endormir
Pour les circonvenir
Et je leur murmurais
Des paroles enjôleuses
À ces deux trompeuses
Voluptueuses
En ces temps là
En ces jolis temps là
J’avais la tristesse
Légère
Mais la démarche altière
J’avais la tristesse
Entière
Et la détresse
En bandoulière

Claude

12.11.06

Transmission paternelle



je les ai surpris tous les deux en rentrant chez moi en ce début de soir, le grand clocher et son rejeton de clocheton. (ils ne se ressemblent pas me direz vous mais la mondialisation et ses mélanges surprenants atteignent aussi nos lointaines campagnes) et ils regardaient vers l'ouest, le grand clocher trapu et le petit, tout feu, tout flamme, ils regardaient vers là où le soleil s'endort.

Ils regardaient en fait dans la direction de ce champ de pierre qui pendant longtemps, si longtemps s'est étalé au pied du vieux clocher pour se vêtir de son ombre tutélaire et rassurante.

Mais la crise du logement venant, les morts s'en sont allé là-bas, plus loin vers le couchant. Et le grand clocher se désole sans ses morts qui, frileusement,se serraient autour de lui et je l'ai entendu chuchoter au petit mais vous ne le répéterez pas, n'est ce pas:

Petit, tiens toi bien
retiens tes oraisons
et comme moi tu seras gardien
mon garçon
de ce cimetierre
d'au dela l'horizon
où tous reviennent à la terre
gardien comme je le fus
de tous ces morts maintenant perdus

10.11.06

Histoire d'ô

Elle monte, je vous le dis, elle monte.
De plus en plus.
Sur la plage où je vais encore de temps à autre et qui celle de mes jeunes années, je vois bien qu’elle monte.
Je le vois au pied de la falaise du côté des roches, de l’autre il n’y a que du sable, alors, bien sûr, ça se remarque moins.
Mais maintenant je vous le dis, elle arrive à des endroits qu’elle n’atteignait pas auparavant.
C’est au point que des fougères se retrouvent les racines à l’air comme si elles nous montraient leur cul.
Et, croyez moi, il n’y a rien de plus con qu’une fougère avec les racines à l’air. Et entre nous j'ai vu des trucs plus bandant qu'un strip tease de fougère sur une plage bretonne
Elle monte. Comme ça, mine de rien.
Il n’y a peut être que moi pour le voir si ça se trouve?
Centimètre après centimètre et puis d’un coup, c’est tout un morceau de falaise qui s’en va faire le sable avec des tas de grains qui n’attendaient que lui pour faire encore plus de sable comme si on en avait assez comme ça, hein!!!
Et elle creuse des trous dans lesquels elle farfouille, elle y crée des courants et elle finit par l’avoir à l’usure cette con de falaise à qui la mer met la main au cul et qui en plus a l’air d’aimer ça
Vous l'aviez compris bien sûr que c’est de la mer que je voulais parler quand je disais qu’elle montait.

Alors que ceux qui ne savent pas nager se lancent vite fait à la brasse papillon ou éléphant au choix mais qu'ils s'y mettent fissa s’ils ne veulent pas se retrouver comme des niais au fond de la patouille en train de servir de casse-croûte à des crabes à la con


A bon entendeur, salut !!!

Claude

9.11.06

Chemin de vie



-Il est de ces après-midi comme ça. Des moments privilégiés, mis entre parenthèses et qu’on garde comme ça dans un coin de mémoire comme un souvenir qu’on chérit tout au long de son chemin de vie
On avait 15 ans elle et moi. 15 ans et l’insouciance de ces âges là. On descendait ensemble le long sentier qui serpentait entre des souches d’arbres abattus ou morts de vieillesse, entre les racines autour desquelles des bêtes diverses avaient creusé leur terrier. On l’entendait de loin la rivière, un bruit insistant et frais qui participait à notre course de plus en plus nettement
Elle savait prendre les truites à la main. J’ai essayé de faire comme elle et elle a essayé de me montrer, je n’y suis jamais arrivé.
Sa concentration extrême me fascinait comme me fascinaient ses gestes incroyablement précis. A cette époque la rivière traînait des herbes aquatiques comme d’immenses voiles verts en dessous desquels s s’abritaient des vies dissimulées et discrètes comme les truites parfaitement sauvages, elles, à cette lointaine période et non des spécimens relâchés d’élevages spécialisés et tout effarés de devoir se mouvoir dans les courants de la rivière maintenant agonisante
Elle était brune et mince. Ses jambes musclées et bronzées me fascinaient elles aussi.
Lorsqu’elle avait réussi à prendre une truite, elle brandissait sa prise frétillante d’un geste victorieux au dessus de sa tête avec sur son visage une expression de bonheur absolu. Comme je l’ai dit, je n’ai jamais réussi à pouvoir faire comme elle et j’en ai conçu un grand sentiment d’intense frustration

-Je l’appelle la bête. Elle va commencer à bouger, je le sens, je le sais, c’est son heure préférée, celle des après-midi quand les instants qui passent sont faits d’interminables vacuités et qu’elle en profite pour s’installer et en prendre à ses aises mais elle aime aussi ces longs moments noirs de mes nuits insomniaques.
Elle s’installe en commençant par le bas du dos et elle monte par étapes successives vers ce lieu où elle a son origine. C’est là qu’elle prend ses aises et s’étire. Je sais que chacun de ses mouvements va devenir de plus en plus insupportable, qu’elle va occuper chaque centimètre carré de mon être intime pour le transformer en souffrance à l’état pur.
Heureusement les techniques modernes permettent de pouvoir l’apaiser pour un temps cette douleur, j’ai ce tuyau qui me perce le bras et il suffit d’un geste, d’un simple geste pour que le liquide salvateur se répande dans mes veines et la force à abandonner de sa superbe et son travail de démolition l'abominable bête qui habite mon corps pratiquement à temps plein
Alors, elle consent enfin à reculer mais je sais qu’elle n’est jamais très loin, qu’elle ne dort que d’un œil, prête à profiter du moindre relâchement de ma part et de la disparition d’effets de ce liquide qui parvient pour un temps à lui faire lâcher prise
Je vais entrer ensuite dans un monde cotonneux, un monde où tout s’assourdit, les sons, les odeurs les gestes, je vais rentrer dans un monde inconsistant, ouaté et que je déteste même s’il m’est devenu indispensable si je ne veux pas être que douleur et rien d’autre.

