27.5.07

Aux navigateurs réunis





J'entends encore gémir l'accordéon. Je vois encore Bob et Marie la Thune ne danser que pour eux. Je les admire. Les petits pas serrés qui les portent d'un angle à l'autre du parquet qu'ils arrondissent d'un tournant souple; le tourbillon dont ils enroulent et ferment sur eux le cercle; la houle heureuse de leur étreinte et son extase, son imperceptible arrêt dans l'élan du plaisir, tout... glissements, abandons de la femme, la soumission muette à l'homme qui la dirige... le chemin sûr tracé par l'homme entre mille pas où il choisit et crée sa marche... tout m'éblouit encore du souvenir qu'ils m'ont laissé.

Francis Carco


LES NAVIGATEURS

Y’avait la putain
Vieille et défraîchie
Qui rêvait à de frais matins
Elle, si bosselée par la vie
Dans l’attente d’un client
D’un improbable passant
Et aussi le travelo
Qui parfois
Aux petites heures d’effroi
Voulait tant se foutre à l’eau
Et la serveuse aux seins nus
Qu’elle laissait toucher
A bouche que-veux-tu
Qui nous faisaient loucher
Des seins fermes et doux
Qui nous rendaient un peu fous
Dans ce bar ouvert
Sur un port maintenant désert
Sans ses grands bateaux
Sans les rires des matelots
Sans plus de chaleur épaisse
Avec des heures tenues en laisse
Ils sont où mes amis
D’un temps si loin parti ?
La putain, le travelo
Disparus au fil de l’eau
Et la serveuse
Aux lèvres pulpeuses
C’étaient mes amis
Excusez moi du peu
C’était le temps joli
C’étaient les temps heureux
Au bar des navigateurs
Où nous vidions vos vies
Jusqu’à plus d’heure
Décidés à effacer
Sans jamais se lasser
L’ombre même du malheur

Claude

26.5.07

Humeur primesautière





J'ai, ce matin, l'humeur folâtre, gaie et primesautière
J'ai le coeur peint aux odeurs du printemps
Et voilà...

BRAS EN CROIX

J’ai crucifié mes membres
Aux horizons de décembre
J’ai tendu en vain
La paume de mes mains
Ouvertes, offertes
Tout cela en pure perte

Je me suis endormi
Laissant le champ libre
A mes rêves insoumis
Pour qu'encore mon corps vibre

J’ai marché sous des cieux bas
Évitant les bruits et les fracas
Et les mirages de la fête
J’ai enfin détourné la tête
Afin qu’on ne voit pas les pleurs
Y jouer au sculpteur
Qui modèle les visages
Et change leurs paysages

J’ai arpenté des champs de dunes
Tout engourdis de lune
Et mon regard, plongeant
Dans le vide d’un silence prégnant
Je me suis abîmé en recherche de toi
A genoux, dans un océan d’effroi

Claude
En voyage

23.5.07

Délit de fuite

Depuis quelques jours j’assiste à un phénomène curieux. : Plus une seule nouvelle visite sur mon blog. Même pas de visiteurs venant de pays bien exotiques aux consonances étranges égarés là pour je ne sais quelles obscures raisons au point que j’ai même été vérifier mes paramètres pour voir si un quelconque troll du net n’avait pas émis quelques interdictions sans mon autorisation mais, non ! Tout était normal de ce côté là.
Il faut dire qu’à ses meilleurs moments, la fréquentation du dit blog atteignait de fabuleux sommets de 4 voire 5 visiteurs par jour, c’est dire si quelques absences se font rapidement sentir
Je ne suis certes pas un fanatique du comptage, l’œil rivé sur ces instruments qui donnent le taux de visite de ceux ou celles qui jusqu’alors allaient jusqu’à dire: «Coucou, je suis là»… Non, je ne suis pas un fana du comptage mais j’avais trouvé du plaisir à échanger quelques mots de temps à autre avec mes anciens correspondants…

Mais bof! Après tout, je ne suis pas payé aux nombres de visites journalières et probablement que ce que j’écris: Mes élucubrations, mes petites histoires, n’intéressent que moi-même.

Je vais donc continuer à écrire pour moi seul comme je l’ai fait bien avant que les techniques modernes m’autorisent à mettre mes pensées (ou ce qui en tient lieu) sur la toile même si c’est moins gratifiant, moins stimulant que de devoir coucher sur le papier électronique et à son seul usage personnel ses rêves ou confidences.

