30.9.08

Déraisonnables horizons






j'ai fini par atteindre l'âge d'horizon ou bien l'horizon m'a ramené à la raison, va donc savoir!!! On finit tous ou moins comme ça: Raisonnable et horizontal en dernier ressort...C'est drôle non?
J'ai été, je crois, déraisonnablement amoureux des horizons lointains mais maintenant je suis presbyte et casse-couille en prime. On finit tous plus ou moins comme ça non? Les lunettes sur le nez et l'horizon borné par une grille de mots croisés... Formidable, non?
Ils ont vite fait de se rétrécir les horizons qu'on croyait pourtant indéformables, indéracinables, les horizons joyeux et lumineux de nos jeunes années quand la vue portait encore loin...

Du fauteuil au lit et puis du lit au lit, c'est comme ça qu'il disait le grand Brel et ça arrive plus vite qu'on ne le croit.

Et les pas aussi rétrécissent. Les pas, la vue et ne parlons pas du reste. on doit être fait de matériaux de bien mauvaise qualité, des matériaux à se faire appliquer un coup de malus comme c'est la mode aujourd'hui.
Quant au monde qui nous entoure, il s'en fout et il tourne sans se lasser à la rencontre éternelle et magique de bien fugitifs horizons accompagné de nos fallacieuses oraisons, balbutiées et répétées en pure perte pour des dieux qu'on implore sans raison

Claude

25.9.08

Je ne savais pas...




Je ne savais pas... Je ne savais combien il pouvait être difficile d'aligner trois mots les uns derrière les autres...
Je croyais qu'il suffisait de se pencher sur un clavier d'ordinateur pour que, tout naturellement, les idées s'enchaînent les unes aux autres
A une époque pas si lointaine, j'y ai pris plaisir: Les souvenirs qui affluent , les images qui se bousculent pour former des balbutiements d'histoires auxquelles pas grand monde n'y a jamais pris beaucoup d'intérêt mais que j'ai écrit avant tout pour moi seul et c'est déjà pas mal après tout...

Et puis, insidieusement, les difficultés à me mettre à écrire sont apparues. D'un post journalier, je suis passé à un post hebdomadaire puis mensuel et je sens que je vais passer à un post annuel
J'ai lu ça dans un roman de Saint-Exupéry voici longtemps: Nous sommes tous, dans la vie, lestés d'un bagage bien mince, d'un bagage aux sentiments, aux souvenirs qu'on peut croire inépuisable et qui est bien menu en vérité

Et pourtant les mots sont toujours là, dans ma tête. Je les sais qui tournent, en ronde échevelée...
Et je voudrais les arrêter comme je croyais pouvoir le faire avant.

J'aimerais revenir dans ce bouge de Buenos Aires auprès de cette fille aux yeux tristes et qui dansait sans grâce sur une minuscule scène mal éclairée ou sur les quais de Calcutta entre fleurs éclatantes aux odeurs lourdes et celles de monceaux d'immondices en train de pourrir au soleil implacable du golfe du Bengale mais je ne sais plus...

Je ne sais plus capturer les mots et ils s'envolent et s'évanouissent dans des recoins si cachés de mon cerveau que même moi je suis incapable de pouvoir les y dénicher et ils s'y perdent sans espoir de les y rattraper et je me retrouve, l'œil ahuri, devant cette page blanche que je me suis pris à haïr, cette page qui palpite à un rythme que ma vision fait paraître immobile mais qui, en fait, palpite à la cadence d'un cœur qui ne bat plus que par pure habitude...

Claude

20.9.08

Occupations diverses




J'écoute le Miserere d'Allegri enregistré dans la chapelle sixtine par un chœur anglais
Dehors, ce dernier jour d'été resplendit de tous ses feux, le vent vient d'est et présage une poursuite du beau temps pendant encore quelques jours
J'aime bien ces brefs instants de l'année en suspens entre les joies estivales qui laissent encore transparaître quelques échos de rires juvéniles et les frimas qui ne tarderont à marquer les paysages bretons de leur présence insistante
J'écoute ce Miserere et j'admire cette incroyable flexibilité de ces voix humaines et je m'émeus dans ces chants faits pour célébrer la gloire d'un dieu auquel je ne crois pas
Ce soir, j'irai peut être vers l'ancien lavoir où ma grand mère m'emmenait avec sa brouette pleine de linge sale, un lavoir maintenant bien silencieux depuis l'ère des machines à laver et il en est bien ainsi
En remontant vers le village, je remettrai mes pas dans ceux d'un enfant de sept ans et je me demanderai encore si les chênes qui bordent l'ancien chemin creux sont ceux que je voyais dans ces lointaines années et au pieds desquels j'aurais tant voulu me faire des amis des korrigans farceurs sensés y vivre mais ils ne se sont jamais montrés à moi...
Et puis l'obscurité viendra saisir peu à peu la vieille maison en commençant par les coins les plus éloignés vers l'est et les poutres de la charpente s'étireront en proférant quelques plaintes et craquements discrets et je laisserai les souvenirs m'envahir et nous serons comme d'habitude toujours beaux, invincibles et éternels et je fermerai les yeux pour m'endormir dans une envolée d'Allegri que j'essaierai de mêler aux plaintes langoureuses du sitar enchanté de Ravi Shankar...

claude

8.9.08

Malheur à celui qui...




