25.9.07

Bois flottés






Bois flotté. J’aime bien cette expression, elle comporte en elle une part du mystère que toujours la mer recouvre.
J’aime quitter mon village en fin d’après midi et descendre sur la plage quand elle est à marée basse.
J’aime y aller lorsque la lumière est devenue rasante et que l’eau épouse des reflets qui tirent vers les verts, de l’émeraude au vert bouteille, en oubliant les bleus qui faisaient la joie des vacanciers voici encore quelques semaines

Revêtu de mon vieux K-way, j’arpente la grève maintenant déserte à l’exception de bancs de mouettes piaillantes et accompagné du bruit des vagues qui me remplit les oreilles et berce ma solitude
C’est là que je vais à la rencontre des quelques merveilles que la marée a rejetées et abandonnées là à la miséricorde du flux descendant

Les bois flottés, certains sont des bois polis et adoucis au contact des galets, ils ont fait de longs voyages pendant des mois voire des années portés par les flots alors que d’autres viennent peut être de la falaise qui surplombe la plage.
Peu m’importe, ils viennent pour s’échouer sur le rivage en fortunes de mer et je les soulève et je les soupèse avant de les ramener chez moi pour leur donner un semblant d’autre vie

Les bois flottés, je suis personnellement un bois flotté comme beaucoup d’entre nous probablement.
Un bois qui aura voyagé dans des pays improbables, pour des destinations où je m’arrêtais, l’œil las et le souffle coupé, débarquant sur des quais à y laisser son âme dans l’odeur forte et âcre des ports ou dans les silence des arrivées de nuit pour des escales imprévues

Un bois flotté porté au gré des courants mus par je ne sais qui pour je ne sais quelle destination, un bois qui a oublié l’arbre dont il fût issu, laissé là en période de basses eaux dans l’attente de la vague qui s’en viendra le prendre pour poursuivre le voyage interrompu…

Claude

24.9.07

L'ombre




Des mots qui me viennent comme ça, des mots sans importance aucune sauf peut être la métrique ou la cadence que j'ai tenté d'y mettre au point que l'un ou l'autre d'entre vous pourrait sans trop de peine en faire un refrain ou une rengaine pas très à la mode... à la mode de chez nous mais qu'elle importance n'est-ce pas?

Il m'arrive toutefois de regretter d'être parfaitement ignare en matière de composition musicale...

Face à ce temps là qui nous use
Et nous réduit à presque rien
Je descends vers les écluses
Et je m'habille en comédien
Je suis la route de l'aventure
Son gravier m’y devient doux
J’y côtoie de belles pâtures
Où se prélassent des vents fous

Je n'oublie jamais d'y boire
En usant du creux de mes mains
Et je fais semblant de croire
Que je serai là encore demain
Et je souris que c’en est bête
Car j'ai le cœur qui devient pris
A des mots sans queue ni tête
Et je me sens un peu parti…

J’ai suivi une fille légère
Qui avait le ventre rond
Avec la grâce d’une éphémère
Et son corps m’a semblé bon
Elle avait la mine bien altière
Et un sourire très charmant
J’ai fourragé dans sa crinière
En y plongeant mes doigts tremblants

L'affaire fut donc bientôt dite
Et lorsqu’elle enleva ses bas
Sans vouloir aller trop vite
J’ai pensé à un bleu lilas
J'aime l'odeur des crépuscules
Où s'exercent les passions
Quand l'oiseau de nuit ulule
En soudain cris de déraison

Pour qu'enfin la nuit commence
Dont la langueur me séduit
Là j’y esquisse un pas de danse
Et fidèle son ombre me suit
Je peux y déclarer ma flamme
A ces fantômes du fond des nuits
Aux apparences de grandes dames
Et au réveil, tout est fini…

Claude

21.9.07

Des photos

J’ai appris hier au hasard de mes visites sur la toile qu’un album de photos venait d’être retrouvé.
En fait, plus exactement, ce recueil de photos a été remis par son détenteur, un ancien officier américain qui l’avait trouvé dans un appartement là où il habitait en 1946 dans l'Allemagne de l'après guerre et qui la fait parvenir avant sa mort à un musée de son pays.
J’ai eu la curiosité d’aller voir ces photos qui maintenant sont visibles sur la toile à cette adresse : http://www.ushmm.org/.
Les non anglophones peuvent cliquer sur «special online display» pour les consulter si cela les intéresse

