20.5.07

La rupture




Les deux photos sont tombées d’un dossier coincé dans le fond d’un placard. Deux photos en noir et blanc de mauvaise qualité. Il faut dire que je ne suis pas un photographe exceptionnel et il faut se replacer à l’époque avec un matériel bien loin des performances que l’on trouve communément aujourd’hui dans le moindre des appareils d’aujourd’hui

« Le voile noir du malheur ». L’expression est certes mélodramatique je vous l’accorde mais elle m’est venue spontanément à l’esprit pendant que je regardais les deux épreuves alors que le passé me revenait brusquement en mémoire….

Nous avons passé la frontière à Menton le matin de bonne heure. A l’époque, passer une frontière était tout un cérémonial et on se demandait toujours si par hasard il n’y aurait pas eu un truc quelconque qu’on aurait du déclarer.
Aujourd’hui, on passe d’un pays à un autre sans même que l’on s’en aperçoive. Ce n’est que plus tard, à la lecture des pubs ou des enseignes des boutiques qu’on voit qu’on a changé de territoire

C’était en fin de printemps et le temps était magnifique avec le bleu profond de la Méditerranée à notre droite et les teintes plus sombres de la montagne à notre gauche.
Peu de tems après que nous soyons entré en Italie, tu t’es penchée vers moi et doucement u m’as embrassé dans le cou et en souriant tu m’as dit que c’était ton premier baiser italien et qu’il fallait profiter de l’occasion…

Nous nous sommes directement dirigé vers Florence puis j’avais prévu une étape à Saint Marin et nous aurions terminé à Rimini. J’aimais et j’aime encore cette région pleine de collines douces et baignée en général d’un air dont la légèreté m’a toujours ému

A Florence, nous avons parcouru les rues qui sont des musées à ciel ouvert et où on ne se lasse pas de lever la tête vers tant de richesses et de beautés architecturales accumulées.
Nous avons trouvé un petit hôtel un peu en dehors de la ville et lorsque nous nous étendus sur le lit, elle s’est blottie au creux de mon épaule, a poussé un soupir de soulagement et s’est endormie presque immédiatement. J’ai regardé et doucement caressé sa longue chevelure brune et dans son sommeil, elle s’est pelotonnée plus étroitement contre moi.

C’est en descendant de Saint Marin qu’elle m’a regardé et m’a demandé de poursuivre vers le sud. Vers la Basilicate qu’elle voulait connaître.
Un peu interloqué je l’ai regardée, son sourire était éclatant et ses yeux plus clairs que toutes les lumières du printemps.
Mais pourquoi spécialement cette région ? Elle a haussé les épaules et m’a demandé simplement de lui faire plaisir et je n’ai pas insisté après tout Rimini n’était pas forcément ma tasse de thé

J’ai donc mis le cap vers la Basilicate et vers Potenza qui est la capitale de cette province située beaucoup plus au sud dans ces régions plus âpres et sévères que les plaines et douces collines du nord mais le soleil arrangeait bien les choses, nous étions jeunes et nous avions la vie devant nous…

Il nous a fallu un jour et demi pour arriver, j’ai conduit sans trop me presser et nous avons dormi dans un petit hôtel situé pas très loin de Potenza et un peu à l’écart de la grand route, je m’en souviens encore, la façade était couverte de glycines d’un jaune exubérant. Le patron avait une moustache de bandit calabrais et la chambre avait une odeur de propre et un air délicieusement rétro. Le soir nous avons fait l’amour, lentement, gravement jusqu’à ce qu’elle renverse la tête en arrière, yeux fermés avec cette plainte de gorge que je ne me lassais pas d’écouter

Le matin, nous avons pris le petit déjeuner à l’arrière de l’hôtel sur une minuscule terrasse et nous avons repris notre chemin

C’est là que j’ai pris cette photo et, pour faire bien, j’ai cadré une espèce de pic rocheux entre deux branches d’un pin qui se trouvait là en bordure de notre route.
-Allons visiter, c’est tout près et ça n’a pas l’air d’être mal
J’ai opiné, en effet pourquoi pas ? Là ou ailleurs, quelle importance ?

J’ai garé la voiture à l’entrée de la petite ville et je lui ai demandé si elle ne préférait faire un tour à pied d’autant que l’étroitesse des rues ne laissait présager de bon pour d’éventuelles manœuvres ou simplement pour stationner
On est donc descendu du véhicule et on a fait comme tous les touristes du monde à leur arrivée dans un lieu non encore visité, le pas tranquille et l’œil aux aguets pour saisir toute paysage ou évènement digne d’intérêt.
On s’est avancé vers le haut du village en se tenant par la main, tranquillement comme deux amoureux que nous étions alors
Arrivés tout en haut au pied de l’éminence rocheuse, on s’est arrêté pour souffler un peu car la pente était raide et le soleil déjà haut…
C’est là qu’elle est apparue venant de nulle part.
Vous vous souvenez ? Le voile noir du malheur…

Jeune, tsigane selon toute vraisemblance et vêtue de haillons, elle s’est avancée vers nous et mon premier réflexe a été de l’écarter de notre chemin mais elle m’a stoppé dans mon geste et s’est avancée vers l’apparition.

La petite tsigane a saisi la main de ma compagne et elle commencé à parler à vois demi basse et en italien, langue que je connais pas. Un peu vexé je me suis écarté et je me suis décidé à explorer les environs proches sans toutefois trop m’écarter
Leur conciliabule a duré un certain temps et elles fini par s’écarter l’une de l’autre et j’ai choisi de me rapprocher.
C’est la deuxième photo qui est tombée du dossier, une photo de pas trop bonne qualité à nouveau mais on voit très bien cette silhouette habillée de noir sur un arrière-plan éclatant de blancheur.

En me retournant, j’ai eu la surprise et le choc de voir qu’elle des larmes dans ses yeux au point que, maladroitement, j’ai tenté de la réconforter mais elle m’a repoussé puis, elle a secoué la tête et m’a dit qu’elle était idiote et que je ne fasse pas attention…

Nous avons rejoint la voiture garée plus bas et elle m’a dit qu’elle se sentait maintenant un peu fatiguée par tous ces kilomètres avalés et qu’elle pensait qu’il était aussi bien que nous revenions en quelque sorte sur nos pas.

J’ai donc mis le cap au nord en précisant qu’il serait bien que nous fassions un détour par Rome au point au nous en étions. Elle a haussé les épaules avec indifférence…

Je ne le savais pas encore mais cette indifférence affichée allait donner le ton à la suite du voyage. Pour une raison inconnue de moi, le charme semblait rompu. Un voile de tristesse s’était installé sur ses yeux, nous avions beau tenter chacun à notre tour d’alléger l’atmosphère, rien n’y faisait et la tension avait fini par devenir palpable toujours sans que j’en connaisse les causes

Nous avons franchi la frontière au même endroit qu'à l'aller et comme convenu, je l’ai déposée à la gare de Toulon car j’avais un contrat en cours dans la région et je devait m’y tenir présent pour quelques semaines

Je l’ai accompagnée jusqu’au quai et elle s’est penchée par la vitre de son wagon pour me faire un baiser avec sa main et le train s’est doucement ébranlé puis les voies sont devenues vides avec leur acier luisant faiblement sous le soleil..

Je lui téléphonés dès son retour à Paris mais j’ai bien senti que le trouble constaté entre nous ne faiblissait pas.
C’est quelques jours plus tard que j’ai reçu quelques mots de sa main me signifiant la fin de notre aventure. Peiné mais à peine surpris, j’ai bien tenté d’obtenir un semblant d’explication de sa part mais ce fût peine perdue

J’ai fini par me faire à l’idée de la séparation, dire que cela me fût facile serait mentir. J’ai passé une période très dure en fait et il m’a fallu prendre sur moi pour surmonter cette épreuve.
Mais petit à petit, le temps a fait son œuvre de thérapeute, d’autres rencontres se sont faites et la douleur est devenue moins forte jusqu’à devenir presque imperceptible mais quand même accompagnée de cette question toujours sans réponse: Pourquoi ? Qu’avait-il bien pu se passer pour un aussi brutal changement de sa part ?

Et puis un jour, bien longtemps après et par le plus grand des hasards, j’ai croisé un monsieur à l’angle de la gare d’Austerlitz.
C’est lui qui m’a reconnu le premier: 20 ans que nous nous étions vu pour la dernière fois, un copain de fac des dernières années et un assidu de cette petite bande dont elle faisait partie.
Nous nous sommes dirigés vers le buffet de la gare pour y évoquer autour d’un quelconque verre quelques uns de nos lointains souvenirs.
Comme d’habitude dans ces occasions, on a fait un tour d’horizon de ceux encore présents et des autres déjà disparus avec son lot de confirmations ou de découvertes, bonnes ou mauvaises jusqu’au moment où son nom fût prononcé et que presque machinalement je lui ai demandé s’il avait encore de ses nouvelles

Il m’a regardé avec surprise. Comment me dit-il, tu ne sais pas qu’elle est décédée et voila déjà longtemps, une leucémie fulgurante me précisa t-il… Et quand il m’a donné l’année, je me suis aperçu que c’était à peine 18 mois après notre soudaine et imprévue séparation italienne. J’ai senti une boule se nouer dans ma poitrine avec un frisson de peur alors qu’au travers de sa voix, le passé revenait en force…

Nous nous quittés en promettant de nous revoir bientôt et de s’appeler dès que possible. Je ne suis pas sûr que nous le fassions ni l’un ni l’autre mais après tout, qui sait ?

A mon retour à l’appartement, je me suis assis dans mon fauteuil préféré, un verre d’alcool à la main et je me suis souvenu de cette lointaine ballade jusqu’au sud de l’Italie avec ces questions jusqu’alors informulées et que la terrible nouvelle de sa mort faisait revenir à la surface...

Sa demande inattendue à se rendre en un lieu non prévu dans notre emploi du temps et cette rencontre soudaine d’une bohémienne au coin d’une rue.
Et je revois encore ses yeux embrumés de larmes et son refus de répondre à mes interrogations lorsque je suis revenu vers elle.

