23.11.06

Les travaux




Evidemment ça été du sport pour s’intégrer dans la circulation sur le périphérique mais il a fini par mettre le cap au sud.
Quelle circulation et comme dab, avec son immatriculation provinciale, ces cons de Parisiens ont voulu lui prouver qu’ils sont des champions en matière de conduite automobile. Capables d’utiliser un accélérateur et de dépasser tout ce qui les entourent en prenant le maximum de risques. Mais bon, ils sont comme ça, autant ne pas faire attention
-Tu veux dépasser ? Eh, bien vas-y mon brave! Je ne suis pas vraiment à une place près.

A cette époque de l’année, la nuit tombe vite, il fait déjà moins clair, il va falloir qu’il fasse gaffe, la dernière fois qu’il a pris la route, il a bien failli prendre la mauvaise direction et il été obligé de se rabattre sur la droite au tout dernier moment pour reprendre la bonne direction au grand dam d’un « confrère » autoroutier qui a aussitôt manifesté sa mauvaise humeur par un coup de klaxon courroucé.
Bon, on y est ! Porte d’Italie et les virages à venir pour quitter le périph’. Comment a-t-on pu laisser se construire de pareilles horreurs, tout est gris, sale, fait d’un béton vieilli avant l’âge et dangereux en plus avec ces courbes prononcées où il faut se battre pour garder une trajectoire correcte.

5 heures de route au bas mot. Il fera une halte pour un complément de plein avec un café noir en prime. Il lui téléphonera juste pour le plaisir sans cesse renouvelé d’écouter sa voix et ils se raconteront deux ou trois bêtises. Elle lui dira bien sûr de faire attention et ça le fera rire et une fois encore, elle fera l’inventaire des choses qu’il est censé lui ramener de Paris et tant pis pour les objets qu’il aura pu oublier. De toutes les façons, pas question de faire demi-tour. Ils échangeront un baiser au travers du combiné et probablement elle ira vérifier que le plat qu’elle lui a préparé mitonne comme il convient.

Il pleut, plus exactement il pleuviote et il est obligé d’actionner ses essuie-glaces, de les arrêter, de les remettre en route quand le caoutchouc commence à racler le pare-brise avec un bruit désagréable et ça le fait ronchonner. Il aime bien lorsque il est sur l’autoroute après avoir ajusté le régulateur de vitesse n’avoir rien d’autre à faire qu’à surveiller le ruban macadamisé qui se déroule sous ses yeux

Ah ! Bien sûr, il fallait s’y attendre, des travaux !!! Il ne manquait plus que ça. Tomber la vitesse, première chose à faire. Voilà quelque temps, un automobiliste, en excés de vitesse, à percuté des pompiers présents sur les lieux de travaux en cours et le corps de l’un d’eux, catapulté dans le fleuve proche n’a jamais été retrouvé semble t-il.
Des balises oranges et blanches et des trucs qui flashent et s’illuminent à son passage et un bref instant il se demande s’il déclanche un mécanisme quelconque au fur et à mesure de son avance ou si tous ces dispositifs lumineux clignotent et palpitent en permanence.

Depuis combien de kilomètres roule t-il maintenant à vitesse réduite ? Sans être un obsédé de la moyenne, il lui faudra quand même plus de temps que prévu pour atteindre son but
Evidemment, pas de trace de travailleurs, pas de traces de travaux non plus d’ailleurs. A croire qu’ils le font exprès pour les garder, les automobilistes, plus longtemps sur l’emprise de leur empire de macadam.

Il aurait du s’arrêter à la station qu’il a vue avant d’aborder cette portion en travaux, sa vessie commence à se rappeler à son bon souvenir et il va lui falloir prendre une décision
Depuis quelque temps déjà, il n’a pas aperçu d’autres feux de véhicules, ni devant lui, ni derrière lui mais ce fait ne l’inquiète pas outre mesure. Après tout, on n’est vraiment pas en pleine saison touristique et à cette heure tardive, rien que de très naturel que d’être seul pendant quelque temps sur cette portion de route
Il a quitté la zone de travaux, il ne s’en est pas aperçu immédiatement d’ailleurs, c’est après un moment qu’il s’est dit qu’il allait pouvoir reprendre une allure normale.
Sur sa droite, il aperçoit l’amorce d’une voie qui s’enfonce entre deux rangées de buissons, un parking mal signalé pense t-il et il se dit qu’il va s’arrêter juste un instant pour satisfaire son besoin naturel.
Il s’engage sur le chemin qui s’offre à lui et arrête le véhicule. Avant de descendre, plus par réflexe qu’autre chose, il coupe le contact. Après être sorti du véhicule, machinalement, il s’étire et redresse ses reins douloureux puis il fait un pas en avant…
Pendant une fraction de seconde, seul un bruit de branches cassées se fait entendre dans le silence absolu qui règne ici puis c’est, soudain, un long hurlement, un cri qui rebondit sur des murs ou des parois, un cri qui brusquement s’éteint rendant le silence de la campagne environnante encore plus épais et prégnant.
Deux ou trois oiseaux dérangés dans l’arbuste qu’ils s’étaient choisi se sont aussitôt envolés mais sont revenus bientôt rassurés par le calme revenu…

Le jour a fini par poindre, un petit jour poisseux et collant suintant d’humidité surie. Les amateurs de logiciel de modification d’image comprendront sans nul doute ce que je veux évoquer. Cela a commencé par l’arrière de la voiture, peu à peu, sa silhouette, lentement, précisément, inexorablement, abandonne ses formes au profit des couleurs et du fouillis des branchages environnants. ..

On peut estimer qu’au moment où le clair-obscur cédera enfin la place au jour à venir, quand péniblement et comme à regret les derniers lambeaux des brumes s’évanouiront pour redonner sa réalité banale à ce coin désolé de campagne isolée, tout sera redevenu comme avant, comme si rien n’était venu s’arrêter en ces lieux, la nature aura repris ses formes et quelques oiseaux pourront, tristement, à l’abri de quelques feuilles, s’interpeller et se répondre par de timides trilles, des chants mélancoliques et beaux où se mêlera l’écho d’un autre cri qui n’en finit pas de s’évanouir, s’évanouir, s’évanouir ….

Claude

22.11.06

On peut toujours rêver...

Ils sont venus, ils sont tous là
Même ceux du sud de l'Italie
Y a même Georgio, le fils maudit
Avec des présents plein les bras…


Vous connaissez comme moi ces mots de la chanson d’Aznavour, non ?

Eh, bien, ils vont sans tarder arriver avec tous les moyens mis à leur disposition. Tous (et toutes), plus beaux les uns que les autres, tous et toutes vêtus de lin blanc et de probité candide naturellement !
Tous en possession de solutions qui, enfin, vont nous faire sortir du marasme dans lequel ces incapables de concurrents, (eux n’ y sont pour rien, qu’alliez vous donc aller imaginer là ?) nous ont plongé depuis tellement longtemps.
Ils n’expliquent pas toujours comment tout ça a bien pu arriver sauf que, s’ils en avaient eu l’occasion, ils auraient forcément fait bien mieux que les autres évidemment. Ben, voyons !
Ils vont venir, comme d’hab. nous promettre, la bouche en cœur, des lendemains qui chantent ou des grands soirs glorieux et demain, promis, juré !! on rasera gratis.

Bon, c’est incontournable, comme on dit maintenant et c’est le prix à payer pour la démocratie en marche, parait-il
On peut toujours, me direz vous, ne pas allumer les étranges lucarnes qui trônent maintenant dans le moindre de nos salons ou ne pas écouter les niouses sous quelque forme que ce soit mais c’est pas gagné d’avance d’échapper à ce qui nous attend entre sordides coups bas et rodomontades préélectorales, autant en être conscient dès maintenant d’autant qu’on en a déjà quelques exemples bien gratinés

Alors, il m’arrive de rêver : Qu’on tombe sur quelqu’un qui vienne dire à l’électeur de base que je suis qu’il est aussi con, effrayé et désemparé que je le suis dans ce monde qui m’entoure.
Qu’il vienne me dire que tout va trop vite dans cet univers que nous partageons, lui et moi.. Que LE changement fondamental qui survenait en l’espace de trois générations, c’est maintenant trois fois (ou plus) dans la même génération, que tout est bousculé, que parfois même, tout est si rapide que la communication est devenue difficile voire impossible entre les aînés et les cadets d’une même fratrie

Je voudrais qu’il vienne me dire que cette grande et belle école qu’il a, en principe, fréquentée comme beaucoup de ceux qui, avec lui, vont venir nous vendre leurs salades ne sert pas à grand-chose si on n’est pas persuadé que la vérité d’hier sera l’erreur de demain,(et inversement) que les écrits des grands penseurs de tout poil sont sujets à caution dès que l’encre qu’ils ont utilisée pour nous faire part de la profondeur de leurs réflexions est à peine sèche sur leurs manuscrits.

Je rêve de trouver un candidat qui vienne me dire qu’il fera de son mieux avec les informations dont il dispose, qu’il fera ce qui est en son pouvoir pour essayer de changer mon quotidien mais qu’il est loin d’avoir la solution miracle, qu’il n’est pas du tout certain de pouvoir réussir et, si ça ne marche pas, qu’il s’engage à rendre les clés de la maison que j’ai bien voulu lui confier afin qu’un autre puisse, s’il en est capable, vienne et essaye de faire mieux que lui et que, pour l’accomplissement de cette lourde tâche, sincèrement et sans arrières pensées, il vienne lui souhaiter bonne chance

Comme je le dis plus haut, on peut toujours rêver, non ?