Que voit-on réellement dans ces 100 et quelques images exposées ?
Rien en fait, sinon des scènes bien banales: Un groupe d’hommes chantant et qu’accompagne un accordéoniste par exemple, un groupe de jeunes femmes souriant à l’appareil ou encore des groupes mixtes se relaxant tranquillement au soleil sur des chaises longues…

Rien que du banal, rien d’extraordinaire à voir.
Des photos qui pourraient avoir été prises de nos jours sauf qu’elles seraient probablement en couleurs plutôt qu’en noir et blanc mais grosso-modo, décrivant des situations identiques à celles auxquelles on peut être confronté au cours de notre vie, professionnelle ou autre.

Une collection de photos donc comme vous et moi pourrions les faire avec comme seul souci de garder le souvenir d'une journée ou d'un lieu particuliers.

Rien que du très ordinaire, rien que du bien banal comme je le soulignais plus haut sauf que… Sauf que les lieux où a opéré le photographe n’est autre qu’Auschwitz.
Auschwitz, un nom tristement célèbre, un nom qui fait frémir encore de nos jours, n’est ce pas ?
Un endroit où des centaines de millier d’êtres humains ont été assassinés soit immédiatement à l’arrivée avec l’envoi dans des chambres à gaz soit un peu plus tard sous les coups ou à force de privations…

Et c’est là que ces images deviennent proprement terrifiantes.
Les bourreaux de tous ces gens-là avaient donc des têtes bien ordinaires voire sympathiques et les jeunes filles pouvaient aussi être pimpantes et avenantes dans leurs seyantes tenues de sortie. Des bourreaux à tête de monsieur ou madame tout le monde…

A proximité de l’endroit où ces prises de vue furent faites et pendant que certains se reposaient, on tuait, frappait, torturait sans aucun état d’âme.

Il était donc bien normal qu’entre un tri à l’arrivée ou un départ vers les chambres à gaz l’on puisse se détendre un peu et s'évader de son travail, non?

Et cela nous a valu ces quelques prises de vue bien innocentes...

Et bien qu’aucun de ces personnages ne pouvait ignorer ce qui se passait dans ces lieux soit en y participant directement ou les voyant de près de toutes les façons, rien dans leur attitude, rien dans leur expression ne laisse deviner ce qui se passe ici, rien dans toutes ces photos ne laisse supposer que l’horreur absolue se déroule à quelques pas d'ici et ceci par ordre ou par simple prudence car on ne sait jamais n’est-ce pas ?

Et c’est cette banalité qu’on lit sur ces visages ou dans ces paysages qui rend ces vues encore plus effroyables, encore plus tragiques que la vue de ces corps empilés dans des positions grotesques ou obscènes et photographiés après la libération des camps…

Je vais vous faire une confidence : Je ne suis pas toujours très fier d’appartenir à cette espèce qui est la notre.

Quand je croise une foule je ne peux souvent m’empêcher de me demander combien parmi tous ces gens que je vois et que je côtoie sont en fait d’absolus salauds à qui il ne manquerait pas grand-chose en somme pour se livrer en toute impunité à leurs pulsions sadiques comme ce fût le cas dans tant de tragédies qui ont traversé notre monde depuis que l’homme y réside et ce n'est pas fini probablement

Je vais vous dire, fourbes, hypocrites, cruels, destructeurs et prédateurs sont les adjectifs les mieux partagés pour définir les éléments qui compose cette espèce dont nous faisons, vous et moi, partie et tout ça le plus souvent en s’appuyant sur un tas de doctrines qui se terminent généralement en isme ou de religions toutes plus intolérantes et rétrogrades les unes que les autres ou de fanatismes aux couleurs de fin du monde

Je me méfie de plus en plus de tous les grands mots employés et qui se terminent eux aussi en isme.