-Nous avons 15 ans et ses parents sont venus passer leurs vacances dans la grande maison proche de la notre. Sur le chemin du retour, nous ramasserons des châtaignes que nous ferons cuire avec ses truites directement dans l’âtre de sa maison ou de la mienne et comme d’habitude on s’amusera des ombres qui courent sur les murs
Cet après midi là, elle s’est immobilisée brusquement en haut de la montée et elle a mis un doigt sur sa bouche pour m’imposer le silence. A notre droite, sur le chemin qui mène à la ferme, elle m’a fait voir la renarde à l’affût d’un mauvais coup dont pourrait bientôt être victime une poule du paysan d'à-côté. Sentant notre présence, la bête a tourné la tête dans notre direction, son regard a croisé les nôtres et elle s’est éloignée sans hâte et a disparu bientôt au bout du chemin herbu
C’est à ce moment là que ma compagne s’est brusquement retournée vers moi et a appuyé ses lèvres sur les miennes. Pendant un court instant, un trop court instant, j’ai pu en éprouver la douce et ferme élasticité de cette bouche sur la mienne. J’ai gardé en moi, bien protégés comme un bien précieux, cette fraîcheur et cette brûlure mélangées en dépit des années passées.
Mais en même temps, j’ai vu dans son regard passer un effroi absolu comme un nuage d’orage qui vient obscurcir un ciel jusqu’alors serein. J’ai senti ses yeux verts me pénétrer puis elle a secoué la tête, s’est détournée et a poursuivi vers la maison.
Je n’ai rien osé lui demander et le soir quand nous nous sommes retrouvés, cette lueur inquiétante avait disparu ne laissant place qu’à l’émerveillement d’un feu qui vit et crépite et allume d’éphémères étincelles tout au fond de pupilles apaisées

-Je paie la note de toutes les cigarettes fumées, l’une après l’autre. Je savais les risques encourus mais j’ai voulu rêver en admirant les élégantes volutes de fumée s’élevant devant mes yeux, j’ai éprouvé aussi de l’apaisement à sentir la nicotine venir combler mon vide existentiel. J’avais été prévenu, je pais la note. Quoi de plus naturel en somme ?

-Elle avait posé ses lèvres sur les miennes d’un mouvement spontané et totalement inattendu. Elle avait planté ses yeux dans les miens et je ne sais pourquoi j’avais cru y lire, mélangé à la peur une infinie tristesse.
Elle avait des yeux étirés aux coins comme ceux d’une renarde, comme celle que nous avions brièvement observée à l’affût pour se saisir d'une poule du voisin, des yeux intenses, mouchetés de vert et de gris et j’aurais aimé que pour toujours s’arrête le temps pour pouvoir m’y poser et n’en jamais revenir…
Les vacances se sont terminées peu après, le temps s’est soudainement gâté et ne nous a pas permis de revenir à nos chasses, nos pêches et à nos émois adolescents.
Ce matin là, elle est entrée dans la voiture de ses parents. Avant, on s’est gentiment embrassés sur les joues et nos bouches ne se sont même pas effleurées.
La voiture a démarré et juste avant le virage pour prendre la grande route, son père, au volant, a brièvement klaxonné. J’ai cru voir une main se lever à l’arrière du véhicule et à tout hasard, j’ai agité la mienne et après il n’y a plus rien eu. Le chemin était devenu désert et je venais de tourner une page de ma vie...
J’ai su qu’elle avait commencé de brillantes études dans son lycée parisien. Nous avons correspondu à diverses reprises, quelques lettres, des cartes postales d’autres vacances à l’autre bout du monde et celles des vœux ou des anniversaires. Et puis, progressivement le silence s’est fait. Une dernière fois, j’ai reçu une lettre des Etats-Unis où son père s’était établi. Et puis plus rien, la vie s’y entend bien pour ainsi laisser insidieusement s’établir les ruptures comme si de rien n’était même si, pour l’oubli complet, c’est parfois une toute autre histoire.