Et aujourd’hui, soudain, si loin dans le temps, une rupture qui aurait pu sembler si banale me fait me poser de bien dérangeantes questions.

Qu’a t-elle vraiment appris sur son sort ce jour là dans ce village italien baigné de soleil? Lui a-t-on appris sa mort prochaine et a-t-elle alors décidé de faire face seule à cette échéance?
Et d’où sortait t-elle cette apparition tout de noir vêtue qui ce jour là est venue à notre rencontre? Et alors, pouvait il s’agir d’une rencontre inscrite de tout temps dans les astres noirs des destins informulés mais dont elle avait ressenti au plus profond de son être l’absolue et inéluctable nécessité qui nous avait mené au coeur de cette austère province de la Basilicate?

Je n’ai pas de réponses à toutes ces questions posées mais que savons nous réellement des pressentiments et de ceux qui prétendre pouvoir lire dans l’avenir et de ces coïncidences qui sont la marque des destins en marche?

Et je contemple ces deux photos, le coeur serré en revenant à ce lointain voyage et à une longue fille brune dont la chevelure m’inondait le visage comme à marée montante le flot s’en vient, lentement, recouvrir le sable asséché de la grève…

Claude


18.5.07

Route de la soie


Je fus aux confins de ces pays là. Je crains qu'aujourd'hui il ne soit pas très prudent d'y mettre les pieds. Mais il reste les rêves, heureusement...



ROUTES D'ORIENT

La caravane au pas lents des méharées
De Samarkand à Ispahan
Retrace les routes oubliées
Des anciens conquérants
L’aigle survole et montre le chemin
Vers les cités serties d’or fin

Les femmes ont revêtu leurs brocards
Et marchent sans prendre retard
Perdues dans leurs rêves
Leurs yeux fixant sans trêve
Le chemin au milieu des pierres
Conduites là par d’impétueuses rivières

Les hommes dirigent leurs chevaux
Leurs habits sont les plus beaux
Le tambourin résonne
La soie, le velours rayonnent

Et montent des odeurs d’aventures
Dont s’enivrent les montures.
La caravane s’en va
Au nom de Dieu ou bien d’Allah

La caravane passe vers son destin
L’aigle lui montre le chemin
Sur la route de la gloire
Ou de la fortune…c’est à voir
La caravane s’en va vers son destin
Vers le bout de sa vie ou bien vers demain
De Samarkand à Ispahan
Ses pas l’entraînent vers le levant

Et sur sa route chante la tourterelle
Les rochers sont comme des sentinelles
De Mazâr I charif à Tachkent
Dans des odeurs de myrrhe ou d’encens

Au pas lents des chameaux
Dans le silence des collines
Quand s’ébrouent les chevaux
Et que la caravane chemine.

Claude

13.5.07

Fleurs du pavé



C’est comme ça que je les aime.
Belles, indépendantes, fragiles et tellement sauvages.
Elles sont le souffle du printemps, intemporelles, éternelles et promptes à s’animer sous le moindre souffle de vent
On tente d’en faire des bouquets où elles meurent instantanément
Elles sont comme ça, fortes et douces mais ne supportant aucun enfermement, aucun déplacement
C’est comme ça que je les aime, c’est pourquoi je les aime.

Elles, ce sont mes fleurs de printemps, ces modestes mais nécessaires taches de couleurs qui, de jaune, de bleu ou de rouge, savent si bien faire frissonner nos cœurs…

Claude


12.5.07

En attente

Il pleut ce matin et j’ai envie de rien
Mon fils va arriver avec sa nouvelle copine et aussi son fils qui est aussi mon petit fils d’ailleurs par la même occasion
Ils vont m’assourdir de projets ou de trucs auxquels je ne comprendrai rien alors que j’ai envie qu’on me foute la paix
Si ça se trouve, va falloir que je prépare le matériel de pêche et alors, où ils sont ces putains d’hameçons, hein ?
Va falloir que je fouille dans l’appentis qui est un bordel sans nom où je vais encore me faire tomber un quelconque machin sur la main ou sur le pied
Je me sens fatigué et je voudrais qu’on me foute la paix
Bon, ce soir, je vais allumer le feu dans la cheminée pour y faire cuire des saucisses et comme il va y avoir du vent, ça va rabattre la fumée dans la pièce du bas et me faire pleurer
Putain de mai avec tout ses ponts à la con
J’aime pas le printemps, je préfère l’hiver quand le gazon ne pousse plus, quand le temps est si mauvais que personne n’a envie de débarquer dans ma foutue campagne et quand il ne reste qu’à fermer les yeux et attendre et attendre je ne sais même plus quoi….

Claude

11.5.07

Scène de là-bas




Qu’exprime t-elle cette main dressée sur fond de ciel de mousson
C’était sur les rives boueuses et sales de la Hooghly river, pas très loin de Calcutta qu’on dénomme maintenant Kolkata depuis qu’un parti hindouiste au pouvoir dans les années 90 a décidé de changer les noms à consonance un peu trop occidentale ou rappelant de trop près la colonisation anglaise.

Oui, que signifie ce geste, cette main qui se lève en offrande vers l’immensité des eaux ?
Quémande t-elle au dieu fleuve de lui apporter sa manne nourricière à base de limon fertile ou lui demande t-elle d’arrêter cette inexorable montée qui ronge chaque jour un peu plus les rives et rend impropre à la culture de plus en plus de terres jusqu’alors cultivées
Ou célèbre t-elle le souvenir d’un être aimé et sa rencontre espérée du nirvana pour son âme enfin libérée de son enveloppe terrestre?
Ou remercie t-elle dans ce matin moite et à l’affût des pluies son dieu de lui avoir permis de trouver un amoureux capable de la mettre à l’abri de la dureté de la vie dans ces terres mi-solides, mi-aquatiques?
Ou demande t-elle que vienne l’enfant tant espéré, un garçon bien sûr, qui saura continuer le travail de son pêcheur de père?

Et la fumée de cette offrande odorante et légère lentement monte vers le ciel pour aller se mélanger aux nuages qui passent au dessus des têtes comme un ruisselet se fond dans la grande matrice des océans

J’ai visité beaucoup de pays mais qu’en ais-je su exactement? Je crois trop souvent m’être arrêté à la surface des choses en passant à côté de l’essentiel, cet essentiel exprimé par exemple dans une main qui offre ou qui implore.

J’aurais aimé comprendre et savoir la signification de ce bras levé, je me suis contenté d’appuyer sur un déclencheur et j’ai gardé l’impression de cette main suspendue entre ciel et terre comme celle d’un spectacle auquel je participais non comme simple voyeur mais partageant un geste fugitif qui donnait sa cohérence à la beauté de cette simple scène là

Quand elle a rabaissé le bras, elle s’est retournée vers moi et doucement m’a souri, j’ai su que pendant une seconde de brève éternité, nous avions, elle et moi et au delà de nos différences, vibré sur une identique longueur d’onde se déroulant comme celle qui lentement s’écoulait à nos pieds…

Claude

10.5.07

désir de ville

J’ai des envies de ville, j’en ai marre de voir l’herbe pousser, la tondre, la voir repousser. Sans arrêt, bêtement, connement et toutes ces feuilles qui me cachent les branches des arbres du jardin. J’aime voir les branches sans toutes ces feuilles dessus, c’est mon droit non ?
Et ce silence de la campagne, ce putain de silence qui m’oppresse et m’inquiète…

J’ai envie de ville et d’odeurs du métro même celles d’aisselles mal lavées. Je m’en fous, ça vaut largement les effluves des élevages de cochons des environs
J’ai envie de remonter la rue du Faubourg St Antoine en baguenaudant jusqu’à Bastille en vérifiant bien sûr que les connards de casseurs se sont tirés ailleurs et j’ai envie de m’accouder à un bar dans la rue de Lappe en grignotant quelques tapas.
Et je pourrais peut être échanger deux ou trois conneries avec un mec que je connais ni des lèvres ni des dents et que je ne reverrai jamais

J’ai envie de descendre de l'immeuble, de renifler le boulevard sans savoir vers où je vais me diriger, décider au dernier moment en fonction d’un bus qui passe ou de suivre une nana qui se déhanche comme pas une en direction de la gare de Lyon ou d’ailleurs pour ce que j’en ai à foutre, vers là ou ailleurs je me serai rincé l’œil pour pas cher…
J’ai envie de ville, là où je ne pas emmerdé par l’herbe qui envahit tout, là où le bruit citadin me donne l’impression que je vis encore un peu.

J’ai envie de ville jusqu’au moment où son agitation finira par me porter sur les nerfs et jusqu’à ce moment où j’aurai envie de la campagne, de ses odeurs bien spéciales et de ce silence dont j’ai besoin pour pouvoir écouter si mon cœur bat encore un peu…

9.5.07

Roméo et Juliette à venir





Récemment, on a pu voir dans la presse un homme évoluer en état d’apesanteur. Vous me direz que ce n’est pas vraiment un scoop et que les expériences réalisées dans cet état sont monnaie courante depuis longtemps.
Pour réaliser cette expérience, il suffit de placer un avion dans une configuration telle que pendant quelques secondes, la pesanteur disparaît et l’on peut ainsi «voler» dans l’espace, libéré de cette force qui, inexorablement, nous entraîne vers le bas

Mais où l’anecdote commence à devenir moins banale, c’est quand l’homme participant à cette expérience est un homme atteint d’une maladie dégénérescente qui le cloue sur un fauteuil depuis de nombreuses années alors que seuls les muscles des paupières fonctionnent encore assez pour lui permettrent de communiquer avec ses semblables en se servant de robots vocaux

Et l’anecdote devient encore plus singulière lorsque on sait que ce personnage est Stephen Hawkins, ce savant extraordinaire et hors du commun, connu par ses travaux scientifiques et par ses livres à succès pourtant si difficile à comprendre dont «une brève histoire du temps» entre autres.
Un homme capable de concevoir des univers à multiples dimensions, d élaborer la théorie des supercordes pour expliquer tout le fantastique contenu dans un cosmos qui nous fascine tant et qui cache encore beaucoup de ses secrets
Et cela a du paraître extraordinaire à ce handicapé de quitter son fauteuil pour, pendant quelques instants, vaincre la pesanteur en même temps que son invalidante maladie

Quand l’expérience dans un temps si bref pour lui a été terminée et qu’il du rejoindre la dure réalité de sa condition d’être humain tellement éprouvé, il a eu ce mot
-"I think the human race doesn't have a future if it doesn't go into space"
Je pense que l’espèce humaine n’a pas de futur si elle ne va pas dans l’espace

Et cette phrase d’Hawkins qui n’est pas vraiment un auteur de science fiction de bas étage me conforte dans cette idée qui est la mienne depuis longtemps déjà: Et si le seul but de notre présence ici-bas était d’aller toujours plus loin dans ce «wild blue yonder» selon la magnifique expression anglo-saxonne ?
Et si dans nos gènes, nous étions programmés en quelque sorte pour aller toujours plus loin, toujours plus haut pour que la vie se propage vers d’autres systèmes stellaires où des planètes peuvent l’accueillir pour qu’à nouveau un autre cycle et d’autres aventures encore se continuent?