Je me méfie tout autant de tous ceux qui veulent, pour notre bien, nous convertir à leurs idées ou à leurs convictions, à ce qu’ils croient être la vérité suprême et qui n’est simplement que la leur et au nom de laquelle nous ne sommes bon qu’à détruire ou à faire disparaître si nous n’y souscrivons pas…

Je sais, oui, bien sûr, que parmi la foule existent ci et là des gens bien. Il s’agit seulement de les trouver en ayant de la chance pour qu'enfin la vie n’ait pas trop le goût du désespoir

Claude

19.9.07

J'ai vu





J'ai vu des gars
avec dans les yeux
comme des chemins
de nuages
J'ai vu des gars
avec dans les yeux
comme les attentes
de l'orage

J'ai vu des filles
avec dans les yeux
comme des cortéges
d'étoiles
J'ai vu des filles
avec dans les yeux
la trame mystérieuse
des voiles

J'ai vu aussi
des hommes
avec des regards
d'hommes
et des femmes
avec des regards
de femmes
Je n'y ai vu
ni fin ni commencement
rien sinon le vertige
d'un vide sidérant

Claude

17.9.07

singin' in the rain

.




Il pleut ce matin et j’entends, infatigables, les gouttes taper contre les velux du grenier où je suis…
Je t’avais dit un jour que l’harmonie que je trouvais dans ces bruits mouillés provenait selon moi de notre présence pré natale dans le ventre de la mère. Ça t’avait fait te marrer. Je crois que tu avais raison d’ailleurs.
Quelle foutue idée que cette idée là ! Foutue idée en effet, évoquer ma mère, son indifférence coupable à mon égard, le manque total de communication entre nous, son départ sans même tenter un mot d’explication, sans manifester une ombre de remord pour ce qu’elle a fait.
Alors même l’évocation de son utérus dans lequel j’ai passé quelques mois, probablement en intrus, me met maintenant mal à l’aise…
Putain ! Quelque soit l’âge qu’on a, les blessures de l’enfance ne se referment jamais. Jamais ! Quoiqu’on fasse. Putains de souvenirs !
Pourtant, soyons juste, des souvenirs y’en a des chouettes parfois…
Tu t’en souviens, dis moi, de la descente à pied de cette rue d’un village au Népal dont j’ai oublié le nom sous la pluie de mousson.
Et nous deux sous un grand parapluie pour famille nombreuse fourni par le chauffeur de notre voiture qui, pas con lui, était resté bien à l’abri à l’intérieur.
Et nous deux descendant la rue principale sous le déluge et sous les yeux éberlués des habitants du coin qui ont du nous prendre pour des extra terrestres ou de totaux farfelus.
Même qu’ils n’avaient pas franchement tort pour cette deuxième assertion !
Et il fallait drôlement faire gaffe avec l’eau qui ruisselait partout et éviter les mares qu’elle formait entre les pavés disjoints et les bouses qui parsemaient le chemin.
Les vaches, les chèvres, poules et compagnie, tout ça s’était réfugiés dans les maisons avec leurs habitants et nous deux comme deux cons en train de descendre cette putain de rue et pour la remonter, on a failli le faire à quatre pattes.
Un spectacle où un autochtone du haut moyen âge sous nos latitudes ne se serait pas senti dépaysé, probable !
A un moment, en remontant les Champs-Elysées du coin, on a même du s’accrocher pour ne pas déraper à une effigie de Ganesh posée là à un coin de rue.
Quel sport ! Un remake de « chantons sous la pluie » sauf que je suis pas sur que Gene Kelly et Debbie Reynolds aient du slalomer entre des merdes de vaches et s’accrocher à un éléphant pour ne pas se foutre la gueule par terre…

Il pleut toujours autant.
Maintenant le bruit de la pluie n’évoque plus rien pour moi.
Alors je vais mettre un casque et me plonger dans l’écoute de Louis Amstrong des années d'avant guerre. Satchmo avec les hot Fives & Sevens: Wild man blues, Willie the weeper et king of the Zulus…
Et peut être que je vais pouvoir me retrouver dans le quartier des halles des années soixante, sous un sou en poche entre les cageots de choux fleurs et les mecs qui portaient sur leur dos des carcasses de bœufs, dans l’odeur des bouquets de fleurs mélangée à celle du sang et à celle des fruits et légumes plus ou moins frais de fin de nuit.
Je vais aussi peut être pouvoir me retrouver là, dans ces années là avec mes potes américains de l’époque et je vais fermer les yeux et je vais penser à Monty Clift dans « Tant qu’il y aura des hommes » en train de jouer la sonnerie aux morts pour son pote disparu, ol’blue eyes, Frankie Sinatra et même que c’était un temps où le cinéma avait encore quelque chose à dire.

