29.4.07

le banc de pierre




Dans le fouillis fleuri qui s'étend devant le banc de pierre fait de vieux linteaux récupérés lors de la reconstruction de mon mur de jardin, je vois avec tristesse que les abeilles ne sont pas au rendez-vous cette année ou alors en tout petit nombre et pourtant les coroles sont maintenant bien ouvertes et répandent vers ciel des senteurs supposées alléchantes
Et l'on me dit que les grenouilles, salamandres et autres crapauds sont en train d'être rayés de la surface de notre terre nourricière
Et pendant ce temps là, à pleins écrans et pleins micros, nos femmes et hommes politiques bourdonnent et coassent à qui mieux mieux.
Bordel de merde, le monde est bien mal foutu...

PS: La vue jointe est celle du bout de mon banc et de la jungle qui l'entoure

28.4.07

Cosmos




Je n'ai rien d'autre à dire
Notre chance est d'ignorer d'où viennent les lointains
Et de quel azur s'alimentent les fournaises
Nous avons vocation d'ignorer tant de choses


Denis Clavel, "La théorie de Delphes" (2002)

Ils sont beaux ces mots et je les aime. Surtout ceux de la fin de la citation
"Nous avons vocation d'ignorer tant de choses".

J'ai découvert ces phrases placées en exergue d'un article où je tentais avec difficulté de comprendre ce que pourrait bien être la matière noire (mais je ne sais toujours pas qui en est exactement l'auteur de ces mots)
La matière noire, vous savez, c'est cette "masse" qui rentrerait dans la composition de l'univers en proportion importante, une présence invisible mais bien utile pour expliquer certains mouvements de galaxies et des amas qu'elles font entre elles

Une masse dont on ne sait même pas de quoi elle est ou serait faite, quels en seraient ses constituants si singuliers qu'on ne peut même pas imaginer à quoi ils ressemblent. Les spécialistes appellent cela de la matière non baryonique. En d’autres termes, derrière les termes savants, on ne sait pas

Et me vient à l'esprit de savoir ce que l'on connaît de l'univers? Peu de choses selon toute vraisemblance
Aujourd’hui, en tous les cas, beaucoup de théories s'opposent ou se complètent pour l'expliquer, des théories qui renvoient à certains modèles qu'une observation fortuite vient bientôt balayer.
Beaucoup de découvertes sont encore à faire Dimensions qui nous sont incompréhensibles, univers jumeaux invisibles, trous noirs qui peut être rejettent la lumière…Tant de choses dont peut être un jour nos lointains descendants auront une vision plus juste?
Il est vrai, sans mensonge, certain et très véritable: Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas nous a dit le Trismégiste
Alors peut être que la réponse réside t-elle dans nos cerveaux qui seraient une réplique dans l’infiniment petit de ce que l’on pressent de l’infiniment grand
Mais le saurons nous un jour puisque nous avons vocation d'ignorer tant de choses, n'est ce pas?

Plutôt d'être de formation littéraire par goût et juridique par choix, j'aurais de loin préféré être un scientifique de haut niveau pour pouvoir me lancer dans ce fascinant sujet à l'instar d'un Hubert Reeves par exemple. Mais ne rêvons pas...

J'ai pourtant une intuition qui me poursuit de plus en plus: L'univers serait avant tout une formidable machine faite pour créer la vie, tendu vers ce but ultime comme une nécessité incontournable, faire en sorte que des molécules s'assemblent, s'organisent et finissent par se reproduire à leur seule initiative
Et en corolaire à ces molécules organisées dont nous ne sommes qu'un exemple, la nécessité de l'éveil de la pensée dans un support dont un corps humain n'est qu'un exemple.

Et je crois que la vie fourmille dans l'univers, partout là où les conditions qui lui permettent de s'épanouir sont réunies.
Et les découvertes récentes de plus en plus fréquentes montrant des planètes aptes à accueillir ce formidable phénomène que constitue la vie me confortent dans cette pensée
Non, nous ne sommes pas seuls dans l'univers et peut être que nous ne le saurons jamais de façon définitive mais je crois qu'autour d'un quelconque soleil à des centaines ou des milliers d'années-lumière de chez nous d'autres êtres aiment, souffrent, vivent et meurent emportés dans ce ballet que dansent tant de mondes tellement semblables ou différents du notre sous des formes si semblables ou si différentes des notres