Malheur à qui n'a pas
connu ça:
une Carmencita
une Conchita
ou une Esmeralda
et même
si ce n'est
dans l'aube blême
qu'un corps abandonné
dans des draps chiffonnés
pour ce qui ne fut
qu'une simple histoire de cul

Malheur à celui qui
pour affronter sa nuit
n'a pas uns Sidonie
une Marjorie
ou autre Lydie
à se mettre sous la dent
quand le soir s'étend
et même si
ce ne fut qu'une
tremblote de kiki
ou un massage de lune

Malheur à celui qui
sans une Gretchen
une Marlen
ou une Lieschen
pour étancher sa mélancolie
se laisse envahir d'ombre
et que la douceur de leurs seins
quitte une mémoire qui sombre
et tant pis
si ce qu'elles nous laissent
ne fut au pis
qu'une histoire de fesses

Malheur à celui là
qui n'aura pas
gardé au chaud
avant le grand saut
dans ses neurones
comme une image de madone
une paire de salopes
pas avares
de leurs trompes de Fallope
avant qu'il ne soit trop tard
qu'il faille changer de trottoir
et laisser là
les Juanita
les conchita
les Gretchen
les Marlen
les Sidonie
et les Marjorie

Claude

4.9.08

poème perdu





Les mots éternels et souples comme la taille d'une fille sauvage, les mots dans leur simplicité somptueuse et mélancolique qui offrent à rêver avec l'imagination en croupe, les mots et leurs murmures comme ceux des ruisseaux en route à la rencontre de l'impétueuse rivière...

Les mots des autres quand l'inspiration nous quitte et que le vertige nous prend devant le vide oppressant dont se peuplent des minutes devenues inutiles...

Puis il revint comme il était parti
Bon pied, bon œil, personne d'averti.
Aux dents toujours la vive marguerite,
Aux yeux toujours la flamme qui crépite.

Mit sur ta lèvre, Aline, un long baiser
Mit sur la table un peu d'or étranger
Chanta, chanta deux chansons de marine,
S'alla dormir dans la chambre enfantine.

Puis il revint comme il était parti
Bon pied, bon œil, personne d'averti.
Aux dents toujours la vive marguerite,
Aux yeux toujours la flamme qui crépite.

Rêva tout haut d'écume et de cavale,
S'entortilla dans d'étranges rafales.
Puis au réveil, quand l'aube se devine,
Chanta, chanta deux chansons de marine.

Fit au pays son adieu saugrenu
Et s'en alla comme il était venu.
Fit au pays son adieu saugrenu
Et s'en alla comme il était venu.

26.8.08

IMPRESSIONS




la goutte d'eau
celle qui étincelle
sur le murier lourd
de ses fruits sucrés

et puis le mouvement
des roseaux près
de l'étang qui se peint
des couleurs du ciel

et encore l'odeur
insistante de la fleur
et celle de l'herbe
fraîchement coupée

et enfin le flux et
le reflux de la vague têtue
et la grève variable
dans l'espace et le temps

et le brouillard qui monte
au dessus des champs
débarrassés de leurs moissons
et ton visage
que je ne vois plus
que je distingue plus
dans le fouillis inextricable
de mes souvenirs inutiles

Et je ne sais pas
passer en mode off-line
pour enfin me couper
des illusions
des temps passés

Claude

23.8.08

let's rejoice




les fêtes de l'été déjà s'en vont

Les cris des enfants vont retentir bientôt dans les cours de récréation mais plus ici
l'herbe dans l'espace entre les deux maisons va pouvoir regagner son espace vital perdu pour cause de piétinements intempestifs et de parties de football acharnées

les feuilles commencent à jaunir sur le bouleau que j'ai planté tout petit voici 6 ou 7 ans et qui commence à masquer toute la façade sud et bientôt atteindre le sommet de la cheminée

Je me souviens en parlant de feuilles, c'était le premier devoir du cours de dessin, une feuille de marronnier tombée à terre que nous ramenions en la choisissant la plus belle possible et qui retrouvait une sorte de gloire courte et factice sous nos mains malhabiles et inexpérimentées dans le rendu des couleurs...

la table en plastique blanc va être remisée jusqu'à l'année prochaine, elle ne supportera plus les bouteilles aux beaux liquides ambrés et les fumées qui s'élèveront des propriétés signaleront les feux allumés contre les premiers frimas de l'automne et non celles parfumées aux odeurs des viandes grillées

Voilà, les fêtes de l'été vont se terminer mais comme le dit si bien Kipling et avant de replier les décors:

Call a truce, then, to our labors
Let us feast with friends and neighbors,
And be merry as the custom of our caste
For if faint and forced the laughter
and if sadness follow after,
We are richer by one mocking year past