Mais peut être qu’il arrivera un jour ou l’autre qu’à nouveau je puisse échanger quelques propos avec un bloggeur(se) qui aura posé ses yeux sur mes propos et y aura trouvé quelque intérêt au point d’y laisser une trace de son passage…

Claude

20.5.07

La rupture




Les deux photos sont tombées d’un dossier coincé dans le fond d’un placard. Deux photos en noir et blanc de mauvaise qualité. Il faut dire que je ne suis pas un photographe exceptionnel et il faut se replacer à l’époque avec un matériel bien loin des performances que l’on trouve communément aujourd’hui dans le moindre des appareils d’aujourd’hui

« Le voile noir du malheur ». L’expression est certes mélodramatique je vous l’accorde mais elle m’est venue spontanément à l’esprit pendant que je regardais les deux épreuves alors que le passé me revenait brusquement en mémoire….

Nous avons passé la frontière à Menton le matin de bonne heure. A l’époque, passer une frontière était tout un cérémonial et on se demandait toujours si par hasard il n’y aurait pas eu un truc quelconque qu’on aurait du déclarer.
Aujourd’hui, on passe d’un pays à un autre sans même que l’on s’en aperçoive. Ce n’est que plus tard, à la lecture des pubs ou des enseignes des boutiques qu’on voit qu’on a changé de territoire

C’était en fin de printemps et le temps était magnifique avec le bleu profond de la Méditerranée à notre droite et les teintes plus sombres de la montagne à notre gauche.
Peu de tems après que nous soyons entré en Italie, tu t’es penchée vers moi et doucement u m’as embrassé dans le cou et en souriant tu m’as dit que c’était ton premier baiser italien et qu’il fallait profiter de l’occasion…

Nous nous sommes directement dirigé vers Florence puis j’avais prévu une étape à Saint Marin et nous aurions terminé à Rimini. J’aimais et j’aime encore cette région pleine de collines douces et baignée en général d’un air dont la légèreté m’a toujours ému

A Florence, nous avons parcouru les rues qui sont des musées à ciel ouvert et où on ne se lasse pas de lever la tête vers tant de richesses et de beautés architecturales accumulées.
Nous avons trouvé un petit hôtel un peu en dehors de la ville et lorsque nous nous étendus sur le lit, elle s’est blottie au creux de mon épaule, a poussé un soupir de soulagement et s’est endormie presque immédiatement. J’ai regardé et doucement caressé sa longue chevelure brune et dans son sommeil, elle s’est pelotonnée plus étroitement contre moi.

C’est en descendant de Saint Marin qu’elle m’a regardé et m’a demandé de poursuivre vers le sud. Vers la Basilicate qu’elle voulait connaître.
Un peu interloqué je l’ai regardée, son sourire était éclatant et ses yeux plus clairs que toutes les lumières du printemps.
Mais pourquoi spécialement cette région ? Elle a haussé les épaules et m’a demandé simplement de lui faire plaisir et je n’ai pas insisté après tout Rimini n’était pas forcément ma tasse de thé

J’ai donc mis le cap vers la Basilicate et vers Potenza qui est la capitale de cette province située beaucoup plus au sud dans ces régions plus âpres et sévères que les plaines et douces collines du nord mais le soleil arrangeait bien les choses, nous étions jeunes et nous avions la vie devant nous…

Il nous a fallu un jour et demi pour arriver, j’ai conduit sans trop me presser et nous avons dormi dans un petit hôtel situé pas très loin de Potenza et un peu à l’écart de la grand route, je m’en souviens encore, la façade était couverte de glycines d’un jaune exubérant. Le patron avait une moustache de bandit calabrais et la chambre avait une odeur de propre et un air délicieusement rétro. Le soir nous avons fait l’amour, lentement, gravement jusqu’à ce qu’elle renverse la tête en arrière, yeux fermés avec cette plainte de gorge que je ne me lassais pas d’écouter

Le matin, nous avons pris le petit déjeuner à l’arrière de l’hôtel sur une minuscule terrasse et nous avons repris notre chemin

C’est là que j’ai pris cette photo et, pour faire bien, j’ai cadré une espèce de pic rocheux entre deux branches d’un pin qui se trouvait là en bordure de notre route.
-Allons visiter, c’est tout près et ça n’a pas l’air d’être mal
J’ai opiné, en effet pourquoi pas ? Là ou ailleurs, quelle importance ?