Avec du pot, à force de penser à tout ça, je vais peut être finir par oublier qu’il pleut dehors, qu’il commence à faire froid et que tout ça m’emmerde au plus haut point.
Heureusement si c’est le cas car je suis obligé de me restreindre le whisky, cette brosse à atténuer les bosses de la route, sinon je vais me faire engueuler une fois de plus par mon docteur


Claude

15.9.07

Ne plus sapias quam necesse est, ne obstupescas

Un grand quotidien du soir nous fait savoir que la possibilité maintenant de choisir de dire et de suivre la messe en latin ne soulèverait que peu d’intérêt dans l’opinion publique, y compris parmi ceux qui y vont (à la messe, je veux dire)

Ah, ben merde alors !
Moi qui croyait que c’était un sujet de la plus haute importance propre à remplir à nouveau nos églises si désespérément vides (ou moins remplies qu’avant pour être juste) et voilà que les paroissiens s’en foutent !
C’est vraiment à désespérer de tout que de voir que cette dernière décision papale tombe vraiment à plat !
Ça doit être le mundial de rrrubby (comme on dit dans le Sud-ouest) et la piquette qu’on vient de se prendre qui met le monde cul par-dessus tête
Eh, ben, ça rend tout triste le mécréant que je suis… Et pourtant ce mécréant là ne supporte aucun clergé avec les prêtres, iman et autres gens d'églises qui le composent.
Pas plus qu’il ne supporte les dogmes, catéchismes et autres paraboles et fariboles d'où qu'ils viennent en dépit des récompenses éventuelles à gagner dans un hypothétique autre monde.
Bon, bien sûr, je suis bien d’accord que la perspective d'être accueilli dans l'au-delà par quelques jouvencelles, vierges bien sûr (y’a que là qu’on en trouve encore, semble t-il) ou par des folâtres anges, joueurs éthérés de harpe céleste ait un côté bien tentant mais c’est plus fort que moi, que voulez vous! J‘ai des doutes sur la réalité de ces promesses qui n’engagent que ceux qui veulent bien y croire comme disait l'autre

Eh bien, en dépit de tout ça, vierges, anges et tout le saint-frusquin, tout le monde apparemment s’en fout.
Ça avait pourtant de la gueule le latin, même si ça nous faisait ricaner, moi et mes potes de l’époque, enfants de chœur bien délurés quand on glissait quelques strophes de la chanson du père Dupanloup dans les cantiques à la messe en les latinisant quelque peu mais il faut bien que jeunesse se passe et de toutes les façons, aujourd’hui il doit y avoir probablement prescription, non ?

Pourtant comme le disait si bien Brassens :

Ils ne savent pas ce qu'ils perdent
Tous ces fichus calotins
Sans le latin, sans le latin
La messe nous emmerde
Le vin du sacré calice
Se change en eau de boudin

Il avait bien raison le père Jojo

Or, voilà qu’ils ont fait un effort ces fichus calotins et tout le monde s’en fout…Quelle ingratitude noire!!

Eh ben, je vais vous dire, moi je serais d’accord et j’espère que vous le serez avec moi pour rendre la messe obligatoire avec, à l’issue, test de connaissance des cantiques et des prières en latin et ceux qui ne les sauraient pas seraient obligé d’assister aux vêpres jusqu’à ce qu’ils soient capables de les réciter par cœur…

Ite missa est, amen

PS : Quel rapport a le titre avec le texte qui suit ? Ben, aucun mais je suis libre de choisir ce que je veux, non ? Et avouez que ça sonne bien !!!
Ah, pour les rares non latinistes qui liront ces lignes, je vous le traduis quand même :

Ne sois pas plus sage qu'il ne faut, de peur d'être stupide


Et comme le disait en son temps la mère Denis : Ah, ben ! C’est ben vrrai ça !!!