-Au rez-de-chaussée de l’établissement où je suis, une jeune personne vend des journaux et des livres et il m’est arrivé de descendre en ces lieux pour feuilleter et acheter quelques revues ou un document quelconque
Ce matin là, mon regard s’est posé sur un livre, une couverture blanche, très sobre et un titre qui a attiré mon attention « Chemins de vie », je l’ai pris dans la main pour en regarder quelques pages comme j’aime parfois à le faire
C’es alors que la vendeuse qui me connaît bien maintenant m’a interpellé
-Il vous intéresse ce livre ? Savez vous que l’auteur a fait partie de notre maison pendant quelques années? Elle a même été chef du service où vous êtes actuellement, elle a écrit ce livre juste après avoir cessé ses activités, elle vit maintenant en province je crois
C’est alors que j’ai retourné le livre. Et je l’ai vue sur la quatrième page de couverture, c’était bien elle, entourée de ses parents qui, chacun, lui avait mis une main protectrice sur ses épaules
C’était elle, ma brune et mince adolescente de ces lointains temps là, ma sauvageonne aux yeux verts et aux jambes bronzées.
C’était elle, assise sur ce muret que je connais bien et qui existe encore devant cette maison où elle avait passé ses vacances.
C’était elle qui me revenait ainsi à l’improviste et en pleine figure dans cet après- midi insipide et gris dans cette clinique spécialisée dans les traitements anticancéreux et alors que j’avais encore pu rassembler quelques forces pour me frotter au monde des vivants

J’ai acheté ce livre et je suis remonté à l’étage aussi vite que je l’ai pu, je l’ai mis dans le tiroir de ma table de nuit.
Je ne l’ai pas lu, je ne le lirai pas mais quand j’emprunte ce long couloir barré au loin d’une lourde porte qui barre mes horizons, ce couloir obscur dans lequel je pénètre de plus en plus profondément, ces incursions m’effrayent moins et je m’y engage avec une certaine sérénité
C’est que j’y chemine en sa compagnie car elle marche avec moi, je le sais, je le sens et il m’arrive d’entendre sa voix qui s’élève et rebondit en se mêlant à ce murmure d’eau qui éclabousse les roches semées dans le lit de la petite rivière.
Et je regarde souvent cette photo et je la regarde, elle, avec une mèche de ses cheveux légèrement soulevée par le vent et qui lui retombe sur le front et je contemple aussi ce logo imprimé en bas de page, cette représentation d’un renard qui est celle de cette maison d’édition qu’elle a choisi pour y faire publier ses lignes écrites par elle dans ce livre qui est celui en fait de nos chemins de vie où nous nous retrouvons enfin à l'aube de ma mort

Claude

6.11.06

Juste une histoire...

Eh, oui, juste une histoire, une petite histoire qui nous ramène aux alentours de l'an mille...





LA HORDE

Et elle s’avance la horde
La colonne des guerriers
De potence et de corde
Sur les routes empoussiérées
Ils portent gilets de loup gris
Et viennent des steppes de l’infini
Les chevaux fument sous l’effort
Accroché aux selles brille le butin d’or
Elle serpente de hameaux en lieu-dits
De villages éveillés en fermes endormies
Plus loin là-bas au ras de l’horizon
Une fumée s’élève comme balle de coton
Dans l’innocence du matin indifférent
Curieux, s’arrête un instant le roux écureuil
Dans sa course et se cache sous une feuille
L’oiseau sur la branche pépie et s’envole
Les champs de la plaine arboricole
Sont gros de leurs fruits lourds de l’été
Doux, le vent s’en vient les caresser
Elle chemine la horde
Rassasiée, gestes alanguis
Les corps se balancent
Et son chef au regard d’aigle
Fixe sans le voir le chaume de seigle
Tous vont au rythme lent de l’avance
Des montures, le bruit des sabots
Doucement martèle leur trot
Vers leurs futures rapines
Au delà de la prochaine colline
Jetées en travers des montures
Entre soieries et lourdes tentures
Quelques blondes et frêles enfants
Yeux écarquillés ouverts tout grand
Hurlent en silence leur désespoir
Et pleurent à un avenir bien noir
Et elle s’avance la horde
La colonne des guerriers
De potence et de corde
Sur les routes empoussiérées
Sur les sentes et traverses de l’été
Semant mort et désespérance
Sur ces chemins de doulce France

Claude


30.10.06

En voiture

« Branlée à son insu dans le métro ». Ah, ben, ça alors !!! Même aux temps bénis où m’entraînait une imagination fertile et débridée sur des chemins plus ou moins interdits quoique bien émoustillants, je n’avais imaginé une pareille activité dans les vénérables wagons de notre digne RATP.
C’est pourtant la question existentielle de première importance relayée par Google et portée à ma connaissance par l’un de ces moyens modernes de surveillance des communications sur la toile qui s’appelle Sitemeter.
Question donc posée ce matin par un monsieur que sa libido chatouille sans autre précaution oratoire sur un blog aussi respectable que le mien !!
Mais une autre question vient me perturber à mon tour. Cette dame livrée à cette occupation délicieuse autant que métropolitaine,(dans un métro qui en a vu bien d’autres est-il besoin de le souligner), cette dame donc livrée à cette occupation réputée a priori intime l’effectue t-elle à l’insu de son plein gré?
Voila une autre interrogation qui a pour effet de m’échauffer la bile et qui devrait sans nul doute attirer certains de vos commentaires afin qu’enfin puisse s’éclairer ma lanterne (et le reste) sur ces activités que la morale réprouve, certes, mais dont la conclusion n’en est pas moins digne du plus profond intérêt

A vos plumes donc, amis(ies) du web pour me faire profiter de vos expériences éventuelles dans ce domaine particulier. Je précise que, même si elle ne vous emmène pas forcément jusqu’à Cythére, je suis un utilisateur invétéré de la ligne de métro n° 1

Claude

22.10.06

Mémorables memorabilia




Il a plu la nuit dernière. Dans le grenier où j’ai ma table de travail je me suis assis dans le vieux fauteuil de cuir qui trône à coté de cette surface où j'ai posé mon ordinateur
Yeux fermés, j’ai laissé le bruit insistant des gouttes sur les ardoises du toit me pénétrer.
Un bruit lancinant, hypnotique, un bruit qui étouffe tout autre bruit dans ce village déjà bien silencieux de toutes les façons
J’ai fermé les yeux et laissé mes pensées vagabonder au gré de leur fantaisie
Je suis ainsi revenu à mes origines, j’ai rejoint le milieu aqueux où nous passons tous ce temps suspendu que constitue une grossesse.
Je suis revenu dans le ventre de ma mère en quelque sorte, dans ce milieu doux et protecteur que l’on doit quitter pour affronter cet air qui, soudainement, vient déchirer les poumons et cette clarté brutale qui s’en vient agresser les pupilles

