22.1.08

Les odeurs des petits matins



Odeurs de sueur et de goudron
Dans le champ dévasté des lits
Comme lieu de confrontation
De nos luttes et de nos dépits
De nos avances, de nos déroutes
De nos certitudes et de nos doutes.

Les odeurs des petits matins
Ont le parfum de nos défaites
Lorsque se termine la fête
Et que tout bruit s’éteint.

Les odeurs des petits matins
Qui t’enveloppent les seins
Sont les refuges des miasmes
Où se réfugient mes fantasmes
Quand ils s’accrochent à ma peau
Comme un habit de torero.

Les odeurs des petits matins
Sont des habits de baladin
Que l’on revêt pour des combats
Qu’on ne gagnera pas.

Les odeurs des petits matins
Sont les oriflammes de nos batailles
De nos orgies, de nos ripailles
Qui flottent dans les plis du satin
Dont s’enveloppent ces rêves
Qui nous poursuivent sans trêve.

Claude

19.1.08

Dieu ou pas Dieu

On parle beaucoup de Dieu depuis quelque temps dans notre pays de doulce France. Beaucoup trop à mon goût car je sais les dégâts que ce genre de discussions peut engendrer.
Et je les vois les équipes en place.
A ma gauche, les incroyants de tout poil, ceux là, tout fiérots et la main sur le cœur et disant: Je suis athée, moi!! Monsieur comme on disait à une époque: J’ai fait la guerre de 14 (ou la suivante ou n’importe laquelle d’ailleurs) moi ! Monsieur.
Donc, à ma gauche, les athées comme ils disent ou agnostiques comme j’ai entendu le proclamer par certains voulant faire leur malin
Et à ma droite, les croyants, les grenouilles de bénitiers patentés, ceux qui sont certains que Dieu-le-père, Vichnou, Allah et tutti quanti sont là, prêts à leur ouvrir la porte quand le moment viendra de la leur rendre leur belle âme à leur dieu préféré
Et tous certains en leur for intérieur qu’ils ont raison et prêts à s’entre étriper, prêts à massacrer ceux qui seraient du mauvais bord.
Dieu y reconnaîtra les siens, alors pourquoi se gêner hein ?
Et les religions, opium du peuple! Allez, au goulag tout ça et qu’on en parle plus
Et entre religions aussi parce que mon Dieu sera meilleur que celui du voisin
Ah, les cons !!! Et où vont-ils nous entraîner avec leurs discussions débiles, leurs palabres à la mord-moi-le-zizi?….

Alors si vous me le permettez, quelques définitions pour tenter d’éclaircir le débat:

-L'athéisme est une attitude ou une doctrine philosophique qui affirme l'inexistence ou ne conçoit pas l'existence de quelque dieu, divinité ou entité surnaturelle que ce soit

-Le théisme (du grec theos, dieu) est la croyance en l'existence d'un ou plusieurs dieux. Parmi les formes de théisme, on peut citer le panthéisme, le monothéisme et le polythéisme
On peut citer comme exemples de religions théistes l'hindouisme, le christianisme et l'islam. Certaines religions ne sont pas fondées sur une ou plusieurs divinités et ne sont donc pas explicitement théistes, comme le bouddhisme et le confucianisme

-L'agnosticisme est la position philosophique selon laquelle la vérité de certaines propositions (le plus souvent théologiques, concernant l'existence de Dieu, des dieux, etc.) est inconnue ou inconnaissable. C’est une pensée fondée sur le doute. La vérité absolue est incertaine
L'agnosticisme est souvent rapproché, à tort, d'autres courants philosophiques ou confondu avec eux. Contrairement à l'athéisme, il ne conteste pas l'existence du divin mais la possibilité même, présente ou définitive, de démontrer le caractère divin ou surnaturel d'une révélation ou d'autres possibilités de connaissance

-Le déisme, du latin deus (dieu) est la croyance en un Dieu créateur, mais pas en son instrumentalisation religieuse. Les déistes ne croient ni aux prêtres, ni à une «Église», ni à des textes sacrés ou des messies. Le déisme consiste donc en l'affirmation, hors de toute révélation religieuse, de l'existence d'un être suprême dont la nature et les propriétés restent inconnues

Bon, j’arrête là car j’en ai marre de faire des copier-coller et vous pouvez trouver tout ça dans des tas d’ouvrages de philo mais vous voyez qu’en quelques phrases, on a l’embarras du choix…