Claude

20.7.08

L'été en pente



Les mésons sont des hadrons formés de seulement deux types quarks parmi les 6 existants dans la nature. Lorsqu’ils sont constitués d’un quark et d’un anti-quark du même type, on parle de quarkonium.
Tout comme les atomes, les mésons peuvent exister sous forme d’état excités et former des familles de quarkoniums. Les plus célèbres sont le charmonium, composé de mésons charmés et le bottomium, formé de quarks beaux ou encore bottom (bas en anglais). La famille du bottomium a été découverte en 1977 par l’équipe du Fermilab dirigé par le prix Nobel Leberman. Alors que l’état fondamental des autres quarkonia avait déjà été observé, ce n’était pas le cas du bottomium jusqu’à aujourd’hui, dont on connaissait surtout les états excités comme les mésons B


J'ai trouvé ce texte sur la toile et la vérité m'amène à dire qu'il m'a plongé dans un ravissement sans bornes
Savoir que les mésons sont des hadrons formés de deux types de quarks, ça rend moins con non? Bon, d'accord! Je ne suis pas physicien de haut vol et je le regrette bien que les scientifiques en général m'inspirent bien de la méfiance en brideurs der rêves qu'ils sont à mes yeux (Mais pas ceux là qui savent mettre la matière en état d'excitation!) je ne perçois donc pas véritablement l'importance de ce qui précède mais qu'importe après tout, la musique des mots se suffit à elle même...

Eh, ben! il s'en passe de belles sous la surface calme de ces tables par exemple sur lesquelles nous nous appuyons et même dans l'intimité de nos cellules qui englobent en leur sein d'infinitésimales parcelles d'étoiles

Non, ils ne peuvent pas être complètement mauvais ceux là qui s'appliquent à traquer la matière jusqu'à ses plus infimes constituants, ceux là qui sont compteurs de mésons et conteurs de quarks beaux

Et je crois bien que les réponses à ces interrogations fondamentales et perpétuelles qui nous tenaillent en se dressant en brouillards opaques devant nos yeux insatiables de savoir et avides de donner un but à cette absurdité qui nous entoure et nous dévore, nous les trouveront dans ces concepts où la poésie la plus pure s'affronte aux champs les plus pointus d'une physique en plein devenir au milieu des particules élémentaires...

L'infiniment petit, là où l'espace et le temps s'enroulent l'un autour de l'autre comme la caducée du bâton du savoir, me fascine.
Et je crois que cet infiniment petit trouve forcément sa réplique exacte comme dans un jeu de miroirs dans l'infini grand et les deux se jouent de notre pauvre perception d'êtres humains dotés de si médiocres capteurs d'éternité où s'évadent le temps et l'espace...

Arriverons nous un jour au bout de notre quête? Celle qui finira peut être au-delà des mésons charmeurs à nous amener au seuil d'autres mondes, parties d'un multi-vers, englobant notre univers au milieu de bien d'autres et vers lesquels nous nous dirigeons à petits pas sur le chemin d'un pèlerinage peut être sans fin

Et pendant que j'écris ces quelques lignes, j'écoute Léonard Cohen qui chante en sourdine en dialoguant avec sa guitare et mine de rien sait extirper la plus substantifique moelle des mots de tous les jours


It's hard to hold the hand of anyone
who is reaching for the sky just to surrender,
who is reaching for the sky just to surrender.
And then sweeping up the jokers that he left behind
you find he did not leave you very much
not even laughter ...


Et c'est ainsi que se passent les étés par ici.

Le solstice nous tourne déjà le dos et les couleurs de la nature se font moins éclatantes et le soleil que j'observe le soir, se coucher de mon balcon va poursuivre sa route, là où il disparaît à mes yeux pour son repos nocturnes, de la colline du Montmartre et revenir pour son couché hivernal vers le dôme du Panthéon en passant par derrière la tour Eiffel et ça en sera fait d'une autre année et reviendront alors ces sentiments de solitude et de lassitude qui accompagnent maintenant mes automnes quand les vents des tempêtes d'alors balaient souvent le boulevard Diderot qui pointe vers là où le soleil se lève et j'attendrai patiemment qu'il reprenne sa marche obstinée vers le solstice d'été en griffant chaque crépuscule d'une présence différente à mes yeux attentifs

En attendant, nos étranges lucarnes bruissent du bruit immuable des vélos lancés à l'assaut d'un autre tour de France et bientôt sur les plages bretonnes vers lesquelles je tarderai pas à me diriger, je regarderai d'un œil impartial les silhouettes des jolies vacancières posées là comme un défi au temps qui passe en conquérantes intrépides des embruns qui les fouettent et à qui elles font concurrence en terme de légèreté...

Claude

15.7.08

HI-HAN




DO YOU SPEAK HORSE?

J'ai parlé cheval dans le temps. C'était dans une époque bien éloignée.
C'était voici si longtemps, vous qui me lisez ici par hasard, si longtemps que probablement vous n'existiez même pas sous forme d'ébauche de pensée, c'est dire!

Dans ces temps reculés, si lointains, comme je le disais plus haut, les hommes savaient encore dialoguer avec la nature et les animaux qui la peuplaient alors. C'est comme ça que j'ai appris à parler cheval
Oh, bien sûr, je ne suis pas à la hauteur de ceux qui, prétend-on, savent encore murmurer à l'oreille du meilleur ami de l'homme pour leur y glisser des secrets connus d'eux seuls mais toutefois je connaissais les mots les plus importants et la manière de les formuler

J'avais 7 ou 8 ans et j'avais pour habitude de me rendre à la ferme de mon parrain qui était paysan et, là, je prêtais une oreille attentive aux mots ou onomatopées qu'il employait avec son unique cheval de labour dont, au fil du temps, je m'étais fait un ami.