Ma mère !!! J’ai attendu en vain qu’elle parle, qu’elle dise, qu’elle explique.
Elle est partie, silencieuse, murée dans ses misérables secrets, son indifférence à mon égard, sa dureté envers l’enfant que je fus
Elle a quitté cette terre sans me dire un mot, ce seul mot que j’attendais d’elle: Pardon.
Elle est partie, habillée de son orgueil, manipulatrice jusqu’à ses tout derniers instants, jusqu’au bout des ongles pour ceux qui l’ont côtoyée
J’aurais aimé d’elle un simple mot de regret qui peut être m’aurait apaisé et peut être elle aussi mais ça, je ne le saurais jamais si ses actes lui ont inspiré un quelconque repentir pour ce qu'elle a fait?

Mais elle n’en aura rien fait et il me manquera toujours cette pièce essentielle à ce puzzle que j’ai, je crois, pratiquement et patiemment reconstitué: Je ne saurai jamais pourquoi elle ne m’a jamais aimé.
Elle ne m’a pas physiquement abandonné certes. Surtout parce que ça ne se fait pas mais son indifférence à mon égard aura été l’équivalent d’un abandon
En fait, je crois qu’elle a continué à régler ses comptes avec son premier mari, mon père biologique en fait, à qui elle a voué une haine qui ne s’est jamais démentie pendant toutes ces années et, consciemment ou pas, elle m’a fait payer le fait d'être là pour lui rappeler le désastre que fût son premier mariage

Je suis allée la voir dans la chambre d’hôpital où elle a vécu ses derniers jours sur cette terre. Lors de ma dernière visite, je crois qu’elle ne m’a pas reconnu. Je suis resté à ses côtés pendant presque une heure, interrogeant ce visage qui restera toujours pour moi une énigme.

Puis je me suis levé de mon siège car l’heure du train approchait.
C’est à ce moment qu’elle a commencé à proférer une sorte de longue plainte, monotone et insistante : Ouh, la la ! Ouh, la,la…
Je l’ai regardée sans savoir que faire ou que dire, j’ai fini par franchir la porte de sa chambre et j’ai continué à entendre sa plainte jusqu’à ce que je croise deux infirmières en train de se parler.
Elles sont entrées dans la chambre voisine et j’ai tendu l’oreille pour savoir si je pouvais entendre encore quelque chose. Mais je n’ai rien plus rien perçu, peut être que, déjà, j’étais un peu trop loin pour que ces sons lugubres m’atteignent …

Elle est morte trois jours après cette ultime visite et, assez curieusement, j’ai pratiquement commencé mon blog en novembre de l’année dernière avec la façon dont j’apprends son décès. Tout est vrai et en même temps tout est faux dans ce récit que j’en fait

J’ai assisté à ses funérailles lors de ce jour d’automne, il avait beaucoup plu la veille mais la perturbation était en train de s’évacuer comme on dit laissant la place à un temps un peu plus frais avec de grandes trouées de ciel bleu parsemées de quelques nuages retardataires

A l’église, j’ai salué de vieilles connaissances, des gens que je connaissais depuis des décennies et, l’esprit ailleurs, j’ai suivi l’office religieux célébré par un prêtre qui semblait avoir bien des difficultés à faire normalement fonctionner son lecteur de cassettes d’un modèle antédiluvien il faut dire et sur lesquelles les cantiques étaient enregistrés

Au cimetière, j’ai regardé avec indifférence le cercueil disparaître dans les profondeurs de la terre.
A la fin, l’équipe des pompes funèbres a remonté les cordes utilisées pour la descente et là, de chaque côté de l’excavation, ces hommes en sombre se sont cérémonieusement inclinés dan sa direction
Je sais qu’elle aurait aimé de son vivant qu’on la salue de cette manière déférente

Puis je suis allé serrer la main au responsable de l’inhumation et j’ai signé un document pour services faits.
J’ai tourné les talons pour me diriger vers la sortie.
Les gravillons de l’allée font toujours le même bruit de crissement désagréable sous les semelles me suis-je dit
Puis, j’ai poursuivi mon chemin et définitivement tourné le dos à cette sépulture vers laquelle jamais je ne reviendrai.

Claude.

19.10.06

De vie et de mort en Inde et ailleurs

Un des grands privilèges qu’offre le fait d’avoir résidé à l’étranger est la possibilité, si toutefois on veut bien se défaire du faisceau des préjugés dans lesquels nous sommes si souvent enfermés, de se confronter à d’autres croyances, à d’autres pratiques, à d’autres approches face à ce phénomène que constitue la mort.
Dans nos pays occidentaux, nous sommes les héritiers d’acquis judéo-chrétiens conditionnant notre attitude face à nos fins dernières.
Le fait de croire ou de ne pas croire n’est pas le sujet mais observez notre attitude commune face à cette chose qu’est devenu un corps privé de vie. Après le décès, nous rendons ce corps à la terre.
Rappelez vous « Tu es poussière et tu redeviendra poussière ». Des générations de gens d’église ont répété cette phrase et ce retour à la terre est une démarche qui nous semble naturelle même pour les incroyants même si, marginalement, la crémation gagne peu à peu du terrain.
Mais une autre idée nous taraude, en y incluant les mécréants que certains d’entre nous (et moi le premier) sont: Ce corps qui est actuellement le notre, ce corps que nous habitons, nous devons le quitter au moment de la mort, (les croyants disent que ce moment est celui où on rend son âme à Dieu) mais ce n’est qu’une séparation provisoire puisque ce corps est celui avec lequel nous ressusciterons à la fin des temps.
Et peu importe que nous adhérions à ce concept, il est de toutes les manières inscrit en nous par les générations de ceux qui nous ont précédés: Ce corps sans vie doit donc faire l’objet de toutes les attentions qui vont au-delà du simple respect dû aux morts, il faut le préserver autant que faire se peut afin qu’il puisse « resservir » à la fin des temps