Bon, en ce qui me concerne mais ça n’engage que moi, je serais assez proche de ceux qu’on appelle déistes. A une petite différence près toutefois : Je ne crois pas nécessairement en un Dieu créateur. Humblement, modestement je dis que je n’en sais foutrement rien et que nous tous ensemble, nous ne le saurons probablement jamais.
Mais je suis complètement en accord avec cette définition pour refuser que cette ignorance ou ces certitudes soient instrumentalisées au profit de fanatiques de tout acabit, de ceux qui croient ou de ceux qui ne croient pas.
Je suis donc contre les religions, toutes les religions, sans exception même celles qui voulaient se passer de Dieu et l’avaient remplacé par le doux Joseph Staline ou le délicieux Mao par exemple.

Je trouve consternants ces défilés de gens ensoutanés, enturbanés, ces processions d’hommes ou de femmes fanatisés, ces rassemblements d’innombrables dévots, yeux levés vers le ciel comme si on pouvait y voir un quelconque Dieu le cul sur son petit nuage.
Les religions, toutes les religions sont des inventions ou des constructions humaines faites pour que certains y assouvissent leur volonté de puissance ou de domination et malheur à ceux qui ne pensent comme moi…

Alors je vais vous dire ce qu’au tréfonds de moi je crois. Je crois que notre passage sur terre n’est qu’un one-way-trip. Pas de paradis, pas d’enfer, pas de vierges qui nous attendent de l’autre côté, pas de jolis mecs en train d’éternellement jouer de la guitare en l'honneur de Dieu le Père.
Je crois qu’après notre mort, c’est le néant total et définitif
C’est pourquoi, nous devrions nous attacher à jouir de ces quelques brefs moments de lumière qui nous sont octroyés ici-bas,
C’est pourquoi nous devrions arrêter ce massacre de cette planète qui est notre seul et unique berceau,
C’es pourquoi nous devrions nous arrêter à ce spectacle des vagues qui se brisent sur la plage, à ces levers de soleil qui font venir des larmes aux yeux, à ces reflets d'or dans les yeux de celle qu’on a la chance d’aimer et qui nous le rend bien, dans les premiers pas d’un enfant en route pour son aventure humaine, à ce soleil qui sombre au-delà des horizons pour laisser la place aux mystères de l’obscurité et à leur part de rêves...

Je méfie de tous ceux là, bardés de certitudes, de quelques côtés qu’ils soient, je me refuse à ces discussions stériles

Que chacun puisse avoir ses croyances, ses réponses face à l’éprouvante idée de la mort, que chacun ait la possibilité de choisir pour tenter de conjurer ses peurs, je suis bien d’accord mais sans vouloir imposer sa façon de voir ou de croire aux autres et peut être alors le monde, notre monde, y gagnera t’il en sagesse et en force avant les catastrophes qui s’annoncent et contre lesquelles aucun créateur ne viendra nous donner un coup de main et de ça, on peut être assuré

Quant à moi, pour tenter de réveiller le peu d’espoir que j’ai dans l’espèce humaine, globalement avide et irresponsable mais condamnée un jour à disparaître comme tant d’autres avant elle, je vais me plonger dans l’écoute du requiem de Mozart puis dans celui de Verdi et en fermant les yeux, je saurai que la fierté et l’honneur d’être homme coexistent dans ces deux longs cris de rage et de colère: Devant cette parenthèse du siècle des lumières en train de s’éteindre avant d’aboutir à cette plongée dans l’obscurité qui peu à peu s’étend aujourd’hui sur notre terre et coïncide avec la propre mort de Mozart et devant cette lutte entre l’ange et la bête dans le requiem de Verdi où toujours triomphe la mort mais pas avant que l’homme n’ait eu le temps de crier et de tenter de réveiller cette parcelle divine que certains prétendent exister en chacun d’entre nous.

