28.1.18

Panthère

Elle est marrante ma radiologue. Et en plus, blonde, distinguée, une vraie image de mode faite pour attirer les patients bien impatients comme moi de trouver une solution pour se débarrasser de cette petite masse informe nichée bien profond au creux de mon intimité.
Quand on l'a découverte, le médecin qui avait commenté l'image, incompréhensible à mes yeux de profane m'avait déclaré "Monsieur, vous voyez cette tache, vous avez un cancer. Bon courage. Au revoir"
Quelques mois plus tard et quelques désagréments en supplément, je débute quelques rayons en matière de traitement. Ça me plait bien, bombarder cette saloperie de matière jusqu'à ce qu'elle rende son âme maléfique à Lucifer son maître
Et voici ce que cette magicienne habile à faire disparaitre ces dysfonctionnements qui savent si bien se dissimuler en nous m'a dit
"Vous n'auriez pu n'abriter qu'un gentil chaton mais vous abritez une panthère noire mais ayez confiance, on sait comment s'occuper de ces bestioles là"
J'aime bien cette image, ce safari en moi. Une panthère noire, hiératique, énigmatique, tellement belle, sachant attendre son heure pour l'attaque inévitablement mortelle.
Mais une radiothérapeute blonde et marrante est là avec ses rayons de la mort aptes à néantiser les panthères les plus cruelles

27.1.18

Souvenirs

Je suis hypermnésique.
Putain, ça veut dire que je n'ai pas de bouton off pour museler ces cons de souvenirs.
Pas de ccleaner à ma disposition,voyez vous
Et ça revient comme ça comme la marée monte, implacable et s'étend sur le sable chaud.
Parfois tout devient si proche que tout pourrait repartir, les odeurs, les bruits et même la bizarre résonance d'un ciel qui se brise.
Tout, comme des coups de poignards visant le cœur, tout revient, d'un coup, tellement à portée de main, à portée d'oreille, à portée de nez  mais qu'un simple soupir, un battement furtif de cil fait s'écrouler comme un château de cartes et me laisse, désemparé, triste sur les berges érodées de la vieillesse qui s'avance avec sa vilaine dégaine et sa gueule de fouine

29.12.17

les secrets

Parfois
Le cœur met
longtemps
à mourir
abandonnant
ses espoirs
comme l'arbre
ses feuilles
à la veille de l'hiver
jusqu'à ce qu'un jour
tout espoir
a disparu
rien ne reste
que l'ombre
épaisse
où trépassent
les secrets

Claude

20.12.17









Sans titre

Il est là
bien silencieux
bien coi
Il est là
Tumeur
que ça s'appelle
Tue, meurt
Elle attend son heure
comme une hirondelle
bien fidèle
qui ne fuit pas
devant le froid

il est toujours là
Cancer
qu'on l'appelle
Il a plongé ses serres
dans un coin de ma chair
prêt à déployer ses ailes
juste pour aller voir
Meurtrier profitant du soir
comment investir
une citadelle
comment envahir
un territoire rebelle

Et j'ai froid au creux de mes reins
Et je me demande de quoi sera demain

Claude 2017




8.11.17

Johan l'Advenu

Johan l'Advenu



Dans l'effroi qui de plus en plus me saisit en contemplant cette planète grosse de périls en devenir, devant aussi mon avenir personnel dont le terme touche bientôt à sa fin, je veux confier ces quelques mots à la blogosphère. Quelques bribes, quelques frissons en partance pour un e-voyage comme on lance une bouteille à la mer qui s'échouera sur la plage voisine ou se laissera prendre par la vague primesautière d'un océan miséricordieux. Ces quelques mots dont la force magique et douce parvient à faire monter à mes yeux fatigués un reste de larmes douces-amères et permettre à un cœur fatigué d'évoquer l'espace d'un instant le souvenir de lointaines et bien déraisonnables passions.
Ce poème de Norge fut chanté en son temps par Brassens grand découvreur s'il en fût de trésors laissés là à marée basse avant que l'obstiné reflux ne les entraîne vers l'injuste oubli.
Aussi donc danse, facétieux Jehan et toi aussi belle et tendre Aline, dansez tous deux abandonnés à ces moments précieux arrachés à l'absurde fin des destinées humaines

Puis il revint comme il était parti
Bon pied, bon œil, personne d'averti.
Aux dents toujours la vive marguerite,
Aux yeux toujours la flamme qui crépite.