Mais cette approche de la mort peut être bien différente dans d’autres civilisations ou religions. Dans l’Hindouisme par exemple.
J’ai eu la chance de vivre pendant plusieurs années en Inde et au Népal. Dans ces pays, j’ai assisté à des crémations.




Full day behind the tamarisks—the sky is blue and staring—
As the cattle crawl afield beneath the yoke,
And they bear one o’er the field-path, one who is past all hope or caring,
To the ghat below the curling wreaths of smoke…

Kipling- Christmas in India


Ne croyez pas qu’il s’agisse de voyeurisme. Non, pas du tout ! Mais ces scènes sont celles de la vie de tous les jours et même si nous le voulions, il est difficile de ne pas, un jour ou l’autre, avoir à assister à une crémation.
« Spectacle » si difficile à admettre ou comprendre pour les occidentaux que nous sommes mais qui, avec le temps, finit par paraître aussi naturel que la descente du tombeau dans les profondeurs de la terre pour que le lent travail de retour à la glaise originelle finisse par faire son oeuvre.
Là, dans ces pays d’autres croyances, pas de décomposition ou de putréfaction mais une disparition rapide dans les flammes qualifiées de purificatrices.
Cette enveloppe que nous appelons corps est devenue inutile lorsque la vie l’a quittée et se doit de disparaître sans tarder.
Cette idée est acceptée car il n’y a pas de résurrection à la fin des temps pour l’Hindou mais un cycle de réincarnations successives qui ne s’interrompront que lorsque le Karma de chacun aura été réalisé et que l’âme individuelle pourra rejoindre la grande âme universelle et enfin arrêtera ces voyages qui empruntent ces vallées de larmes qui souvent sont celles de nos destinées personnelles




Mais dans le foisonnement des religions qui est la marque de ce pays, un groupe de quelques cent milles personnes existe. Une goutte d’eau vraiment dans la multitude humaine qui vit et meurt dans le sous-continent
Ce sont les Parsis, descendants des zoroastriens : Des adorateurs du soleil dont la religion date de trois ou quatre milles ans et qui furent chassés de Perse, l’Iran actuel, lors de la main mise de ce pays par l’Islam
J’ai croisé certains de ces Parsis. Ce sont des gens ouverts, amicaux accueillants. Pratiquement chacun parle trois ou quatre langues, ils sont tolérants et totalement ouverts vers l’extérieur. En dépit de leur petit nombre, ils ont beaucoup d’influence en Inde car beaucoup de familles de grands industriels pratiquent cette religion
Or ce petit groupe a une particularité remarquable dans leur approche de la mort. Le corps sans vie ne doit en aucun cas polluer les quatre éléments qui constituent le monde.
Donc, pas question de crémation pour ne pas polluer le feu
Pas d’ensevelissement pour ne pas polluer la terre
Pas question d’abandonner un corps à l’eau pour les mêmes raisons
Et enfin refus de laisser le corps disparaître au contact de l’air
Voici les raisons pour lesquelles ces défenseurs de la nature au pied de la lettre, ont finit par adopter une solution qui peut choquer nos sensibilités occidentales : Les tours du silence.
Vous avez probablement entendu parler de ces constructions dont il reste quelques exemplaires à Bombay ou Mumbay comme on dit maintenant
Au moins deux d’entre elles se dressent encore dans l’un des jardins publics de cette ville mais si vous vous rendez dans cette ville, n’espérez pas vous en approcher. Les accès en sont interdits et c’est probablement mieux ainsi car pour faire disparaître leurs morts, les Parsis ont adopté une solution aussi originale qu’expéditive. Les corps sans vie sont laissés, nus, au sommet de ces tours du silence et abandonnés à l’appétit des vautours qui joueront leur rôle de fossoyeurs en évitant la pollution aux éléments cités plus haut
Or, depuis une décennie, on assiste à une diminution drastique du nombre de ces oiseaux dont la vue était si familière quand je résidais là-bas et qui partageaient avec les vaches et les si nombreux et bruyants corbeau indiens les rues des villes pour y jouer le rôle d’éboueurs
Et voilà nos Parsis face à un véritable problème. Que faire au cas où cette espèce viendrait à disparaître totalement des cieux de ce pays et que faire pour que leurs croyances soient respectées. Aux dernières nouvelles, on en est à la création de centres de reproduction et à des efforts de repeuplement là où leur présence est nécessaire
Je crois que nous devrions écouter ce message et partager l’angoisse et le désarroi des Parsis. Fasse que reviennent en nombre les vautours afin que soient, encore et toujours, préservés ces quatre éléments qui sont la base même de la vie et que nos indifférences et inconséquences abîment chaque jour un peu plus

Claude

18.10.06

Poème polisson

On peut comprendre pourquoi, y'en a qui n'hésitent pas à redoubler...




LA COMPOSITION

Demain, composition,
J’espère que vous saurez votre leçon!