Amen

Claude

11.1.08

Confettis et codes secrets (suite)



Il avait été contacté de Londres par un lama qui, dans un anglais parfait expliqua ses désirs.
Anglais parfait certes mais il lui fallu du temps pour bien comprendre là où son interlocuteur voulait en venir
Il fit même le déplacement à Londres pour être bien sûr d'avoir bien compris
En fait, Rampa car tel était le nom de son interlocuteur lui conta que sa lamaserie possédait un coffre contenant des livres.
Or, ces livres avaient été en fait réduits par l’age probablement à l'état de confettis et c'est un magma informe qui remplissait maintenant le fond du coffre qui gisait dans l’une des pièces de la lamaserie.
Or, selon une croyance transmise de générations en générations, ces livres contenaient les mantras à psalmodier pour marquer le début des temps nouveaux, début qui devrait être marqué par des événements extraordinaires

Etait-il donc possible d'envoyer une équipe sur place pour les aider à reconstituer ces livres afin que leur contenu rendu lisible soit livré à la méditation et à la lecture des moines de l’endroit...

C'est ainsi que deux techniciens commencèrent en ce printemps le long voyage vers ces lieux face à la formidable barrière que constitue l'Himalaya avec ses formidables paysages encore inviolés
Sans tarder ils déployèrent le matériel qui les attendait dans des caisses arrivées à Mumbay par mer puis par train jusqu'à Srinagar et par camion empruntant des cols vertigineux jusqu'à Leh et à partir de là, acheminées à dos de yaks jusqu'à la destination finale au fond de la vallée perdue...

Ils commencèrent leur tâche sans tarder et finirent par aimer l'atmosphère particulière des lieux, la gentillesse spontanée de leurs hôtes et l'espièglerie des moinillons avec lesquels ils jouaient au football dans la cour de la lamaserie sous l'oeil bienveillant des plus anciens lors de leurs moments de loisir…

Peu à peu, le puzzle commença à prendre forme. Ils étaient assisté en permanence d’un moine qui les aidait dans leur travail et lorsque une page était terminée, il l’emportait avec mille précautions au supérieur du monastère

Il leur arriva d’ailleurs d’entendre des conversations animées entre les moines et une fois ou deux, on leur rapporta une page sur laquelle un morceau du puzzle était probablement mal placé et durent mettre de côté le texte défaillant jusqu’à ce que la pièce manquante fut finalement trouvée…

La mission dura jusqu’à la fin de l’été et ils durent mettre les bouchées doubles afin que le travail puisse trouver sa conclusion avant que les conditions météorologiques se dégradent et gênent leur retour vers la civilisation…

Enfin, la dernière page fut enfin prête et ils furent conviés à se rendre à la chambre de prière où toute la congrégation, moines et moinillons, silencieux et attentifs les attendaient
Solennellement, ils traversèrent l’espace de prière, la page posée sur un plateau d’argent qu’ils remirent cérémonieusement au vénérable en chaire. Ce dernier leur prit le plateau des mains et l’assemblée commença à psalmodier sur un ton mineur, un chant aux accents déchirants et soudain le silence se fit…
Le vénérable prit la feuille entre ses mains et l’éleva vers la lumière. Un assistant, l‘un de ceux qui les avait le plus souvent assisté présenta alors le volume de cuir ancien et patiné dans lequel l’une après l’autre étaient insérées les pages reconstituées…

Ils entendirent jusqu’à très tard dans la nuit les chants traverser les minces cloisons jusqu’à l’étage où on leur avait assigné leur chambre
-Bon! dit l’un d’eux. Il était temps que ça finisse, franchement ça finissait par me peser… Il est temps qu’on s’en aille et puis peut être qu’il vaut mieux ne pas être là quand ils s’apercevront que tout ce temps passé et cet argent dépensé l’auront été en vain… Vas donc savoir leurs réactions…

Le chauffeur les attendait dans son 4x4 dans la cour intérieure de la lamaserie. Il était arrivé la veille de Leh et devait les y reconduire pour qu’ils embarquent en direction de New Delhi et la route était longue avant que d’atteindre l’aéroport

Toute la congrégation était là pour les saluer et ils agitèrent leurs mains en guise d’adieu. Gravement et l’air sérieux, les moines leur rendirent leur salut….