Idée irréalisable de nos jours me direz vous quand on mesure les distances mises en jeu et le niveau de nos techniques mais qui sait où nous en serons dans 100 ans, 1000 ans.
Jetons un coup d’œil aux 50 dernières années, le niveau des réalisations technologiques et des changements fondamentaux dans tous les domaines de nos existences est tellement impressionnant.

Et cette idée m’apporte quelque apaisement quand à notre présence ici-bas. Sans que nous en ayons pleinement conscience, nous sommes peut être investis d’une mission dont certes le but nous dépasse mais qui fait que notre vie collective pourrait y trouver tout son sens et sa justification.

Et quand je regarde les clochers si familiers de nos villes et campagnes, des plus prestigieux au plus modestes, je ne peux m’empêcher de me demander si leurs formes lancées vers le ciel n’expriment pas depuis la nuit des temps le désir irrépressible de s’élancer à l’assaut du ciel non pour une rencontre avec un bien hypothétique dieu mais pour répondre à cet appel qui fait de nous de futurs ensemenceurs de terres portant dans leurs gènes l’éternelle histoire des Roméo et Juliette à venir pour la faire renaître encore et toujours mais sous des cieux bien différents du notre

Claude

6.5.07

Les papillons





LES PAPILLONS DES ANNEES PASSEES

Souvent au hasard
d'une rue
sur le trottoir
d'une avenue
le long de sentiers
au coin de halliers
je cherche les papillons
de mes jeunes années
ceux dont les ailes
s'irisaient
et palpitaient
à la lumière sensuelle
des petits matins
quand par un dieu posée
perle la rosée
sur la tige du romarin
je cherche les papillons
de mes jeunes années
dans la silhouette cassée
une démarche fatiguée
dans un regard éteint
ou des gestes restreints
dans un visage vieilli
ou un pas alourdi
dans toutes ces chrysalides
à la silhouette aride
je cherche les papillons
de mes jeunes années
toutes ces beautés ailées
qui s'en sont allées
nul ne sait quand
passées dans l'autre camp
celles qui furent nos sylphides
maintenant sillonnées de rides
et dans lesquelles désespérément
je cherche les amies
si fraîches et si jolies
de mes lointains 20 ans

Claude

3.5.07

La mort de Belle

-C’est à vous ça ?
C’était le voisin de la villa d’à coté dans cette petite ville de Provence où j’habitais alors et qui remontait l’allée menant au garage accolé à la saison
J’avais jeté un coup d’œil sur «ça».
Non, « «ça» n’était pas à nous
Alors, je le remets à la rue me dit-il, il est entré dans mon jardin et je vous le ramène car je croyais qu’il était à vous
Disant cela, il était de parfaite mauvaise foi car ayant la possibilité de voir au travers la haie qui séparait nos deux propriétés, il savait pertinemment qui faisait partie de la maison ou non.
Il voulait simplement se donner bonne conscience et se débarrasser à bon compte de l’intrus
Je finis par examiner «ça» avec un peu plus d’attention et j’ai alors découvert deux yeux effrayés qui suivaient chacun de mes mouvements et un boule de poils, couleur noir et feu nichée au creux d’un bras du monsieur d’à côté.
-Bon, eh, ben ! Écoutez, laissez le moi, je vais lui donner à manger et essayer de trouver d’où il peut venir
Ce disant, je ne le savais pas encore mais j’étais piégé. «Ça» venait de rentrer dans nos vies pour plusieurs années en fait
Soulagé, notre voisin posât alors son petit fardeau dans notre allée et tourna les talons
-Bon, allez ! Viens dis-je à «ça» qui docilement me suivit dans la maison

Après quelques travaux de ravalement sur la pauvre créature qui en avait bien besoin et après une légère collation pour la remettre de ses émotions, on invita la nouvelle venue… Oui, je dis nouvelle car le "il" était une "elle" en fait une demoiselle (un bref examen anatomique nous ayant rapidement confirmé la chose), on invita donc Belle car c'est ainsi que le consensus s'établit sur ce nom, à découvrir son nouveau domaine.
Pour tout dire, Belle ainsi baptisée était une chienne avec des ascendances papillon, c'est à dire quelques kilos de poils mélangeant le marron foncé avec des reflets de feu et une affection ou un amour sans borne

Après un petit moment, notre Belle fût conviée à réintégrer le domicile, (j’allais dire conjugal non quand même pas mais elle occupa une place non négligeable au sein de la famille)…. Mais rien, invisible, notre Belle était devenue invisible. Après m’être plus ou moins égosillé dans le jardin, j’ai alors pris la voiture pour faire un tour de quartier mais rien à l'horizon! La belle avait disparu…
Ce n’est qu’à la nuit tombante et après que j'eus abandonné mes recherches que notre facétieuse se décida à sortir de la cachette qu’elle s’était trouvée dans notre haie de romarin. Probablement avait elle décidé de tester nos limites et de voir jusqu’où elle pouvait aller
Soulagé de la revoir, j’ai alors haussé un peu le ton pour lui dire de ne pas recommencer des facéties de ce genre. Toute penaude, elle a baissé la tête de contrition et tout fût dit; jamais plus elle ne recommença

Elle a vécu pendant plus de six ans avec nous. 6 ans pendant lesquels elle nous suivi dans nos tribulations diverses et variées sans jamais proférer ne serait-ce que l’ébauche d’un soupir de réprobation dans nos quelquefois aventureuses sorties
J’étais devenu pour elle son dieu. Je crois que sa raison de vivre résidait dans l’attente de mon arrivée et son plus grand bonheur était de pouvoir s’allonger à mes côtés sur le canapé lorsque je lisais un livre ou mon journal. Et là, sa tête en contact avec ma cuisse, elle était une statue de la béatitude personnifiée

Un matin, toujours en Provence où entre temps nous étions revenus, j’ai pris la voiture pour faire quelques achats à la ville voisine. Evidemment Belle m’a suivi et s’est faufilée par la porte ouverte du véhicule pour se coucher comme elle le faisait d’habitude derrière le siége conducteur mais cette fois sans que je m’en aperçoive
C’était en début d’été et la température extérieure était déjà élevée sans parler de celle régnant dans un véhicule à l’arrêt le temps de mes achats
Ce n’est qu’après mon retour que soudain quelqu’un s’est enquis de l’absence de Belle. L’idée m’est venue brusquement: La voiture. J’ai couru à la voiture garée devant l’entrée du jardin. Elle était là, couchée à sa place habituelle. Morte.
Je pense qu’elle est décédée d’un coup de chaud comme on dit.
Tant d’années après, elle me manque souvent la petite Belle.
Elle me manque car c’est une partie de ma vie qui s’est évanouie avec elle, cette petite chienne pour qui j’étais un dieu. Un dieu qui l’a trahie par négligence ou étourderie comme tous ces « dieux » dont c’est la marque de fabrique en quelque sorte, ces « dieux » vers qui nous nous retournons mais dont la vigilance est bien souvent prise en défaut, occupés qu’ils sont à bien d’autres besognes et qui en oublient l’essentiel, cet essentiel si longtemps caché dans les yeux d’une petite chienne perdue…

Claude


1.5.07

Patchwork song





PATCHWORK SONG

Nous avons probablement tous en nous des scories de souvenirs qui nous encombrent plus ou moins la mémoire.
Nous avons tous comme ça des lambeaux de mots ou de phrases qui reviennent de temps à autres à la surface
Ils se rattachent à des moments de notre existence, tristes ou malheureux, graves ou légers et souvent prennent appui sur des chansons.
Les chansons ! Vous savez, ces drôles de petites choses faites de mots et de notes et qui s’enfouissent en nous pour réapparaitre aux moments les plus inattendus
Les chansons, ces attendrissants et fragiles assemblages dont des parties revivent soudain donnant de bien curieux résultats lorsque qu’on s’amuse à les mettre ensemble pour ce qui pourrait être une autre chanson…


Besa me, besa me mucho
Petit pain et croissants chauds
Tico tico par ci, tico tico par là
Longue guêpières et talons plats
Pendant que ma fille
Tu tires l’aiguille
Et que j’égrène au souffle de l’été
Cet étrange florilège
Qui ne veut pas passer
Au coin de la rue là bas
Au rythme d’une samba
Ou du blues souffreteux
D’un rocker de banlieue
Je regarde ces gens là, Monsieur
Où on n’essuie plus les verres au fond du café
Où on ne subit pas la mer au fond du carré,
Où on espère, Monsieur, ou on croit qu’on espère
Alors que d’autres s’amusent au parterre
Avec de ces soldats sans arme
Qui n’auraient plus de larmes
Qu’on aurait habillé comme des pantins
Pour partir à la mort dans le petit matin
Pour un destin que l’on dirait perdu
Tout ça à grands coups de pied au cul
Mais chez ces gens là, Monsieur, on s’accroche
Les yeux levés au ciel et les mains dans les poches
Et l’on regarde la belle fille de la rue d’en face
Et la fumée du dernier train qui passe
Ainsi va la vie recouverte de chansons
Dans un air de guitare et un pleur d’accordéon.