Et nous alors là-dedans empêtrés dans nos sordides querelles et nos préoccupations de boutiquiers imbéciles ?
Je crois que nous ne sommes rien de plus que des produits du hasard et de la nécessité comme il a été dit
Ceux qui me connaissent savent la profonde aversion que j'éprouve vis à vis des religions et de tous leurs clergés avec leurs cortèges d’intolérance et de dogmatisme.
Les récits de création du monde de tous les « livres saints » me paraissaient au mieux loufoques et au pire complètement absurdes.
Et ces récits ont été la cause de morts innombrables au fil des temps et ce n’est pas fini, malheureusement selon toute vraisemblance

Je m’évertue à respecter la croyance de mon prochain et en retour j’espère qu’il en fera de même à mon endroit.
Aussi je vais vous dire le fond de ma pensée : Je crois que nous ne sommes là que parce qu’il fallait que nous le soyons.
Je pense que «l’œuf» originel, celui du « big bang », était gros des vies a venir dans l’univers naissant et qu’il suffisait d’attendre que les particules élémentaires se recomposent pour que nécessairement naissent la vie et la pensée…

Nul besoin d’un créateur qui nous aurait fait à son image, nul besoin d’intervention divine avec son accompagnement de paradis et d’enfer dans ce processus.
Je pense que le ciel dans ce domaine est vide.
Je suis donc profondément athée à la lueur de ce que je viens de dire. Pourtant je ne peux m’empêcher de penser qu’il existe peut être un grand dessein, une direction, un plan sous la direction d’un grand horloger ou d’un grand architecte mais que nous n’y sommes que d’infinitésimales moisissures auxquelles ne sera jamais accordé le privilège de comprendre le pourquoi de tout ça dans leurs brèves existences.

Alors que nous reste t’il pour ne pas sombrer dans un océan de désespoir: Que l’essentiel en fait: Des cris d’enfants qui escaladent le ciel, l'étincelle qui traverse l’œil d’une femme qui aime, le bruit du vent qui chuchote ses secrets en haut dans la ramée et le vol des oiseaux qui égratignent les cieux au moment où, vers l’est, le soleil une nouvelle fois sombre pour se cacher derrière les horizons.

Que cela, rien que cela mais tout cela pour inonder et faire battre nos cœurs entre ces deux rives immuable qui bornent nos vies: celle de l’informulé dont nous venons et le néant vers lequel nous nous dirigeons…

Claude

25.4.07

Porte de Vanves ou d'Orleans?




Porte d’Orléans ou porte de Vanves. Je ne me souviens pas très bien. En fait j’opterais plutôt pour celle d’Orléans
Elle m’avait retrouvé 7 ans après que nous nous soyons quittés.
7 ans c’est considérable à mon âge actuel, beaucoup moins lorsque on est encore jeune comme nous l’étions à cette époque
Je lui avais demandé comment elle avait fait pour me retrouver mais elle avait préféré garder le secret et je n'avais pas insisté.

Je crois déjà avoir raconté cette histoire mais quelle importance?

Elle était venue m’attendre à Orly. Je me souviens de la voir, immobile, au pied d’un escalier.
On s’est embrassé comme si nous venions de nous quitter la veille
Nous avons pris un taxi pour aller à la chambre qu’elle louait dans cette rue dont j’ai oublié le nom
Une chambre modeste car elle ne roulait pas l’or. En fait, elle travaillait comme standardiste dans une compagnie d’assurances dont les bureaux étaient Avenue de Wagram et Paris a toujours été une ville difficile à vivre pour ceux disposant de revenus modestes.
J’ai été par la suite à sa rencontre en ces lieux et nous aimions à marcher dans le quartier qui entoure la gare St Lazare

En attendant, je m’en souviens de cette minuscule chambre comme d’un morceau de paradis.
Mais la mémoire est bien sélective et ce qui me reste de ces retrouvailles est bien curieux.
Quand on est rentré, elle a ouvert la fenêtre et y a installé le sèche-linge sur lequel elle avait accroché des sous-vêtements
Elle m’a expliqué qu’un dingue des environs lui avait déjà volé quelque unes de ses petites culottes et qu’elle devait attendre d’être présente dans sa chambre pour pouvoir exposer son linge à l’extérieur.
Elle était en colère en me racontant ça et cette colère la rendait encore plus belle à mes yeux
Elle avait préparé un repas léger que nous avons pris ensemble en continuant de parler
Puis nous avons fait l’amour

Et j’ai le souvenir de l’eau coulant sur sa peau alors qu’elle se lavait à l’évier de sa chambre, cuisine et salle d’eau, tout ça ensemble…