Ils abordèrent la descente en direction de la vallée, le véhicule tressautant sur les cahots de la piste
Quand le véhicule prit enfin la route, ce fût le moment où le soleil apparu au dessus de la muraille immense qui bornait l’horizon vers l’est
Mais soudain, ils sentirent un tremblement de plus en plus prononcé se produire sous les roues de la voiture au point que le chauffeur arrêta le véhicule
Instinctivement, ils firent face vers le levant
Muets de stupéfaction, ils virent soudain le soleil disparaître derrière les montagnes himalayennes pendant que les tremblements s’accentuaient au point qu’ils durent s’accrocher au véhicule dont ils venaient de descendre
Puis le soleil soudain réapparut à trente degrés environ de sa position initiale…
La terre venait de basculer sur son axe de rotation
Tout à coup, ils entendirent un cri étouffé du chauffeur. Ils se retournèrent vers lui…
Muet maintenant avec une expression de terreur sur le visage, ils suivirent du regard la direction qu’il leur signalait…
C’est alors qu’ils virent venant du fond de la vallée un mur de roches, de terre et d’arbres dévaler vers eux à une vitesse terrifiante
Et avant que l’avalanche boueuse ne les engloutisse à jamais, la même pensée eut le temps de leur traverser l’esprit: Le travail entrepris n’avait pas été inutile après tout …
Puis la vague monstrueuse s’abattit soudain sur eux et les corps et le véhicule mélangés à la terre et aux roches poursuivirent le voyage interrompu vers le fond de la vallée
Et enfin le silence se fit à cet endroit précis pendant que d’autres montagnes tout autour continuaient à lentement s’écrouler sur elles même…

Claude

10.1.08

Confettis et codes secrets

Je me suis amusé à écrire ces quelques lignes pour mon propre plaisir mais aussi parce qu’elles m’ont permis de revenir par les souvenirs dans mes vertigineux souvenirs du Ladakh et des vallées cachées qui le sillonnent.
Bien sûr, tout cela n’est que le produit de mon imagination et de toutes les façons nos techniques n’ont pas encore atteint certains lieux bien dissimulés au pied de gigantesques montagnes
Mais tout va si vite de nos jours, alors, allez savoir…

Ça prend un jour de conduite de Kargi via Rangdum pour atteindre le monastère de Sani.
Ce monastère appartient à la lignée des Drukpa Kagyupa.
À en croire la légende, le chorten qu’on trouve dans la partie la plus ancienne du bâtiment remonte au deuxième siècle de notre ère
C’est dans cet endroit, si l’on en croit les plus anciennes traditions, que se trouve le livre qui fournit la clé permettant d’ouvrir cette porte vers les temps nouveaux pour peu qu’on soit capable d’en lire tous les mots….








Vous connaissez le Ladakh et Leh qui est la capitale de cet état du nord de l'Inde ?
Oui? Non?
Si c'est oui, alors vous avez de la chance car on y trouve des paysages magnifiques et l'arrivée sur un aérodrome situé à plus de 4000 mètres est une aventure qui vaut d'être vécue.
Et si c’est non, dépêchez vous d’y aller pendant que l’authenticité des sites environnants en est encore préservée…

Je fus en ces lieux pour des occupations dont je tairai la nature mais parfaitement honorables par ailleurs, rassurez vous.
C’est là que je fus approché par l’une des officiels du coin: Une patrouille militaire avait trouvé à flanc de montagne et à plus de 5000 mètres le cadavre d’un homme de type européen, vêtu sommairement et dépourvu de toutes pièces d’identité
On ne savait pas ce qu’il pouvait bien faire à de telles altitudes et on cherchait à savoir… Mais ceci comme l’aurait dit Kipling est une autre histoire…

Fin 1989, début 1990, un empire s'écroule.
Un empire fait pour durer 1000 ans ou plus du moins le croyait-on.
En quelques jours, l'empire soviétique va s’écrouler entraînant ses pays satellites dans sa chute sous les yeux incrédules d'une opinion publique médusée…

Dans des bâtiments officiels, le long de lugubres avenues, dans des pays qui allaient bientôt s'ouvrir à la liberté retrouvée, des hommes et des femmes vont pendant des jours s'activer à faire disparaître un maximum de documents présents dans d'innombrables dossiers et occupant d'interminables étagères: Lettres de dénonciation, rapports sur les faits et gestes de citoyens ordinaires, travail de police et de surveillance, tout ça avec les noms des dénonciateurs mélangés aux dénoncés, victimes et bourreaux ensemble, toutes données bien compromettantes pour un pouvoir en pleine déliquescence et qui sait sa fin proche.
Il faut faire vite et l'instrument le plus employé à cette époque fut sans nul doute la broyeuse à documents.
A pleine fournée, tous ces écrits transformés en lanières ou en confettis s'entassèrent alors dans des sacs eux mêmes entreposés dans des sous sols tristes et empoussiérés et destinés à des feux purificateurs mais l’accélération de l’histoire ne permit pas ce sort funeste et les opérateurs préposés à leur destruction n’eurent pas le temps de parachever leur oeuvre.
Mais ils restèrent quand même persuadés que les turpitudes de ces années de plomb étaient à jamais inexploitables, que leurs sordides secrets auraient à jamais disparu et qu'ils pouvaient définitivement respirer tranquille avant de tenter de se mettre au service des nouveaux pouvoirs en train de se mettre en place...