Claude


29.4.07

le banc de pierre




Dans le fouillis fleuri qui s'étend devant le banc de pierre fait de vieux linteaux récupérés lors de la reconstruction de mon mur de jardin, je vois avec tristesse que les abeilles ne sont pas au rendez-vous cette année ou alors en tout petit nombre et pourtant les coroles sont maintenant bien ouvertes et répandent vers ciel des senteurs supposées alléchantes
Et l'on me dit que les grenouilles, salamandres et autres crapauds sont en train d'être rayés de la surface de notre terre nourricière
Et pendant ce temps là, à pleins écrans et pleins micros, nos femmes et hommes politiques bourdonnent et coassent à qui mieux mieux.
Bordel de merde, le monde est bien mal foutu...

PS: La vue jointe est celle du bout de mon banc et de la jungle qui l'entoure

28.4.07

Cosmos




Je n'ai rien d'autre à dire
Notre chance est d'ignorer d'où viennent les lointains
Et de quel azur s'alimentent les fournaises
Nous avons vocation d'ignorer tant de choses


Denis Clavel, "La théorie de Delphes" (2002)

Ils sont beaux ces mots et je les aime. Surtout ceux de la fin de la citation
"Nous avons vocation d'ignorer tant de choses".

J'ai découvert ces phrases placées en exergue d'un article où je tentais avec difficulté de comprendre ce que pourrait bien être la matière noire (mais je ne sais toujours pas qui en est exactement l'auteur de ces mots)
La matière noire, vous savez, c'est cette "masse" qui rentrerait dans la composition de l'univers en proportion importante, une présence invisible mais bien utile pour expliquer certains mouvements de galaxies et des amas qu'elles font entre elles

Une masse dont on ne sait même pas de quoi elle est ou serait faite, quels en seraient ses constituants si singuliers qu'on ne peut même pas imaginer à quoi ils ressemblent. Les spécialistes appellent cela de la matière non baryonique. En d’autres termes, derrière les termes savants, on ne sait pas

Et me vient à l'esprit de savoir ce que l'on connaît de l'univers? Peu de choses selon toute vraisemblance
Aujourd’hui, en tous les cas, beaucoup de théories s'opposent ou se complètent pour l'expliquer, des théories qui renvoient à certains modèles qu'une observation fortuite vient bientôt balayer.
Beaucoup de découvertes sont encore à faire Dimensions qui nous sont incompréhensibles, univers jumeaux invisibles, trous noirs qui peut être rejettent la lumière…Tant de choses dont peut être un jour nos lointains descendants auront une vision plus juste?
Il est vrai, sans mensonge, certain et très véritable: Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas nous a dit le Trismégiste
Alors peut être que la réponse réside t-elle dans nos cerveaux qui seraient une réplique dans l’infiniment petit de ce que l’on pressent de l’infiniment grand
Mais le saurons nous un jour puisque nous avons vocation d'ignorer tant de choses, n'est ce pas?

Plutôt d'être de formation littéraire par goût et juridique par choix, j'aurais de loin préféré être un scientifique de haut niveau pour pouvoir me lancer dans ce fascinant sujet à l'instar d'un Hubert Reeves par exemple. Mais ne rêvons pas...

J'ai pourtant une intuition qui me poursuit de plus en plus: L'univers serait avant tout une formidable machine faite pour créer la vie, tendu vers ce but ultime comme une nécessité incontournable, faire en sorte que des molécules s'assemblent, s'organisent et finissent par se reproduire à leur seule initiative
Et en corolaire à ces molécules organisées dont nous ne sommes qu'un exemple, la nécessité de l'éveil de la pensée dans un support dont un corps humain n'est qu'un exemple.

Et je crois que la vie fourmille dans l'univers, partout là où les conditions qui lui permettent de s'épanouir sont réunies.
Et les découvertes récentes de plus en plus fréquentes montrant des planètes aptes à accueillir ce formidable phénomène que constitue la vie me confortent dans cette pensée
Non, nous ne sommes pas seuls dans l'univers et peut être que nous ne le saurons jamais de façon définitive mais je crois qu'autour d'un quelconque soleil à des centaines ou des milliers d'années-lumière de chez nous d'autres êtres aiment, souffrent, vivent et meurent emportés dans ce ballet que dansent tant de mondes tellement semblables ou différents du notre sous des formes si semblables ou si différentes des notres

Et nous alors là-dedans empêtrés dans nos sordides querelles et nos préoccupations de boutiquiers imbéciles ?
Je crois que nous ne sommes rien de plus que des produits du hasard et de la nécessité comme il a été dit
Ceux qui me connaissent savent la profonde aversion que j'éprouve vis à vis des religions et de tous leurs clergés avec leurs cortèges d’intolérance et de dogmatisme.
Les récits de création du monde de tous les « livres saints » me paraissaient au mieux loufoques et au pire complètement absurdes.
Et ces récits ont été la cause de morts innombrables au fil des temps et ce n’est pas fini, malheureusement selon toute vraisemblance

Je m’évertue à respecter la croyance de mon prochain et en retour j’espère qu’il en fera de même à mon endroit.
Aussi je vais vous dire le fond de ma pensée : Je crois que nous ne sommes là que parce qu’il fallait que nous le soyons.
Je pense que «l’œuf» originel, celui du « big bang », était gros des vies a venir dans l’univers naissant et qu’il suffisait d’attendre que les particules élémentaires se recomposent pour que nécessairement naissent la vie et la pensée…

Nul besoin d’un créateur qui nous aurait fait à son image, nul besoin d’intervention divine avec son accompagnement de paradis et d’enfer dans ce processus.
Je pense que le ciel dans ce domaine est vide.
Je suis donc profondément athée à la lueur de ce que je viens de dire. Pourtant je ne peux m’empêcher de penser qu’il existe peut être un grand dessein, une direction, un plan sous la direction d’un grand horloger ou d’un grand architecte mais que nous n’y sommes que d’infinitésimales moisissures auxquelles ne sera jamais accordé le privilège de comprendre le pourquoi de tout ça dans leurs brèves existences.

Alors que nous reste t’il pour ne pas sombrer dans un océan de désespoir: Que l’essentiel en fait: Des cris d’enfants qui escaladent le ciel, l'étincelle qui traverse l’œil d’une femme qui aime, le bruit du vent qui chuchote ses secrets en haut dans la ramée et le vol des oiseaux qui égratignent les cieux au moment où, vers l’est, le soleil une nouvelle fois sombre pour se cacher derrière les horizons.

Que cela, rien que cela mais tout cela pour inonder et faire battre nos cœurs entre ces deux rives immuable qui bornent nos vies: celle de l’informulé dont nous venons et le néant vers lequel nous nous dirigeons…

Claude

25.4.07

Porte de Vanves ou d'Orleans?




Porte d’Orléans ou porte de Vanves. Je ne me souviens pas très bien. En fait j’opterais plutôt pour celle d’Orléans
Elle m’avait retrouvé 7 ans après que nous nous soyons quittés.
7 ans c’est considérable à mon âge actuel, beaucoup moins lorsque on est encore jeune comme nous l’étions à cette époque
Je lui avais demandé comment elle avait fait pour me retrouver mais elle avait préféré garder le secret et je n'avais pas insisté.

Je crois déjà avoir raconté cette histoire mais quelle importance?

Elle était venue m’attendre à Orly. Je me souviens de la voir, immobile, au pied d’un escalier.
On s’est embrassé comme si nous venions de nous quitter la veille
Nous avons pris un taxi pour aller à la chambre qu’elle louait dans cette rue dont j’ai oublié le nom
Une chambre modeste car elle ne roulait pas l’or. En fait, elle travaillait comme standardiste dans une compagnie d’assurances dont les bureaux étaient Avenue de Wagram et Paris a toujours été une ville difficile à vivre pour ceux disposant de revenus modestes.
J’ai été par la suite à sa rencontre en ces lieux et nous aimions à marcher dans le quartier qui entoure la gare St Lazare

En attendant, je m’en souviens de cette minuscule chambre comme d’un morceau de paradis.
Mais la mémoire est bien sélective et ce qui me reste de ces retrouvailles est bien curieux.
Quand on est rentré, elle a ouvert la fenêtre et y a installé le sèche-linge sur lequel elle avait accroché des sous-vêtements
Elle m’a expliqué qu’un dingue des environs lui avait déjà volé quelque unes de ses petites culottes et qu’elle devait attendre d’être présente dans sa chambre pour pouvoir exposer son linge à l’extérieur.
Elle était en colère en me racontant ça et cette colère la rendait encore plus belle à mes yeux
Elle avait préparé un repas léger que nous avons pris ensemble en continuant de parler
Puis nous avons fait l’amour

Et j’ai le souvenir de l’eau coulant sur sa peau alors qu’elle se lavait à l’évier de sa chambre, cuisine et salle d’eau, tout ça ensemble…

Quand je partirai, je serai un voyageur au bagage très léger mais dans mon bissac, c’est cette vision que je voudrais avoir comme compagne de voyage pour être à mes côtés jusqu’à cette porte qui nous attend et au delà de laquelle nul n’est revenu pour nous décrire le chemin à parcourir si toutefois chemin il y a…


PRIÈRE A SAINT PIERRE

Quand je devrai m’en aller
Oh, grand gardien des clés!
Sois gentil et permets que je prenne
Avec le chant d’une sirène
Comme seule possession
Et cette pensée comme frisson
Une naïade sortant des eaux
Du dessin de ses hanches
Pour amener aux anges
De la terre comme cadeau
Comme simple présent
D’un fugitif moment

Oh! Grand Saint Pierre
Promets moi les enfers
Mais laisse moi prendre
Et garder dans mes mains
Cette courbure d’un sein
Et cette douceur d’un ventre
Où se pose mon oreille
Et qui s’en émerveille

Oh, grand Saint Pierre
Toi qui peut tout
Permet ce rêve fou
D’emporter sous la pierre
La pensée de cette fille fleur
Qui respirait le bonheur
Dans une chambre sans âge
Où j’épiais son visage
Quand, nue, elle se lavait
Et quand l’eau glissait
Sur sa peau de miel
Y créant tant d’arc-en-ciel
Que le lieu en devenait ainsi
Un peu de ton paradis