J’ai garé la voiture à l’entrée de la petite ville et je lui ai demandé si elle ne préférait faire un tour à pied d’autant que l’étroitesse des rues ne laissait présager de bon pour d’éventuelles manœuvres ou simplement pour stationner
On est donc descendu du véhicule et on a fait comme tous les touristes du monde à leur arrivée dans un lieu non encore visité, le pas tranquille et l’œil aux aguets pour saisir toute paysage ou évènement digne d’intérêt.
On s’est avancé vers le haut du village en se tenant par la main, tranquillement comme deux amoureux que nous étions alors
Arrivés tout en haut au pied de l’éminence rocheuse, on s’est arrêté pour souffler un peu car la pente était raide et le soleil déjà haut…
C’est là qu’elle est apparue venant de nulle part.
Vous vous souvenez ? Le voile noir du malheur…

Jeune, tsigane selon toute vraisemblance et vêtue de haillons, elle s’est avancée vers nous et mon premier réflexe a été de l’écarter de notre chemin mais elle m’a stoppé dans mon geste et s’est avancée vers l’apparition.

La petite tsigane a saisi la main de ma compagne et elle commencé à parler à vois demi basse et en italien, langue que je connais pas. Un peu vexé je me suis écarté et je me suis décidé à explorer les environs proches sans toutefois trop m’écarter
Leur conciliabule a duré un certain temps et elles fini par s’écarter l’une de l’autre et j’ai choisi de me rapprocher.
C’est la deuxième photo qui est tombée du dossier, une photo de pas trop bonne qualité à nouveau mais on voit très bien cette silhouette habillée de noir sur un arrière-plan éclatant de blancheur.

En me retournant, j’ai eu la surprise et le choc de voir qu’elle des larmes dans ses yeux au point que, maladroitement, j’ai tenté de la réconforter mais elle m’a repoussé puis, elle a secoué la tête et m’a dit qu’elle était idiote et que je ne fasse pas attention…

Nous avons rejoint la voiture garée plus bas et elle m’a dit qu’elle se sentait maintenant un peu fatiguée par tous ces kilomètres avalés et qu’elle pensait qu’il était aussi bien que nous revenions en quelque sorte sur nos pas.

J’ai donc mis le cap au nord en précisant qu’il serait bien que nous fassions un détour par Rome au point au nous en étions. Elle a haussé les épaules avec indifférence…

Je ne le savais pas encore mais cette indifférence affichée allait donner le ton à la suite du voyage. Pour une raison inconnue de moi, le charme semblait rompu. Un voile de tristesse s’était installé sur ses yeux, nous avions beau tenter chacun à notre tour d’alléger l’atmosphère, rien n’y faisait et la tension avait fini par devenir palpable toujours sans que j’en connaisse les causes

Nous avons franchi la frontière au même endroit qu'à l'aller et comme convenu, je l’ai déposée à la gare de Toulon car j’avais un contrat en cours dans la région et je devait m’y tenir présent pour quelques semaines

Je l’ai accompagnée jusqu’au quai et elle s’est penchée par la vitre de son wagon pour me faire un baiser avec sa main et le train s’est doucement ébranlé puis les voies sont devenues vides avec leur acier luisant faiblement sous le soleil..

Je lui téléphonés dès son retour à Paris mais j’ai bien senti que le trouble constaté entre nous ne faiblissait pas.
C’est quelques jours plus tard que j’ai reçu quelques mots de sa main me signifiant la fin de notre aventure. Peiné mais à peine surpris, j’ai bien tenté d’obtenir un semblant d’explication de sa part mais ce fût peine perdue

J’ai fini par me faire à l’idée de la séparation, dire que cela me fût facile serait mentir. J’ai passé une période très dure en fait et il m’a fallu prendre sur moi pour surmonter cette épreuve.
Mais petit à petit, le temps a fait son œuvre de thérapeute, d’autres rencontres se sont faites et la douleur est devenue moins forte jusqu’à devenir presque imperceptible mais quand même accompagnée de cette question toujours sans réponse: Pourquoi ? Qu’avait-il bien pu se passer pour un aussi brutal changement de sa part ?