Claude

19.11.06

Le gouffre




Le mouvement défigure les lignes comme les mots peuvent gâcher l'image et je ne voudrais donc pas disserter trop longuement sur cette illustration trouvée lors d'une promenade sur le net
J'aime cette affiche de réclame comme on disait alors, faite pour vanter les charmes de la Corse.
Cela date de l'entre deux guerres, entre la Grande et celle qui, peut être, le fut moins et le dessinateur nous fait partager sa vision du bonheur
Un monde qui a disparu, des silhouettes esquissées ou affirmées d'êtres qui ne sont plus
Un monde contemporain de celui de "Cabaret" que je viens de revoir avec toujours le même émerveillement. Là aussi, tout un monde dansait sur les lèvres du volcan, on voulait oublier un cauchemar avant que de se précipiter dans un autre, une période de brève rémission, une parenthèse entre deux catastrophes
Et cette représentation de femme dans la lumière dorée des "golfes clairs" me touche profondément et avec elle cette peinture d'une époque qui s'en est allée et ne reviendra plus.
Et aujourd’hui encore nous dansons sous la conduite d'un maître de ballet dont les énigmatiques indications semblent nous conduire de plus en plus proche de ce gouffre ouvert à mes espérances éteintes


Claude

15.11.06

De ma jeunesse




J'AVAIS LA TRISTESSE

J’avais la tristesse
Légère
Mais la démarche altière
J’avais la tristesse
Entière
Et la détresse
En bandoulière
Quand je passais
En boule
Sur le boulevard
Du temps qui roule
Sur les trottoirs
Perdu dans la foule
J’avais la mélancolie
Comme seule compagnie
Et la tristesse
En brume légère
Mais aussi l'allégresse
Bien cachée derrière
Je les gardais des yeux
Et je les berçais
Toutes les deux
Ces deux voleuses
Du temps passé
Je leur chantais
Comme une berceuse
Pour les endormir
Pour les circonvenir
Et je leur murmurais
Des paroles enjôleuses
À ces deux trompeuses
Voluptueuses
En ces temps là
En ces jolis temps là
J’avais la tristesse
Légère
Mais la démarche altière
J’avais la tristesse
Entière
Et la détresse
En bandoulière

Claude

12.11.06

Transmission paternelle



je les ai surpris tous les deux en rentrant chez moi en ce début de soir, le grand clocher et son rejeton de clocheton. (ils ne se ressemblent pas me direz vous mais la mondialisation et ses mélanges surprenants atteignent aussi nos lointaines campagnes) et ils regardaient vers l'ouest, le grand clocher trapu et le petit, tout feu, tout flamme, ils regardaient vers là où le soleil s'endort.

Ils regardaient en fait dans la direction de ce champ de pierre qui pendant longtemps, si longtemps s'est étalé au pied du vieux clocher pour se vêtir de son ombre tutélaire et rassurante.

Mais la crise du logement venant, les morts s'en sont allé là-bas, plus loin vers le couchant. Et le grand clocher se désole sans ses morts qui, frileusement,se serraient autour de lui et je l'ai entendu chuchoter au petit mais vous ne le répéterez pas, n'est ce pas:

Petit, tiens toi bien
retiens tes oraisons
et comme moi tu seras gardien
mon garçon
de ce cimetierre
d'au dela l'horizon
où tous reviennent à la terre
gardien comme je le fus
de tous ces morts maintenant perdus

10.11.06

Histoire d'ô

Elle monte, je vous le dis, elle monte.
De plus en plus.
Sur la plage où je vais encore de temps à autre et qui celle de mes jeunes années, je vois bien qu’elle monte.
Je le vois au pied de la falaise du côté des roches, de l’autre il n’y a que du sable, alors, bien sûr, ça se remarque moins.
Mais maintenant je vous le dis, elle arrive à des endroits qu’elle n’atteignait pas auparavant.
C’est au point que des fougères se retrouvent les racines à l’air comme si elles nous montraient leur cul.
Et, croyez moi, il n’y a rien de plus con qu’une fougère avec les racines à l’air. Et entre nous j'ai vu des trucs plus bandant qu'un strip tease de fougère sur une plage bretonne
Elle monte. Comme ça, mine de rien.
Il n’y a peut être que moi pour le voir si ça se trouve?
Centimètre après centimètre et puis d’un coup, c’est tout un morceau de falaise qui s’en va faire le sable avec des tas de grains qui n’attendaient que lui pour faire encore plus de sable comme si on en avait assez comme ça, hein!!!
Et elle creuse des trous dans lesquels elle farfouille, elle y crée des courants et elle finit par l’avoir à l’usure cette con de falaise à qui la mer met la main au cul et qui en plus a l’air d’aimer ça
Vous l'aviez compris bien sûr que c’est de la mer que je voulais parler quand je disais qu’elle montait.

Alors que ceux qui ne savent pas nager se lancent vite fait à la brasse papillon ou éléphant au choix mais qu'ils s'y mettent fissa s’ils ne veulent pas se retrouver comme des niais au fond de la patouille en train de servir de casse-croûte à des crabes à la con


A bon entendeur, salut !!!

Claude

9.11.06

Chemin de vie



-Il est de ces après-midi comme ça. Des moments privilégiés, mis entre parenthèses et qu’on garde comme ça dans un coin de mémoire comme un souvenir qu’on chérit tout au long de son chemin de vie
On avait 15 ans elle et moi. 15 ans et l’insouciance de ces âges là. On descendait ensemble le long sentier qui serpentait entre des souches d’arbres abattus ou morts de vieillesse, entre les racines autour desquelles des bêtes diverses avaient creusé leur terrier. On l’entendait de loin la rivière, un bruit insistant et frais qui participait à notre course de plus en plus nettement
Elle savait prendre les truites à la main. J’ai essayé de faire comme elle et elle a essayé de me montrer, je n’y suis jamais arrivé.
Sa concentration extrême me fascinait comme me fascinaient ses gestes incroyablement précis. A cette époque la rivière traînait des herbes aquatiques comme d’immenses voiles verts en dessous desquels s s’abritaient des vies dissimulées et discrètes comme les truites parfaitement sauvages, elles, à cette lointaine période et non des spécimens relâchés d’élevages spécialisés et tout effarés de devoir se mouvoir dans les courants de la rivière maintenant agonisante
Elle était brune et mince. Ses jambes musclées et bronzées me fascinaient elles aussi.
Lorsqu’elle avait réussi à prendre une truite, elle brandissait sa prise frétillante d’un geste victorieux au dessus de sa tête avec sur son visage une expression de bonheur absolu. Comme je l’ai dit, je n’ai jamais réussi à pouvoir faire comme elle et j’en ai conçu un grand sentiment d’intense frustration

-Je l’appelle la bête. Elle va commencer à bouger, je le sens, je le sais, c’est son heure préférée, celle des après-midi quand les instants qui passent sont faits d’interminables vacuités et qu’elle en profite pour s’installer et en prendre à ses aises mais elle aime aussi ces longs moments noirs de mes nuits insomniaques.
Elle s’installe en commençant par le bas du dos et elle monte par étapes successives vers ce lieu où elle a son origine. C’est là qu’elle prend ses aises et s’étire. Je sais que chacun de ses mouvements va devenir de plus en plus insupportable, qu’elle va occuper chaque centimètre carré de mon être intime pour le transformer en souffrance à l’état pur.
Heureusement les techniques modernes permettent de pouvoir l’apaiser pour un temps cette douleur, j’ai ce tuyau qui me perce le bras et il suffit d’un geste, d’un simple geste pour que le liquide salvateur se répande dans mes veines et la force à abandonner de sa superbe et son travail de démolition l'abominable bête qui habite mon corps pratiquement à temps plein
Alors, elle consent enfin à reculer mais je sais qu’elle n’est jamais très loin, qu’elle ne dort que d’un œil, prête à profiter du moindre relâchement de ma part et de la disparition d’effets de ce liquide qui parvient pour un temps à lui faire lâcher prise
Je vais entrer ensuite dans un monde cotonneux, un monde où tout s’assourdit, les sons, les odeurs les gestes, je vais rentrer dans un monde inconsistant, ouaté et que je déteste même s’il m’est devenu indispensable si je ne veux pas être que douleur et rien d’autre.

-Nous avons 15 ans et ses parents sont venus passer leurs vacances dans la grande maison proche de la notre. Sur le chemin du retour, nous ramasserons des châtaignes que nous ferons cuire avec ses truites directement dans l’âtre de sa maison ou de la mienne et comme d’habitude on s’amusera des ombres qui courent sur les murs
Cet après midi là, elle s’est immobilisée brusquement en haut de la montée et elle a mis un doigt sur sa bouche pour m’imposer le silence. A notre droite, sur le chemin qui mène à la ferme, elle m’a fait voir la renarde à l’affût d’un mauvais coup dont pourrait bientôt être victime une poule du paysan d'à-côté. Sentant notre présence, la bête a tourné la tête dans notre direction, son regard a croisé les nôtres et elle s’est éloignée sans hâte et a disparu bientôt au bout du chemin herbu
C’est à ce moment là que ma compagne s’est brusquement retournée vers moi et a appuyé ses lèvres sur les miennes. Pendant un court instant, un trop court instant, j’ai pu en éprouver la douce et ferme élasticité de cette bouche sur la mienne. J’ai gardé en moi, bien protégés comme un bien précieux, cette fraîcheur et cette brûlure mélangées en dépit des années passées.
Mais en même temps, j’ai vu dans son regard passer un effroi absolu comme un nuage d’orage qui vient obscurcir un ciel jusqu’alors serein. J’ai senti ses yeux verts me pénétrer puis elle a secoué la tête, s’est détournée et a poursuivi vers la maison.
Je n’ai rien osé lui demander et le soir quand nous nous sommes retrouvés, cette lueur inquiétante avait disparu ne laissant place qu’à l’émerveillement d’un feu qui vit et crépite et allume d’éphémères étincelles tout au fond de pupilles apaisées

-Je paie la note de toutes les cigarettes fumées, l’une après l’autre. Je savais les risques encourus mais j’ai voulu rêver en admirant les élégantes volutes de fumée s’élevant devant mes yeux, j’ai éprouvé aussi de l’apaisement à sentir la nicotine venir combler mon vide existentiel. J’avais été prévenu, je pais la note. Quoi de plus naturel en somme ?

-Elle avait posé ses lèvres sur les miennes d’un mouvement spontané et totalement inattendu. Elle avait planté ses yeux dans les miens et je ne sais pourquoi j’avais cru y lire, mélangé à la peur une infinie tristesse.
Elle avait des yeux étirés aux coins comme ceux d’une renarde, comme celle que nous avions brièvement observée à l’affût pour se saisir d'une poule du voisin, des yeux intenses, mouchetés de vert et de gris et j’aurais aimé que pour toujours s’arrête le temps pour pouvoir m’y poser et n’en jamais revenir…
Les vacances se sont terminées peu après, le temps s’est soudainement gâté et ne nous a pas permis de revenir à nos chasses, nos pêches et à nos émois adolescents.
Ce matin là, elle est entrée dans la voiture de ses parents. Avant, on s’est gentiment embrassés sur les joues et nos bouches ne se sont même pas effleurées.
La voiture a démarré et juste avant le virage pour prendre la grande route, son père, au volant, a brièvement klaxonné. J’ai cru voir une main se lever à l’arrière du véhicule et à tout hasard, j’ai agité la mienne et après il n’y a plus rien eu. Le chemin était devenu désert et je venais de tourner une page de ma vie...
J’ai su qu’elle avait commencé de brillantes études dans son lycée parisien. Nous avons correspondu à diverses reprises, quelques lettres, des cartes postales d’autres vacances à l’autre bout du monde et celles des vœux ou des anniversaires. Et puis, progressivement le silence s’est fait. Une dernière fois, j’ai reçu une lettre des Etats-Unis où son père s’était établi. Et puis plus rien, la vie s’y entend bien pour ainsi laisser insidieusement s’établir les ruptures comme si de rien n’était même si, pour l’oubli complet, c’est parfois une toute autre histoire.