Grand Saint Pierre
Dis! S’il te plaît,
Même si en enfer
Pour prix de mes péchés
Tu devras me diriger
Sois gentil et permets
Ce bagage bien léger
Ce soupçon de tendresse
Pour me faire pardonner
De tant avoir manqué tes messes

Claude

17.4.07

Clair de lune























Le flot
a capturé
un rayon de lune.
Il l'emportera
pour l'étreindre
dans les remous
d'une vague
moribonde

Claude




16.4.07

A poil, dans la nature

Vous n’aurez pas été sans remarquer la Kolossale finesse du titre de mon billet de ce matin. Il convient en effet que je me soucie de la fréquentation de mon blog et si mon audience d’aujourd’hui ne dépasse pas la demi douzaine de personnes c’est à vraiment désespérer de tout.
Mais je plaisante bien sûr, ceux qui me connaissent le savent bien que de cette fréquentation, j’en ai vraiment rien à foutre…

Mais ce n’est pas le sujet de ces quelques lignes. A cette lointaine époque, j’habitais à Berlin et c’est une ville que j’ai beaucoup aimée, une des villes où vous pouviez partir du centre ville et vous retrouver quelques minutes après au milieu de la forêt, loin de la ville et de son agitation permanente
Je n’y suis jamais revenu depuis le milieu des années soixante dix. Probablement que la disparition du mur a du changer pas mal de choses.
C’est en effet un paradoxe car ce fameux mur, exécré à juste titre, jouait en même temps un rôle de protection au profit de cette «île» perdue dans un univers hostile et étranger

Lorsque la météo s’y prêtait, j’aimais à parcourir les longues années cavalières qui coupaient en tous sens la forêt. C’est ainsi que je suis tombé vraiment par hasard sur une petite plage bordant un lac du côté de Wannsee si mes souvenirs sont bons
Il n’a pas fallu longtemps pour m’apercevoir que je venais d’atterrir sur une plage où, en toute quiétude, des nudistes s’adonnaient à leur sport favori : Celui qui consiste à s’offrir tout nus aux doux rayons du soleil et attendre que ça sèche…
Dilemme : Je pouvais rebrousser chemin, faire un détour pour éviter ces corps exposés, passer mon chemin puisque le chemin traversait la plage et enfin faire comme tout le monde
Ce que je fis sans plus d’hésitation et j’entrepris de me mettre dans l’appareil de ceux que je voyais exposés à mes yeux, c'est-à-dire dans celui le plus simple selon l’expression consacrée

Et c’est ainsi que mes chaussures tenues d’un côté et mes vêtements bien roulés sous l’autre bras (j’ai bien dit mes vêtements et non pas ma bite comme dans une chanson de Brel, il ne faut rien exagérer quand même) je me suis bravement aventuré sur le fameux chemin, mon service trois-pièces se balançant gaiement au rythme de la marche que je voulais la plus majestueuse possible

A mon grand désappointement, ma traversée impromptue n’a soulevé nulle marque d’intérêt particulier parmi l'assistance. Nul n’a semblé s’intéresser à ma progression et pourtant j’étais bel homme à l’époque (mais je ne suis pas mal aujourd’hui encore, si, si, je vous assure)

Soyons franc, je devais avoir l’air passablement con dans ma tenue ou plus exactement dans mon absence de tenue en zigzaguant au milieu de tous ces corps plus ou moins affriolants

Arrivé de l’autre côté, je me suis rhabillé sans que personne ne songe à venir me féliciter pour mon courage et pour mon désir de me fondre dans le paysage. La prochaine fois, je marche sur les mains… J’aurai peut être plus de succès surtout à poil

Mais bon, cette minuscule anecdote me fait encore sourire aujourd’hui.
Et ne cherchez derrière ces quelques mots un sens ou un message caché sauf que je n’ai jamais très bien compris le plaisir éprouvé à se trimballer à la vue de tous en tenue d’Adam (ou d’Eve pour les dames) mais chacun doit pouvoir faire comme il veut dans la vie

Mais quand même, je pense que quelques centimètres de tissus placés aux endroits les plus stratégiques de nos anatomies ne sont pas mal non plus.

Et comme je suis en veine de confidences, je vais vous en faire une supplémentaire, je suis sensible aux coups de soleil et je préfère autant éviter d’en attraper un sur les joyeuses. Il y a tellement mieux à leur offrir à ces petites boules là pour qu’elles se mettent à chanter mais pas pour cause de rissolement….

Claude

14.4.07

Mais me retiennent....

Je le sais maintenant.
Si je n’étais pas persuadé que notre accession à la lumière dans cette vallée de larme que l’on appelle la vie était notre seul et unique essai, je crois que j’aurais franchi le pas consistant à trancher le fil de cette existence là pour accéder à une autre
Mais me retiennent mes petits matins accoudés à ma fenêtre pendant que je contemple vers l’ouest la campagne engourdie de sommeil alors que les oiseaux parcourent le ciel dans leur premier vol de reconnaissance du jour à peine naissant
Mais me retiennent les nuages et leurs promesses de futures floraisons
Et me retiennent le frémissement du vent dans la cime haute des arbres
Et me retiennent les bruits de l’ondée sur la terre assoiffée
Et me retiennent les sourires d’une femme qui se mélangent aux couleurs d’un ciel qui de bleu se réveille
Et je clos mes yeux et je m’en retourne à d’insignifiantes besognes où le regret de ce qui fut se mélange avec ce qui aurait pu être

Claude

Le pull




LE PULL

En l’attendant, je branchais ma chaîne hi fi sur une station de radio classique. Brahms succédait à Chopin et le bruit déchirant d’un violon qui pleure précédait les cristallines voix de soprani mozartiennes dialoguant à l’infini…

Et je guettais ses pas montant l’escalier qui menait à l’appartement.

Quand j’ouvrirai la porte avant quelle n’ait eu le temps de frapper, je sais qu’elle sourira en même temps que je le ferai en retour
Selon la saison, elle portera son long manteau qui descend très bas, presque jusqu’aux chevilles et qui lui amincit tant la silhouette ou alors cette veste verte légère et elle posera l’une ou l’autre pièce de vêtements sur le canapé du fond.

Commenceront alors ces longues séances d’échanges, nous parlerons à bâtons rompus sur de sujets les plus divers sans que vienne s’instaurer ce sentiment de gêne que je connais bien quand je m’ennuie face à un interlocuteur (et cela m’arrive souvent)
A ces moments, j’ai peur de me trouver à court de mots alors que insidieusement s’instillent la lassitude et la nécessité de devoir trouver un autre sujet alors qu’on n’a pas encore tout à fait fini celui dont on s’entretient.
Et les phrases deviennent de plus en plus difficiles à franchir la barrière des lèvres et les idées de plus en plus dures à coordonner pour enfin tomber dans un silence contraint que je romps en racontant n’importe quoi tout en souhaitant que cet entretien se finisse au plus vite…

Je n’ai jamais eu cette sensation pendant nos rencontres et s’il est arrivé que le silence s’installe parfois brièvement entre nous, les accords que nous entendions venir du fond de la pièce suffisaient à combler les quelques vides que nous laissions entre nos paroles.
Nous tentions alors de découvrir le nom de l’œuvre ou celui du compositeur et je perdais à tous les coups, je n’ai malheureusement aucune mémoire musicale et si j’apprécie par-dessus tout la musique que l’on qualifie de classique, je suis un vrai handicapé quant à la dénomination des œuvres…

Le froid s’était attardé sur Paris cet après midi là et je m’étais aperçu qu’elle avait ramené sa veste légère d’un geste frileux sur sa poitrine, j’avais donc été chercher dans l’armoire de la chambre l’un de mes pulls en cachemire pour le lui tendre. Elle l’avait mis sur ses épaules et noué les manches à son cou et j’avais bien aimé le spectacle qu’elle présentait avec ses cheveux blonds au dessus de cette masse enroulée en teintes légères de gris.

Et puis elle avait du repartir de l’autre côté de Paris là où elle habitait ce qui impliquait plus d’une heure de trajet et elle n’aimait pas trop se déplacer en transports en commun après une certaine heure du soir

Elle m’avait redonné mon pull que j’avais placé sur le valet de la chambre avant de le remettre plus tard à sa place dans l’armoire.

Je me suis activé quelque temps à ranger salon et cuisine et puis comme l’heure déjà était avancée, je me suis mis au lit

Je me suis réveillé dans la nuit avec la sensation d’une présence à mes côtés.
Pleinement réveillé maintenant, j’ai haussé les épaules et je me suis retourné pour essayer de retrouver le sommeil mais, lumières éteintes, cette même sensation est revenue et j’ai actionné la lampe de chevet placée à mes côtés
J’ai balayé du regard la chambre et c’est là que mon regard s’est attardé un instant sur le pull bien rangé sur le valet et j’ai eu la certitude que la sensation que je ressentais était beaucoup plus qu’une simple illusion et s’appuyait sur un élément matériel

Je me suis donc levé et j’ai soulevé le pull. Et soudain, j’ai compris: Le parfum, son parfum, celui qu’elle utilisait en permanence.
Et je me suis souvenu qu’elle m’avait dit : -Il va sentir bon, ton pull!!!
Je n’y avais pas prêté trop d’attention mais voilà qu’une odeur, la sienne, emplissait la chambre de sa présence.
D’un mouvement machinal, j’ai plongé mon visage dans cette douce symphonie odorante.

C’est alors que j’ai eu une violente pulsion sexuelle, irrépressible et imprévue
Tenant toujours mon vêtement contre mon visage, respirant cette magie que savent exprimer les parfums de qualité, je me suis étendu à nouveau sur le lit
Couché sur le dos, ma main est descendue à hauteur du sexe qu’elle a enserré machinalement et j’ai laissé ses mouvements se faire de plus en plus insistants, de plus en plus pressants alors que j’avais posé mon cachemire au creux de mon épaule….