Et puis un jour, bien longtemps après et par le plus grand des hasards, j’ai croisé un monsieur à l’angle de la gare d’Austerlitz.
C’est lui qui m’a reconnu le premier: 20 ans que nous nous étions vu pour la dernière fois, un copain de fac des dernières années et un assidu de cette petite bande dont elle faisait partie.
Nous nous sommes dirigés vers le buffet de la gare pour y évoquer autour d’un quelconque verre quelques uns de nos lointains souvenirs.
Comme d’habitude dans ces occasions, on a fait un tour d’horizon de ceux encore présents et des autres déjà disparus avec son lot de confirmations ou de découvertes, bonnes ou mauvaises jusqu’au moment où son nom fût prononcé et que presque machinalement je lui ai demandé s’il avait encore de ses nouvelles

Il m’a regardé avec surprise. Comment me dit-il, tu ne sais pas qu’elle est décédée et voila déjà longtemps, une leucémie fulgurante me précisa t-il… Et quand il m’a donné l’année, je me suis aperçu que c’était à peine 18 mois après notre soudaine et imprévue séparation italienne. J’ai senti une boule se nouer dans ma poitrine avec un frisson de peur alors qu’au travers de sa voix, le passé revenait en force…

Nous nous quittés en promettant de nous revoir bientôt et de s’appeler dès que possible. Je ne suis pas sûr que nous le fassions ni l’un ni l’autre mais après tout, qui sait ?

A mon retour à l’appartement, je me suis assis dans mon fauteuil préféré, un verre d’alcool à la main et je me suis souvenu de cette lointaine ballade jusqu’au sud de l’Italie avec ces questions jusqu’alors informulées et que la terrible nouvelle de sa mort faisait revenir à la surface...

Sa demande inattendue à se rendre en un lieu non prévu dans notre emploi du temps et cette rencontre soudaine d’une bohémienne au coin d’une rue.
Et je revois encore ses yeux embrumés de larmes et son refus de répondre à mes interrogations lorsque je suis revenu vers elle.

Et aujourd’hui, soudain, si loin dans le temps, une rupture qui aurait pu sembler si banale me fait me poser de bien dérangeantes questions.

Qu’a t-elle vraiment appris sur son sort ce jour là dans ce village italien baigné de soleil? Lui a-t-on appris sa mort prochaine et a-t-elle alors décidé de faire face seule à cette échéance?
Et d’où sortait t-elle cette apparition tout de noir vêtue qui ce jour là est venue à notre rencontre? Et alors, pouvait il s’agir d’une rencontre inscrite de tout temps dans les astres noirs des destins informulés mais dont elle avait ressenti au plus profond de son être l’absolue et inéluctable nécessité qui nous avait mené au coeur de cette austère province de la Basilicate?

Je n’ai pas de réponses à toutes ces questions posées mais que savons nous réellement des pressentiments et de ceux qui prétendre pouvoir lire dans l’avenir et de ces coïncidences qui sont la marque des destins en marche?

Et je contemple ces deux photos, le coeur serré en revenant à ce lointain voyage et à une longue fille brune dont la chevelure m’inondait le visage comme à marée montante le flot s’en vient, lentement, recouvrir le sable asséché de la grève…

Claude


18.5.07

Route de la soie


Je fus aux confins de ces pays là. Je crains qu'aujourd'hui il ne soit pas très prudent d'y mettre les pieds. Mais il reste les rêves, heureusement...



ROUTES D'ORIENT

La caravane au pas lents des méharées
De Samarkand à Ispahan
Retrace les routes oubliées
Des anciens conquérants
L’aigle survole et montre le chemin
Vers les cités serties d’or fin

Les femmes ont revêtu leurs brocards
Et marchent sans prendre retard
Perdues dans leurs rêves
Leurs yeux fixant sans trêve
Le chemin au milieu des pierres
Conduites là par d’impétueuses rivières

Les hommes dirigent leurs chevaux
Leurs habits sont les plus beaux
Le tambourin résonne
La soie, le velours rayonnent

Et montent des odeurs d’aventures
Dont s’enivrent les montures.
La caravane s’en va
Au nom de Dieu ou bien d’Allah

La caravane passe vers son destin
L’aigle lui montre le chemin
Sur la route de la gloire
Ou de la fortune…c’est à voir
La caravane s’en va vers son destin
Vers le bout de sa vie ou bien vers demain
De Samarkand à Ispahan
Ses pas l’entraînent vers le levant

Et sur sa route chante la tourterelle
Les rochers sont comme des sentinelles
De Mazâr I charif à Tachkent
Dans des odeurs de myrrhe ou d’encens

Au pas lents des chameaux
Dans le silence des collines
Quand s’ébrouent les chevaux
Et que la caravane chemine.

