28.6.07

Palanquin des larmes




Il est un peu con ce poème, cul par dessus tête tel qu'il est...Et en plus je ne me rappelle même plus à quelle occasion j'ai bien pu écrire cette suite de mots mais grosso-modo, ils riment, j'ai du pas le faire exprès et en plus je danse comme un pied!!
Mais j'aime bien l'illustration que j'ai choisie pour l'accompagner

PALANQUIN DES LARMES

Je danse sur un cercueil
Sur lequel
Éternelles
Tombent des feuilles
Je danse sans fin
Sur un palanquin
Qui se promène
Dans la brume légère
Que nous amènent
Nos frais matins
Si amènes
Avec nos chagrins
En filigrane
Comme sur une toile de lin
Tendue sur
Des membres diaphanes
Comme sur un mur
Lentement se fond
Une ombre de déraison
Je danse sur une tombe
Où sans bruit
La pluie tombe
Alors que vient la nuit

Claude

26.6.07

Le silence étourdissant d'aimer




A l’heure où tout s’en va et se modifie. Lorsque les changements en cours s’accélèrent et font disparaître des repères que l’on croyait immuables, il reste heureusement des balises qui hantent nos mémoires et j’imagine des jeunes gens face à des décors étranges se réunir pour réciter ce que nous avons de plus cher et qui font que la vie vaut la peine d’être vécue après tout…

« Fais moi boire au creux de tes mains
Si l’eau n’en dissout pas la neige »


Ou

« Pour obsèques, reçois mes larmes et mes pleurs
Ce vase plein de lait, ce vase plein de fleurs
Afin que, vif ou mort, ton corps ne soit que roses »


Ou enfin

« Je suis plein du silence assourdissant d’aimer »


Et quand on sait ça, alors rien n’est tout à fait perdu…

Claude

23.6.07

Autre monde





Je contemple parfois mes »richesses», mes souvenirs, ces choses que les ressacs de la vie font s’échouer bien loin de leurs rivages originaires
Et je suis avec eux comme un voyageur échoué sur le sable, tout étonné d’être encore vivant…
Et je m’efforce tant bien que mal à retrouver l’empreinte d’une maison du bout du monde dans les plis fatigués d’une tenture murale…

Parfois nous parlons de femmes, d’amis disparus ou alors des guerres oubliées qu'ensemble nous perdîmes et un frisson semble animer des visages tels qu’en eux même l’éternité les fige mais les trottoirs sont gris et ces meubles ou ces draperies qui, là-bas, eussent été l’essence même de la vie, ne sont ici que des dépouilles empoussiérées dans les reflets rougeâtres d’une mort annoncée…

Claude

22.6.07

Rêverie


De la main, je lui ai frôlé le flanc, là où la chair est si douce et tellement sans défense.
Femme, la plus nue des chairs vivantes et celle qui luit d’un éclat dont je m’explique mal d’où il peut venir
Et je pense à la vie qui l’anime et la réchauffe comme un soleil.
Et je me dis non pas qu’elle est belle mais qu’elle est tiède.
Tiède comme une bête.
Et vivante, avant tout vivante et ce cœur dont je perçois sous l’oreille l'obstiné battement rythme un temps que je voudrais suspendre.
Un cœur qui bat, source différente de la mienne, enfermée dans ce corps abandonné au sommeil et qui est le symbole de la vie même, qui en est la mesure et qui en est la blessure toujours recommencée…