Il serait vraiment de bon ton
Que je les commence ces révisions!

D’abord le front
Bon!!!
Le nez,
Il y est
Parfait!
Deux lèvres, une en haut, une en bas
C’est bien comme ça.
Deux joues, un menton,
Bon, passons!

Un cou, deux épaules
Mes mains les frôlent
Et puis soudain,
Tiens!
Un sein…deux seins
Ça, c’est très bien!

Et puis après, plus rien
Un grand champ blanc
Un accident
En son mitan
Troublant!!
Et je descends

Un p’tit bosquet
Bien frais
Je m’y détends
Et m’y étends

Avant que..Mais voyons!
Encore un petit bouton
Tout seul, tout rond
Dernier bastion
Juste à l’entrée de ce vallon
Où je dois finir mes révisions!!!

Mais je m’appliquerai bien
Bouton ou pas, pour la note Bien
Car je dois la savoir ma leçon
Et réussir ma composition!!!

Claude
Poèmes polissons

14.10.06

Lignes




Se perdre
Dans les vagues
De l’indifférence
Fouler des rivages
Abandonnés aux houles
De pleurs assumés
Entrer dans l’humide
Douceur
D’un corps de femme
S’abandonner
Aux tremblements
D’une chair
Qui se crispe
Et crie
Sans fin
Dans l’irrésistible chute
De l’ange
Qui assume
Sa déchéance
Entrer dans la mer
Devenir
Ondulation
Devenir
Vague
Comme une forme vague
Et mourir
Dans une frôlement
D’embruns

Claude

11.10.06

Scènes de la vie ordinaire

Tu te donnais sans réticence. Tu te donnais avec une telle absolue sincérité qu’il m’arrivait d’en avoir les larmes aux yeux. Tu te donnais en complète impudeur.
Un jour tu m’as dit:
-Je suis une fille du sud et j’aime à faire plaisir.
Faire plaisir en fait, c’était faire l’amour sans retenue, sans frein mais non pas sans remord
Et nous le faisions cet amour dans la lumière douce des après midi d’été partout où pouvaient nous acceuillir en relative discrétion ces chemins ruraux de Picardie.
Un jour, je me souviens que nous avons du profondément troubler un paysan qui n"en demandait pas tant et qui se rendait dans ses champs. Nous ne l’avions pas entendu arriver sur son tracteur, occupés que nous étions à nous livrer à des occupations que la bonne tenue de ce blog m’interdit de précisément nommer ici.
Nous étions innocents. Innocents est, je crois, le terme qui pouvait le mieux nous convenir, elle et moi à cette époque
Nous faisions l’amour aussi dans sa chambre à la résidence universitaire et je crois bien que nos petits camarades savaient exactement les activités auxquelles nous venions de nous livrer, surtout les filles d'ailleurs qui ont toujours eu le nez creux pour ce genre d'affaires
Elle a fini par se marier à un prof de sport je crois et je sais qu’elle a tenté de reprendre contact avec moi.
J’ai noté son adresse à la volée en la prenant sur les quelques lignes qu’elle m’avait adressées mais je l’ai égarée tout aussitôt de telle sorte que je n’ai pu lui adresser quelques derniers mots d’adieu.
Mais c’est probablement bien mieux ainsi…
Il ne me reste d’elle que ces quelques souvenirs de lumière d’été où une fille se donnait si totalement qu’il m’en venait parfois les larmes aux yeux.

Claude



PS: Vous avez vu, j'ai utilisé Matisse et son tableau "the joy of life".
Ca s'accorde bien à mon propos, non? Et en plus, j'aime bien Matisse!

10.10.06

Petit dernier

J'en ai marre de ces conneries, de ces souvenirs de jeunesse. Il est bien temps de solder les comptes.
Celui là est le dernier qui trainait encore dans mes tiroirs.
Pour qui, pourquoi j'ai écrit ces lignes? Je ne m'en souviens pas très bien. Une mignonne avec qui j'ai du m'embrouiller à cette lointaine époque comme on dit dans notre si élégant langage moderne.
Mais quelle importance et puis ça m'évite de me cramer les neurones à trouver des trucs inédits.
Voici donc la bête...





Le cri perçant
De ses yeux crisse
Sur ma voix
Qui s’enlise
Et se perd,
Lune délaissée
Ma déchirure, ma force,
Au sentier des amours à naître
Va, perds toi dans
Les grands remous miasmeux
Les profondeurs simiesques
Des politiques féminines
Vagins béants
De nos doutes vides
Avalanche de sperme vague
Larmes d’orgueil
Ci-gît ma mémoire,
Mon age,
La beauté
Et toutes mes ignorances,
La rancœur de mes certitudes
L’enfance morte
De mes espoirs rétractés.

Claude

9.10.06

L'imprécateur

J'ai trouvé cette photo sur le site de HUBBLE. Incroyable, non? Même si je l'ai tant soit peu modifiée cette vue mais la forme est restée sensiblement la même et ces nébuleuses me fascinent. Celle ci s'appelle la nébuleuse de l'aigle.
L'imprécateur, ce qualificatif m'est venu à l'esprit. Mais a qui peut-il donc en vouloir cet ange des ténèbres venus du fond des cieux? De qui est-il le messager? De quels enfers le gardien? Et pour quelle terrifiante mission se présente-il comme ce guerrier menaçant sur fond de création du monde?
Je me suis moi aussi essayé à être un de ces imprécateurs dans ma lointaine jeunesse, un de ces imprécateurs qui hurle et s'égratigne aux aspérités de la vie et voilà ce que ça a donné:

(ce fût écrit voilà une trentaine d'années, rien n'a vraiment changé non?)