Claude

13.5.07

Fleurs du pavé



C’est comme ça que je les aime.
Belles, indépendantes, fragiles et tellement sauvages.
Elles sont le souffle du printemps, intemporelles, éternelles et promptes à s’animer sous le moindre souffle de vent
On tente d’en faire des bouquets où elles meurent instantanément
Elles sont comme ça, fortes et douces mais ne supportant aucun enfermement, aucun déplacement
C’est comme ça que je les aime, c’est pourquoi je les aime.

Elles, ce sont mes fleurs de printemps, ces modestes mais nécessaires taches de couleurs qui, de jaune, de bleu ou de rouge, savent si bien faire frissonner nos cœurs…

Claude


12.5.07

En attente

Il pleut ce matin et j’ai envie de rien
Mon fils va arriver avec sa nouvelle copine et aussi son fils qui est aussi mon petit fils d’ailleurs par la même occasion
Ils vont m’assourdir de projets ou de trucs auxquels je ne comprendrai rien alors que j’ai envie qu’on me foute la paix
Si ça se trouve, va falloir que je prépare le matériel de pêche et alors, où ils sont ces putains d’hameçons, hein ?
Va falloir que je fouille dans l’appentis qui est un bordel sans nom où je vais encore me faire tomber un quelconque machin sur la main ou sur le pied
Je me sens fatigué et je voudrais qu’on me foute la paix
Bon, ce soir, je vais allumer le feu dans la cheminée pour y faire cuire des saucisses et comme il va y avoir du vent, ça va rabattre la fumée dans la pièce du bas et me faire pleurer
Putain de mai avec tout ses ponts à la con
J’aime pas le printemps, je préfère l’hiver quand le gazon ne pousse plus, quand le temps est si mauvais que personne n’a envie de débarquer dans ma foutue campagne et quand il ne reste qu’à fermer les yeux et attendre et attendre je ne sais même plus quoi….

Claude

11.5.07

Scène de là-bas




Qu’exprime t-elle cette main dressée sur fond de ciel de mousson
C’était sur les rives boueuses et sales de la Hooghly river, pas très loin de Calcutta qu’on dénomme maintenant Kolkata depuis qu’un parti hindouiste au pouvoir dans les années 90 a décidé de changer les noms à consonance un peu trop occidentale ou rappelant de trop près la colonisation anglaise.

Oui, que signifie ce geste, cette main qui se lève en offrande vers l’immensité des eaux ?
Quémande t-elle au dieu fleuve de lui apporter sa manne nourricière à base de limon fertile ou lui demande t-elle d’arrêter cette inexorable montée qui ronge chaque jour un peu plus les rives et rend impropre à la culture de plus en plus de terres jusqu’alors cultivées
Ou célèbre t-elle le souvenir d’un être aimé et sa rencontre espérée du nirvana pour son âme enfin libérée de son enveloppe terrestre?
Ou remercie t-elle dans ce matin moite et à l’affût des pluies son dieu de lui avoir permis de trouver un amoureux capable de la mettre à l’abri de la dureté de la vie dans ces terres mi-solides, mi-aquatiques?
Ou demande t-elle que vienne l’enfant tant espéré, un garçon bien sûr, qui saura continuer le travail de son pêcheur de père?

Et la fumée de cette offrande odorante et légère lentement monte vers le ciel pour aller se mélanger aux nuages qui passent au dessus des têtes comme un ruisselet se fond dans la grande matrice des océans

J’ai visité beaucoup de pays mais qu’en ais-je su exactement? Je crois trop souvent m’être arrêté à la surface des choses en passant à côté de l’essentiel, cet essentiel exprimé par exemple dans une main qui offre ou qui implore.

J’aurais aimé comprendre et savoir la signification de ce bras levé, je me suis contenté d’appuyer sur un déclencheur et j’ai gardé l’impression de cette main suspendue entre ciel et terre comme celle d’un spectacle auquel je participais non comme simple voyeur mais partageant un geste fugitif qui donnait sa cohérence à la beauté de cette simple scène là

Quand elle a rabaissé le bras, elle s’est retournée vers moi et doucement m’a souri, j’ai su que pendant une seconde de brève éternité, nous avions, elle et moi et au delà de nos différences, vibré sur une identique longueur d’onde se déroulant comme celle qui lentement s’écoulait à nos pieds…

