30.9.08

Déraisonnables horizons






j'ai fini par atteindre l'âge d'horizon ou bien l'horizon m'a ramené à la raison, va donc savoir!!! On finit tous ou moins comme ça: Raisonnable et horizontal en dernier ressort...C'est drôle non?
J'ai été, je crois, déraisonnablement amoureux des horizons lointains mais maintenant je suis presbyte et casse-couille en prime. On finit tous plus ou moins comme ça non? Les lunettes sur le nez et l'horizon borné par une grille de mots croisés... Formidable, non?
Ils ont vite fait de se rétrécir les horizons qu'on croyait pourtant indéformables, indéracinables, les horizons joyeux et lumineux de nos jeunes années quand la vue portait encore loin...

Du fauteuil au lit et puis du lit au lit, c'est comme ça qu'il disait le grand Brel et ça arrive plus vite qu'on ne le croit.

Et les pas aussi rétrécissent. Les pas, la vue et ne parlons pas du reste. on doit être fait de matériaux de bien mauvaise qualité, des matériaux à se faire appliquer un coup de malus comme c'est la mode aujourd'hui.
Quant au monde qui nous entoure, il s'en fout et il tourne sans se lasser à la rencontre éternelle et magique de bien fugitifs horizons accompagné de nos fallacieuses oraisons, balbutiées et répétées en pure perte pour des dieux qu'on implore sans raison

Claude

25.9.08

Je ne savais pas...




Je ne savais pas... Je ne savais combien il pouvait être difficile d'aligner trois mots les uns derrière les autres...
Je croyais qu'il suffisait de se pencher sur un clavier d'ordinateur pour que, tout naturellement, les idées s'enchaînent les unes aux autres
A une époque pas si lointaine, j'y ai pris plaisir: Les souvenirs qui affluent , les images qui se bousculent pour former des balbutiements d'histoires auxquelles pas grand monde n'y a jamais pris beaucoup d'intérêt mais que j'ai écrit avant tout pour moi seul et c'est déjà pas mal après tout...

Et puis, insidieusement, les difficultés à me mettre à écrire sont apparues. D'un post journalier, je suis passé à un post hebdomadaire puis mensuel et je sens que je vais passer à un post annuel
J'ai lu ça dans un roman de Saint-Exupéry voici longtemps: Nous sommes tous, dans la vie, lestés d'un bagage bien mince, d'un bagage aux sentiments, aux souvenirs qu'on peut croire inépuisable et qui est bien menu en vérité

Et pourtant les mots sont toujours là, dans ma tête. Je les sais qui tournent, en ronde échevelée...
Et je voudrais les arrêter comme je croyais pouvoir le faire avant.

J'aimerais revenir dans ce bouge de Buenos Aires auprès de cette fille aux yeux tristes et qui dansait sans grâce sur une minuscule scène mal éclairée ou sur les quais de Calcutta entre fleurs éclatantes aux odeurs lourdes et celles de monceaux d'immondices en train de pourrir au soleil implacable du golfe du Bengale mais je ne sais plus...

Je ne sais plus capturer les mots et ils s'envolent et s'évanouissent dans des recoins si cachés de mon cerveau que même moi je suis incapable de pouvoir les y dénicher et ils s'y perdent sans espoir de les y rattraper et je me retrouve, l'œil ahuri, devant cette page blanche que je me suis pris à haïr, cette page qui palpite à un rythme que ma vision fait paraître immobile mais qui, en fait, palpite à la cadence d'un cœur qui ne bat plus que par pure habitude...