Mon plus grand moment de bonheur, c'était la fin du travail journalier quand il fallait conduire mon copain à une source située en contre-bas de la ferme
Je le conduisais, le tenant par une simple bride, jusqu'au lieu où il allait se désaltérer et se détendre en récompense des durs efforts consentis tout le long d'une longue journée de travail
C'est dommage que personne n'ait songé à prendre un cliché de ce curieux attelage, un enfant de moins de 10 ans tirant à sa suite une masse de plus de 300 ou 400 kilos mais c'est vrai aussi que la manie de la photo à tout prix était loin d'être entrée dans les mœurs pour une raison simple que personne ou presque ne possédait le moindre appareil photo

Je m'exerçais à l'emploi des mots entendus et employés par mon parrain et je les accompagnas de claquements de langues qui avaient pour effet de faire dresser les oreilles de mon pote à quatre pattes et de lui faire glisser en ma direction un regard aussi perplexe que compatissant
-Continues, fiston, t'es sur la bonne voie. Encore quelques progrès et on pourra dialoguer utilement ensemble...

Et j'ai grandi et je suis parti vers la ville... Le parrain a pris sa retraite et le cheval est mort et le parrain aussi d'ailleurs...

Je suis revenu récemment dans cette écurie minuscule du bout de la longère maintenant en ruine
Les harnachements de cuir avec tous leurs systèmes d'attaches et leur boucles compliqués pendent toujours au mur et s'ornent d'intempestives toiles d'araignées. Il m'a même semblé retrouver cette odeur douce et sucrée portée par la robe des chevaux mais ce n'est probablement qu'un effet d mon imagination
Et le me suis pris à essayer de parler cheval à mon tour: GRRRR, dit en roulant bien les R pour le faire reculer et les claquements de langue ou roulements de lèvres et hue aussi pour faire avancer et dia pour faire tourner à droite et quoi déjà pour faire tourner à gauche?
Merde, j'ai oublié
Me voilà avec un cheval qui ne sait pas tourner à droite, vous conviendrez avec moi que ça ne favorise pas tellement le retour à l'écurie...

Mais qu'est-ce-que ça peut bien faire? Qui, aujourd'hui, a besoin de parler cheval, hein?
Tout ça, c'est du passé dont il ne subsiste chez certains encore que des poussières de souvenirs et des mots en lambeaux
Quant à moi, comme le titre de ces quelques mots le suggère, je m'efforce de ne pas rejoindre le grand troupeau des ânes, de tous ceux qui ne font que tourner en rond parce que quelqu'un aura omis de leur dire qu'on peut aller aussi tout droit et revenir ainsi simplement vers l'écurie...

Claude

1.7.08

Europe, c'est pas l'heure, hop!!!

Il était né en 1880 ce qui ne nous rajeunit pas, vous en conviendrez aisément. A l'age de 20 ans il est parti pour s'acquitter de sa dette envers l'état comme on disait alors, pour faire son service militaire en d'autres termes, tiré au sort selon la procédure alors en vigueur.
2 ans environ ça durait à cette époque puis à l'issue de cette période, il est revenu au village, y a pris femme et un enfant, une fille, est venu trois ans après
Il a ainsi continué d'exercer au village son métier de menuisier-charpentier
Quelques bien veilles charpentes du lieu encore en place doivent se souvenir de son ouvrage et puis l'histoire l'a rattrapé dans ses occupations professionnelles.
Été 1914: Mobilisation générale.
Il a alors 34 ans. Ce n'est donc déjà plus un tout jeune homme...
Je pense que, comme ceux qui répondaient à l'appel, il a estimé que c'était l'affaire de quelques jours, voire, au pire, de quelques semaines...
On allait leur montrer à ces Allemands ce dont on était capable
Il a eu de la chance en définitive, il est revenu entier dans ses foyers en février 1919.
Plus de quatre ans après son départ.
Il allait alors avoir 40 ans Entre temps, sa femme avait trouvé un autre homme avec lequel elle était partie travailler à Paris en laissant sa fille en pension au pays par la même occasion

Il est né en 1906. Lui aussi a du s'acquitter de sa dette envers la nation et a été appelé sous les drapeaux lors de ses vingt ans pour une durée de 24 mois puis il est revenu au pays, y a trouvé femme et s'est marié.
Avec cette petite que sa mère avait laissé en pension dans une institution religieuse et qui avait bien grandi depuis
Il est parti avec elle, à Paris d'abord puis en Normandie où tous les deux vont tenir une épicerie...
C'est là que l'histoire l'a rattrapé.
Septembre 1839.
Le deuxième conflit mondial venait de commencer...
Il venait d'avoir 34 ans. Ce n'était donc plus tout à fait un jeune homme. Il sera fait prisonnier dans le nord de la France probablement sans réaliser ce qui lui arrivait. Peut être aura t-il pensé que ce n'était qu'une question de jours ou de semaines au pire pour revenir bientôt au logis...
Il a eu de la chance en définitive puisqu'il est revenu entier en mai 1945.
Plus de cinq ans après son départ.
Il allait avoir 40 ans, pas un vieillard certes mais loin maintenant d'être un jeune homme.
Entre temps, sa femme avait fait la connaissance d'un autre homme dont elle était tombée enceinte mais ainsi va la vie n'est ce pas?