Lune vierge,
Abêtissement cosmique
Idole avachie des édiles
Bouffons de l’universel
Ubac des clairs de terre invisibles
A quoi bon puisque je ne crois plus!
Pourquoi mentir,
Non bourgeois né d’une terre infertile
Je fuis le luxe et me perds dans l’indifférence
De ma culpabilité acceptée,
Avare facile
Qu’une incompréhension sentie
Pousse au déviationnisme
Permanent, à l’attente grinçante
D’un forceps social
Un typhon lourd de structuralisme applicable
N’y aurait il que des Marcuse
Et des Lacamp?
Que des Bretons, des JCR?
Où sont les Rosa Luxembourg du mai passé
Les Saint-Just des grenades,
Les Babeuf de Beaujon
Misère sombre
Des week-ends autoroutés
Des soleils payés,
Des Saint Gobains sacralisés
Tristes tropiques des IBM satisfaites
Lune rousse du « genre anglais»
«Beggart’s banquet»,
Vivisection, capillarité ridicule
Ah, Vivre mieux avec Coca Cola!!

Claude

5.10.06

Liège


J’ai retrouvé ça au fond d’une valise. Quelques lignes rescapées de mes multiples déplacements
J’étais bien jeune alors. J’ai écrit ce texte alors que je sortais d’une épreuve sentimentale sévère.
Ecrirais-je les mêmes choses ou de la même manière ? Non bien sûr, l’âge est passé par là et avec lui une façon fondamentalement de percevoir ou de sentir les événements
Mais, bon, ce petit texte qui ressort de tant d’années accumulées a bien mérité d’aller s’aérer sur la toile et d’aller faire revivre tous ces souvenirs depuis longtemps enfouis

LIEGE

Liège de ses hanches,
Velours rose
De son sexe humide
Sable de ses cheveux,
Éclair noir
De ses aisselles au vent
Blanc crayeux de ses pieds
Toujours prêts à se tendre
Amusement topaze,
Yeux d’or, mica agile
Compréhension de ses mains
Qui figent le temps
Bulle chaude,
Vapeur d’alcool cuivré
Bouche à mordre
Liège,
Matériau d’amour
Pourquoi la vie t’a t’elle quittée
Mercure froid de mes pressentiments
Aveuglement glacé
Des moites odeurs de sueur
S’en viennent
Mouiller mon front
Offert au froid
De ta nuit

Claude

3.10.06

Les voix




Je suis sensible aux voix, très sensible. Pour être tout à fait franc avec vous, surtout à celles des femmes et voilà ce que cette préférence m'a inspiré.

LA VOIX DES FEMMES

C’est dans la voix des femmes
Que l’on retrouve son âme
Quand elles sont de nos chemins
Ou qu’elles soient de nos lointains
C’est dans la voix des femmes
Qu’on y découvre sa flamme
Qu’on y mesure ses failles
Ses fuites et ses entailles,
C’est dans la voix des femmes
Fille de rien ou grande dame
Que l’on mesure le temps perdu
Le temps qui vient, le temps venu
Quand elles ressortent de nos mémoires
Pour accompagner nos soirs
C’est dans leurs voix qui nous appellent
Nous étreignent, nous interpellent
Que courent des fleuves d’argent
Où elles sont les rames
De nos voyages d’antan
Où elles sont voiles des caravelles
Sous des alizés gonflés de sel
Porteur de parfum de cannelle
Pour des îles Sous-le-Vent
Pour des sorties de gros temps
Elles sont nos fidèles amies
Celles des moments partis
Les voix des femmes
Des filles de joie, des grandes dames
Des filles de rien, des filles de tout
Qui nous accompagneront jusqu’au bout

Claude

2.10.06

Tassili n'ajjer




C’est en revenant vers le campement que c’est arrivé.
Ils avaient travaillé tous les trois chacun dans leur coin comme d’habitude : Mesures, photos, remesures, calques…La routine, quoi !
Les gravures se trouvent dans des endroits bien mal commodes; à se demander comment les artistes de ces époques se débrouillaient pour ne pas perdre leurs effets de perspective et ils admiraient l’ingéniosité et le véritable sens artistique démontré pour tirer parti de la moindre anfractuosité de la roche.
Comme à Lascaux et comme dans toutes les grottes ornées disséminées sur notre vaste planète
Ils se parlaient peu, absorbés par leur tâche et le silence qui les entourait n’en était que plus profond. Ils réservaient leurs commentaires au campement du soir, sous cette voûte étoilée qui déroulait ce spectacle dont les citadins qu’ils étaient n’arrivaient pas à se rassasier



Ils s’étaient spécialisés dans la représentation des figures humaines : Des pasteurs, des guerriers, des chasseurs. Depuis quelques jours, c’étaient des scènes érotiques qui faisaient l’objet de toutes leurs attentions.
De sexes hypertrophiés, des femmes offertes à des hommes masqués. Quelle signification donner à ces représentations ? Des hymnes à la fécondité et à la vie dans son éternel recommencement dans les rites et les fêtes qui précèdent son apparition ?
Ils ne se lassaient pas d’admirer ces formes surtout quand la lumière rasante du soir arrivant venait y ajouter un élément supplémentaire d’étrangeté et nul propos graveleux ne venait émailler leurs rares propos

Ils étaient dans le Tassili n’ajjer, une région magnifique d’une sauvage beauté mais malheureusement l’insécurité a gagné ce coin et surtout ses voies d’accès et il est à craindre que toutes ces beautés si vivantes dans leur écrin de pierre doivent se priver pendant longtemps de visiteurs
Mais peut être n’est ce pas plus mal ainsi d’une certaine manière…

ils avaient été missionnés par Paris pour faire ces relevés pour ensuite offrir aux visiteurs et touristes dans notre capitale la possibilité d’admirer ces œuvres des lointains habitants du néolithique saharien



C’est Georges qui le premier avait dit :
Allez, basta, pour aujourd’hui ! Le thé doit nous attendre, on y va !