Claude

20.9.08

Occupations diverses




J'écoute le Miserere d'Allegri enregistré dans la chapelle sixtine par un chœur anglais
Dehors, ce dernier jour d'été resplendit de tous ses feux, le vent vient d'est et présage une poursuite du beau temps pendant encore quelques jours
J'aime bien ces brefs instants de l'année en suspens entre les joies estivales qui laissent encore transparaître quelques échos de rires juvéniles et les frimas qui ne tarderont à marquer les paysages bretons de leur présence insistante
J'écoute ce Miserere et j'admire cette incroyable flexibilité de ces voix humaines et je m'émeus dans ces chants faits pour célébrer la gloire d'un dieu auquel je ne crois pas
Ce soir, j'irai peut être vers l'ancien lavoir où ma grand mère m'emmenait avec sa brouette pleine de linge sale, un lavoir maintenant bien silencieux depuis l'ère des machines à laver et il en est bien ainsi
En remontant vers le village, je remettrai mes pas dans ceux d'un enfant de sept ans et je me demanderai encore si les chênes qui bordent l'ancien chemin creux sont ceux que je voyais dans ces lointaines années et au pieds desquels j'aurais tant voulu me faire des amis des korrigans farceurs sensés y vivre mais ils ne se sont jamais montrés à moi...
Et puis l'obscurité viendra saisir peu à peu la vieille maison en commençant par les coins les plus éloignés vers l'est et les poutres de la charpente s'étireront en proférant quelques plaintes et craquements discrets et je laisserai les souvenirs m'envahir et nous serons comme d'habitude toujours beaux, invincibles et éternels et je fermerai les yeux pour m'endormir dans une envolée d'Allegri que j'essaierai de mêler aux plaintes langoureuses du sitar enchanté de Ravi Shankar...

claude

8.9.08

Malheur à celui qui...




Malheur à qui n'a pas
connu ça:
une Carmencita
une Conchita
ou une Esmeralda
et même
si ce n'est
dans l'aube blême
qu'un corps abandonné
dans des draps chiffonnés
pour ce qui ne fut
qu'une simple histoire de cul

Malheur à celui qui
pour affronter sa nuit
n'a pas uns Sidonie
une Marjorie
ou autre Lydie
à se mettre sous la dent
quand le soir s'étend
et même si
ce ne fut qu'une
tremblote de kiki
ou un massage de lune

Malheur à celui qui
sans une Gretchen
une Marlen
ou une Lieschen
pour étancher sa mélancolie
se laisse envahir d'ombre
et que la douceur de leurs seins
quitte une mémoire qui sombre
et tant pis
si ce qu'elles nous laissent
ne fut au pis
qu'une histoire de fesses

Malheur à celui là
qui n'aura pas
gardé au chaud
avant le grand saut
dans ses neurones
comme une image de madone
une paire de salopes
pas avares
de leurs trompes de Fallope
avant qu'il ne soit trop tard
qu'il faille changer de trottoir
et laisser là
les Juanita
les conchita
les Gretchen
les Marlen
les Sidonie
et les Marjorie

Claude

4.9.08

poème perdu





Les mots éternels et souples comme la taille d'une fille sauvage, les mots dans leur simplicité somptueuse et mélancolique qui offrent à rêver avec l'imagination en croupe, les mots et leurs murmures comme ceux des ruisseaux en route à la rencontre de l'impétueuse rivière...

Les mots des autres quand l'inspiration nous quitte et que le vertige nous prend devant le vide oppressant dont se peuplent des minutes devenues inutiles...

Puis il revint comme il était parti
Bon pied, bon œil, personne d'averti.
Aux dents toujours la vive marguerite,
Aux yeux toujours la flamme qui crépite.

Mit sur ta lèvre, Aline, un long baiser
Mit sur la table un peu d'or étranger
Chanta, chanta deux chansons de marine,
S'alla dormir dans la chambre enfantine.

Puis il revint comme il était parti
Bon pied, bon œil, personne d'averti.
Aux dents toujours la vive marguerite,
Aux yeux toujours la flamme qui crépite.

Rêva tout haut d'écume et de cavale,
S'entortilla dans d'étranges rafales.
Puis au réveil, quand l'aube se devine,
Chanta, chanta deux chansons de marine.

Fit au pays son adieu saugrenu
Et s'en alla comme il était venu.
Fit au pays son adieu saugrenu
Et s'en alla comme il était venu.