Un simple exercice de masturbation me direz vous. Oui, bien sûr et vous aurez raison et tort tout à la fois car ce plaisir par essence solitaire s’est partagé entre fantasmagorie pure et réalité d’une odeur prenante, je caressais en fait en pulsions olfactives sa deuxième peau laissée là à ma disposition après qu’elle eut quitté l’appartement

J’ai donc fait l’amour sans honte ni pudeur avec une odeur et cette pensée ne m’a pas quitté jusqu’au au moment où s’est enfin déclenché l’orgasme en longues secousses libératrices
J’ai fait l’amour à une odeur dans le silence d’une chambre dont chaque recoin d’espace était empli d’une omniprésence pleine et singulière…
J’ai fait l’amour à une image revêtue de parfum…
J’ai mimé les gestes de l’amour en respirant un parfum habillant une image…

Depuis longtemps maintenant, ce parfum a rejoint le doux paradis des fragrances fragiles qui passent et s’évanouissent en ondes légères et odorantes mais le pull, lui, est toujours bien là et ce n’est pas sans trouble que je le déplie pour devoir affronter les frimas de l’hiver quand encore une fois le moment en est venu

Claude



12.4.07

La main




C’était le troisième voyage en ces lieux qu’il faisait. Cette fois, il s’estimait être proche du but qu’il s’était fixé.
Ses recherches avaient commencé voilà bien longtemps, de bibliothèques privées en établissements publics à travers le monde.
C’est dans l’un de ceux là, à Lisbonne précisément, à la Biblioteca Nacional de Lisboa qu’il avait fini par pouvoir lire le parchemin qui manquait à sa quête, écrit voici longtemps par Pedro Alvares Cabral qui s’était inspiré des écrits d’un moine dont l’histoire a perdu le nom et adressé à sa très gracieuse Majesté catholique Sebastian premier
Un dictionnaire d’une langue de ces temps là, des dessins, des croquis et, fait rare, des descriptions de cérémonies païennes comme l’on disait alors mais l’on sentait bien que le rédacteur, à, défaut de comprendre, s’était efforcé de retranscrire ce qu’il voyait sans porter de jugement et encore moins sans condamner ce qui est exceptionnel à cette époque
L’ouvrage fournissait aussi des cartes qui, à défaut d’être précises, fournissaient quand même des renseignements précieux pour localiser ce qu’il était venu chercher là

Il avait pu convaincre des porteurs Amayas lors la traversée du dernier village de l’accompagner et il avait commencé sa lente progression vers les collines qu’il devinait à peine dans le lointain.
Il avait pu lors des campements nocturnes se rassasier de spectacles à couper le souffle. Accroupis autour d’un maigre feu avec ses porteurs indigènes, il avait laissé son imagination vagabonder et prendre son essor parmi les magnifiques constellations qui trouaient la voute céleste au dessus de lui.
A sa grande surprise, tournés vers certaines étoiles, ces derniers s’étaient livrés à des incantations dans une langue inconnue et en tous les cas, différentes de celles pratiquées dans cette région que maintenant il connaissait bien et il avait pensé qu’on était loin de tout savoir sur la connaissance des Indiens sur leur histoire ancienne et les cultes des temps reculés

6 jours de route avait-il prévu, 6 jours de difficile progression entre forêts denses et savanes à hautes herbes, au milieu des moustiques, des sangsues lors de la traversée des rios. Enfin, tous les inconvénients de la vie sous les tropiques mais il était en excellente forme physique et le but proche l’exaltait et lui fournissait le surplus de motivation dont il avait besoin pendant les moments vraiment difficiles
Ce fut soudain et ça se produisit l’après midi du cinquième jour. Les collines apparaissaient maintenant toute proches. Après une pause où il venait de s’éponger le front, les porteurs lui firent comprendre que leur rôle s’arrêtait là. Il eu beau tenter de les persuader de continuer avec lui, ils secouèrent la tête avec vigueur en montrant de signes évidents de terreur
De guerre lasse, il fit un tri de ce qui lui paraissait absolument indispensable à la poursuite de sa mission. Accroupis sur leurs talons, visages impassibles, ses deux compagnons le regardaient en silence. Il fit quelques aller et retour pour mettre en sureté ce qu’il laissait derrière lui. Ils ne firent aucun geste pour lui prêter main forte comme si un mur invisible les empêchait de faire un pas au-delà d’une certaine limite
Haussant les épaules, il continua à entasser dans son sac ses affaires et se remit en route. A un moment alors que la pente commençait à s’accentuer, il se retourna pour faire un signe en direction des deux hommes qui jusqu’alors l’avaient accompagné mais ils avaient disparu aussi poursuivi t-il son chemin lesté de quelques kilos supplémentaires

C’est dans la soirée du lendemain qu’il atteignit le point sensiblement à mi colline. De ce point, il pouvait nettement apercevoir le Punta Del Rey et l’Acurpara comme prévu dans le grimoire lu au Portugal. Au moment où le soleil fut sur le point de disparaître, le dernier rayon avant que la nuit engloutisse le paysage frappa un endroit de la paroi qui le dominait. Il mémorisa avec soin ce point et commença les préparatifs de son campement

Il fût réveillé tôt accompagnés par l’incessant et surprenant vacarme de la vie tropical au lever du jour: Oiseaux, insectes et des bruits non identifiables, peut être des singes hurleurs mais c’était loin du coté où s’épaississait la forêt
Dès qu’il fût prêt, il se mit en route en direction du point vu la veille. La pente était devenue franchement raide l’obligeant à des pauses de plus en plus fréquentes et c’est seulement dans l’après midi bien entamé qu’il arriva à ce point dont il avait depuis si longtemps rêvé : Une petite plate forme et, à peine visible, dans la parois rocheuse l’amorce d’une grotte.
Il posa sur le sol son sac et se redressa en poussant un soupir de soulagement en frottant ses reins endoloris
Il se mis à quatre pattes pour franchir l’entrée mais très rapidement les parois se redressèrent au point qu’il pu continuer sa marche en se tenant debout. Au fur et à mesure de sa progression, il sentit que la température baissait et c’est dans une relative fraîcheur qu’il lui était maintenant possible de continuer sa marche
Sur ses gardes au début, dans la crainte qu’un animal sauvage ait pu se servir de cet endroit comme tanière, ses craintes peu à peu s’évanouirent car rien n’indiquait que la grotte ait servi de refuge à qui ou quoi que ce soit. Le sol fait d’un sable de grés était agréable pour le déplacement et ne portait aucune trace de vie ancienne ou récente

Il atteignit enfin ce qui se présentait comme un cul-de-sac mais il savait sur quoi exactement quoi faire pour poursuivre plus avant
Et comme prévu, la paroi s’écartât doucement sans à coup pendant qu’une odeur étrange atteignit ses narines. Hésitant, il resta immobile pendant que son cœur accélérait ses battements, sa lampe frontale perçait l’obscurité devant lui dans ce lui paraissait être un pièce de dimensions relativement réduites et creusée à même la roche environnante
Il finit par enfin franchir le seuil et balaya l’espace qui s’offrait à lui de gauche à droite
Ce qui attira son regard, ce fût tout de suite des coffres de dimensions importantes posés là contre les murs, 3 à gauche, 2 à droite.
Il s’avança, les coffres lui paraissaient avoir été confectionnés de cuir animal et le temps les avait ridé de façon extraordinaire

Le cœur toujours battant fort, il s’approcha du premier et le rayon de sa lampe fit jaillir des reflets des objets qu’il découvrait : Des masques cérémoniels, des couteaux, des armes aussi apparemment, le tout finement ciselé d’une main sûre et artistique.
Fébrilement, il continua ses investigations, le deuxième coffre recelait ce qu’il reconnu comme étant des vêtements de cérémonie porté par les prêtres des anciens cultes, richement brodés avec leurs parures de plumes, le tout dans un état parfait de surprenante conservation.
Un autre coffre ouvert offrit un spectacle féérique de milliers de pierres précieuses et il ne put s’empêcher d’un faire couler une pleine poignée entre ses doigts et c’est comme si un fleuve de feu prenait naissance soudain avant que de revenir aux ténèbres
Rien que pour le plaisir des yeux, il s’amusa à recommencer à faire couler la rivière scintillante
Pour briser le silence, il dit quelques mots à voix hautes qui les murs lui renvoyèrent en forme d’écho si gênant que, très vite, il se contraint au silence

Une cavité creusée en retrait dans la roche attira soudain son regard. Il n’y avait pas immédiatement prêté attention et il se dirigea vers elle
Peu profonde, elle présentait une saillie sur laquelle était posé un boite oblongue d’environ une quarantaine de centimètres de large et quelques centimètres de haut et apparemment faite de la même matière animale que les coffres déjà explorés
Intrigué il pénétra dans cette niche. Pendant une fraction de seconde, il eut comme une hésitation puis se décida à offrir le couvercle
La représentation d’une main humaine, voilà ce qui s’offrit à sa vue et sa première réflexion fut d’en relever le degré extrême de réalisme et ce spectacle le troubla
Paume ouverte comme dans un geste d’invite, doigts légèrement écartés et le pouce faisant un angle de 90° avec le reste des doigts, elle présentait gravés ou »tatoué» à même la matière de curieuses représentations graphiques de ce qui pouvait être un quartier lunaire et l’ébauche d’une croix
Il se pencha vers l’avant pour mieux distinguer ce qui semblait être des symboles.
Alors qu’il accomplissait ce mouvement vers l’avant, la main sembla irradier une certaine forme de chaleur et puis, comme mus par un puissant ressort, elle quitta le tissu de couleur rouge sur lequel elle reposait et vint s’agripper à son cou
De surprise, il se recula et son premier réflexe fut de saisir l’objet et de tirer pour se libérer de son emprise mais, peine perdue, la main ou quoique cela fût, serrait maintenant de plus en plus. Saisi par la panique et la respiration complètement coupée, il voulu se mettre à hurler sans plus de résultat qu’une vague plainte étouffée. La pression devenait de plus en plus forte et ses deux mains posées sur l’étrange main ne lui étaient d’aucun secours.
Tout à sa peur, il ne remarqua pas que la paroi, doucement, s’était refermée derrière lui
Il se sentait maintenant de plus en plus faible, ses jambes commencèrent à trembler et il tituba.