-Au rez-de-chaussée de l’établissement où je suis, une jeune personne vend des journaux et des livres et il m’est arrivé de descendre en ces lieux pour feuilleter et acheter quelques revues ou un document quelconque
Ce matin là, mon regard s’est posé sur un livre, une couverture blanche, très sobre et un titre qui a attiré mon attention « Chemins de vie », je l’ai pris dans la main pour en regarder quelques pages comme j’aime parfois à le faire
C’es alors que la vendeuse qui me connaît bien maintenant m’a interpellé
-Il vous intéresse ce livre ? Savez vous que l’auteur a fait partie de notre maison pendant quelques années? Elle a même été chef du service où vous êtes actuellement, elle a écrit ce livre juste après avoir cessé ses activités, elle vit maintenant en province je crois
C’est alors que j’ai retourné le livre. Et je l’ai vue sur la quatrième page de couverture, c’était bien elle, entourée de ses parents qui, chacun, lui avait mis une main protectrice sur ses épaules
C’était elle, ma brune et mince adolescente de ces lointains temps là, ma sauvageonne aux yeux verts et aux jambes bronzées.
C’était elle, assise sur ce muret que je connais bien et qui existe encore devant cette maison où elle avait passé ses vacances.
C’était elle qui me revenait ainsi à l’improviste et en pleine figure dans cet après- midi insipide et gris dans cette clinique spécialisée dans les traitements anticancéreux et alors que j’avais encore pu rassembler quelques forces pour me frotter au monde des vivants

J’ai acheté ce livre et je suis remonté à l’étage aussi vite que je l’ai pu, je l’ai mis dans le tiroir de ma table de nuit.
Je ne l’ai pas lu, je ne le lirai pas mais quand j’emprunte ce long couloir barré au loin d’une lourde porte qui barre mes horizons, ce couloir obscur dans lequel je pénètre de plus en plus profondément, ces incursions m’effrayent moins et je m’y engage avec une certaine sérénité
C’est que j’y chemine en sa compagnie car elle marche avec moi, je le sais, je le sens et il m’arrive d’entendre sa voix qui s’élève et rebondit en se mêlant à ce murmure d’eau qui éclabousse les roches semées dans le lit de la petite rivière.
Et je regarde souvent cette photo et je la regarde, elle, avec une mèche de ses cheveux légèrement soulevée par le vent et qui lui retombe sur le front et je contemple aussi ce logo imprimé en bas de page, cette représentation d’un renard qui est celle de cette maison d’édition qu’elle a choisi pour y faire publier ses lignes écrites par elle dans ce livre qui est celui en fait de nos chemins de vie où nous nous retrouvons enfin à l'aube de ma mort

Claude

6.11.06

Juste une histoire...

Eh, oui, juste une histoire, une petite histoire qui nous ramène aux alentours de l'an mille...





LA HORDE

Et elle s’avance la horde
La colonne des guerriers
De potence et de corde
Sur les routes empoussiérées
Ils portent gilets de loup gris
Et viennent des steppes de l’infini
Les chevaux fument sous l’effort
Accroché aux selles brille le butin d’or
Elle serpente de hameaux en lieu-dits
De villages éveillés en fermes endormies
Plus loin là-bas au ras de l’horizon
Une fumée s’élève comme balle de coton
Dans l’innocence du matin indifférent
Curieux, s’arrête un instant le roux écureuil
Dans sa course et se cache sous une feuille
L’oiseau sur la branche pépie et s’envole
Les champs de la plaine arboricole
Sont gros de leurs fruits lourds de l’été
Doux, le vent s’en vient les caresser
Elle chemine la horde
Rassasiée, gestes alanguis
Les corps se balancent
Et son chef au regard d’aigle
Fixe sans le voir le chaume de seigle
Tous vont au rythme lent de l’avance
Des montures, le bruit des sabots
Doucement martèle leur trot
Vers leurs futures rapines
Au delà de la prochaine colline
Jetées en travers des montures
Entre soieries et lourdes tentures
Quelques blondes et frêles enfants
Yeux écarquillés ouverts tout grand
Hurlent en silence leur désespoir
Et pleurent à un avenir bien noir
Et elle s’avance la horde
La colonne des guerriers
De potence et de corde
Sur les routes empoussiérées
Sur les sentes et traverses de l’été
Semant mort et désespérance
Sur ces chemins de doulce France

Claude


30.10.06

En voiture

« Branlée à son insu dans le métro ». Ah, ben, ça alors !!! Même aux temps bénis où m’entraînait une imagination fertile et débridée sur des chemins plus ou moins interdits quoique bien émoustillants, je n’avais imaginé une pareille activité dans les vénérables wagons de notre digne RATP.
C’est pourtant la question existentielle de première importance relayée par Google et portée à ma connaissance par l’un de ces moyens modernes de surveillance des communications sur la toile qui s’appelle Sitemeter.
Question donc posée ce matin par un monsieur que sa libido chatouille sans autre précaution oratoire sur un blog aussi respectable que le mien !!
Mais une autre question vient me perturber à mon tour. Cette dame livrée à cette occupation délicieuse autant que métropolitaine,(dans un métro qui en a vu bien d’autres est-il besoin de le souligner), cette dame donc livrée à cette occupation réputée a priori intime l’effectue t-elle à l’insu de son plein gré?
Voila une autre interrogation qui a pour effet de m’échauffer la bile et qui devrait sans nul doute attirer certains de vos commentaires afin qu’enfin puisse s’éclairer ma lanterne (et le reste) sur ces activités que la morale réprouve, certes, mais dont la conclusion n’en est pas moins digne du plus profond intérêt

A vos plumes donc, amis(ies) du web pour me faire profiter de vos expériences éventuelles dans ce domaine particulier. Je précise que, même si elle ne vous emmène pas forcément jusqu’à Cythére, je suis un utilisateur invétéré de la ligne de métro n° 1

Claude

22.10.06

Mémorables memorabilia




Il a plu la nuit dernière. Dans le grenier où j’ai ma table de travail je me suis assis dans le vieux fauteuil de cuir qui trône à coté de cette surface où j'ai posé mon ordinateur
Yeux fermés, j’ai laissé le bruit insistant des gouttes sur les ardoises du toit me pénétrer.
Un bruit lancinant, hypnotique, un bruit qui étouffe tout autre bruit dans ce village déjà bien silencieux de toutes les façons
J’ai fermé les yeux et laissé mes pensées vagabonder au gré de leur fantaisie
Je suis ainsi revenu à mes origines, j’ai rejoint le milieu aqueux où nous passons tous ce temps suspendu que constitue une grossesse.
Je suis revenu dans le ventre de ma mère en quelque sorte, dans ce milieu doux et protecteur que l’on doit quitter pour affronter cet air qui, soudainement, vient déchirer les poumons et cette clarté brutale qui s’en vient agresser les pupilles

Ma mère !!! J’ai attendu en vain qu’elle parle, qu’elle dise, qu’elle explique.
Elle est partie, silencieuse, murée dans ses misérables secrets, son indifférence à mon égard, sa dureté envers l’enfant que je fus
Elle a quitté cette terre sans me dire un mot, ce seul mot que j’attendais d’elle: Pardon.
Elle est partie, habillée de son orgueil, manipulatrice jusqu’à ses tout derniers instants, jusqu’au bout des ongles pour ceux qui l’ont côtoyée
J’aurais aimé d’elle un simple mot de regret qui peut être m’aurait apaisé et peut être elle aussi mais ça, je ne le saurais jamais si ses actes lui ont inspiré un quelconque repentir pour ce qu'elle a fait?

Mais elle n’en aura rien fait et il me manquera toujours cette pièce essentielle à ce puzzle que j’ai, je crois, pratiquement et patiemment reconstitué: Je ne saurai jamais pourquoi elle ne m’a jamais aimé.
Elle ne m’a pas physiquement abandonné certes. Surtout parce que ça ne se fait pas mais son indifférence à mon égard aura été l’équivalent d’un abandon
En fait, je crois qu’elle a continué à régler ses comptes avec son premier mari, mon père biologique en fait, à qui elle a voué une haine qui ne s’est jamais démentie pendant toutes ces années et, consciemment ou pas, elle m’a fait payer le fait d'être là pour lui rappeler le désastre que fût son premier mariage

Je suis allée la voir dans la chambre d’hôpital où elle a vécu ses derniers jours sur cette terre. Lors de ma dernière visite, je crois qu’elle ne m’a pas reconnu. Je suis resté à ses côtés pendant presque une heure, interrogeant ce visage qui restera toujours pour moi une énigme.

Puis je me suis levé de mon siège car l’heure du train approchait.
C’est à ce moment qu’elle a commencé à proférer une sorte de longue plainte, monotone et insistante : Ouh, la la ! Ouh, la,la…
Je l’ai regardée sans savoir que faire ou que dire, j’ai fini par franchir la porte de sa chambre et j’ai continué à entendre sa plainte jusqu’à ce que je croise deux infirmières en train de se parler.
Elles sont entrées dans la chambre voisine et j’ai tendu l’oreille pour savoir si je pouvais entendre encore quelque chose. Mais je n’ai rien plus rien perçu, peut être que, déjà, j’étais un peu trop loin pour que ces sons lugubres m’atteignent …

Elle est morte trois jours après cette ultime visite et, assez curieusement, j’ai pratiquement commencé mon blog en novembre de l’année dernière avec la façon dont j’apprends son décès. Tout est vrai et en même temps tout est faux dans ce récit que j’en fait

J’ai assisté à ses funérailles lors de ce jour d’automne, il avait beaucoup plu la veille mais la perturbation était en train de s’évacuer comme on dit laissant la place à un temps un peu plus frais avec de grandes trouées de ciel bleu parsemées de quelques nuages retardataires

A l’église, j’ai salué de vieilles connaissances, des gens que je connaissais depuis des décennies et, l’esprit ailleurs, j’ai suivi l’office religieux célébré par un prêtre qui semblait avoir bien des difficultés à faire normalement fonctionner son lecteur de cassettes d’un modèle antédiluvien il faut dire et sur lesquelles les cantiques étaient enregistrés

Au cimetière, j’ai regardé avec indifférence le cercueil disparaître dans les profondeurs de la terre.
A la fin, l’équipe des pompes funèbres a remonté les cordes utilisées pour la descente et là, de chaque côté de l’excavation, ces hommes en sombre se sont cérémonieusement inclinés dan sa direction
Je sais qu’elle aurait aimé de son vivant qu’on la salue de cette manière déférente

Puis je suis allé serrer la main au responsable de l’inhumation et j’ai signé un document pour services faits.
J’ai tourné les talons pour me diriger vers la sortie.
Les gravillons de l’allée font toujours le même bruit de crissement désagréable sous les semelles me suis-je dit
Puis, j’ai poursuivi mon chemin et définitivement tourné le dos à cette sépulture vers laquelle jamais je ne reviendrai.