Quelques années avant ces événements historiques dans une banlieue huppée de l’ouest parisien…
Il avait disposé sur une table de ping-pong le puzzle géant de plus de 10000 pièces et chacun de la famille y passait des périodes variables pour poser chacun à son tour et selon son temps disponible sa pièce et bien lentement la vue d'un phare de l'Atlantique essuyant une tempête d'équinoxe peinait à prendre forme.

C'est une remarque de son plus jeune fils qui lui mit la puce à l'oreille
-C'est trop long ton truc. Dis voir, Papa ! Tu pourrais pas nous prêter un de tes ordi pour qu'on aille plus vite? Je commence à en avoir marre d’essayer des pièces qui s'emboîtent jamais...
C'est comme ça que lui vint à l'esprit d'utiliser la puissance de calcul des machines de la boite où il était employé et c'est ainsi que peu à peu il se mit à développer dans sa boîte son application...
A l'étonnement général de ses collègues, cela commença par l’utilisation intensive et à jet continu de la broyeuse du bureau
Puis il bricola tout un équipement incluant un scanner et disposa sur la vitre les petits bouts de papiers multicolores qu’il puisait dans les sacs qu’il avait mis placé à la sortie de l’appareil.

Puis les machines se mirent à utiliser leur puissance de travail: Couleurs, formes, fonts utilisées, graphiques ou dessins éventuels, toutes les occurrences possibles furent utilisées. Son patron le laissa faire car il utilisait ses temps libres pour ses manips et puis on ne sait jamais n’est-ce pas? Aussi ne s’opposa t-il pas à ses occupations …
Après bien des essais parfois frustrants et différents réglages matériels, il commença à voir la machine relever des analogies, proposer des solutions et peu à peu, il put voir le puzzle prendre forme et il en fut bien content même s’il ne lui était plus d’aucune utilité domestique puisque depuis longtemps déjà, la tempête et le phare de l’Atlantique avaient ressuscité des limbes et, après avoir été admirée pendant un temps l’oeuvre reconstituée debpetits morceaux de carton durci avaient rejoint leur boite d’origine maintenant sagement rangée au fond du grenier.

Puis sa brillante idée, faute d'utilisation immédiate ou de clients éventuels, fut remisée elle aussi au fond d'un tiroir jusqu'à ce jour où son patron répondit à un appel d'offre paru dans la presse spécialisée.
Un gouvernement d’un pays de l’Est comme on disait alors avait besoin d'un système sur étagère prêt à être utilisé afin de pouvoir reconstituer des documents secrets ou confidentiels réduits à l’état de confettis informes et retrouvés à l’intérieur de sacs oubliés au fond de vagues couloirs obscurs par des fonctionnaires persuadés en leur temps d’avoir fait tout leur devoir.
Il partit donc en mission d’aide technique, installa son système sur place et entreprit de former des opérateurs à son utilisation. Il sut par presse interposée que son système avait été correctement exploité expliquant ainsi de soudains licenciements ou des procès retentissants pour beaucoup qui se croyaient bien à l’abri d’éventuelles poursuites.