Deux destins minuscules, deux destins quasiment identiques et dont l'intérêt est de souligner le sort réservé à tant de jeunes gens de ces époques pas si reculées après tout qui, probablement, n'aspiraient avant tout autre chose qu'à construire tranquillement leur vie à l'abri de leur clocher
Mais la folie meurtrière des hommes en avait décidé autrement et ils s'en furent, accompagnés de centaines de milliers d'autres, à la rencontre de ceux qu'on appelait alors des ennemis héréditaires
Et bien chanceux ceux qui en revinrent sains et saufs, du moins en apparence...

Or, il ne vous a pas échappé que depuis quelques 60 ans, cette malédiction n'est pas réapparue du moins sur ces champs, collines et vallons de l'Europe qui semblaient être faits pour s'abreuver périodiquement du sang de jeunes hommes à peine sortis de l'enfance
Bien sûr, le monde n'est pas devenu moins dangereux, moins imprévisible, moins cruel qu'avant mais au moins ces ignobles tueries entre peuples européens ont disparu et selon toutes probabilités ne sont pas prêtes à réapparaître mais, rassurez vous, les hommes sont tellement cons que bien d'autres peuples sont prêts à prendre la relève...

Pourquoi donc en viens-je à aborder ces problèmes me direz vous?
Bon, enfin même si vous me ne le demandez pas, je vous le dirai quand même
J'en reviens donc au récent référendum sur l'Europe rejeté par une majorité d'irlandais
Loin de moi l'idée de critiquer ce choix.
Vox populi, vox dei, nos ancêtres romains étaient gens de grande sagesse et nul besoin de revenir là-dessus.
Bon, d'accord, ça aurait été mieux si nos amis avaient lu le document en question pour voter en toute connaissance de cause mais à l'impossible nul n'est tenu et, sans nul doute, une classe politique totalement dénuée d'arriérés pensées bien sûr les a parfaitement renseignés sur le contenu d'icelui, mébon!!...

Ce qui m'a toutefois scandalisé et outré, ce sont ces manifestations de jeunes gens, bien alcoolisés semble t-il, fêtant leur "victoire" en hurlant des slogans débiles. Toute opinion est respectable lorsqu'elle sort des urnes bien sûr mais ces manifestations à la limite de l'obscène comme si on venait de se libérer d'une épouvantable tyrannie m'ont mis en colère.

Que je sache,l'Europe, héritière des idées généreuses de ses pères fondateurs n'a jamais pensé ériger des camps de concentration ou des goulag pas plus que d'épouvantables prisons an nom de je ne sais quelle idéologie-à-la-con comme ce siècle qui vient de se terminer a su si bien le faire pas plus qu'elle n'a voulu bâtir de murs destinés à couper des villes ou pays en deux

Alors, à tous ces braillards imbéciles, je dédie l'histoire de ces deux personnages cités plus haut qui ont payé cher la division historique de l'Europe en espérant que de telles histoires seront désormais impossibles mais qui le sait vraiment?
Je leur dédie pour que leur victoire et la joie qui en découle soient teintées d'un soupçon de tristesse et d'un sentiment de beau gâchis et d'un rendez-vous manqué..

Un dernier mot, ces deux destinées brièvement rappelées ici sont celles de mon grand père maternel que je n'ai pas connu, mort qu'il était avant ma naissance et celle de mon père biologique que j'ai à peine plus connu

Claude

29.6.08

En rev'nant de la revue






je suis été hier au grand show des culs nus (enfin presque...). Vous connaissez bien sur, la fête des fiertés qu'ils appellent ça. Ben, oui, dans le fond (ouarff) pas de raison d'être honteux d'être une tarlouse ou une grande folle
Je me suis donc mélangé à la foule des grands jours, place de la Bastille. Faut dire que j'habite à deux pas et que les flonflons de la fête m'ont fait sortir de ma tanière où doucement je rôtissais sous les doux rayons d'un soleil d'été enfin là.
A mon âge, vous vous rendez compte!!!
Quoique, quoique...
Tiens, ce matin, u marché d'Aligre, un mec qui pourrait être mon petit fils m'a demandé:
-Et pour le jeune homme, ce sera quoi?
Je lui ai pris deux kilos de cerises du coup alors que j'étais parti pour un kilo seulement.
Pour sûr qu'il a la bosse du commerce mon nouveau (et éphémère) pote, y'a pas à dire
Bon, j'en reviens à mon petit tour d'hier après midi. C'est curieux cette attirance-répulsion que j'éprouve pour la foule, un milieu où je me sens complètement étranger mais c'est presque plus fort que moi, il faut que j'aille m'y frotter, juste pour voir quoi!!!
Voir quoi? ça, je n'en sais rien du tout, peut être pour m'assurer que le nombre de cons ne descend pas en dessous d'une certaine moyenne.
Faut dire, que sur ce plan, je suis rarement déçu, c'est probablement pour ça que j'en redemande
Tiens, vous me croirez si vous voulez, je me suis même un jour mélangé à la foule indienne lors d'une manif mémorable à New Delhi. Contre quoi? ça, j'ai oublié si toutefois, je l'ai jamais su
Faut être barjot pour faire des trucs comme ça. J'ai vraiment failli y laisser ma peau quand les flics ont commencé à tirer à balles réelles dans les mecs qui braillaient des slogans auxquels je n'y comprenais que dalle, vu qu'ils causaient en Hindi ou autres langages hors de mon champ de compréhension...
Bon, rien à voir avec le cortège d'hier qui terminait sa pérégrination autour du génie du même nom qui en a vu bien d'autres
J'y ai même croisé Djack le flamboyant, venu lui aussi en voisin, probable... La place des Vosges n'est pas si loin que ça.
Bon, je vais vous dire, j'ai trouvé tout ça tristement ringard. Tant qu'a vouloir faire dans la provoc, on pourrait aller plus loin. Mais franchement voir des tas de gugusses se trémousser comme des épileptiques sur des musiques à la ronge-moi les valseuses (pour ceux qu'en ont, for sure), se mettre des ailes dans le dos pour ressembler aux anges et d'autres machins du même acabit, ben , ça fait rigoler cinq minutes mais au bout dune heure, ça fait tristement répétitif .
Bon, je joins des images prises hier et je vous laisse juge. Si vous en voulez d'autres, n'hésitez pas à en réclamer à la direction, j'en ai plein dans mon truc dans lequel je peux aussi causer et tout ça pour le même prix...