13.9.07

La voix des femmes

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La voix des femmes, de quoi en faire un poème ou ce qui en tient lieu.
La voix d'une inconnue et c'est la porte ouverte à tant de jolis fantasmes, la voix d'une femme connue et c'est tant de souvenirs qui soudain revivent...





LA VOIX DES FEMMES


C’est dans la voix des femmes
Que l’on retrouve son âme
Quand elles sont de nos chemins
Ou qu’elles soient de nos lointains
C’est dans la voix des femmes
Qu’on y découvre sa flamme
Qu’on y mesure ses failles
Ses fuites et ses entailles

C’est dans la voix des femmes
Fille de rien ou grande dame
Que l’on mesure le temps perdu
Le temps qui vient, le temps venu
Quand elles ressortent de nos mémoires
Pour accompagner nos soirs

C’est dans leurs voix qui nous appellent
Nous étreignent, nous interpellent
Que courent des fleuves d’argent
Où elles sont les rames
De nos voyages d’antan
Où elles sont voiles des caravelles
Sous des alizés gonflés de sel
Porteur de parfum de cannelle
Pour des îles Sous-le-Vent
Pour des sorties de gros temps

Elles sont nos fidèles amies
Celles des moments partis
Les voix des femmes
Des filles de joie, des grandes dames
Des filles de rien, des filles de tout
Qui nous accompagneront jusqu’au bout

C’est dans la voix des femmes
Qu’on va y chercher son âme
Qu’on parcoure tant de chemins
Yeux ouverts vers les lointains
C’est dans la voix des femmes
Qu’on nourrit sa flamme
Qu’on y mesure ses failles
Et qu’on y on perd sa dernière bataille

Claude

9.9.07

Soliloque



Comme d'habitude, étendu nu à tes côtés nue aussi, j'avais laissé ta chaleur se communiquer à la mienne

Comme d'habitude aussi, tu m'avais regardé avec cette interrogation au fond des yeux avec ces questions que je sentais poindre et auxquelles je n'avais pas su souvent répondre

Ce soir, dans le silence du village endormi, des souvenirs me reviennent de ces temps là et ce sont peut être ces réponses que tu attendais qui surgissent en moi venant des ombres du passé: Des mots, des phrases que je n'ai pas su prononcer et qui m'envahissent au bout de ces années où scintille là-bas le phare des derniers espoirs...

Ce soir là, je n'avais pas voulu que nous fassions l'amour, j'avais voulu te faire l'amour ce qui, tu en conviendras, est bien différent

J'avais voulu prendre part à ce voyage par lequel parfois s'évadent les femmes dans l'amour et dont beaucoup d'hommes s'excluent par manque de patience, par incompréhension ou en laissant conduire seuls vers leur propre plaisir

Je voulais voir le désir monter en toi, jauger son intensité, le mesurer à la dureté d'un clitoris durci butant à la dure barrière de mes dents, à la douceur chaude et humide de ton sexe inscrite sur la longueur de mes doigts, imprimée sur les pupilles de ma langue inlassablement en quête de ton odeur et du velouté de tes muqueuses cachées

J'avais voulu entendre ce râle qui accompagne les vraies paroles d'amour exprimées dans l'acte d'amour.
J'avais voulu être avec toi et en toi, en parfait voyeur en ne retirant de cet état aucune honte inutile et sans fausse pudeur.

J'avais voulu graver au fond de ma mémoire le spectacle de ton visage renversé, dos arqué et gorge offerte avec dans tes yeux mi-clos l'éclat de ces étoiles vers lesquelles tu cinglais, je voulais être la vigie te guidant vers tes terres inconnues... je voulais tant que nous naviguions ensemble

Et après que tu eus touché terre, tes yeux plongeant dans les miens, tu avais voulu jauger de la force de mon désir, ma main enserrant mon sexe et s'exprimant en fin de course en source jaillissante

Nous nous étions ainsi chacun à notre tour offert à l'autre dans ce paroxysme où la chair échappe à tout contrôle en longs frissons modulés qui sont comme autant de marches à gravir pour enfin toucher à ces quelques fractions de secondes d'éternité qui sont le sel de la vie

Nous avions cette nuit là tenter de répondre à ces questions qui depuis longtemps nous hantaient dans ce livre miroir de nos visages ouverts chacun à la lecture de l’autre

C'est ce même matin que je devais partir pour l'un de ces périples qui allait me tenir éloigné pour des semaines, voire des mois
C'est ce même matin que tu m'as dit que nous ne nous reverrions plus.
C'est ce même matin que, navré j'ai laissé mon regard s'abîmer une dernière fois dans le tien. Nous savions l'un et l'autre notre impuissance à changer l'ordre des choses et, en partant, j'ai doucement refermé derrière moi la porte de ta chambre...