El après quelques mois, la mission se termina et il revint au siège de l’entreprise…

Un beau matin, son boss l’appela pour lui demander s’il n’avait pas peur de voyages lointains et quelque peu aventureux…


Claude

A suivre

9.1.08

Primaire américain

J’ai été sidéré par les déclarations d’un des candidats à la présidentielle américaine qui vient de remporter l’investiture républicaine pour l’état de l’Ohio
Ce gentleman est contre l’avortement et ceci dans tous les cas y compris si l’accouchement risque de provoquer la mort de la mère…
Ceci se passe de commentaires mais je voudrais m’attacher à une autre de ses convictions.
Ce candidat est persuadé, sûr et certain, que Dieu a créé le monde en 7 jours, 6 en fait car il s’est reposé, Dieu je veux dire, le septième jour

Qu’aujourd’hui, on puisse raisonnablement, intellectuellement, croire à de telles inepties me plonge dans des abîmes de stupéfaction.
Ca m’interpelle quelque part comme le dirait le jargon contemporain

Donc Dieu a créé le monde en 7 jours, c’est ainsi que le disent les saintes écritures.
Il faudrait savoir tout d’abord ce qu’on entend par monde.
S’il s’agit de notre petite planète terre, je veux bien croire qu’en s’y prenant bien et sans retard, on puisse la terminer dans le délai cité plus haut.
Il faudra certes l’insérer cette terre dans le cortège de planètes qui croisent autour du soleil mais, bon, rien de vraiment impossible là dedans pour un Dieu bien organisé

Maintenant si par monde, on entend notre système solaire, alors là, ça devient un tantinet plus délicat car il s’agit là de 9 planètes plus le soleil à faire venir au jour plus les calculs pour les intégrer dans notre galaxie
Tiens au fait, pour ceux que ça pourrait intéresser, je vous fournis une phrase cabalistique capable de vous faire mémoriser les 9 planètes qui tournent autour de notre soleil:
Me
Voici
Terre!
Moi
Je
Suis
Un
Nouveau
Pilote
Avec M pour Mercure, V pour Vénus, Terre, M pour Mars, J pour Jupiter, S pour Saturne, U pour Uranus, N pour Neptune, P pour Pluton…
On a l’air moins couillon quand on sait ça, non ?

Passons maintenant à notre galaxie, cette belle voie lactée qui se déploie au dessus de nos têtes lors des nuits étoilées
Des milliards d’étoiles y résident autour desquelles gravitent des planètes dont le nombre est affecté d’un coefficient multiplicateur que nous ne connaissons pas et qui doit rajouter un nombres de corps célestes dont le nombre déjà défie l’imagination

Alors que dire si le monde à créer est celui des galaxies que l’on détecte de plus en plus loin avec nos instruments modernes et dont la lumière pour certaines a mis 12 ou 13 années-lumière pour nous parvenir et qui constituent ce qu’on appelle notre univers. Des milliards multipliés par d’autre milliards puis par d’autres milliards…. Là franchement, une semaine me paraît un peu court.
On peut être Dieu en personne mais comme le dit la sagesse populaire « à l’impossible nul n’est tenu »

Et attendez, ce n’est pas fini.
Dans les calculs les plus rigoureux effectués par nos astrophysiciens, quelque chose désespérément cloche.
On a beau retourner dans tous les sens les équations les plus pointues, y ajouter de la matière sombre et l‘action des trous noirs, eh, ben, rien à faire!
Les calculs ne collent pas exactement à ce que l’on attendait
C’est l’une des raisons pour laquelle certaines voix scientifiques se sont actuellement entendre pour évoquer la possibilité d’univers parallèles
J’ajoute quand même que cette infinité d’univers est évoquée dans les Védas, psaumes de l’hindouisme en d’autres termes et ceci voici quelques 7000 années

En d’autres termes, la possibilité que notre (uni)vers soit en fait voisin d’une infinité d’autres (uni)vers pour former un (multi)vers ou un méta univers comme d’autres voudraient l’appeler.

La meilleure représentation qui pourrait en être faite est celle d’un seau dans laquelle on a mis de l’eau savonneuse. Chacune des bulles formée pourrait être alors un univers et toutes les bulles représenterait le (méta)univers englobant les mondes visibles et invisibles
Malheureusement, la perception physique de ces mondes voisins nous est impossible dans l’état actuel de nos connaissances technologiques et risque de le rester encore longtemps. Aux dernières nouvelles, il paraît d’ailleurs que ça nous sera à jamais rigoureusement impossible

Bon, ça en devient presque délirant tout ça mais je vais vous faire une confidence: Jamais je n’irai mettre ma voix sur quelqu’un sûr de son fait et intimement persuadé qu’un Dieu barbu et olympien, assis tranquillement sur son cul a passé 6 jours de son précieux temps pour créer le monde quelque soit la dimension de celui ci
Vous me direz, ça se passe aux Etats-Unis.
Qu’ils se démerdent donc avec leurs politiciens nos amis d’outre atlantique, c’est pas chez nous qu’on oserait raconter de pareilles conneries…