Claude

10.5.07

désir de ville

J’ai des envies de ville, j’en ai marre de voir l’herbe pousser, la tondre, la voir repousser. Sans arrêt, bêtement, connement et toutes ces feuilles qui me cachent les branches des arbres du jardin. J’aime voir les branches sans toutes ces feuilles dessus, c’est mon droit non ?
Et ce silence de la campagne, ce putain de silence qui m’oppresse et m’inquiète…

J’ai envie de ville et d’odeurs du métro même celles d’aisselles mal lavées. Je m’en fous, ça vaut largement les effluves des élevages de cochons des environs
J’ai envie de remonter la rue du Faubourg St Antoine en baguenaudant jusqu’à Bastille en vérifiant bien sûr que les connards de casseurs se sont tirés ailleurs et j’ai envie de m’accouder à un bar dans la rue de Lappe en grignotant quelques tapas.
Et je pourrais peut être échanger deux ou trois conneries avec un mec que je connais ni des lèvres ni des dents et que je ne reverrai jamais

J’ai envie de descendre de l'immeuble, de renifler le boulevard sans savoir vers où je vais me diriger, décider au dernier moment en fonction d’un bus qui passe ou de suivre une nana qui se déhanche comme pas une en direction de la gare de Lyon ou d’ailleurs pour ce que j’en ai à foutre, vers là ou ailleurs je me serai rincé l’œil pour pas cher…
J’ai envie de ville, là où je ne pas emmerdé par l’herbe qui envahit tout, là où le bruit citadin me donne l’impression que je vis encore un peu.

J’ai envie de ville jusqu’au moment où son agitation finira par me porter sur les nerfs et jusqu’à ce moment où j’aurai envie de la campagne, de ses odeurs bien spéciales et de ce silence dont j’ai besoin pour pouvoir écouter si mon cœur bat encore un peu…

9.5.07

Roméo et Juliette à venir





Récemment, on a pu voir dans la presse un homme évoluer en état d’apesanteur. Vous me direz que ce n’est pas vraiment un scoop et que les expériences réalisées dans cet état sont monnaie courante depuis longtemps.
Pour réaliser cette expérience, il suffit de placer un avion dans une configuration telle que pendant quelques secondes, la pesanteur disparaît et l’on peut ainsi «voler» dans l’espace, libéré de cette force qui, inexorablement, nous entraîne vers le bas

Mais où l’anecdote commence à devenir moins banale, c’est quand l’homme participant à cette expérience est un homme atteint d’une maladie dégénérescente qui le cloue sur un fauteuil depuis de nombreuses années alors que seuls les muscles des paupières fonctionnent encore assez pour lui permettrent de communiquer avec ses semblables en se servant de robots vocaux

Et l’anecdote devient encore plus singulière lorsque on sait que ce personnage est Stephen Hawkins, ce savant extraordinaire et hors du commun, connu par ses travaux scientifiques et par ses livres à succès pourtant si difficile à comprendre dont «une brève histoire du temps» entre autres.
Un homme capable de concevoir des univers à multiples dimensions, d élaborer la théorie des supercordes pour expliquer tout le fantastique contenu dans un cosmos qui nous fascine tant et qui cache encore beaucoup de ses secrets
Et cela a du paraître extraordinaire à ce handicapé de quitter son fauteuil pour, pendant quelques instants, vaincre la pesanteur en même temps que son invalidante maladie

Quand l’expérience dans un temps si bref pour lui a été terminée et qu’il du rejoindre la dure réalité de sa condition d’être humain tellement éprouvé, il a eu ce mot
-"I think the human race doesn't have a future if it doesn't go into space"
Je pense que l’espèce humaine n’a pas de futur si elle ne va pas dans l’espace

Et cette phrase d’Hawkins qui n’est pas vraiment un auteur de science fiction de bas étage me conforte dans cette idée qui est la mienne depuis longtemps déjà: Et si le seul but de notre présence ici-bas était d’aller toujours plus loin dans ce «wild blue yonder» selon la magnifique expression anglo-saxonne ?
Et si dans nos gènes, nous étions programmés en quelque sorte pour aller toujours plus loin, toujours plus haut pour que la vie se propage vers d’autres systèmes stellaires où des planètes peuvent l’accueillir pour qu’à nouveau un autre cycle et d’autres aventures encore se continuent?

Idée irréalisable de nos jours me direz vous quand on mesure les distances mises en jeu et le niveau de nos techniques mais qui sait où nous en serons dans 100 ans, 1000 ans.
Jetons un coup d’œil aux 50 dernières années, le niveau des réalisations technologiques et des changements fondamentaux dans tous les domaines de nos existences est tellement impressionnant.