Et cette question me hante depuis tous ces temps:
Qu'as tu fait de ta vie face à la mienne dont je n’ai su faire que des lambeaux…sans toi.

Claude


6.9.07

L'embrouille




L'embrouille


On avait du s'embrouiller au sujet d'une vague connerie. S'embrouiller! Tiens, voilà que je parle d'jeunn maintenant.
Pour me donner l'illusion que je suis encore dans le coup, probable!
S'embrouiller.
À l'époque , on aurait dit s'engueuler. Les choses changent, hein? Mine de rien, les choses changent et les mots qui les désignent aussi.
Putain, en fait, plus ça change, plus c'est pareil!

Bon, on s'était engueulé, une fois de plus.
Au sujet de quoi? Va donc savoir.
Sur le fait qu'il faisait aujourd'hui moins chaud qu'hier ou l'inverse, j'en sais rien
Ce dont je me souviens, c'est que c'était l'été et que je m'étais assis sous le tilleul de la cour.
De temps à autre, un petit coup de vent passait pour venir juste ébouriffer les feuilles de l'arbre au dessus de moi.
Toi, tu étais rentrée pour te faire une beauté ou bien ranger nos assiettes du repas du midi.
Tu aimais bien que la maison soit en ordre et tu ne tolérais pas le désordre alors que j'étais plutôt du genre bordélique et j'ai toujours pas changé.
C'était peut être ça la cause de l'embrouille.

J'ai du piquer un peu du nez devant ma feuille et ma machine à écrire.
Pour les plus jeunes, une machine à écrire, c'était un clavier mais sans disque dur associé, un machin où il fallait tout faire à la main y compris renvoyer le charriot à la fin de l'envoi.
La préhistoire quoi!

Elle est sortie et elle s'est penchée sur moi pour me faire un bisou dans la nuque.
J'ai du sursauter un peu car ça l'a fait rigoler et elle a promené sa main mine de rien sur ma poitrine par l'ouverture de ma chemise ouverte.
Quand elle vu que sa caresse allait faire son l'effet, elle m'a dit:
-Du calme, garçon, gardes en pour ce soir, il faut que j'aille faire des courses de toutes les façons.
-Je te pose même pas la question, tu viens pas, hein?
J'ai haussé les épaules et elle a fait tinter les clés de la voiture à mon oreille

Je l'ai vue s'éloigner dans l'allée et les gravillons ont crissé sous pas.
Elle avait sa jupe bleue, celle que j'aimais tant et des chaussures à talons plats.
Paresseusement, j'ai levé la main dans sa direction. Je me souviens bien, une guêpe en maraude est passée devant moi et s'est posée sur la table de travail. Je l'ai chassée avec le journal posé à proximité.

Et puis, j'ai levé mon verre en sa direction et bu une gorgée du blanc que je m'étais versé précédemment et qui avait eu le temps de perdre de sa fraicheur malgré l'ombre environnante.
Putain, c'est pas bon le blanc réchauffé!
Elle a agité sa main par la vitre ouverte et la voiture s'est doucement éloignée en direction de la route...
La connaissant comme je l'a connaissais, je savais qu'elle ne reviendrait pas avant la fin de l'après midi et à nouveau j'ai senti mon cerveau s'engourdir et mes pensées commencer à s'évader.

C'est le téléphone posé sur le guéridon de l'entrée qui m'a définitivement réveillé
J'ai eu un peu de mal de m'extirper de mon siège. La sonnerie continuait, persistante, aigüe, à te vriller les oreilles...

-Merde, j'arrive, attends une seconde ais-je dit de loin à mon interlocuteur inconnu

-Allo?
C'est une voix masculine au ton très officiel qui a prononcé mon nom
-Oui, lui même, c'est pourquoi?