Dans un mouvement qu’il fit, le rayon lumineux de sa lampe frontale illumina un bref instant l’intérieur de la boite de cuir grande ouverte et à la place qu’occupait la main, il eut le temps de voir un diamant de couleur bleutée d’une taille comme il n’en avait jamais vu et brillant de mille feux
Le dernier mot qui parvint à ce qui lui restait encore de pensée consciente fut «BEAUTE»
Puis, dans le silence absolu des lieux un faible craquement sinistre se fit entendre, l’inexorable et mortelle pression venait d’écraser le larynx et la région du cou environnante, ses jambes finalement finirent par se dérober sous lui et il mourut avant même de toucher le sol.
Et puis il n’y eut plus rien, rien que l’obscurité retrouvée de la grotte quand sa lampe torche se brisa dans sa chute.

Claude


7.4.07

Du phénix à la biture




Vous le savez comme moi que les corps de métier aiment à jargonner. C'est-à-dire que les spécialistes de tout poil aiment à utiliser un langage qui leur donne l’impression de faire partie d’une « élite » dont les autres n'en possédant pas les clés sont par nature exclus. Vanité humaine !!!
Pourtant bien souvent tous ces techniciens usent de termes dont l’histoire ou les racines leur échappent là où l’observateur attentif ou simplement curieux trouvera matière à remonter mythes et temps qui les accompagne
Prenons l’exemple, si vous voulez bien du biologiste procédant à la purification de pigments par chromatographie. Il peut avoir à distinguer deux constituants affublés du doux nom de phœnicoptérine pour l’un et d’adonirubine pour l’autre. Il pourra ensuite obtenir la beta ionone, l’un des constituants de ces éléments cités ci-dessus. Vous me suivez hein ?

Revenons en donc à notre phœnicoptérine:
Dans ce constituant se cache un piment rose, celui trouvé dans les ailes du phœnicopterus roseus qui n’est rien d’autre que le flamand rose. Et derrière ce dernier se profile le Phœnix ou oiseau de feu, cet mythique oiseau solitaire qui vit 7 ans dans le delta du Nil et s’envole vers la Phénicie (le Liban actuel) pour y mourir ailes étendues au soleil pour renaître de ses cendres le lendemain.
Saura t-il faire, notre grand savant, la liaison avec la Phénicie dont les fiers marins sillonnèrent en tous sens la Méditerranée et certainement beaucoup d’autres mers en franchissant les colonnes d’Atlas
Le saura t-il que ces marins naviguaient sur des bateaux dont la proue était de forme phallique en souvenir de Cyparisius, ce beau berger dont Apollon tombe amoureux ? Zeus, jaloux, va transformer le berger en arbre, en Cupressus qui n’est autre que notre cyprès
En souvenir de cet évènement mémorable et arrivé à quai, notre marin phénicien va attacher le phallus en cyprès à la bite du quai avec une corde. Et c’est de cette façon que nait l’une de nos plus anciennes mesures connues: La biture
Et attention au matelot qui aura trop voulu célébrer Bacchus avant de toucher terre !!!





Revenons maintenant à l’autre piment, de couleur rouge celui-là et qui s’appelle l’adonirubine, vous vous souvenez ?
Ce piment se trouve lui dans les pétales d’une renonculacée, Adonis annua, tel est son nom.
Rappelez vous l’histoire : Vénus se promène et tombe amoureuse du beau et valeureux chasseur Adonis qui, malheureusement bousculé par un sanglier meurt au pied de la belle. Pour la consoler, Zeus transforme le chasseur en une fleur l’Adonis goutte de sang

C’est ainsi qu’à chaque extrémité de la molécule de phœnicoptérine et d’adonirubine, notre biologiste poète va trouver ce qu’on appelle un noyau cyclique: La beta ionone dont le nom vient d’Iona, déesse grecque des parfums
C’est grâce à cette beta ionone que l’on parvient à détacher les couleurs des éléments couleurs lesquelles seront remplacées par des senteurs au doux parfum de violette, exhalation ultime du noyau cyclique et c’est ainsi qu’on assiste à la transmutation de la magie des couleurs à la séduction subtile des parfums
Et nous voici de plein pied en terre d’alchimie en souvenir d’Al Chemesh, divinité solaire des Sémites mais ça aussi notre bien savant biologiste saura t-il le comprendre?

Nous avons donc pu, vous et moi, effectuer de concert un voyage en pays de mots et d'histoire mythique en compagnie de ces mots qui sont les fleuves souterrains de nos fantasmes et de nos rêves, dont on perd souvent le chemin de la source qui les vit naître mais qui pourtant existent et nous attendent pour abreuver nos curiosités souvent insatisfaites

6.4.07

Sur les quais




J’apporterai mon pas fatigué aux bornes du départ
Là-bas au bout du quai qui fait suite aux remparts
Celui où s’embarquaient en leurs temps des bagnards
Dans la désespérance d’un p’tit matin d’cafard

J’irai là, moi aussi, et dos tourné à la terre
Face à l’océan sournois jouant des gris et des verts
Pour mesurer son indifférence à mes regrets amers
Seul, jaugeant cette plaine liquide, seul et défiant la mer

Claude

5.4.07

In vino veritas




J’aime bien certains mots de la lange française: Immarcescible, mansuétude, incommensurable, infinitésimal et enluminure par exemple.
De ces mots qui sont si longs avec des sonorités si spéciales qu’on aime à en savourer chaque syllabe lorsqu’elles franchissent la barrière des lèvres.
J’en connais bien d’autres bien sûr mais je voudrais m’arrêter un instant sur enluminure dont j’en ai trouvé une pour illustrer mon propos.
Elle me fait sourire en même temps qu’elle rappelle l’omniprésence du vin dans notre mode de vie français et que ça ne date pas d’hier.
Quant à l’affirmation qu’elle présente: Voir Dieu, pour moi ce serait plutôt des éléphants roses qu’on prend éventuellement le risque de croiser mais je ne voudrais pas froisser ceux qui ont la foi comme on dit
Tout ça pour préciser que j’aime le vin. J’aime à en deviner sa provenance, l’année de sa fabrication, là il a été fait, imaginer ceux qui sont à la source de son élaboration et la lente maturation jusqu'à son arrivée à ma table.
J’aime regarder dans mon verre, ses rouges sombres aux accents de velours ou plus légers aux couleurs des primes heures des matins d’été. J’aime les blancs qui fleurent bon le lys ou les fruits acides
Oui, j’aime toutes ces saveurs ou ces tonalités si variées, si subtiles que je laisse passer doucement sur ma langue en m’efforçant d'en déguster chaque parcelle.
Et n’en déplaise aux nombreux pisse-froid qui aujourd’hui encombrent nos trottoirs et nos gazettes. Et n’en déplaisent à tous ces porteurs d’interdits toujours prêts à en rajouter dans le domaine du politiquement correct et de la pensée unique
Oui j’aime boire du vin bien que je n’ignore en rien des ravages de l’alcoolisme et que je ne ferme pas les yeux devant les dégâts directs ou collatéraux dus à l’abus que malheureusement certains en font
Je sais tout cela mais il n’en reste pas moins que le partage de quelques verres an compagnie de ceux que j’aime, car boire seul n’offre aucun intérêt à mes yeux, sera toujours pour moi une fête et un moment de plaisir absolu et j’aurai toujours le même bonheur à voir briller les yeux de ceux ou celles qui, en ma compagnie, voudront voir les heures doucement s’écouler en se berçant des silences de la campagne ou des rumeurs de la ville

Claude

4.4.07

Tu viendras...




Tu viendras n’est ce pas?
Encore une fois, tu descendras en courant le chemin qui mène vers la rivière et tes cheveux fous dansant autour de toi au rythme de ta course accrocheront à leurs extrémités des bouts de soleil
Et quand tu seras tout proche de moi, je lirai ces diamants qui sont tes yeux,
Tu viendras, dis moi, encore une fois?
Et je te parlerai de ceux là qui hantent encore les sentes et les sous-bois à la recherche d’un amour perdu mais tu ne m’écouteras pas, suspendue à mes lèvres pour y guérir ta fièvre
Tu ne m’écouteras pas mais tu viendras jusqu’à ma bouche pour te guérir à mes lèvres
Tu viendras n’est ce pas encore une fois pour voler mes paroles et me bâillonner de silence?
Le vent dans les arbres nous dira alors ses histoires, celles du temps où la terre était en paix, avant que les hommes l’envahissent de leurs guerres et de tout leur tumulte et nous serons les seuls à savoir l’entendre, les seuls à le comprendre
Tu viendras n’est ce pas te serrer tout contre moi comme tu le faisais autrefois?
Tu viendras encore une fois, dis moi ?
Tu viendras pour que tes cheveux me caressent les doigts
Et tu me regarderas…
Alors, je me perdrai dans l’immensité du fond de tes yeux et comme avant, comme voici bien longtemps, je n’aurai plus peur avec toi tout contre moi….

3.4.07

Cimetière (presque) sous la lune






Je vais vous raconter une histoire. Une petite, rassurez vous.
C’était il y a bien longtemps sur une route toute plate entre Chennai et Pondichéry, dans l’Inde du Tamil Nadu donc.
Je rentrais à mon hôtel isolé sur la côte, le Fisher’s Cove, et l’après midi déjà s’étirait
Pas grand chose à voir sur cette route étroite et qui longeait un paysage de dunes.
De l’autre côté c’était la mer du golfe du Bengale, ses longues plages de sable blanc et son lancinant rouleau plus loin au large
Soudain, j’ai cru apercevoir quelques choses dans l’étendue sablonneuse parsemée de touffes de plantes littorales
Des tombes avais-je cru voir
Il faut dire que dans ce pays qui incinère ses morts, au moins chez les hindouistes qui sont quand même plus de 85% de la population, les cimetières sont rares et étriqués sauf là où les musulmans sont nombreux (bien que présents en Inde, les chrétiens sont une petite minorité sauf en des points très précis comme Pondichéry par exemple)
J’ai donc demandé à mon chauffeur de bien vouloir s’arrêter et je me suis dirigé vers cet ensemble hétéroclite où j'avais cru apercevoir des croix
J’avais bien eu raison, il s’agissait bel et bien de croix posées sur des tombes, toutes peintes de couleurs pastel
Il y en avait une petite dizaine de ces sépultures et chacune d’une couleur différente, dans des nuances de verts, de bleus ou de jaunes.
Posées là, un peu bancales et orientées grosso-modo vers l’est, en direction de la mer en d’autres termes..
En me rapprochant encore, j’ai voulu identifier par leur nom ceux qui reposaient là
Mais à ma grande surprise, nul nom, nul date, nul moyen d’identification
Alors, d’où provenaient ils ceux là gisant en cette portion désolée de la côte du Coromandel: Des marins victimes d’un naufrage, que la mer a rejetés et à qui des mains charitables ont voulu rendre un dernier hommage ou alors une petite communauté de convertis comme on en trouve quelques unes dans la campagne indienne et qui est venue enterrer là ses morts?