Claude.

19.10.06

De vie et de mort en Inde et ailleurs

Un des grands privilèges qu’offre le fait d’avoir résidé à l’étranger est la possibilité, si toutefois on veut bien se défaire du faisceau des préjugés dans lesquels nous sommes si souvent enfermés, de se confronter à d’autres croyances, à d’autres pratiques, à d’autres approches face à ce phénomène que constitue la mort.
Dans nos pays occidentaux, nous sommes les héritiers d’acquis judéo-chrétiens conditionnant notre attitude face à nos fins dernières.
Le fait de croire ou de ne pas croire n’est pas le sujet mais observez notre attitude commune face à cette chose qu’est devenu un corps privé de vie. Après le décès, nous rendons ce corps à la terre.
Rappelez vous « Tu es poussière et tu redeviendra poussière ». Des générations de gens d’église ont répété cette phrase et ce retour à la terre est une démarche qui nous semble naturelle même pour les incroyants même si, marginalement, la crémation gagne peu à peu du terrain.
Mais une autre idée nous taraude, en y incluant les mécréants que certains d’entre nous (et moi le premier) sont: Ce corps qui est actuellement le notre, ce corps que nous habitons, nous devons le quitter au moment de la mort, (les croyants disent que ce moment est celui où on rend son âme à Dieu) mais ce n’est qu’une séparation provisoire puisque ce corps est celui avec lequel nous ressusciterons à la fin des temps.
Et peu importe que nous adhérions à ce concept, il est de toutes les manières inscrit en nous par les générations de ceux qui nous ont précédés: Ce corps sans vie doit donc faire l’objet de toutes les attentions qui vont au-delà du simple respect dû aux morts, il faut le préserver autant que faire se peut afin qu’il puisse « resservir » à la fin des temps

Mais cette approche de la mort peut être bien différente dans d’autres civilisations ou religions. Dans l’Hindouisme par exemple.
J’ai eu la chance de vivre pendant plusieurs années en Inde et au Népal. Dans ces pays, j’ai assisté à des crémations.




Full day behind the tamarisks—the sky is blue and staring—
As the cattle crawl afield beneath the yoke,
And they bear one o’er the field-path, one who is past all hope or caring,
To the ghat below the curling wreaths of smoke…

Kipling- Christmas in India


Ne croyez pas qu’il s’agisse de voyeurisme. Non, pas du tout ! Mais ces scènes sont celles de la vie de tous les jours et même si nous le voulions, il est difficile de ne pas, un jour ou l’autre, avoir à assister à une crémation.
« Spectacle » si difficile à admettre ou comprendre pour les occidentaux que nous sommes mais qui, avec le temps, finit par paraître aussi naturel que la descente du tombeau dans les profondeurs de la terre pour que le lent travail de retour à la glaise originelle finisse par faire son oeuvre.
Là, dans ces pays d’autres croyances, pas de décomposition ou de putréfaction mais une disparition rapide dans les flammes qualifiées de purificatrices.
Cette enveloppe que nous appelons corps est devenue inutile lorsque la vie l’a quittée et se doit de disparaître sans tarder.
Cette idée est acceptée car il n’y a pas de résurrection à la fin des temps pour l’Hindou mais un cycle de réincarnations successives qui ne s’interrompront que lorsque le Karma de chacun aura été réalisé et que l’âme individuelle pourra rejoindre la grande âme universelle et enfin arrêtera ces voyages qui empruntent ces vallées de larmes qui souvent sont celles de nos destinées personnelles




Mais dans le foisonnement des religions qui est la marque de ce pays, un groupe de quelques cent milles personnes existe. Une goutte d’eau vraiment dans la multitude humaine qui vit et meurt dans le sous-continent
Ce sont les Parsis, descendants des zoroastriens : Des adorateurs du soleil dont la religion date de trois ou quatre milles ans et qui furent chassés de Perse, l’Iran actuel, lors de la main mise de ce pays par l’Islam
J’ai croisé certains de ces Parsis. Ce sont des gens ouverts, amicaux accueillants. Pratiquement chacun parle trois ou quatre langues, ils sont tolérants et totalement ouverts vers l’extérieur. En dépit de leur petit nombre, ils ont beaucoup d’influence en Inde car beaucoup de familles de grands industriels pratiquent cette religion
Or ce petit groupe a une particularité remarquable dans leur approche de la mort. Le corps sans vie ne doit en aucun cas polluer les quatre éléments qui constituent le monde.
Donc, pas question de crémation pour ne pas polluer le feu
Pas d’ensevelissement pour ne pas polluer la terre
Pas question d’abandonner un corps à l’eau pour les mêmes raisons
Et enfin refus de laisser le corps disparaître au contact de l’air
Voici les raisons pour lesquelles ces défenseurs de la nature au pied de la lettre, ont finit par adopter une solution qui peut choquer nos sensibilités occidentales : Les tours du silence.
Vous avez probablement entendu parler de ces constructions dont il reste quelques exemplaires à Bombay ou Mumbay comme on dit maintenant
Au moins deux d’entre elles se dressent encore dans l’un des jardins publics de cette ville mais si vous vous rendez dans cette ville, n’espérez pas vous en approcher. Les accès en sont interdits et c’est probablement mieux ainsi car pour faire disparaître leurs morts, les Parsis ont adopté une solution aussi originale qu’expéditive. Les corps sans vie sont laissés, nus, au sommet de ces tours du silence et abandonnés à l’appétit des vautours qui joueront leur rôle de fossoyeurs en évitant la pollution aux éléments cités plus haut
Or, depuis une décennie, on assiste à une diminution drastique du nombre de ces oiseaux dont la vue était si familière quand je résidais là-bas et qui partageaient avec les vaches et les si nombreux et bruyants corbeau indiens les rues des villes pour y jouer le rôle d’éboueurs
Et voilà nos Parsis face à un véritable problème. Que faire au cas où cette espèce viendrait à disparaître totalement des cieux de ce pays et que faire pour que leurs croyances soient respectées. Aux dernières nouvelles, on en est à la création de centres de reproduction et à des efforts de repeuplement là où leur présence est nécessaire
Je crois que nous devrions écouter ce message et partager l’angoisse et le désarroi des Parsis. Fasse que reviennent en nombre les vautours afin que soient, encore et toujours, préservés ces quatre éléments qui sont la base même de la vie et que nos indifférences et inconséquences abîment chaque jour un peu plus

Claude

18.10.06

Poème polisson

On peut comprendre pourquoi, y'en a qui n'hésitent pas à redoubler...




LA COMPOSITION

Demain, composition,
J’espère que vous saurez votre leçon!

Il serait vraiment de bon ton
Que je les commence ces révisions!

D’abord le front
Bon!!!
Le nez,
Il y est
Parfait!
Deux lèvres, une en haut, une en bas
C’est bien comme ça.
Deux joues, un menton,
Bon, passons!

Un cou, deux épaules
Mes mains les frôlent
Et puis soudain,
Tiens!
Un sein…deux seins
Ça, c’est très bien!

Et puis après, plus rien
Un grand champ blanc
Un accident
En son mitan
Troublant!!
Et je descends

Un p’tit bosquet
Bien frais
Je m’y détends
Et m’y étends

Avant que..Mais voyons!
Encore un petit bouton
Tout seul, tout rond
Dernier bastion
Juste à l’entrée de ce vallon
Où je dois finir mes révisions!!!

Mais je m’appliquerai bien
Bouton ou pas, pour la note Bien
Car je dois la savoir ma leçon
Et réussir ma composition!!!

Claude
Poèmes polissons

14.10.06

Lignes




Se perdre
Dans les vagues
De l’indifférence
Fouler des rivages
Abandonnés aux houles
De pleurs assumés
Entrer dans l’humide
Douceur
D’un corps de femme
S’abandonner
Aux tremblements
D’une chair
Qui se crispe
Et crie
Sans fin
Dans l’irrésistible chute
De l’ange
Qui assume
Sa déchéance
Entrer dans la mer
Devenir
Ondulation
Devenir
Vague
Comme une forme vague
Et mourir
Dans une frôlement
D’embruns

Claude

11.10.06

Scènes de la vie ordinaire

Tu te donnais sans réticence. Tu te donnais avec une telle absolue sincérité qu’il m’arrivait d’en avoir les larmes aux yeux. Tu te donnais en complète impudeur.
Un jour tu m’as dit:
-Je suis une fille du sud et j’aime à faire plaisir.
Faire plaisir en fait, c’était faire l’amour sans retenue, sans frein mais non pas sans remord
Et nous le faisions cet amour dans la lumière douce des après midi d’été partout où pouvaient nous acceuillir en relative discrétion ces chemins ruraux de Picardie.
Un jour, je me souviens que nous avons du profondément troubler un paysan qui n"en demandait pas tant et qui se rendait dans ses champs. Nous ne l’avions pas entendu arriver sur son tracteur, occupés que nous étions à nous livrer à des occupations que la bonne tenue de ce blog m’interdit de précisément nommer ici.
Nous étions innocents. Innocents est, je crois, le terme qui pouvait le mieux nous convenir, elle et moi à cette époque
Nous faisions l’amour aussi dans sa chambre à la résidence universitaire et je crois bien que nos petits camarades savaient exactement les activités auxquelles nous venions de nous livrer, surtout les filles d'ailleurs qui ont toujours eu le nez creux pour ce genre d'affaires
Elle a fini par se marier à un prof de sport je crois et je sais qu’elle a tenté de reprendre contact avec moi.
J’ai noté son adresse à la volée en la prenant sur les quelques lignes qu’elle m’avait adressées mais je l’ai égarée tout aussitôt de telle sorte que je n’ai pu lui adresser quelques derniers mots d’adieu.
Mais c’est probablement bien mieux ainsi…
Il ne me reste d’elle que ces quelques souvenirs de lumière d’été où une fille se donnait si totalement qu’il m’en venait parfois les larmes aux yeux.

Claude



PS: Vous avez vu, j'ai utilisé Matisse et son tableau "the joy of life".
Ca s'accorde bien à mon propos, non? Et en plus, j'aime bien Matisse!

10.10.06

Petit dernier

J'en ai marre de ces conneries, de ces souvenirs de jeunesse. Il est bien temps de solder les comptes.
Celui là est le dernier qui trainait encore dans mes tiroirs.
Pour qui, pourquoi j'ai écrit ces lignes? Je ne m'en souviens pas très bien. Une mignonne avec qui j'ai du m'embrouiller à cette lointaine époque comme on dit dans notre si élégant langage moderne.
Mais quelle importance et puis ça m'évite de me cramer les neurones à trouver des trucs inédits.
Voici donc la bête...