Mais qu'est ce qu'il me raconte ce con?

Si je suis bien le propriétaire de cette voiture au numéro tel et tel?
-Ben oui, et alors?

Bordel! C'était l'été! Même que c'était une de ces journées qui font croire qu'on est là pour l'éternité avec des tas d'insectes qui bourdonnent tout autour et qu'ils sont le symbole même de la vie qui va...

C'est là que tous ces mots synonymes d'horreur se sont suivis comme si celui qui les prononçait avait hâte de s'en débarrasser pour les confier à quelqu'un d'autre, comme s'il étaient trop lourds pour lui à porter et que c'était le tour à quelqu'un d'autre de les assumer

Accident, hôpital, blessures graves, tout à fait désolé, il faudrait venir... Et chacun d'entre eux pénétrait de plus en plus profond dans ma conscience comme une épée chauffée à blanc et c'était comme si le crépuscule était brusquement tombé dans ce coin de Provence où nous vivions et ça en plein milieu de l'après midi

Peu de chose émerge du brouillard dans lequel j'ai été plongé dans les jours qui ont suivi.
L'hôpital et le lit où elle repose, le visage étrangement calme et serein, très peu marqué en fait, juste une marque discrète sur le coté droit et les draps tirés jusqu'au menton...
Des coups de téléphone, des visites des copains qui arrivent sans crier gare et la famille en pleur et moi au milieu de tout ça, bras ballants, absent en quelque sorte. Absent et en attente de ses pas, ces pas qui faisaient si bien crisser le gravillon de l'allée...

Plus tard, ce sera l'arrivée d'hommes en noir et l'église avec un curé qui a du mal à faire marcher sa sono pleine de cantiques et qui a aussi l'air de penser à autre chose...
Et le bruit des pas sur le gravier de l'allée du cimetière, un gravier plus blanc et grossier que celui de notre allée...

Elle m'a fait un signe de la main en partant et j'ai levé mon verre en sa direction et le blanc dans mon verre qui avait chauffé n'était pas bon à boire.
On s'était embrouillé comme on dit aujourd'hui pour une broutille, une assiette mal lavée peut être, va donc savoir!
A l'époque on aurait dit qu'on s'était engueulé mais faut bien tenter de rester dans le coup non?

Et avant de se diriger vers la voiture, elle m'avait fait un bisou dans la nuque et que même j'en avais commencé à bander... Et qu'elle avait vite compris mais elle avait des courses à faire et je ne n'avais pas insisté...

Vous avez remarqué comme moi? On n'a pas vu beaucoup de guêpes cette année en Bretagne là où maintenant je vis.
Vivre c'est comme ça qu'on dit à défaut d'autre mot quand on se contente de voir les jours défiler les uns après les autres...
On n'a pas vu beaucoup de guêpes et pas d'abeilles non plus d'ailleurs.
Et il paraît que ça c'est grave, pour des raisons de pollinisation je crois.

Pas de guêpes de nos jours et pas beaucoup plus d'abeilles d'ailleurs
Et moi là dedans qui ne me sens pas très bien non plus...

Claude

5.9.07

Des blogs

Comme souvent le matin, je vais faire ma tournée des blogs, ceux auxquels me relie un lien spécial je veux dire.
Avec eux, je fais ma récolte de nouvelles et je serai joyeux avec l'un ou triste avec l'autre. Et Je sourirai aux mille péripéties racontées dans celui là et au détour d'une phrase ou d'un mot, un pan de voile soudain s'écartera pour me livrer une part de vérité ou de mystère si souvent cachés par le fard qu'on utilise dans ce qu'il convenu d'appeler la "vraie" vie et qui souvent n'a de vrai que le nom.

Comme d’habitude, je ne laisserai pas ou peu de traces de mon passage. Oui, je sais, je devrais...Mais c'est du à la part d'égoïsme qui est en moi mais aussi à la difficulté souvent de laisser des mots justes ou en cohérence avec ce qui est dit ou parfois simplement suggéré.

Il me suffit de savoir qu'au delà des images et des évocations, ils sont là et bien là ces blogs avec quelqu’un attaché à leur rédaction, tous ceux là qui maintenant peuplent mon imaginaire et qui, pour certains, me sont devenus infiniment chers même s'ils ne le savent pas toujours...