Et cette idée m’apporte quelque apaisement quand à notre présence ici-bas. Sans que nous en ayons pleinement conscience, nous sommes peut être investis d’une mission dont certes le but nous dépasse mais qui fait que notre vie collective pourrait y trouver tout son sens et sa justification.

Et quand je regarde les clochers si familiers de nos villes et campagnes, des plus prestigieux au plus modestes, je ne peux m’empêcher de me demander si leurs formes lancées vers le ciel n’expriment pas depuis la nuit des temps le désir irrépressible de s’élancer à l’assaut du ciel non pour une rencontre avec un bien hypothétique dieu mais pour répondre à cet appel qui fait de nous de futurs ensemenceurs de terres portant dans leurs gènes l’éternelle histoire des Roméo et Juliette à venir pour la faire renaître encore et toujours mais sous des cieux bien différents du notre

Claude

6.5.07

Les papillons





LES PAPILLONS DES ANNEES PASSEES

Souvent au hasard
d'une rue
sur le trottoir
d'une avenue
le long de sentiers
au coin de halliers
je cherche les papillons
de mes jeunes années
ceux dont les ailes
s'irisaient
et palpitaient
à la lumière sensuelle
des petits matins
quand par un dieu posée
perle la rosée
sur la tige du romarin
je cherche les papillons
de mes jeunes années
dans la silhouette cassée
une démarche fatiguée
dans un regard éteint
ou des gestes restreints
dans un visage vieilli
ou un pas alourdi
dans toutes ces chrysalides
à la silhouette aride
je cherche les papillons
de mes jeunes années
toutes ces beautés ailées
qui s'en sont allées
nul ne sait quand
passées dans l'autre camp
celles qui furent nos sylphides
maintenant sillonnées de rides
et dans lesquelles désespérément
je cherche les amies
si fraîches et si jolies
de mes lointains 20 ans

Claude

3.5.07

La mort de Belle

-C’est à vous ça ?
C’était le voisin de la villa d’à coté dans cette petite ville de Provence où j’habitais alors et qui remontait l’allée menant au garage accolé à la saison
J’avais jeté un coup d’œil sur «ça».
Non, « «ça» n’était pas à nous
Alors, je le remets à la rue me dit-il, il est entré dans mon jardin et je vous le ramène car je croyais qu’il était à vous
Disant cela, il était de parfaite mauvaise foi car ayant la possibilité de voir au travers la haie qui séparait nos deux propriétés, il savait pertinemment qui faisait partie de la maison ou non.
Il voulait simplement se donner bonne conscience et se débarrasser à bon compte de l’intrus
Je finis par examiner «ça» avec un peu plus d’attention et j’ai alors découvert deux yeux effrayés qui suivaient chacun de mes mouvements et un boule de poils, couleur noir et feu nichée au creux d’un bras du monsieur d’à côté.
-Bon, eh, ben ! Écoutez, laissez le moi, je vais lui donner à manger et essayer de trouver d’où il peut venir
Ce disant, je ne le savais pas encore mais j’étais piégé. «Ça» venait de rentrer dans nos vies pour plusieurs années en fait
Soulagé, notre voisin posât alors son petit fardeau dans notre allée et tourna les talons
-Bon, allez ! Viens dis-je à «ça» qui docilement me suivit dans la maison

Après quelques travaux de ravalement sur la pauvre créature qui en avait bien besoin et après une légère collation pour la remettre de ses émotions, on invita la nouvelle venue… Oui, je dis nouvelle car le "il" était une "elle" en fait une demoiselle (un bref examen anatomique nous ayant rapidement confirmé la chose), on invita donc Belle car c'est ainsi que le consensus s'établit sur ce nom, à découvrir son nouveau domaine.
Pour tout dire, Belle ainsi baptisée était une chienne avec des ascendances papillon, c'est à dire quelques kilos de poils mélangeant le marron foncé avec des reflets de feu et une affection ou un amour sans borne

Après un petit moment, notre Belle fût conviée à réintégrer le domicile, (j’allais dire conjugal non quand même pas mais elle occupa une place non négligeable au sein de la famille)…. Mais rien, invisible, notre Belle était devenue invisible. Après m’être plus ou moins égosillé dans le jardin, j’ai alors pris la voiture pour faire un tour de quartier mais rien à l'horizon! La belle avait disparu…
Ce n’est qu’à la nuit tombante et après que j'eus abandonné mes recherches que notre facétieuse se décida à sortir de la cachette qu’elle s’était trouvée dans notre haie de romarin. Probablement avait elle décidé de tester nos limites et de voir jusqu’où elle pouvait aller
Soulagé de la revoir, j’ai alors haussé un peu le ton pour lui dire de ne pas recommencer des facéties de ce genre. Toute penaude, elle a baissé la tête de contrition et tout fût dit; jamais plus elle ne recommença