Le cri perçant
De ses yeux crisse
Sur ma voix
Qui s’enlise
Et se perd,
Lune délaissée
Ma déchirure, ma force,
Au sentier des amours à naître
Va, perds toi dans
Les grands remous miasmeux
Les profondeurs simiesques
Des politiques féminines
Vagins béants
De nos doutes vides
Avalanche de sperme vague
Larmes d’orgueil
Ci-gît ma mémoire,
Mon age,
La beauté
Et toutes mes ignorances,
La rancœur de mes certitudes
L’enfance morte
De mes espoirs rétractés.

Claude

9.10.06

L'imprécateur

J'ai trouvé cette photo sur le site de HUBBLE. Incroyable, non? Même si je l'ai tant soit peu modifiée cette vue mais la forme est restée sensiblement la même et ces nébuleuses me fascinent. Celle ci s'appelle la nébuleuse de l'aigle.
L'imprécateur, ce qualificatif m'est venu à l'esprit. Mais a qui peut-il donc en vouloir cet ange des ténèbres venus du fond des cieux? De qui est-il le messager? De quels enfers le gardien? Et pour quelle terrifiante mission se présente-il comme ce guerrier menaçant sur fond de création du monde?
Je me suis moi aussi essayé à être un de ces imprécateurs dans ma lointaine jeunesse, un de ces imprécateurs qui hurle et s'égratigne aux aspérités de la vie et voilà ce que ça a donné:

(ce fût écrit voilà une trentaine d'années, rien n'a vraiment changé non?)



Lune vierge,
Abêtissement cosmique
Idole avachie des édiles
Bouffons de l’universel
Ubac des clairs de terre invisibles
A quoi bon puisque je ne crois plus!
Pourquoi mentir,
Non bourgeois né d’une terre infertile
Je fuis le luxe et me perds dans l’indifférence
De ma culpabilité acceptée,
Avare facile
Qu’une incompréhension sentie
Pousse au déviationnisme
Permanent, à l’attente grinçante
D’un forceps social
Un typhon lourd de structuralisme applicable
N’y aurait il que des Marcuse
Et des Lacamp?
Que des Bretons, des JCR?
Où sont les Rosa Luxembourg du mai passé
Les Saint-Just des grenades,
Les Babeuf de Beaujon
Misère sombre
Des week-ends autoroutés
Des soleils payés,
Des Saint Gobains sacralisés
Tristes tropiques des IBM satisfaites
Lune rousse du « genre anglais»
«Beggart’s banquet»,
Vivisection, capillarité ridicule
Ah, Vivre mieux avec Coca Cola!!

Claude

5.10.06

Liège


J’ai retrouvé ça au fond d’une valise. Quelques lignes rescapées de mes multiples déplacements
J’étais bien jeune alors. J’ai écrit ce texte alors que je sortais d’une épreuve sentimentale sévère.
Ecrirais-je les mêmes choses ou de la même manière ? Non bien sûr, l’âge est passé par là et avec lui une façon fondamentalement de percevoir ou de sentir les événements
Mais, bon, ce petit texte qui ressort de tant d’années accumulées a bien mérité d’aller s’aérer sur la toile et d’aller faire revivre tous ces souvenirs depuis longtemps enfouis

LIEGE

Liège de ses hanches,
Velours rose
De son sexe humide
Sable de ses cheveux,
Éclair noir
De ses aisselles au vent
Blanc crayeux de ses pieds
Toujours prêts à se tendre
Amusement topaze,
Yeux d’or, mica agile
Compréhension de ses mains
Qui figent le temps
Bulle chaude,
Vapeur d’alcool cuivré
Bouche à mordre
Liège,
Matériau d’amour
Pourquoi la vie t’a t’elle quittée
Mercure froid de mes pressentiments
Aveuglement glacé
Des moites odeurs de sueur
S’en viennent
Mouiller mon front
Offert au froid
De ta nuit

Claude

3.10.06

Les voix




Je suis sensible aux voix, très sensible. Pour être tout à fait franc avec vous, surtout à celles des femmes et voilà ce que cette préférence m'a inspiré.

LA VOIX DES FEMMES

C’est dans la voix des femmes
Que l’on retrouve son âme
Quand elles sont de nos chemins
Ou qu’elles soient de nos lointains
C’est dans la voix des femmes
Qu’on y découvre sa flamme
Qu’on y mesure ses failles
Ses fuites et ses entailles,
C’est dans la voix des femmes
Fille de rien ou grande dame
Que l’on mesure le temps perdu
Le temps qui vient, le temps venu
Quand elles ressortent de nos mémoires
Pour accompagner nos soirs
C’est dans leurs voix qui nous appellent
Nous étreignent, nous interpellent
Que courent des fleuves d’argent
Où elles sont les rames
De nos voyages d’antan
Où elles sont voiles des caravelles
Sous des alizés gonflés de sel
Porteur de parfum de cannelle
Pour des îles Sous-le-Vent
Pour des sorties de gros temps
Elles sont nos fidèles amies
Celles des moments partis
Les voix des femmes
Des filles de joie, des grandes dames
Des filles de rien, des filles de tout
Qui nous accompagneront jusqu’au bout

Claude

2.10.06

Tassili n'ajjer




C’est en revenant vers le campement que c’est arrivé.
Ils avaient travaillé tous les trois chacun dans leur coin comme d’habitude : Mesures, photos, remesures, calques…La routine, quoi !
Les gravures se trouvent dans des endroits bien mal commodes; à se demander comment les artistes de ces époques se débrouillaient pour ne pas perdre leurs effets de perspective et ils admiraient l’ingéniosité et le véritable sens artistique démontré pour tirer parti de la moindre anfractuosité de la roche.
Comme à Lascaux et comme dans toutes les grottes ornées disséminées sur notre vaste planète
Ils se parlaient peu, absorbés par leur tâche et le silence qui les entourait n’en était que plus profond. Ils réservaient leurs commentaires au campement du soir, sous cette voûte étoilée qui déroulait ce spectacle dont les citadins qu’ils étaient n’arrivaient pas à se rassasier



Ils s’étaient spécialisés dans la représentation des figures humaines : Des pasteurs, des guerriers, des chasseurs. Depuis quelques jours, c’étaient des scènes érotiques qui faisaient l’objet de toutes leurs attentions.
De sexes hypertrophiés, des femmes offertes à des hommes masqués. Quelle signification donner à ces représentations ? Des hymnes à la fécondité et à la vie dans son éternel recommencement dans les rites et les fêtes qui précèdent son apparition ?
Ils ne se lassaient pas d’admirer ces formes surtout quand la lumière rasante du soir arrivant venait y ajouter un élément supplémentaire d’étrangeté et nul propos graveleux ne venait émailler leurs rares propos

Ils étaient dans le Tassili n’ajjer, une région magnifique d’une sauvage beauté mais malheureusement l’insécurité a gagné ce coin et surtout ses voies d’accès et il est à craindre que toutes ces beautés si vivantes dans leur écrin de pierre doivent se priver pendant longtemps de visiteurs
Mais peut être n’est ce pas plus mal ainsi d’une certaine manière…

ils avaient été missionnés par Paris pour faire ces relevés pour ensuite offrir aux visiteurs et touristes dans notre capitale la possibilité d’admirer ces œuvres des lointains habitants du néolithique saharien



C’est Georges qui le premier avait dit :
Allez, basta, pour aujourd’hui ! Le thé doit nous attendre, on y va !

Il s’était redressé quittant la position incommode que le tracé sur la roche lui imposait en essuyant machinalement la sueur qui coulait sur son front
Sur sa gauche, un fragment de roche était détaché de la paroi. Il avait toujours accroché à la ceinture l’outil qui lui permettait d’enlever délicatement un fragment de pierre pour des raisons de prises photographiques en général.
Mu par une impulsion qu’il ne comprend pas toujours aujourd’hui, il donna un coup léger et c’est un fragment à peine grand comme la main qui tomba à ses pieds
Poussé par le même inexplicable besoin, il retourna le débris tomba au sol
Et c’est là qu’il la vit et l’exclamation qu’il poussa inquiéta quelque peu ses deux autres compagnons
-Il t’est arrivé quelque chose ?
Leur première pensée avait été un scorpion fréquent dans ces lieux désolés
-Venez voir, vite !!
Ils précipitèrent et le virent penché sur ce qu’il contemplait, tête baissée au sol
Et c’est là qu’eux aussi la virent pour la première fois.
Avec mille précautions ils l’on rapportée au campement ne se lassant de la regarder sous tous les angles et d’échafauder les hypothèses les plus folles.
Heureusement leur expédition touchait à sa fin. Evidemment, leur premier soin, de retour dans la capitale a été de faire examiner leur extraordinaire découverte
On leur confirma que les pigments employés dataient d’une période bien antérieure au néolithique mais c’est tout ce qu’on pouvait en dire
On le demanda de faire le silence sur cette découverte et l’énigmatique figure sur un morceau de roche s’est retrouvée dans l’enfer des trouvailles inexpliquées et bien dérangeantes
Mais eux ne l’ont pas oubliée et ils continuent souvent à l’abris des portes closes à l’évoquer entre eux
Mais jamais ils n’ont pu répondre à cette question : Que faisait-elle là, face tournée vers la parois, cette femme aux allures si modernes, que faisait t-elle là dans sa pose alanguie cette ravissante apparition?
Et surtout, pourquoi et comment a-t-elle pu suggérer à l’un de nos contemporains, dans une fin de journée de travail, de lui revoir la lumière et le regard des vivants?

La voilà cette femme qui nous vient de la nuit des temps, je vous la présente cette Antinéa de civilations disparues sans laisser de traces sinon la sienne.
Antinéa, cette reine que les Targui du Hoggar appellent Tin-Hinan, hiératique et mystérieuse et dont l’insondable regard qui a contemplé des cieux bien différents des nôtres mesure dans un endroit à nouveau caché l’infinie fuite des jours

Claude

1.10.06

En couleurs




J’aime bien cette image. La nature jette ses derniers feux, les feux de l’été indien. Ce petit répit avant les frimas et les paysages en noir et blanc.