Claude

3.1.08

Le bal du printemps





Le bal du printemps
C’est comme ça que j’avais appelé ce truc
J’en profite de le fourguer maintenant parce que j’en ai envie du printemps, le froid, l’humidité et les cieux bas me figent et que le simple mot de printemps m’interpelle quelque part (n’insistez pas, je ne dirai pas exactement où)

Alors il serait temps qu’il arrive ce printemps pour chasser cet hiver à la con
Et puis je trouve rien d’autre à dire de spécial actuellement, alors comme c’est la saison des soldes, j’en profite pour mettre ce petit dernier online avant que, comme moi, il ne soit plus coté à l’argus…



LE BAL DU PRINTEMPS

Quand se rencontrent les corps
Dans un mouvement sans effort
Dans une inimitable élégance
Avec le glissement comme silence
Quand le geste le plus banal souligne
Un profil de camée, un cou de cygne
Lorsque, légères, les robes voltent
Quand la musique enfin se révolte
Que la moindre note s’enflamme
Dans la comédie ou le drame
Quand la mélodie se fait étincelle
Quand toutes les femmes sont belles
Quand se joue le bal du printemps
La pièce du toujours et du longtemps
Les masques sont fleurs posées
Sur la douceur d’une peau nacrée
Quand les danseurs tourbillonnent
Virent, tournent et se donnent
En cette seconde d’émerveillement
Lorsque se déroule le bal du printemps
Et se prennent dans un simple regard
Avant que jamais ne devienne trop tard
Les danseurs si fins et élégants
Aux accords d’un air entraînant
Jusqu’à ce qu’arrivent les aurores
Aux sons des cordes et de leurs accords
Quand la nuit est grosse d’un autre matin
Qu’aujourd’hui est déjà lendemain
Quand les mouvements se ralentissent
Quand les silhouettes s’alourdissent
Lorsque s’évanouit et s’en va le printemps
Dans le regret et l’illusion des longtemps
Quand la musique s’arrête et meurt
Dans la plainte et le silence des ailleurs.

Claude


1.1.08

L'amoureuse aux cheveux verts

Elle était belle ma rivière.

Sa découverte venait du temps de la grand mère maternelle qui m’avait pris chez elle pendant 3 ans jusqu’au retour à l’envoyeur, auprès de ma mère mais aussi près de ce beau père que j’ai tellement méprisé, de ce mépris inextinguible qu’un enfant éprouve envers un adulte qui l’a déçu

Je l’ai aimée ma rivière nichée au fond de cette vallée qui m’impressionnait si fort en raison de sa conformité particulière: Abrupte et dépourvue d’habitations sauf quelques moulins établis le long de ses rives et dont aujourd’hui encore on voit quelques traces

J’ai aimé la rivière et lorsque je revenais au village pour quelques semaines de vacances d’été, ma première visite était pour elle
Je descendais la longue pente qui menait directement vers le fond de l’étroite vallée et qui faisait passer devant les ruines de l’ancien moulin où voilà longtemps on venait s’approvisionner directement en farines et j’en aimais l’odeur avec toutes ces poussières qui dansaient gaiement entre les broyeurs et le toit d’ardoises vieillies

Puis j’entendais son bruit liquide qui parfois se mélangeait à celui du vent qui bruissait dans les branches des arbres qui en bordaient ses rives
Et elle était là, rassurante, éternelle comme moi je l’étais à cette époque

Souvent, je m’asseyais sur le tablier de pierre du pont de pierre qui la traversait et je la contemplais.
Elle avait sur moi un effet apaisant et hypnotique.
C’était du avant tout à la présence de longues herbes aquatiques qui lui faisaient une longue chevelure, souple et soyeuse et qui accompagnait le moindre mouvement de son onde

C’était mon amoureuse aux cheveux verts mais comme pour d’autres amoureuses, je lui ai été infidèle, espaçant mes visites pour voir d’autres horizons au point de ne plus lui rendre visite pendant quelques années

Un jour, j’ai repris le chemin du vieux village.
C’était après le remembrement comme ils disent.
Remembrement, c’est un moyen de tuer l’âme d’un pays, vous ne le saviez pas ?