Il s’était redressé quittant la position incommode que le tracé sur la roche lui imposait en essuyant machinalement la sueur qui coulait sur son front
Sur sa gauche, un fragment de roche était détaché de la paroi. Il avait toujours accroché à la ceinture l’outil qui lui permettait d’enlever délicatement un fragment de pierre pour des raisons de prises photographiques en général.
Mu par une impulsion qu’il ne comprend pas toujours aujourd’hui, il donna un coup léger et c’est un fragment à peine grand comme la main qui tomba à ses pieds
Poussé par le même inexplicable besoin, il retourna le débris tomba au sol
Et c’est là qu’il la vit et l’exclamation qu’il poussa inquiéta quelque peu ses deux autres compagnons
-Il t’est arrivé quelque chose ?
Leur première pensée avait été un scorpion fréquent dans ces lieux désolés
-Venez voir, vite !!
Ils précipitèrent et le virent penché sur ce qu’il contemplait, tête baissée au sol
Et c’est là qu’eux aussi la virent pour la première fois.
Avec mille précautions ils l’on rapportée au campement ne se lassant de la regarder sous tous les angles et d’échafauder les hypothèses les plus folles.
Heureusement leur expédition touchait à sa fin. Evidemment, leur premier soin, de retour dans la capitale a été de faire examiner leur extraordinaire découverte
On leur confirma que les pigments employés dataient d’une période bien antérieure au néolithique mais c’est tout ce qu’on pouvait en dire
On le demanda de faire le silence sur cette découverte et l’énigmatique figure sur un morceau de roche s’est retrouvée dans l’enfer des trouvailles inexpliquées et bien dérangeantes
Mais eux ne l’ont pas oubliée et ils continuent souvent à l’abris des portes closes à l’évoquer entre eux
Mais jamais ils n’ont pu répondre à cette question : Que faisait-elle là, face tournée vers la parois, cette femme aux allures si modernes, que faisait t-elle là dans sa pose alanguie cette ravissante apparition?
Et surtout, pourquoi et comment a-t-elle pu suggérer à l’un de nos contemporains, dans une fin de journée de travail, de lui revoir la lumière et le regard des vivants?

La voilà cette femme qui nous vient de la nuit des temps, je vous la présente cette Antinéa de civilations disparues sans laisser de traces sinon la sienne.
Antinéa, cette reine que les Targui du Hoggar appellent Tin-Hinan, hiératique et mystérieuse et dont l’insondable regard qui a contemplé des cieux bien différents des nôtres mesure dans un endroit à nouveau caché l’infinie fuite des jours

Claude

1.10.06

En couleurs




J’aime bien cette image. La nature jette ses derniers feux, les feux de l’été indien. Ce petit répit avant les frimas et les paysages en noir et blanc.

Toutes les couleurs jetées comme sur la palette d’un peintre et Dieu sait combien de peintres ont tenté de capter la plus infinitésimale parcelle de lumière pour en jouer avec l’ombre afin de souligner toutes les subtilités et les nuances de ces vibrations d’ondes qui sont la vie même. Vous avez vu les nymphéas je pense et là tout est dit sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter

Je l’ai vue dans ce marché aux fleurs dans l’air léger d’un matin de fin de septembre. L’été jouait les prolongations avec cette grâce que prennent les choses qui vont mourir et qui le savent.
Un air transparent et des feuilles aux arbres qui s’habillent d’un festival de nuances à leur périphérie avec encore assez de vert pour noud faire regretter les jours heureux et chauds de l’été en transition
Je l’ai vue dans ce marché où je n’avais rien de précis à faire, nos regards se sont croisés l’espace d’un bref instant. Et j’ai été frappé au cœur par la couleur de ses yeux, d’un bleu profond, intense, incroyable, un bleu iris et le blanc autour qui donnait à regard une intensité comme j’en ai rarement vu.
Elle s’est arrêtée à un stand pour acheter quelques fleurs et, je l’aurais parié, son choix s’est porté sur des iris. Je m’étais arrêté presque face à elle de telle sorte que je puisse me baigner dans cette intense clarté, de ce prodige que nous offre parfois la nature comme pour nous faire encore mieux regretter de devoir un jour la quitter
J’aurais bien demandé à la vendeuse de prolonger la préparation du bouquet mais ce dernier finit par passer dans les mains de l’acheteuse au regard d’iris
J’ai demandé pour ma part quelques roses et j’ai suivi des yeux une silhouette qui remontait l’allée bordée d’arbres de rouge et d’or. J’ai regardé une silhouette qui disparaissait là-bas au coin d’une allée, une silhouette qui aurait du depuis longtemps disparaître de mes souvenirs mais qui aujourd’hui encore gaiement marche dans une circonvolution de mon cerveau,à peine une légère égratignure sur un de mes neurones vagabonds
Peut être aussi la dame d’âge mur à qui j’ai tendu ces quelques roses en disant - C’est pour vous !- avant de reprendre mon chemin de retour et sans m’arrêter à son air surpris, s’est-elle aussi rappelée longtemps de ce matin d’allégresse et de couleurs mélangées. C’est, ma foi, toute la grâce que je lui souhaite !!


Claude