Claude

21.6.07

En gare





J’ai aimé passionnément les gares, pas celles d’aujourd’hui, propres et aseptisées et dont n’émanent plus aucun des relents d’aventure sauvage qu’il me semblait percevoir dans la cacophonie et les bruits des quais à l’ancienne
J’ai aimé les frémissements et la respiration rauque des locomotives qui s’entouraient de nuages de vapeurs et qui sifflaient comme de vagues monstres antédiluviens
J’ai aimé débarquer sur des quais, mains poisseuses et avec dans les plis d’un manteau les odeurs de la nuit emprisonnées et dans la bouche cet arrière goût de fer d’une aventure qui se termine
Parfois, par bonheur, la nuit nous avait confié comme voisine une fille dont la chevelure venait vous frôler le front et parfois dans le silence relatif des compartiments étroits on assistait à de drôles de mouvements de gymnastique et on percevait des soupirs et des cris révélateurs de caresses, parfois bien audacieuses, et bien vite étouffés
Les mots d’un Simenon, les lumières d’un Bresson, un monde tout en noir et blanc où je me trouvais bien…
J’ai aimé les gares. C’est dans l’une d’elle que je t’ai vue t’éloigner, sans un geste et que, longtemps, j’ai regardé, seul, sur le quai, l’œil rouge du dernier wagon continuer à me faire d’obscènes clignements jusqu’à ce que devant moi ne restent que des rails si connement droits qu’ils ne s’en rencontreront jamais…

Claude

20.6.07

Le vieux grenier





J’avais dix ans et j’aimais me retrouver sous l’enchevêtrement de poutres énormes du grenier de la vieille maison. Il m’arrivait parfois d’y trouver un oiseau mort aux plumes empoussiérées pris au piège de cette immensité, dans ces cales d’un navire lancé dans une course folle, luttant contre les vagues du temps
Et seul, je sursautais au travail bu bois, persuadé qu’il allait s’ouvrir comme une cosse pour me révéler ses secrets, celle de l’étoile qui rend malade ou celle qui fait mourir et je m’abandonnais à la magie de pièces où l’obscurité du bas des pannes du toit se conjuguait aux aperçus d’un ciel mauve ou noir contemplé au travers d’ interstices connus de moi seul et je clignais des yeux et me détournais des astres maléfiques pour tenter de trouver le scintillement familier qui m’amènerait un jour à fuir
La maisonnée peuplait de temps à autre le silence de bruits domestiques et insignifiants et j’attendais, accroupi, attentif, arc-bouté au flot des rêves le signal pour prendre mon élan sur la crête des vents…

Claude

19.6.07

Aphasie

Aphasie, ça pourrait être un prénom de femme; un joli prénom aux sonorités douces pour une créature qu ne le serait pas moins.
Mais rien de tout cela. En fait, ce nom recouvre une réalité bien moins souriante, l’aphasie correspond à la perte de la parole. Ceux qui sont atteint de cette affection s’enfoncent dans le silence sans que leurs capacités intellectuelles en soient altérées mais ils sont privés de cet organe essentiel qui permet cette chose inouïe: Pouvoir correspondre avec ses semblables fussent-ils tellement différents de soi même dans la plupart des cas
Bon, mais ne m’en demandez pas plus sur ce sujet, je ne suis pas médecin après tout. Mais je crois avoir été victime de ce mal étrange, l’aphasie épistolaire, depuis quelque temps déjà: Cette incapacité à aligner un mot après l’autre et qui m’est tombée brutalement dessus, sans autres signes annonciateurs, comme la vérole tombait en son temps sur le bas clergé breton comme l’on disait alors (il faut remarquer d’ailleurs qu’il n’y a plus guère de clergé, bas ou haut, de nos jours même en Bretagne…

Je ne sais pas si on guérit de cette affection si invalidante mais je sens un frémissement en moi depuis très récemment et ces quelques mots en sont témoignage. Des mots qui viennent peut être de cette langue primordiale dont on sait si peu et même si elle a vraiment existé et dont nos cellules dans des recoins secrets en garderaient quelques rudiments
Mais je crois qu’il me convient d’être prudent, de les laisser venir à moi sans les brusquer ces mots, de les laisser emplir mon esprit avant qu’ils ne s’en viennent garnir quelques fragments de feuilles (électroniques) pour que je tente d’y étaler quelques fragments de pensées….