Bon, c’est vrai les héritages successifs avaient morcelé le pays en une mosaïque de champs parfois minuscules éparpillés d’un bout à l’autre du bourg et c’est vrai que ça ne facilite pas la pratique d’une agriculture moderne et efficace.
Pour aggraver leur cas, les lointains prédécesseurs avaient trouvé le moyen d’agrémenter chaque parcelle de haies sur lesquelles, hiératiques et tordus trônaient des chênes têtards comme je les appelais alors

Allez! à la trappe tout ça !!!
Putain! Les anciens avaient du faire ça juste pour faire joli bien sûr!
Sauf qu’aujourd’hui, on les replante ces haies, avec subventions à l’appui en plus, car elles remplissent des rôles bien précis et fondamentaux dont naïvement on croyait pouvoir se passer mais ceci est une autre histoire comme le disait Kipling

J’ai retrouvé la route du vieux village et de la rivière aussi par la même occasion et j’ai à nouveau emprunté la longue pente
Comme avant, j’ai perçu le bruit liquide mélangé à celui des feuilles des arbres qui avaient dans l’entre temps bien grandis et je me suis senti rassuré

Elle était bien présente, mon amoureuse aux cheveux verts, elle était là, polissant toujours les énormes rochers qui en parsemaient le cours et les arbres de ses rives la berçaient et la protégeaient de toutes leurs branches et de toutes leurs feuilles
Le monde était à nouveau en place et tout n’était pas perdu alors puisque elle chantait encore la rivière de mon enfance au fond de sa vallée perdue

Le monde était à sa place du moins le croyais-je et comme avant je vins pour m’appuyer les coudes sur le tablier de pierres usées, celui là même d’où j’admirais pendant de longs instants la longue, vivante et soyeuse toison…

Mais c’est une vue d’apocalypse qui se présenta à mes yeux car elle était devenue chauve ma petite amie de mes années d’enfance et d’adolescence
Sa magnifique chevelure qui la rendait si chère à mon cœur avait disparu et elle charriait maintenant une eau teintée de marron au travers de laquelle on pouvait voir le fond dépourvu de toute présence vivante

Une amoureuse chauve, vous vous rendez compte ?
Une amoureuse qui certes chante encore mais faux comme chantait faux peut être la cantatrice d’Ionesco symbole du royaume de l’absurde, celui là même où les fous sont rois

J’en ai eu le cœur navré et pas de coupable à l’horizon
Ni responsable, ni coupable bien sûr et qu’est ce que c’est qu’une petite rivière et son cortége de truites à l’affût dessous de longues herbes ondulantes et les martins-pêcheurs qui la traversaient en éclairs verts et bleus et les grenouilles qui se mettaient à l’abri des joncs
Qu’est ce qu’on en a à foutre de cette tranchée sinueuse, gardienne de cette eau où nous avons tous baigné dès nos premiers instants de vie

Toute une vie humble, irremplaçable et précieuse, perdue probablement à jamais, une somme de vies sacrifiées au nom des nitrates, des engrais, des insecticides et de la sacro-sainte rentabilité évidemment
Bien sûr, on n’y avait pas touché à ma vallée cachée.
On n’y avait pas touché mais toutes les saloperies que l’homme utilise pour forcer, pour violer la terre en ont trouvé le chemin, elles!
Et ma rivière les transporte vers la mer proche où elles favoriseront la croissance de superbes, poisseuses et puantes algues bleues bien faites pour agrémenter nos plages de l’été…

Je ne reviendrai plus voir mon amoureuse aux cheveux verts.
D’abord, le chemin pour y accéder est long, la pente bien escarpée et la promenade me fait mal aux genoux

Je vais vous confier une chose.
Vous n’en avez probablement rien à foutre mais je le dirai quand même
Ce soir je me sens fatigué et vieux et j’ai froid… Infiniment!
Froid sur le dessus du crâne surtout mais ça c’est probablement parce que je suis en train de perdre mes cheveux, de devenir chauve en quelque sorte!…

Claude

PS : Vous voyez l’image qui illustre ces propos ? C’est moi dans ma lointaine adolescence, c’est moi qui tourne les yeux vers l’objectif alors que je n’aurais jamais du détourner le regard de mon amoureuse aux cheveux verts pendant qu’elle était encore vivante