Elle a vécu pendant plus de six ans avec nous. 6 ans pendant lesquels elle nous suivi dans nos tribulations diverses et variées sans jamais proférer ne serait-ce que l’ébauche d’un soupir de réprobation dans nos quelquefois aventureuses sorties
J’étais devenu pour elle son dieu. Je crois que sa raison de vivre résidait dans l’attente de mon arrivée et son plus grand bonheur était de pouvoir s’allonger à mes côtés sur le canapé lorsque je lisais un livre ou mon journal. Et là, sa tête en contact avec ma cuisse, elle était une statue de la béatitude personnifiée

Un matin, toujours en Provence où entre temps nous étions revenus, j’ai pris la voiture pour faire quelques achats à la ville voisine. Evidemment Belle m’a suivi et s’est faufilée par la porte ouverte du véhicule pour se coucher comme elle le faisait d’habitude derrière le siége conducteur mais cette fois sans que je m’en aperçoive
C’était en début d’été et la température extérieure était déjà élevée sans parler de celle régnant dans un véhicule à l’arrêt le temps de mes achats
Ce n’est qu’après mon retour que soudain quelqu’un s’est enquis de l’absence de Belle. L’idée m’est venue brusquement: La voiture. J’ai couru à la voiture garée devant l’entrée du jardin. Elle était là, couchée à sa place habituelle. Morte.
Je pense qu’elle est décédée d’un coup de chaud comme on dit.
Tant d’années après, elle me manque souvent la petite Belle.
Elle me manque car c’est une partie de ma vie qui s’est évanouie avec elle, cette petite chienne pour qui j’étais un dieu. Un dieu qui l’a trahie par négligence ou étourderie comme tous ces « dieux » dont c’est la marque de fabrique en quelque sorte, ces « dieux » vers qui nous nous retournons mais dont la vigilance est bien souvent prise en défaut, occupés qu’ils sont à bien d’autres besognes et qui en oublient l’essentiel, cet essentiel si longtemps caché dans les yeux d’une petite chienne perdue…

Claude


1.5.07

Patchwork song





PATCHWORK SONG

Nous avons probablement tous en nous des scories de souvenirs qui nous encombrent plus ou moins la mémoire.
Nous avons tous comme ça des lambeaux de mots ou de phrases qui reviennent de temps à autres à la surface
Ils se rattachent à des moments de notre existence, tristes ou malheureux, graves ou légers et souvent prennent appui sur des chansons.
Les chansons ! Vous savez, ces drôles de petites choses faites de mots et de notes et qui s’enfouissent en nous pour réapparaitre aux moments les plus inattendus
Les chansons, ces attendrissants et fragiles assemblages dont des parties revivent soudain donnant de bien curieux résultats lorsque qu’on s’amuse à les mettre ensemble pour ce qui pourrait être une autre chanson…


Besa me, besa me mucho
Petit pain et croissants chauds
Tico tico par ci, tico tico par là
Longue guêpières et talons plats
Pendant que ma fille
Tu tires l’aiguille
Et que j’égrène au souffle de l’été
Cet étrange florilège
Qui ne veut pas passer
Au coin de la rue là bas
Au rythme d’une samba
Ou du blues souffreteux
D’un rocker de banlieue
Je regarde ces gens là, Monsieur
Où on n’essuie plus les verres au fond du café
Où on ne subit pas la mer au fond du carré,
Où on espère, Monsieur, ou on croit qu’on espère
Alors que d’autres s’amusent au parterre
Avec de ces soldats sans arme
Qui n’auraient plus de larmes
Qu’on aurait habillé comme des pantins
Pour partir à la mort dans le petit matin
Pour un destin que l’on dirait perdu
Tout ça à grands coups de pied au cul
Mais chez ces gens là, Monsieur, on s’accroche
Les yeux levés au ciel et les mains dans les poches
Et l’on regarde la belle fille de la rue d’en face
Et la fumée du dernier train qui passe
Ainsi va la vie recouverte de chansons
Dans un air de guitare et un pleur d’accordéon.

Claude