Claude

20.6.08

Songes




Un animal antédiluvien
Blessé
Ouvre grand la gueule,
Crocs saillants
Et souffle court,
Le silence s'en ouate
De nébuleuses éructations
Là-bas
Là-bas
Là
Où l'infini se cristallise
Autour de vacillantes parcelles
De lumière
Pour s'en remettre
Aux tentations
De l'aube

Et les convulsions
D'une chair agonisante
Deviennent
L'objet d'études
Sous la loupe
D'un paléontologue
Avide de découvertes
A l'orée
Dune forêt
Figée
En marge
De mondes disparus...

Claude

14.6.08

Mort






Je voudrais rentrer dans la mort
Paupières ouvertes et sans remord
Regarder ses travaux d’approche
Avec mes peurs et mes reproches
Mais pouvoir la fixer dans les yeux
Suivre pas à pas, attentif, silencieux
L’accomplissement du travail inévitable
Quand enfin il nous faut quitter la table
Laisser la scène et ses ultimes oripeaux
Quand il faudra que s’abatte la faux
Pour couper le fil de l’inutile fardeau
Je veux voir son acier impitoyable
Luire de tout son éclat redoutable

Je veux en cette seconde qui est dernière
Faire provision du maximum de lumière
Avant que commence cet obligé voyage
Au seuil troublant de ce grand pèlerinage
Quand la vie est cette fraction de seconde
Où se réfugie de notre être la fugitive onde
Quand nous est accordée comme conscience
Dans ce moment d’éternelle balance
Cette petite étincelle et encore ce sursis
Avant le coup de faux et entre mort et vie.

Claude

9.6.08

le rot de football




Le rot de foot ball, c'est actuellement le grand sujet du jour entre un tremblement de terre et un cyclone faut bien occuper le temps non?
Et puis ces trucs là, ça se passe très loin de chez nous alors que le rot de football, c'est vraiment à notre porte...

Bon, le rot de football, je ne sais pas pour vous mais ça a tendance à me donner des renvois... des renvois aux 22 mètres probablement

Bien! Je buvais tranquillement un petit noir au bar de mon pote de l'Aveyron qui lui est traiteur et amateur de rugby, on est au moins tranquille de ce côté là pendant quelque temps quand un type s'est accoudé au bar à côté de moi et j'ai bien vu qu'il voulait engager la conversation... Je ne suis pas particulièrement du genre disert avec les inconnus mais quand on me cause, je m'efforce de répondre le plus intelligemment que je peux dans la mesure de mes faibles moyens surtout en termes de rot de football où je ne suis guère brillant il faut bien vous l'avouer

Et voilà mon inconnu qui me brandit sous le nez un journal avec une photo de ce que je présume être un footballeur en train de bousculer un autre footballeur inopinément placé là sur son chemin.
Peut être avait il un besoin pressant à satisfaire car il avait l'air de ne pas vouloir perdre du temps en chemin
Bref, comme le dit mon inconnu, on aurait du faire jouer Meckloufi à la place de Sironi à l'aile gauche
Vous m'excuserez de retranscrire à l'oreille mais j'ai tendance à m'emmêler les pinceaux avec tous ces noms à consonance bizarre...

Quand, croyant lui faire plaisir, j'ai précisé que pour moi, c'est plutôt à l'arriéré qu'on aurait du le mettre, mon copain d'un instant m'a lancé un regard soupçonneux mais je crois bien que je l'ai achevé quand il m'a demandé si je jouais de l'ukulélé (enfin, c'est ce qu'il m'a semblé comprendre) et que je lui ai répondu que moi, mon truc, c'était plutôt le piano.

j'ai vu alors dans le regard de cet homme, bien de sa personne sous tous les rapports d'ailleurs, passer un grand moment de solitude et d'égarement dont je ne comprends pas tout à fait la cause encore aujourd'hui...
Je n'ai pas compris non plus tout à fait pourquoi il a fini d'avaler son café au risque de se bruler les muqueuses et de quitter le bar comme s'il avait le diable à ses trousses
J'ai probablement touché chez lui une corde sensible... Une corde de piano peut être, allez savoir!