Je ne le sais pas, je ne le saurai jamais d’autant que cette portion de territoire a souffert du dernier tsunami et peut être alors que l’océan est revenu pour reprendre son bien, peut être que mes naufragés sont revenus à l’élément liquide d’où ils venaient et alors ils sont morts une deuxième fois et avec eux ceux qui les avaient enterrés ou leurs descendants plus ou moins lointains
C’est curieux mais souvent je repense à cette image, celle de ces tombes aux douces couleurs pastel et je regrette de n’avoir pas eu d’appareil photo avec moi en ce début de soir là pour en fixer le souvenir dans une mémoire pas toujours très fidèle.

Oui, j’y pense de temps à autre à ces morts inconnus qui peut être dorment encore dans ces grands champs d’oyats
Il m’est arrivé de parfois penser à refaire ce voyage à l’envers, revenir à cet endroit précis où des hommes reposent sous des pierres et des croix doucement colorées et tenter de retrouver dans la magie d’une fin d’après midi indien ces navigateurs au long-court et moi les regardant, seul, dans un océan de dunes mais je n’y reviendrai pas, je le sais aujourd’hui.

Claude

2.4.07

Joue avec la mort...




Guitare
guitarra
et se cambre
la taille
de la belle gitana
ole, aie
pobre de moi
la corde vibre
et les sons
se marient
à ceux
de la bodega
ole aie
et se cambre
la taille
de la fille
au noir
regard
assassin
Espagne Espagna
le vin lourd
coule
rouge comme
le sang du toro
et les voix
des femmes
se tordent en
longs sanglots
et dans le sombre
cheveux
qui vole
c'est la mort
qui soudain
nous frôle
et se rappelle
à nous
dans le frisson
d'une épaule
ole, tia, ole
et j'entend
les cris dans
l'arène
et une fille
danse comme
le torero
esquive le toro
comme
le matador
joue avec la mort

Claude

1.4.07

Je n'aime pas...

Je n’aime pas les religions,
Toutes les religions.
Je n’aime pas tous ces mots en isme
Prononcés par ceux là
Atteints de priapisme
Ou par ces nanas
Qui se font gonfler le la
Ceux qui actuellement battent les estrades
Pour nous vendre leurs salades
Et dans mon bourg du bout du monde
Je sens l’intolérance qui inonde
Ces quelques près carrés
Où devraient s’ébattre nos libertés
Celles qui devraient nous faire forger
Nos propres opinions
Sans le besoin de religions
Sans tous ces grands mots en isme
Eux même atteint de priapisme
Et au fin fond de ma campagne
Où j’en ai marre de cette campagne
Je vais tenter de prendre de l’altitude
Et dans le sens du poil caresser ma solitude

Claude

31.3.07

Les confettis





Vous le savez comme moi, n’est-ce pas que beaucoup de nos histoires d’amours se terminent en pluie de confettis ?
Comme sur ces jolies photos que je joins ici
Et ils colorent les trottoirs de nos villes, le gris de nos trottoirs…
Prenez un moment pour les lire, prenez une seconde pour les déchiffrer ces morceaux de papier qui fixèrent pour un moment le meilleur de nos vies...

LES CONFETTIS

Je t’ai chiffonnée
Dans mon poing crispé
Je t’ai déchirée
Dans le petit matin glacé
Et le vent t’a emportée
Serrée dans ses griffées acérées
Et c’était bien joli
Dans ces moments rosis
Ces morceaux de papier
Qui s’envolaient
Dans les lueurs mauves
Et les senteurs fauves
D’un matin de février
Ce matin où tu m’as laissé
Où tu m’as lassé
Où tu m’as blessé
Et ton image
Si sage
S’en est allée
Éparpillée
En milliers
De confettis
Jolis
Au vent mutin
Au vent câlin
Qui a rétracté
Ses griffes d’acier
Pour mieux t‘emporter
Dans le petit matin glacé

Claude


30.3.07

subrécargue et gogotier




Oui,un jour
j’irai avec
le subrécargue
de Valparaiso
et le gogotier mystérieux
oui, j’irai avec eux
embouquer le chemin
qui s’en pleure
de Bételgeuse
la rouge
à Orion
la bleue et verte
et qui est là
depuis que les hommes
habitent la terre
chacun sait ça
et là
attachés par
des noeuds de
cul-de-porcs
nous balancerons
en ribambelle,
souvenirs
et rires de nos belles
par-dessus bord
et sous allure de clinfoc
en oubliant les ports
nous briserons la lame
qui nous cache l’Orénoque
et fait pleurer nos âmes

Claude

* Le subrécargue de Valparaiso et le gogotier mystérieux étaient de ces termes de poésie extrême utilisés en grande pêche pour désigner un matelot spécialisé dans l’extraction du foie de morue

29.3.07

arbre-femme




Un arbre qu’aurait une voix de femme !
Je croyais que tous les arbres c’étaient des hommes, putain ! Et en voilà un qui parle avec une voix de femme, un arbre qui me dit:
-N’ayez pas peur, ne bougez pas, je suis infirmière…

J’ai pas peur d’abord et j’ai pas envie non plus de bouger
Je suis bien, allongé là sur le pavé d’une rue parisienne.
C’est l’été, il fait beau et chaud, le ciel est bleu au dessus de ma tête et des nuages blancs lentement défilent mais je les vois en mode image par image. Un coup, je les vois, un coup, je les vois pas…

Je croyais que les arbres c’étaient des hommes: Le chêne, le châtaignier, le saule…Bon, je vais pas tous les énumérer
Et voilà qu’un arbre-femme me parle, là haut, très haut au dessus de ma tête
D’autres sont avec elle, avec mon arbre-femme; c’est une réunion d’arbres avec moi tout seul au milieu
Je suis allongé dans une clairière, au milieu de troncs tout droits, de ceux qui montent d’un trait vers le ciel comme ceux des pins, des maritimes, de ceux que j’aimais bien dans mes promenades landaises
Tout droit, d’un seul élan vers le ciel et des branches qu’on distingue à peine tout là-haut
Je suis au milieu d’arbres qui doucement se balancent au dessus de moi, moi qui suis immobile…

Je suis bien, je perçois les bruits et la rumeur de la ville, je perçois son agitation autour de moi. J’ai pas envie d’y participer, j’ai pas envie d’essayer de me lever, je suis bien dans ma clairière, je suis redevenu enfant, la preuve: J’entends à nouveau des arbres que me parlent

Un moment, j’ai du m’endormir parce que, quand j’ouvre les yeux, ma clairière, elle s’est agrandie, j’ai un peu mal du côté de mon épaule gauche et j’ai comme un goût de sel dans la bouche mais c’est pas très grave, je me sens léger en fait avec l’envie de rien sinon de rester ici, sans bouger, sur le pavé de cette rue parisienne

Et voici que soudain, je deviens vague, mes arbres se sont tus, je me balance et je monte et je descends comme sur la plage normande où je passais mes vacances
Ca fait du bruit, la mer hein, quand elle rentre dans les oreilles et après c’est le silence sauf que j’entends, très loin, cette corne de brume qui ulule autour de moi…

C’est une voix d’homme que cette fois-ci je perçois, j’ouvre les yeux, je distingue quelqu’un qui me regarde, tout de blanc vêtu, et qui me présente ses doigts
Combien en voyez vous ? Me dit-il
Je ferme les yeux. Je m’en fous ! Pour ce que j’en ai à faire, il pourrait ne pas en avoir du tout de doigts, j’ai pas envie de les compter ses putains de doigts, ça me saoule !
Mais il insiste et doucement me secoue :
-Allez, réveillez vous, regardez moi et dites moi combien vous me voyez de doigts ?
Je le regarde et je fini par lui dire :
-Quatre
Alors, il a l’air satisfait de son examen et moi, je suis absurdement fier de ma réponse.

Je me sens fatigué maintenant et je voudrais qu’on me foute la paix pendant que, toutes sirènes hurlantes, l’ambulance poursuit sa route vers l’hôpital le plus proche…
Cet hôpital de la Pitié, où je serai opéré le soir même d’une cheville brisée par un scooter vagabond en même temps qu’il me faudra récupérer pendant quelques jours d’un fort traumatisme crânien résultant d’un imprévu vol plané lors d’une traversée de la rue de Tolbiac à Paris treizième…

Claude

27.3.07

Le kaléidoscope




Le kaléidoscope est un tube de miroirs réfléchissant à l'infini le monde extérieur. Le nom de ce jouet vient du grec, kalos signifie « beau », eidos « image », et skopein « regarder ». Certains modèles contiennent des fragments mobiles de verres colorés, produisant d'infinies combinaisons de jolies images.
L'observateur regarde d'un côté du tube, la lumière entre de l'autre et se réfléchi sur les miroirs.

KALÉIDOSCOPE

Tu nous emmenais,
Kaléidoscope
Hop!
Dans tes forêts
Carnassières
Dans tes vitraux du diable
En des courses traversières
Par des chemins redoutables
Kaléidoscope
Raccourcis de nos rêves enfantins
Hop! Hop!
Où joue la magie du matin
Diamants brisés
Joyaux éparpillés
Tu nous entraînais
Kaléidoscope
En des rondes sans fin
Hop ! Hop !
Ami de nos enfances
Nos songes s’élançaient
Dans ce cylindre de carton
Et tournaient, et tournaient….
…EN ROND!!!

Claude


Ombres légères

      J'ai récemment évoqué ici deux silhouettes féminines qui ont, plus ou moins brièvement, croisé ma vie à divers ...