Toutes les couleurs jetées comme sur la palette d’un peintre et Dieu sait combien de peintres ont tenté de capter la plus infinitésimale parcelle de lumière pour en jouer avec l’ombre afin de souligner toutes les subtilités et les nuances de ces vibrations d’ondes qui sont la vie même. Vous avez vu les nymphéas je pense et là tout est dit sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter

Je l’ai vue dans ce marché aux fleurs dans l’air léger d’un matin de fin de septembre. L’été jouait les prolongations avec cette grâce que prennent les choses qui vont mourir et qui le savent.
Un air transparent et des feuilles aux arbres qui s’habillent d’un festival de nuances à leur périphérie avec encore assez de vert pour noud faire regretter les jours heureux et chauds de l’été en transition
Je l’ai vue dans ce marché où je n’avais rien de précis à faire, nos regards se sont croisés l’espace d’un bref instant. Et j’ai été frappé au cœur par la couleur de ses yeux, d’un bleu profond, intense, incroyable, un bleu iris et le blanc autour qui donnait à regard une intensité comme j’en ai rarement vu.
Elle s’est arrêtée à un stand pour acheter quelques fleurs et, je l’aurais parié, son choix s’est porté sur des iris. Je m’étais arrêté presque face à elle de telle sorte que je puisse me baigner dans cette intense clarté, de ce prodige que nous offre parfois la nature comme pour nous faire encore mieux regretter de devoir un jour la quitter
J’aurais bien demandé à la vendeuse de prolonger la préparation du bouquet mais ce dernier finit par passer dans les mains de l’acheteuse au regard d’iris
J’ai demandé pour ma part quelques roses et j’ai suivi des yeux une silhouette qui remontait l’allée bordée d’arbres de rouge et d’or. J’ai regardé une silhouette qui disparaissait là-bas au coin d’une allée, une silhouette qui aurait du depuis longtemps disparaître de mes souvenirs mais qui aujourd’hui encore gaiement marche dans une circonvolution de mon cerveau,à peine une légère égratignure sur un de mes neurones vagabonds
Peut être aussi la dame d’âge mur à qui j’ai tendu ces quelques roses en disant - C’est pour vous !- avant de reprendre mon chemin de retour et sans m’arrêter à son air surpris, s’est-elle aussi rappelée longtemps de ce matin d’allégresse et de couleurs mélangées. C’est, ma foi, toute la grâce que je lui souhaite !!


Claude

30.9.06

La soixantaine



LA SOIXANTAINE

J’ai atteint les verts rivages de la soixantaine
Bien loin du temps joli de la prétantaine
Échoué en période de basses eaux
En attente d’un navire ou d’un quart de rafiot
Pour mettre le cap droit vers les Amériques
Ou vers le Bas-Poitou ou bien les Armoriques
Pour m’atteler encore aux ailes du souvenir
Pour ne pas en pleurer et pour toujours en rire
Me voilà au soir de cet âge qu’on dit mûr
Dans le métro de la mort, descente à Réaumur
Changement préalable à station Catacombes
Direction Pére-Lachaise et le pays des tombes

J’ai atteint les verts rivages de la soixantaine
Bien loin du temps joli de la prétantaine
Échoué en période de basses eaux
En attente d’un navire ou d’un quart de rafiot

Je suis à la merci du passage d’un train
De l’océan qui gronde et du moindre refrain
Et de la rumeur chaude de la ville qui s’éveille
Avec le regard qui toujours s’émerveille
Des yeux d’une passante ou du trot d’un enfant
Parti on ne sait où ni pour combien de temps
Je suis arrivé en bordure de cette soixantaine
Émigrant inconnu, sans bagage, l’âme sereine
J’ai mis le pied sur ces rivages aventureux
Un peu étonné d’être devenu presque vieux
Sur le sable encore chaud d’une jeunesse lointaine
Et son écho affaibli qu’un reste de vent promène

J’ai atteint les verts rivages de la soixantaine
Bien loin du temps joli de la prétantaine
Échoué en période de basses eaux
En attente d’un navire ou d’un quart de rafiot

Claude

28.9.06

Orages désirés





Nous ne valons
Que ce que valent
Nos rêves
Dans l’instant du matin
Lorsque les brumes
Se lèvent
Nous ne sommes
Que frissons
Dans les vagues
Du sommeil
Avant que les bruits
Du vivant n’atteignent
Nos oreilles
Nous ne sommes
Que d’addition
De ces fragilités
Entre prégnant néant
Et sombre éternité

Claude

26.9.06

Dunes


Elles sont belles ces dunes non? Belles, énigmatiques et tellement attirantes



MIRAGES

Lentement, se découpant sur l’horizon sans fin
Mais semblant pouvoir être touché par la main
Ils cheminent les hommes des grands infinis
Que rien dans leur allure patiente ne ralentit
Leur marche est semblable à notre destin
Comme à un désir, une promesse de lendemain
Apparaissant comme jouets d’enfants sur la dune
On dirait qu’ils nagent dans une lagune
Qu’offre à nos yeux assoiffés la féerie du mirage
Cette perfide offrande du désert en paysages
Sans cesse construits, aussitôt évanouis
En une débauche de pâturages épanouis

Quand nous saisit le vertige noir insondable
Lorsqu’autour de nous, tourne le vent de sable
Quand les dunes arrondies qui nous entourent
Sont des îles dont des vagues figées font le tour
Quand djinns, démons et sorciers se déchaînent
Et dans leur danse, viennent et nous entraînent
Pour un autre chemin, vers un autre demain

Quand continue lentement la caravane à son train
En marche vers là d’où nul peut-être ne revient
Quand le soleil à l’horizon explose et flamboie
Quand chaque rayon pèse de tout son poids
Alors, le désert rit et se moque des hommes
Qui foulent ces pistes que nul carte ne nomme
En recherche de rêves, en poursuite d’horizon
Lorsque le ciel est vide et la chaleur de plomb
Ainsi va la caravane qui se meut sur la dune
Messagère des dieux, dispensatrice de fortune
Et lorsqu’elle disparaît engloutie par les lointains
Une partie de notre être s’en va et la rejoint.

Claude

23.9.06

Des femmes...



J’ai atteint l’âge, malheureusement d’ailleurs, où je suis, un peu trop souvent à mon goût, convié aux funérailles de gens qui me sont plus ou moins proches.
Je me suis surpris à plusieurs reprises lors de ces cérémonies à me retourner vers les femmes présentes aux adieux que nous devons à ceux devant quitter cette scène où nous évoluons tous pendant quelques rapides instants
Et si, instinctivement, je me retourne vers ces femmes de l’assistance, c’est parce que je sais que d’une manière que je ne comprends pas, j’y puiserai ou y trouverai du réconfort d’une façon que je suis incapable d’analyser et encore moins de comprendre.
Pourquoi, comment ? Je n’ai donc pas de réponse claire à donner. Simplement je suis persuadé que les femmes sont infiniment plus fortes, «plus »raisonnables» que nous, les hommes, face à la mort inévitable
Peut être le fait de porter la vie leur procure t’elle une vision fondamentalement différente de celle qui habite l’esprit des hommes.
Probablement savent-elles au plus profond d’elles mêmes le prix de la vie et qu’elles en mesurent toute la fragilité mais aussi la force avec des instruments qui complètement échappent à l’analyse masculine.
Cette donnée fait partie, je pense, de leurs cellules ou de leur gènes et c’est probablement ce qui leur procure cette force mentale tellement plus structurée et orientée que la notre
Si je devais me référer à des termes de sport, je crois qu’elles sont des coureurs de fond qui tracent obstinément leur route à petites foulées alors que les hommes sont généralement des coureurs de 100 mètres capables de fournir un effort intense mais pendant un laps de temps limité.
Ce n’est d’ailleurs peut être un seul fait du hasard si les hommes et les femmes courent ensemble l’épreuve du Marathon avec des écarts de temps qui tendent de plus en plus à se rapprocher d’ailleurs.
Je pense aussi qu’elles ont dominé leurs temps à des périodes oubliées de notre histoire commune.
Je crois qu’elles ont perdu le pouvoir sous la pression de la force physique brutale mais je crois que ce pouvoir, touche par touche, lentement certes mais sûrement, elles sont en train de se le réapproprier
Face le ciel que dans cette reconquête, (au moins sous nos occidentaux cieux, ailleurs c’est une toute autre histoire), fasse le ciel disais-je qu’elles ne se croient pas trop obligées de copier leur comportement sur celui des hommes sans galvauder cette part de mystère qui les fait si différentes et par conséquent si séduisantes à nos yeux.
Mais attention, différentes ne veut pas dire forcément meilleures et oublier qu’elles sont capables de déployer des stratégies sophistiquées à notre encontre pour arriver à leurs fins serait bien léger de notre part et vouloir l’ignorer serait nous exposer à de bien cruelles et cuisantes déconvenues…

Claude

22.9.06

Pensées




Elle est devant moi, complètement absorbée dans sa lecture
Les stations du métro défilent les unes après les autres sur cette ligne 1 dite aussi ligne des touristes.
Elle, ce n’est pas une touriste mais quelqu’un qui probablement revient de son travail et que j’accompagne l’espace de quelques stations en regardant ce profil entouré d’un flot de cheveux noirs d’où, de temps à autre, elle relève d’un geste machinal une mèche rebelle
C’est beau ce profil de jeune femme plongée dans sa lecture et je l’observe sans trop vouloir insister et soudain une idée se fait jour en moi
Lire un livre. Quoi de plus banal comme activité et pourtant si on prend le temps d’y réfléchir; qu’elle étrange activité. Des mots écrits en noir sur un support blanc, des mots écrits par quelqu’un dont on ignore souvent quasiment tout, une vague image peut être et encore…

Et au lecteur ou lectrice de créer des visages qui n’auront par forcément les traits dont les a pensé l’auteur des lignes lues, à celle ou celui qui parcourt un chapitre de recréer des scènes ou paysages à cent lieues de ceux perçus par celui qui les décrit ou les suggère avec ses propres mots
Et j’imagine en dessous de ces cheveux qui encadrent l’ovale d’un visage, bien à l‘abri de sa protection osseuse une masse grisâtre et immobile

Et cet organe me fascine, son fonctionnement intime en tous les cas.

J’imagine de fulgurantes liaisons dans cet amas inerte, des liaisons qui se déplacent à la vitesse de la lumière, des éclairs qui montent et descendent le long de vertigineuses cordes. Une parcelle de lumière qui escalade des pistes multidirectionnelles et vient illuminer un territoire le temps d’une caresse intemporelle pour aussitôt passer à un autre dans ce montage permanent des décors d’un fabuleux théâtre
Et dans l’immobilité de la lectrice qui me fait face, j’imagine ce prodigieux travail de création qui est le sien à cet instant précis et des questions surgissent en moi.
D’où nous vient la pensée ? Qui a mis en branle ces mécanismes extraordinaires de mémoire, de rêve et d’imagination et dans quel but ?
On nous dit que seulement une faible partie de cette matière grise est utilisée. Saura t-on un jour si cette partie là est celle de facultés aujourd’hui disparues : Précognition, télépathie par exemple ou si cet espace est prévu pour des possibilités futures dont certains calculateurs prodiges nous donnent aujourd’hui d’hallucinants aperçus.
Nous n’en avons pas fini dans la connaissance de notre boite noire et dans le fonctionnement de ce "disque dur" protégé par ses parois osseuses et totalement fascinant et probablement pour longtemps encore bien mystérieux dans l'état actuel de la science.