Alors s'il lit ces lignes, qu'il soit bien assuré que je n'ai rien contre l'ukulélé, surtout s'il est joué par une vahiné sympa sur le rivage d'une ile paradisiaque autant qu'océanienne, que l'écoute du piano ne comble pas ma vie et que Mekloufi est très bien à sa place au centre comme l'est monsieur Bayrou mais, celui là, c'est pour bien d'autres raisons

Claude

Sexe à piles




Elle avait du sexe à piles
Et de la grâce à revendre
En faisant la danse du ventre
Devant le buffet en branches des iles

Elle avait un je-ne-sais-quoi
Qui ne me laissait pas de bois
Pas celui dont on fait les flutes
Excusez-moi pour la chute

Elle avait du sexe à piles
Comme le lapin qui bat du tambour
Et on conjuguait amour avec toujours
Sans trop vouloir se faire de bile

Il est parti mon lapin sauteur
Il m'a quitté pour un vieux chargeur
Et depuis je pleure ma passion
En maudissant les chutes de tension

Moralité

Si vous voulez assurer votre bonheur
Et garder chez vous un lapin sauteur
Prenez un abonnement à l'électricité
Et laissez là agir de ses doigts de fée


Claude

7.6.08

vie villageoise





Il fait exceptionnellement beau sur la Bretagne depuis deux ou trois jours
Mais il pleut au sud
Bien fait pour leur gueules
A chacun son tour non?
Il fait beau avec un ciel sans nuages
Et j'essaie de faire coller sa couleur avec mes souvenirs d'antan
Mais je n’y arrive pas
Le bleu n'est pas aussi bleu qu'avant
Quand j'avais dix ans ou quelque chose comme ça
Et le son des cloches qui me cassent les oreilles
Et les couilles en même temps d'ailleurs
Il y a comme un timbre fêlé dans leur putain de carillons
Et les odeurs, hein!
Celles, chaudes et sucrées, des vaches qui revenaient vers l'étable
En traversant le bourg
Quelques vagues effluves des cheminées qui crachent des saloperies
Au sud d'où je suis les ont remplacées
Même la vieille maison ne sent plus l'encaustique comme avant
Faut dire qu'on n'en met plus dans l'escalier de chêne
Comme le faisait la grand'mère
Et le temps passe
Et amène son lot de disparitions
Y compris celles des amis qui on décidé de se faire la malle
Comme ça, sans prévenir...
De tirer leur révérence peut être par lassitude
Qui ont décidé de rendre les armes
Alors qu'on attendait qu'ils nous racontent encore et encore
Leurs vieilles histoires
Archi connues et sans surprise souvent et alors!!
Putain, c'est con la vie quand même
On nait, on vit, on meurt
Et tout ce qu'on croyait immuable
Et là bien présent pour l'éternité
Tout ça nous coule entre les doigts
Les fraîches copines ne vont tarder à devenir
Des petites vieilles
Économes de leur pas et de leurs sourires
Et le bleu du ciel n'est plus le même bleu qu'avant
A cause de la putain de cataracte probable
Cataracte qu'est même pas celle de Niagara
Vu qu'on est devenu aussi économes de larmes
Et les cloches chantent faux
Pour cause de court-jus dans les esgourdes sans doute
Et les villages se peuplent de vieux
Pendant que les jeunes s'en vont
S’entourer autour des arbres
Après leurs virées alcoolisées du samedi soir
Et même les vaches ne sortent plus de l'étable
La preuve, les chemins ne sont plus constellés
De leurs bouses fumantes
Et je suis là comme un con
Attendant qu'un autre jour succède à celui-ci
Mais peut être appelleras tu, toi qui a décidé
De partir vivre sans moi à l'autre bout des terres
Celles qui s'étendent là-bas au-delà du couchant
Et j'en arrive encore à rêver d'embruns
Et je tends l'oreille aux bruits des vagues
D’un océan qui lutte peut être pour ne pas mourir
Et le son de tes rires devient le fil d'Ariane
Qui me lie encore à l'envie de vivre

Claude

1.6.08

Mon mai 68

Mon mai 68

J'ai connu ce mai 68
quand les braves gens
pensaient: Les carottes sont cuites
en se rongeant les sangs

J'ai connu cette année 68
et tout son mal d'être
la foule était à la poursuite
d'un monde encore à naître

Sous les pavés, y'avait la plage
et sous son sable les mirages
y'avait le boulevard St-Michel
pour à des rêves servir d'échelle

Et c'est là que je t'ai rencontrée
toi et tes yeux couleurs d'eau
où se serait délayé une part du ciel
pour donner à mes songes des ailes

Et c'est là que je t'ai trouvée
tu venais de la rue Rambuteau
tu ne portais pa de drapeau
et moi je ne portais pas d'épée

Mais j'ai su que nous étions
de même sang et de même pays
celui où, libres, s'ébattent les avions
quand les voiliers prennent un ris

