8.11.17

Johan l'Advenu

Johan l'Advenu



Dans l'effroi qui de plus en plus me saisit en contemplant cette planète grosse de périls en devenir, devant aussi mon avenir personnel dont le terme touche bientôt à sa fin, je veux confier ces quelques mots à la blogosphère. Quelques bribes, quelques frissons en partance pour un e-voyage comme on lance une bouteille à la mer qui s'échouera sur la plage voisine ou se laissera prendre par la vague primesautière d'un océan miséricordieux. Ces quelques mots dont la force magique et douce parvient à faire monter à mes yeux fatigués un reste de larmes douces-amères et permettre à un cœur fatigué d'évoquer l'espace d'un instant le souvenir de lointaines et bien déraisonnables passions.
Ce poème de Norge fut chanté en son temps par Brassens grand découvreur s'il en fût de trésors laissés là à marée basse avant que l'obstiné reflux ne les entraîne vers l'injuste oubli.
Aussi donc danse, facétieux Jehan et toi aussi belle et tendre Aline, dansez tous deux abandonnés à ces moments précieux arrachés à l'absurde fin des destinées humaines

Puis il revint comme il était parti
Bon pied, bon œil, personne d'averti.
Aux dents toujours la vive marguerite,
Aux yeux toujours la flamme qui crépite.

Mit sur ta lèvre, Aline, un long baiser
Mit sur la table un peu d'or étranger
Chanta, chanta deux chansons de marine,
S'alla dormir dans la chambre enfantine.

Puis il revint comme il était parti
Bon pied, bon œil, personne d'averti.
Aux dents toujours la vive marguerite,
Aux yeux toujours la flamme qui crépite.

Rêva tout haut d'écume et de cavale,
S'entortilla dans d'étranges rafales.
Puis au réveil, quand l'aube se devine,
Chanta, chanta deux chansons de marine.

Puis il revint comme il était parti
Bon pied, bon œil, personne d'averti.
Aux dents toujours la vive marguerite,
Aux yeux toujours la flamme qui crépite.

Fit au pays son adieu saugrenu
Et s'en alla comme il était venu.
Fit au pays son adieu saugrenu
Et s'en alla comme il était venu.

9.10.17

Christina d'entre les morts











La toile dévoile parfois de bien jolies surprises. La photo de cette blondinette par exemple. 17 ans et répondant au suave prénom de Christina. Elle est photographiée par son propre père, baignant dans la vibrante lumière de fin d’été sur une plage de l’Angleterre du sud. Rien d’extraordinaire me direz-vous. Une belle jeune fille certes et alors ?
Et alors, nous sommes en l’été 1913. Ce portrait date de plus d’un siècle. Dans un an ou à peine plus,  des hommes, jeunes comme cette demoiselle, vont se lancer avec fureur et aveuglement au devant de balles tirées  par d’autres jeunes gens semblables à eux en tous points et qui eux aussi tomberont, victimes de cette folie réciproque
Encore un instant Monsieur le bourreau pourrait dire notre héroïne, encore un instant Monsieur le bourreau mais elle ne sait pas que l’Occident met la dernière main aux armes de son suicide et n’attend plus que la main d’un obscur terroriste pour mettre le feu aux poudres à Sarajevo en aout 1914
On ne sait rien de précis quant à la destinée de Christina. A l’instant où fut prise cette photo, elle avait l’éternité devant elle, elle symbolisait la douceur de vivre dans la tranquille rumeur d’un paisible après midi d’été. Peut être  derrière ce front ravissant dansait l’image d’un jeune homme pour qui la balle qui allait le tuer en Flandre ou bien ailleurs venait de rejoindre un quelconque dépôt militaire, prête à l’emploi dans quelques mois
Qu’est elle devenue Christina pendant cette guerre et pendant celle qui l’a suivie? Vous avez remarqué n’est ce pas que j’emploie son prénom comme pour la faire revenir du royaume des morts qu’elle a probablement rejoint depuis quelque temps déjà. Magie du Net qui permet de prolonger ces quelques instants réclamés au bourreau, pour que Christina vienne nous imposer sa forte et lumineuse présence, éternelle dans sa beauté adolescente, petite statue dressée frémissante et altière devant la sauvagerie et la cruauté des hommes.

13.9.17

souvenirs








J'ai consulté ce matin un peu par hasard la liste de mes compagnes et compagnons d'internet, gardés dans la mémoire d'un cyberespace malicieux et indiscret. 10 ans en arrière pour beaucoup. Combien sont ils encore qui se penchent sur l'écran magique pour y confier leurs pensées intimes?
Les blogs. C’était nouveau. Nous étions tous des Victor Hugo ou des Céline en puissance que les techniques modernes de communication allaient inévitablement faire éclore.
On croyait abandonner à la blogosphère des pensées originales, des fulgurances dont on était bien probablement les seuls à pouvoir juger de la profondeur, de leur originalité mais qu'on chuchotait malgré tout à l'oreille jugée complaisante des lecteurs ou lectrices attrapés dans les rets d'une pensée originale et féconde qu'on était probablement seul à juger ainsi.
Et puis les liens se sont délités, ont disparu entraînés dans les bourrasques imprévisibles du passage des temps. 
Mais pourtant elles sont là ces ombres, présentes, comme autour de ces tombes abandonnées où des noms et des dates luttent contre l'omnipotence maléfique des omniprésentes mousses et  lichens.
Combien de temps mettons nous à nous vider de nos souvenirs jusqu'à ce que, besaces vides et flasques, nous attendons souvent en vain que de synapses en synapses se propage le signal apte à recréer des mondes que l'on croyait définitivement engloutis dans les mousses et lichens des souvenirs atrophiés mais que le regard d'un voyageur attentif permet de brièvement venir se mêler au spectacle du monde en mouvement.

1.8.17

Chabadabada Chabadabada etc.




Un homme, une femme…

50 ans. C’est l’anniversaire d’un homme et une femme. Je croyais l’avoir vu lors de sa sortie. Il faut croire que je n’en ai gardé aucun  souvenir mais, plus probablement,  ma mémoire m’a joué un tour car, quand je l’ai regardé sur internet, j’ai en fait découvert ce film.

1966. J’ai 26 ans, Je suis élève officier à Salon de Provence. Elle doit avoir un âge approchant du mien. Une rencontre due au hasard. Un homme et une femme. Je me plonge dans ces années là. Comme tout cela est loin et proche aussi.

Sans téléphone portable, sans mails, sans internet, les amours illégitimes étaient bien lourdes à porter dans ces temps là. Pourtant nous sommes restés longtemps plus ou moins en contact. Plutôt moins que plus d’ailleurs  pour être franc. Elle a changé de métier, de domicile. Le seul lien disponible a fini par être l’annuaire téléphonique. De consulter ses pages me rendait absurdement rassuré, singulièrement un peu heureux aussi. Et un jour, dans les années 80, plus rien. J’ai bien tenté de retrouver sa trace. Juste pour savoir mais en vain.

Encore en vie, grand-mère comblée ? Lui arrive-t-elle de penser à ces années là ? Un homme, une femme. Et Nicole Croisille qui chante Chabadabada comme en écho dérisoire et triste de ce qui aurait pu être mais qui ne fût pas.

Claude