Claude

20.9.06

Souvenirs


Le livre s’appelle Inuk, je me rappelle bien.
Sur la couverture, on voit un esquimau sur fond de banquise avec, à l’arrière plan,un traîneau et des chiensÇa s’appelle Inuk, ça veut dire homme en langue esquimaude.
C’est un livre que j’ai gagné en CE1 ou 2 en récompense du travail fourni
pendant l’année scolaire et ça décrit les aventures d’un missionnaire sur la
banquise canadienne.
Il faut dire que ma mère m’a inscrit dans un collège tenu par des frères et
on récompense les bons élèves dont je suis avec des livres écrits de
préférence par des religieux
Je lis ce livre en boucle. C’est le seul livre présent à la maison. J’ai
coupé une à une avec un couteau de cuisine les pages attachées ensemble et
aux découpures irrégulières sur la tranche, on peut mesurer ma hâte à
pouvoir passer à la page suivante

Je sais que tôt ou tard, sa colère va éclater. Pour des motifs les plus futiles le plus souvent, la viande est trop cuite ou pas assez, par exemple.
Et c’est ça qui me terrifie, cette soudaineté des accès de colère.
Je regarde furtivement ma mère, espérant un mot, un geste de sa part. Mais elle n’en fait rien, elle abonde dans son sens en s’ingéniant à le calmer et je lui en veux de cette attitude

J’ai appris des mots d’Esquimau et je suis devenu expert dans la façon de préparer les chiens pour partir sur la banquise. Je sais que là-bas, les jours durent 6 mois et que les nuits ont la même durée.

Il va laisser sa chienne venir lécher son assiette et ça, je ne peux plus le
supporter et je voudrais que ma mère lui dise que ça n’est pas distingué.
Distingué, c’est le mot qu’elle emploie pour décrire l’inspecteur de la société qui l’emploie quand il vient pour faire l’inventaire de l’épicerie dont elle est la gérante
J’aime bien quand cet homme vient, d’abord parce qu’il est en effet distingué. Il porte même une cravate, c’est dire. Et puis ce jour là, l’autre ne va pas se mettre en colère. Au contraire, il sait faire des efforts pour bien se tenir. Il se rase de près et il lui arrive de me passer la main dans les cheveux mais je n’aime pas beaucoup ça

J’ai relu à plusieurs reprises le chapitre qui explique comment les Esquimaux font face à la mort. Quand ils sentent que sa fin est proche, celui qui sait qu’il va mourir sort tout simplement et s’assoit sur la glace. Je suis impressionné et j’espère qu’il ne se trompe pas, que c’est bien le moment pour lui ou elle de quitter cette terre parce que, un fois assis, dans le froid de la banquise, plus moyen de faire marche arrière et personne ne viendra le secourir.

On n’habite pas très loin de la mer et s’il fait beau ce dimanche, on va prendre la vieille voiture d’avant guerre et embarquer cette étrange assemblage qu’il a fait pour servir d’abri sur la plage. Il a teint l’ensemble en vert pomme, ce sont des morceaux de toile de sacs à pomme de terre et il les a tendu sur un système compliqué de montants en bois.
Dès qu’il y a un peu de vent, l’ensemble s’écroule évidemment et j’ai l’impression que tous les gens présents sur la plage se marrent et se moquent de nous.
C’est pourquoi je m’installe le plus loin d’eux, qu’on ne pense pas que je
suis avec eux.
Je suis un petit garçon venu tout seul sur le sable, et je ne connais pas du
tout ceux là qui s’ingénient à remonter leur ensemble branlant de toile
de sac de pommes de terre peints en couleur vert pomme, cet ensemble qui me
fait honte.
Et tant pis s’ils oublient de me donner à boire ou à manger. Je n’ai ni faim
ni soif de toutes les manières et je reste obstinément assis sur le sable à regarder la mer d'un air détaché ou qui se veut tel.

Quand je sais qu’ils se sont endormis dans leur chambre voisine de la mienne,
je rallume la lumière et je me laisse embarquer à nouveau dans mes voyages
sur la banquise.
Je pars avec les chasseurs pour guetter le phoque qui fournira la viande,
les vêtements avec sa peau et la lumière avec son huile.
Je m’y connais drôlement sur ces coutumes et méthodes de chasse et de survie
dans ces terres du dos du monde et je crois bien que je saurais me débrouiller seul lorsque souffle le terrible blizzard avec tout ce que ce livre m’a appris

Je n’éprouve pour lui que haine et mépris. Ce mépris, cette haine sans
faille d’un enfant de 10 ans déçu au plus profond de lui par un adulte qui a
pris la place de son père. Déçu par cet homme qui vit avec ma mère. Je ne sais pas comment l’appeler, j’ai essayé « petit père » pendant un moment mais c’est trop long à dire bien que ma mère m’ait encouragé à m’adresser à lui comme ça. J’ai abandonné et c’est bien compliqué quand je dois lui parler, j’évite donc le plus possible de
le faire sauf cas de nécessité absolue

Parfois, il m’arrive de suivre la petite rivière qui passe derrière chez
nous et je monte sur l’un des flancs de la vallée. Là, je m’arrête devant la
grande pelouse bien taillée avec une grande et spacieuse maison tout au
bout.
C’est là qu’habite le fils du chirurgien avec qui je joue pendant les
récréations. Depuis l’endroit où je m’arrête, il m’est arrivé de voir des grandes
personnes assises sur des chaises longues et à qui quelqu’un apportait des tasses sur un plateau.
Du thé probablement; c’est un breuvage «distingué» qui n’a pas droit de cité
à la maison.
J’aurais aimé qu’il m’invite chez lui mais on se contente de jouer ensemble
dans la cour de l’école et je ne foulerai jamais l’herbe bien taillée de la
grande pelouse bien verte.

Je n’éprouve que haine et mépris pour cet homme chez qui tout me révulse
avec, souvent, la parfaite mauvaise foi d’un enfant malheureux.
Je ne suis pas un enfant martyr. Il ne me frappe pas, je crois qu’il a lu
une telle haine dans mes yeux qu’il se méfie de mes réactions en dépit de
mon jeune âge.
Mais bien des années plus tard, il me fera payer mon attitude mais ceci est
une autre histoire…

Je suis seulement un enfant seul et terrorisé, un enfant qui fait l’apprentissage de la solitude qui va rester une constante de sa vie et que tant bien que mal, il devra apprivoiser…

18.9.06

Brumes




BRUMES A BROCELIANDE

Danse, la reine, dans la haie
Avec les gnomes, les farfadets!
Danse à en perdre haleine
A en perdre ton peigne
A en oublier le pas
Sur un air de mazurka
Ou de valse de Vienne!
Attends que je m’en vienne
Avec toi et ton peuple des prés
Des champs, des bois et des fourrés!
Danse les pieds dans la rosée
Avec le serpolet des fées
Que connaît le vieux pays breton
Dans ses châteaux et ses donjons!
Danse, longue fille de la nuit
Dont la chevelure doucement luit
Pour prendre dans tes sortilèges
La trace de bruine ou le flocon de neige
Pour t’en faire un collier, un foulard
Et sur ta peau une parcelle de fard!
Danse avant que le matin n’arrive
Que le bateau des brumes n’atteigne ta rive!
Danse encore comme pour la dernière fois
Pour les elfes, les nains et aussi pour moi
Qui attend dans le creux du petit matin
Qu'enfin tu viennes me prendre la main!

Claude

15.9.06

Monologue urbain




La ville se parle, vous ne le saviez pas ? La ville se parle et se fait des signes. Je le sais car je l’observe à son insu et je la regarde et je l’écoute.
Bien caché sur mon balcon, elle ne peut me voir, elle peut alors se laisser aller aux confidences
Elle se parle et se fait des signes. Une lumière s’allume et s’éteint dans un coin de la ville et, simultanément, de l’autre coté de la ville une autre fenêtre lui répond, elle cligne de l’œil et fait savoir qu’elle a compris et que le message est bien arrivé
La ville murmure et grommelle, l’air est plein de mystérieux messages qui viennent de partout et de nulle part, dess signes qui s’entrecroisent et forment au dessus de ma tête le filet d’une gigantesque toile d’araignée
Je le sais quand je m’assois à mon balcon aux petites heures indécises du matin et que, silencieux je capte ces messages qui ne me sont pas destinés en contemplant un carrefour vide de toute présence humaine
De quoi parle t-elle la ville, je vous le demande ? Comment peut être se débarrasser de ces gêneurs que nous sommes, comment faire pour que nous vidions les lieux et qu’elle se retrouve seule avec elle-même enfin maîtresse de sa destinée enfin débarrassée de cette thrombose humaine et automobile qui pendant le jour engorge la moindre de ses veines et artérioles
Contrairement à la campagne où le silence de la nuit se fait aussi absolu que le noir qui entoure l’aventureux insomniaque, la ville palpite et vit sa propre vie, elle crie, elle pleure et parfois aussi elle rêve et pendant ce temps abandonnés à l’illusoire sécurité de leurs portes closes, ses habitants se prennent à espérer en un futur meilleur.