Autour de nous s'enflait la rumeur
de la ville sous le soleil mutin
cris de joie, de colère ou de peur
et je l'ai prise par la main

Ce fût ma Bastille à moi
ce ne fût pas tout à fait Verdun
pas plus que ça ne fût Rocroy
mais ne me regardez pas avec dédain

Car je l'ai prise par la taille
pour livrer la plus jolie des bataille
celle dont on ne revient pas
où l'on meurt les bras en croix

Et quand le soir doucement va s'étendre
je me souviens de ces moments volés
la rue d"Assas s'appelait rue du Tendre
et ma bouche se souvient de nos baisers salés

Récemment un jeune gars
m'a demandé de lui conter
mes souvenirs de ces temsp là
comme à un survivant de combats passés

Mais comment parler de cette image
où un peu de ciel se serait perdu
alors qu'il attendaitl'assaut des barricades
alors j'ai vaguement souri et je me suis tu

Claude

25.5.08

Souvenirs... Survenir...




Souvenirs : Impondérables bribes de vie faites dont on ne sait pas trop quoi, Indispensables et omniprésentes et parfois dissimulées dans l’insondable fouillis de nos neurones.

Souvenirs qui nous crucifient aux bois du temps qui trop vite s’enfuit

Je ne sais pas si c'est pour vous comme pour moi mais certains me la jouent sur Replay mode sans que j' en connaisse vraiment la raison
Oui, pourquoi celui là plutôt qu’un autre dans la jungle des choses passées ?…

Je vais en citer trois qui me reviennent comme ça aux moments les plus inattendus, aux moments de déprime, aux moments de détresse quand le sol se dérobe sous les pas, quand les larmes montent aux yeux alors que l’obscurité s’en vient pour nous cerner de toutes ses incertitudes…

C’est l’hiver, la neige tombe dru devant mes yeux et je regarde au travers les larges vitres de la tour de contrôle où alors j’exerce mes talents … C’est un dimanche d'hiver et je suis là juste pour répondre à un bien problématique coup de téléphone. Et c’est alors que je les ai aperçus pendant un instant très bref, deux magnifiques oies sauvages, cous tendus dans l’effort, à lutter contre le vent et la tempête qui souffle, en route vers un bien improbable but. Blanc contre blanc, il m’a fallu bien de la chance pour pouvoir les graver dans ma mémoire jusqu’à la fin de mes jours…
Je suis dans une pièce de la porte d’Orléans, elle a la peau bronzée et douce et elle se lave dans une cuvette devant mes yeux éblouis. Elle se prépare à l’amour que nous allons faire et j’attends en contemplant sans rien dire les gouttes d’eau descendre doucement en épousant les courbes de son corps juvénile comme autant de perles précieuses accrochant des parcelles de lumière au fur et à mesure de leur troublante progression…
Je vois un voilier qui glisse en baie de Saint-Malo. Il est tôt ce matin là avec dans la lumière qui tombe du ciel un je-ne-sais-quoi qui incite aux départs et aux abandons. Et du haut de la falaise où je suis, je regarde ce voilier qui doucement s’éloigne vers le large en griffant une mer d’huile de son étrave légère et j'admire une fille vêtue de blanc, mince et brune, qui s’active aux besognes d’appareillage et le skipper qui fixe l’horizon d’un regard que j’imagine attentif…

Beauté de la nature à l’état brut qui d’un coup se dévoile puis se dérobe à nos regards, magie des courbes d’un corps féminin si doux, si souef comme le disait en son temps Villon, soie fragile d’une peau désirée et tellement attirante et le vouloir des départs quand on aimerait bien nous aussi mettre le cap vers d’autres ailleurs pour des voyages qu’on imagine définitifs en oubliant ces chaînes qui nous attachent à nos racines terriennes…

Et me voici lesté d’un bagage certes bien mince mais après tout probablement suffisant pour affronter les frimas qui, tôt ou tard, s’en viendront pour s’amonceller à ma porte

Claude

20.5.08

Demain... peut être





Il me regarde de son œil torve et froid et en retour je le toise aussi

Même pas peur !!

Demain, j’écrirai ou peut être après demain ou alors plus tard quand je ne ressentirai pas cette fatigue qui me paralyse la main et cette peur, oui, oui, j’ai bien dit peur devant la page blanche qu’il me présente et qui doucement scintille comme une bonne vieille pute qui te ferai des avances comme ces monuments historiques que je croise rue St Denis quand mes pas me portent vers là-bas…

Rien à foutre et envie de rien… Ah, si! Fermer les yeux et attendre que la nuit arrive avec le silence qui l’accompagne et me recroqueviller dans l’attente du sommeil qui finira peut-être par venir et m’entrainer avec lui, loin, si loin, du moins je l’espère

J’écrirai demain ou peut être un peu plus tard, comme avant quand j’aimais bien ça, quand j'aimais bien faire tomber la poussière des souvenirs qui persistent à encombrer bien inutilement ma mémoire pour les repeindre aux douces couleurs d’un présent recomposé

Claude

Ombres légères

      J'ai récemment évoqué ici deux silhouettes féminines qui ont, plus ou moins brièvement, croisé ma vie à divers ...