Mit sur ta lèvre, Aline, un long baiser
Mit sur la table un peu d'or étranger
Chanta, chanta deux chansons de marine,
S'alla dormir dans la chambre enfantine.

Puis il revint comme il était parti
Bon pied, bon œil, personne d'averti.
Aux dents toujours la vive marguerite,
Aux yeux toujours la flamme qui crépite.

Rêva tout haut d'écume et de cavale,
S'entortilla dans d'étranges rafales.
Puis au réveil, quand l'aube se devine,
Chanta, chanta deux chansons de marine.

Puis il revint comme il était parti
Bon pied, bon œil, personne d'averti.
Aux dents toujours la vive marguerite,
Aux yeux toujours la flamme qui crépite.

Fit au pays son adieu saugrenu
Et s'en alla comme il était venu.
Fit au pays son adieu saugrenu
Et s'en alla comme il était venu.

9.10.17

Christina d'entre les morts











La toile dévoile parfois de bien jolies surprises. La photo de cette blondinette par exemple. 17 ans et répondant au suave prénom de Christina. Elle est photographiée par son propre père, baignant dans la vibrante lumière de fin d’été sur une plage de l’Angleterre du sud. Rien d’extraordinaire me direz-vous. Une belle jeune fille certes et alors ?
Et alors, nous sommes en l’été 1913. Ce portrait date de plus d’un siècle. Dans un an ou à peine plus,  des hommes, jeunes comme cette demoiselle, vont se lancer avec fureur et aveuglement au devant de balles tirées  par d’autres jeunes gens semblables à eux en tous points et qui eux aussi tomberont, victimes de cette folie réciproque
Encore un instant Monsieur le bourreau pourrait dire notre héroïne, encore un instant Monsieur le bourreau mais elle ne sait pas que l’Occident met la dernière main aux armes de son suicide et n’attend plus que la main d’un obscur terroriste pour mettre le feu aux poudres à Sarajevo en aout 1914
On ne sait rien de précis quant à la destinée de Christina. A l’instant où fut prise cette photo, elle avait l’éternité devant elle, elle symbolisait la douceur de vivre dans la tranquille rumeur d’un paisible après midi d’été. Peut être  derrière ce front ravissant dansait l’image d’un jeune homme pour qui la balle qui allait le tuer en Flandre ou bien ailleurs venait de rejoindre un quelconque dépôt militaire, prête à l’emploi dans quelques mois
Qu’est elle devenue Christina pendant cette guerre et pendant celle qui l’a suivie? Vous avez remarqué n’est ce pas que j’emploie son prénom comme pour la faire revenir du royaume des morts qu’elle a probablement rejoint depuis quelque temps déjà. Magie du Net qui permet de prolonger ces quelques instants réclamés au bourreau, pour que Christina vienne nous imposer sa forte et lumineuse présence, éternelle dans sa beauté adolescente, petite statue dressée frémissante et altière devant la sauvagerie et la cruauté des hommes.

13.9.17

souvenirs








J'ai consulté ce matin un peu par hasard la liste de mes compagnes et compagnons d'internet, gardés dans la mémoire d'un cyberespace malicieux et indiscret. 10 ans en arrière pour beaucoup. Combien sont ils encore qui se penchent sur l'écran magique pour y confier leurs pensées intimes?
Les blogs. C’était nouveau. Nous étions tous des Victor Hugo ou des Céline en puissance que les techniques modernes de communication allaient inévitablement faire éclore.
On croyait abandonner à la blogosphère des pensées originales, des fulgurances dont on était bien probablement les seuls à pouvoir juger de la profondeur, de leur originalité mais qu'on chuchotait malgré tout à l'oreille jugée complaisante des lecteurs ou lectrices attrapés dans les rets d'une pensée originale et féconde qu'on était probablement seul à juger ainsi.
Et puis les liens se sont délités, ont disparu entraînés dans les bourrasques imprévisibles du passage des temps. 
Mais pourtant elles sont là ces ombres, présentes, comme autour de ces tombes abandonnées où des noms et des dates luttent contre l'omnipotence maléfique des omniprésentes mousses et  lichens.
Combien de temps mettons nous à nous vider de nos souvenirs jusqu'à ce que, besaces vides et flasques, nous attendons souvent en vain que de synapses en synapses se propage le signal apte à recréer des mondes que l'on croyait définitivement engloutis dans les mousses et lichens des souvenirs atrophiés mais que le regard d'un voyageur attentif permet de brièvement venir se mêler au spectacle du monde en mouvement.