Et puis, il y a ceux qui soudain se mettent aux abonnés absents et je ressens alors cette frustration qui suit les disparitions inexpliquées mais je garde ces vestiges, ou ces coques vidées de leur contenu comme souvenir des échanges passés, comme pour les empêcher de mourir tout à fait avec l'espoir que je les reverrai un jour revenir et nous faire partager à nouveau leur part de rêves

Et c’est ainsi que je continue mes tribulations et promenades comme dans ces réunions d'amis passant de l'un à l'autre cherchant dans un mot ou un sourire ce qui constitue le sel de la vie dans l'infinie richesse de nos histoires partagées…

Claude

3.9.07

Ode à un gland




« Gland » vient du latin glans, glandis à ne pas confondre avec glandula qui signifie glande, organe de nature épithéliale. Cependant, le terme familier de « glander » ou « glandouiller », signifiant ne pas faire grand chose, peut sans équivoque se rattacher à l'activité de glandage c'est-à-dire ramasser des glands.Wikipedia




Les histoires de glands m'ont toujours intéressé au plus haut point.
Une histoire lue sur un blog ami, (c'est là: http://tippienet.free.fr/wordpress/ pour les curieux) m'a mis en joie ce matin
C'est pourquoi en écho à cette histoire de glands méchants, je joins celle-ci d'un gentil gland qui eu la chance de tomber sur une belle âme compatissante...


Oui, c'est vrai ces quelques mots bien innocents vers sont déjà parus sur la toile mais je les remets en ligne et quelque peu arrangés au cas bien improbable, je vous l'accorde mais on ne sait jamais, où certains(es) n'auraient pas encore lu cette oeuvre impérissable et bien digne de passer à la postériorité


J'ai rebaptisé ça "ode à un gland"

C’est à Saint Claude dans le Jura
Que vivait la belle Maria.
Un jour en forêt, elle alla
Et un gland y trouva
Un petit gland tombé là
Et quelque peu ratatiné
La bonne enfant bien embêtée
Et à cette vue, désolée
Décida de n’ouïr que son cœur
Ainsi donc, sans tarder et sans peur,
Elle se mit aussitôt à l’ouvrage
Pour du gland éviter le naufrage
D’un doigt habile elle le massa
Et de sa bouche elle l’humecta
Et finalement elle décida
Qu’il pourrait être planté là

Le gland finit par devenir chêne grand
Si bien qu’il attira l’œil d’un marchand

Et que devint il? Je vous le donne en cent…
Du bois à pipe, assurément!

Claude

2.9.07

Ecrire, pourquoi, pour qui?

Ecrire. Pour qui ? Pourquoi ? Etaler des mots avec l’illusion de croire que les frissons qui nous traversent peuvent se partager, ces frissons à peine ressentis et déjà disparus et qui sont probablement l’essence même de la vie, ces frissons comme des filaments d’éternité qui allument dans nos vie les lampes à incandescence des souvenirs qui brièvement s’activent et s’éteignent dans les efforts que nous faisons pour que ce qui un jour fût ne disparaisse pas à tout jamais dans le grand aspirateur du temps qui passe

Ecrire. Pourquoi? Pour qui? Et si, comme pour l’autre qui haïssait le mouvement qui déplace les lignes, la seule vérité serait peut être celle du silence, celle du silence des pierres, celle qui a fait que je fus étrangement troublé dans des déserts minéraux avec cette attirance et répulsion alternée qui furent les miennes dans de bien lointains paysages…

Ecrire. Pourquoi? Pour qui? Aujourd’hui, devant ce ciel vide qui persiste à se peindre de gris, je ressens seulement une immense lassitude, une inépuisable solitude, la même éprouvée devant la vacuité des champs que je vois actuellement de ma fenêtre ou elle qui fracture les foules citadines que je scrute parfois du haut de mon balcon parisien

Ecrire. Pourquoi? Pour qui? Et s’il n’y avait pas de réponse à ces questions et si l’acte d’écriture n’était qu’un acte d’onanisme avec à la clé un peu de semence gaspillée qui s’écoule dans la tristesse d’une solitude mal assumée et pourtant si souvent bienvenue…

Claude