Claude

14.9.06

Soleil rouge




Un peu
De soleil rouge
Dans l’eau froide

Un reflet de soleil
Comme nos vies
Et leur cortége
De remords
Et de regrets

Un peu de soleil
Rouge
Accouplé à la noire
Eau froide

À peine
Un frisson
Sur la calme surface
De l’onde qui s’irise

Et une parcelle
De glace
Tremble
Et lentement
Se fond
Pour revenir
À la matrice
Des origines

Claude

13.9.06

Les roses




LES ROSES

Nos pieds fatigués
Reposent
Sur les roses
Du dernier été

Venez que je vous dise
Un secret
Par la brise transporté
Écoutez le atteindre vos oreilles
Déborder dans vos sommeils

Sous nos pas fatigués
Et la douceur des roses
S’évanouissent des choses
Et des destins condamnés

Sous la pâleur des roses
Qu’un vent du sud dépose
Sur des seuils à franchir
Ce sont les pleurs étouffés
Et les drôles de soupirs
Des âmes errantes
De nos lointaines amantes
De nos compagnes d’un jour
Disparues pour toujours
Et qui viennent
Se rappeler à notre souvenir
Qui s’en reviennent
Pour ne pas encore mourir

Claude

11.9.06

La montagne perdue




Une image spectaculaire mais avant tout effrayante.
Une vue qui était encore récemment emblématique de l’Afrique, le Kilimandjaro recouvert de sa coiffe de neiges éternelles sous l’équateur exactement.
Et cette vue, en dehors de sa vision esthétique qu’elle offrait, présentait ce côté rassurant des choses immuables d’un monde fait pour durer sans changement, égal à lui-même pour l’éternité
J’en ai parlé dans mon blog de cette magnifique montagne.
Mais voila, je suis tombé sur la vue de cette montagne décoiffée, privée de sa décoration de sucre glacé et c’est nous qui devrions l’être glacé mais d’effroi cette fois
Car en même temps que je découvrais cette photo dans le journal du dimanche d’hier, je lisais récemment un article de James Lovelock, Lovelock, vous savez, cet Anglais qui a popularisé l’hypothèse Gaïa, Gaïa notre terre, considérée comme un être vivant et a aussi découvert le trou dans la couche d’ozone au dessus de nos têtes
Je ne suis pas un scientifique de haut niveau et je le regrette. Je suis donc tenu à m’en remettre aux avis des spécialistes dont celui de Lovelock.
Leurs prophéties sont de plus en plus catastrophiques et les perspectives énoncées n’ont vraiment rien de rassurant. D’après tous ces commentateurs, nous sommes allé trop loin dans nos atteintes à notre planète mère. Et cela implique des changements spectaculaires dont nous risquons d’être les victimes impuissantes quelque soient les mesures que nous pourrions décider dans les années à venir
La vue de cette montagne est l’un de ces signes qui nous permet de toucher du doigt les changements qui nous attendent
Nous sommes des somnambules marchant endormis sur les bords d’un volcan prêt en entrer en éruption. Et il est à craindre que notre réveil soit, dans un jour proche, bien brutal

Claude

9.9.06

A toutes celles....

Oui, à toutes celles... celles qui ont traversé ma vie à un moment ou à un autre.
C'est loin déjà tout ça.
Et pourquoi, je choisis ce texte aujourd'hui? Ben, c'est simple, c'est le premier sur la liste du classement par ordre alphabétiques de ce que j'ai la faiblesse d'appeler mes poèmes.



A TOUTES CELLES…

A tous mes amours
Mes amours d’un jour
Ceux qu’on disait
Faits pour s'éterniser

A toutes celles
Celles qui à tire d’aile
Traversent mes insomnies
Ou mes rêves insoumis
Dans les méandres
Et les cendres
De mes nuits de plomb
Vides d’imagination

A tous mes amours
Mes amours d’un jour
Ceux qu’on disait
Faits pour s'éterniser

A toutes celles
Qui s’en vont
Dans un flot de dentelles
Vers les carrefours
Si lourds
De mes souvenirs
En mal d'avenir

A tous mes amours
Mes amours d’un jour
Ceux qu’on disait
Faits pour s'éterniser

A toutes celles
Cruelles
Des quais
Pas gais
De Montebello
Et des rives
Si grises
De Valparaiso

A tous mes amours
Mes amours d’un jour
Ceux qu’on disait
Faits pour s'éterniser

Et qui ont pourtant
Depuis longtemps
Disparus
Dans les vallées
et les forêts
du temps perdu
Et qui s’en allées
Déchirées
Dans les tons déclinants
D’un été finissant

A tous mes amours
Mes amours d’un jour
Ceux que l'on disait
Faits pour toujours durer

Claude

7.9.06

campagnes

J’ai connu une campagne bien différente de ce quelle est aujourd’hui. Une campagne que l’homme, le paysan se devait d’apprivoiser et quelle meilleure manière d’apprivoiser quelque chose que de le nommer.
C’est ainsi que les champs, les bois, les chemins pour s’y rendre portaient tous un nom distinctif: On allait au champs des ormes en prenant le chemin du verdet et tant pis si les ormes avaient depuis longtemps disparu et si rien ne venait dire ce qu’était réellement le verdet et pourquoi le champ du pendu ? Quelle tragédie s’était déroulée en cet endroit ? Un suicide probablement mais peut être aussi une justice expéditive en paiement de quelque méfait.
J’arrivais conduit par ma grand-mère dans des fermes desservies par des chemins creux sombres et menaçants du moins à mes yeux d’enfant et nous nous arrêtions devant des bâtisses basses où bêtes et humains cohabitaient à quelques mètres les uns des autres et les poules s’aventuraient souvent sur les sols de terre battue pour y picorer des miettes et chassées aussitôt à grand coup de torchon indigné par la maîtresse des lieux
Les animaux y avaient leurs propres noms aussi du moins les vaches et les chevaux
Un indigène des treize et quatorzième siècle ne se serait pas senti étranger à ce monde là
Mais aujourd’hui, ce monde là justement a disparu, l’homme a modifié ses rapports avec la terre. Il la violente à grand coup d’engrais et d’insecticides à haute dose et les herbes du diable, les plantes transgéniques finiront un jour ou l’autre par avoir droit de cité complet dans nos cultures
Dans mes promenades dans la campagne qui m’environne je retrouve quelques traces de ces anciens chemins creux et je suis encore capable de nommer telle ou telle pièce de terre perdue maintenant dans un ensemble plus grand
Quand je mourrai, le souvenir des ces choses passées disparaîtront avec moi et ceux de ma génération et il faudra bien que tôt ou tard ceux qui nous suivent trouvent un moyen de ré apprivoiser la terre avant que, lasse de toutes ces violences accumulées, elle ne se fasse justice elle même et redonne à l’homme si content de lui ce statut de moisissure que l’on chasse d’un revers de main

Claude

6.9.06

L’élastique

Les bruits, il y en a de bien évocateurs, celui là par exemple...Et puis il y a ceux du soir et ceux qui sont du matin mais, comme le dit la sagesse populaire, il n'y a pas d'heure pour les braves!!

Ah, ce petit bruit de l’élastique
Sur une peau de velours
Ce bruit ténu et ironique
Résonnant comme sur un tambour
Quand pressants, mes doigts s’affolent
Pour libérer de leur écrin
Les senteurs de ta douce corolle
Tes trésors et ton odeur de satin

Ah, ce petit bruit de l’élastique
Qui résonne tôt le matin
Quand ma main va et vient
Entre ton ventre et tes seins
Ce petit bruit précurseur
De ce cyclone que je sens
Gronder, sauvage et violent
Au plus profond de mes reins

Ah, ce petit bruit de l’élastique
Que j’entends résonner, unique
Dans le silence de cette chambre
Dans cette odeur de mer et d’ambre
Ce bruit lourd de toutes les attentes
Quand ta peau se fait douce
Quand mon corps le tien pousse

Oh, ce petit bruit de l’élastique
Comme signe de reddition
Comme accord et comme abandon
A notre tendre et lascive union

Ah, ce petit bruit de l’élastique
Quand les cinq derniers grammes
De nylon qui encore t’habillent
Cette dernière défense s’envole
Quand tout ton corps me réclame
Quand soudain il s’anime et brille
Quand nos respirations s’affolent
Et que le petit bruit de l’élastique
Ce bruit léger et ironique
Ce prélude à nos tendres désirs
N’est plus qu’un lointain souvenir

Claude


5.9.06

Retour en Afrique

Vous ne m'en voudrez pas n'est ce pas si je vous entraîne à nouveau à mes côtés ences lieux que la magie habite et où la poussiére des souvenirs s'accrochent encore à la semelle de mes souliers...




Afrique…
Afrique
Fantastique
Qui se déploie
Et qui flamboie
L’homme est oiseau
Dans ses sauts
Compulsifs
Son corps
Se tord
S’agite en longs
Frissons lascifs
D’un bond
Il escalade le ciel
Se yeux s’éveillent
Ses yeux se défont
L’homme est oiseau
Il est prince ou griot



Afrique…
Afrique
Féerique
La piste s’étire
Dans les gris hauts
Du Kilimandjaro
Dans des rires
Tout blancs
Dans des chants
Viscéraux





Afrique de poussière
De couleur sang
Et de mystère
La plaine vibre
Sous le soleil de midi
La savane libre
S’étend à l’infini
Un chant répond
Aux sons profonds
Des balafons
Le grand fleuve scintille
Dans le regard
Hagard
D’une fille
Qui vacille
Et se vrille






Afrique…
Afrique
Magnifique
L’homme est oiseau
Son aile balaye
Comme celle d’une corneille
L’ocre du patio
L’homme est oiseau
Éléphant, Buffalo
Gazelle ou papillon
Panthère ou roi lion
L’Afrique se déploie
L’Afrique flamboie
Sous le soleil
Qui s’émerveille
De ses sauts convulsifs
De ses tremblements lascifs

et avec moi il y eut Kylia
et son regard impénétrable
dans ses voiles couleurs fuchsia
Kylia qui fût ma reine des sables

Claude

4.9.06

Jamais content

Vous connaissez vous, cette sensation de vide, cette difficulté à trouver ses mots, cette vacuité, ce désir de rien?
Moi, ça m’arrive de temps à autre! Et c’est la cas aujourd’hui et ce depuis déjà quelques jours.
Une plongée du côté du néant sur fond de chute dans un puits sans fond.
Peut être est ce du à un séjour prolongé en province et soudain la ville et son tourbillon de futilité me manque.
J’ai envie de bruit et de silhouettes nombreuses qui se hâtent sur des trottoirs rectilignes
Le silence de la campagne me pèse et m’oppresse, même les oiseaux bigarrés, ces mendiants éhontés qui viennent nombreux et bruyamment réclamer leur portion de miettes du déjeuner du matin, m’ennuient.
Dans quelques jours, Je serai de retour dans la capitale
J’irai rapidement boire un café chez mon copain, le traiteur du bas de mon immeuble et je sais que, réciproquement, on se dira qu’on serait nettement mieux là-bas, très loin, là où on a ses racines.
Et je sais que je finirai peu à peu par croire à mes mensonges et lui aux siens et souvent pour mes repas du midi je sais que je choisirai des salades bien fraîches, parfumées aux produits du terroir comme il sait si bien les faire pour que, l’espace d’un instant, je puisse oublier Paris et son atmosphère délétère.

Claude

3.9.06

Partir




Partir
Se glisser
Dans l’aube naissante
D’un coup d’aile
Se mettre en route
En profitant
De la complicité
Des vents
Se glisser
Dans ses veines
Et ses courants
Passager clandestin
Esclave de son destin
S’abandonner
Aux ondulations multiples
Messagères de l’aurore
Partir
Vers les équinoxiales
Langueurs
Des océans menteurs
Partir
D’un coup d’aile
Au soleil levant
Partir
Pour ne jamais revenir

Claude

Ombres légères

      J'ai récemment évoqué ici deux silhouettes féminines qui ont, plus ou moins brièvement, croisé ma vie à divers ...