Quand je partirai, je serai un voyageur au bagage très léger mais dans mon bissac, c’est cette vision que je voudrais avoir comme compagne de voyage pour être à mes côtés jusqu’à cette porte qui nous attend et au delà de laquelle nul n’est revenu pour nous décrire le chemin à parcourir si toutefois chemin il y a…


PRIÈRE A SAINT PIERRE

Quand je devrai m’en aller
Oh, grand gardien des clés!
Sois gentil et permets que je prenne
Avec le chant d’une sirène
Comme seule possession
Et cette pensée comme frisson
Une naïade sortant des eaux
Du dessin de ses hanches
Pour amener aux anges
De la terre comme cadeau
Comme simple présent
D’un fugitif moment

Oh! Grand Saint Pierre
Promets moi les enfers
Mais laisse moi prendre
Et garder dans mes mains
Cette courbure d’un sein
Et cette douceur d’un ventre
Où se pose mon oreille
Et qui s’en émerveille

Oh, grand Saint Pierre
Toi qui peut tout
Permet ce rêve fou
D’emporter sous la pierre
La pensée de cette fille fleur
Qui respirait le bonheur
Dans une chambre sans âge
Où j’épiais son visage
Quand, nue, elle se lavait
Et quand l’eau glissait
Sur sa peau de miel
Y créant tant d’arc-en-ciel
Que le lieu en devenait ainsi
Un peu de ton paradis

Grand Saint Pierre
Dis! S’il te plaît,
Même si en enfer
Pour prix de mes péchés
Tu devras me diriger
Sois gentil et permets
Ce bagage bien léger
Ce soupçon de tendresse
Pour me faire pardonner
De tant avoir manqué tes messes

Claude

17.4.07

Clair de lune























Le flot
a capturé
un rayon de lune.
Il l'emportera
pour l'étreindre
dans les remous
d'une vague
moribonde

Claude




16.4.07

A poil, dans la nature

Vous n’aurez pas été sans remarquer la Kolossale finesse du titre de mon billet de ce matin. Il convient en effet que je me soucie de la fréquentation de mon blog et si mon audience d’aujourd’hui ne dépasse pas la demi douzaine de personnes c’est à vraiment désespérer de tout.
Mais je plaisante bien sûr, ceux qui me connaissent le savent bien que de cette fréquentation, j’en ai vraiment rien à foutre…

Mais ce n’est pas le sujet de ces quelques lignes. A cette lointaine époque, j’habitais à Berlin et c’est une ville que j’ai beaucoup aimée, une des villes où vous pouviez partir du centre ville et vous retrouver quelques minutes après au milieu de la forêt, loin de la ville et de son agitation permanente
Je n’y suis jamais revenu depuis le milieu des années soixante dix. Probablement que la disparition du mur a du changer pas mal de choses.
C’est en effet un paradoxe car ce fameux mur, exécré à juste titre, jouait en même temps un rôle de protection au profit de cette «île» perdue dans un univers hostile et étranger

Lorsque la météo s’y prêtait, j’aimais à parcourir les longues années cavalières qui coupaient en tous sens la forêt. C’est ainsi que je suis tombé vraiment par hasard sur une petite plage bordant un lac du côté de Wannsee si mes souvenirs sont bons
Il n’a pas fallu longtemps pour m’apercevoir que je venais d’atterrir sur une plage où, en toute quiétude, des nudistes s’adonnaient à leur sport favori : Celui qui consiste à s’offrir tout nus aux doux rayons du soleil et attendre que ça sèche…
Dilemme : Je pouvais rebrousser chemin, faire un détour pour éviter ces corps exposés, passer mon chemin puisque le chemin traversait la plage et enfin faire comme tout le monde
Ce que je fis sans plus d’hésitation et j’entrepris de me mettre dans l’appareil de ceux que je voyais exposés à mes yeux, c'est-à-dire dans celui le plus simple selon l’expression consacrée

Et c’est ainsi que mes chaussures tenues d’un côté et mes vêtements bien roulés sous l’autre bras (j’ai bien dit mes vêtements et non pas ma bite comme dans une chanson de Brel, il ne faut rien exagérer quand même) je me suis bravement aventuré sur le fameux chemin, mon service trois-pièces se balançant gaiement au rythme de la marche que je voulais la plus majestueuse possible

A mon grand désappointement, ma traversée impromptue n’a soulevé nulle marque d’intérêt particulier parmi l'assistance. Nul n’a semblé s’intéresser à ma progression et pourtant j’étais bel homme à l’époque (mais je ne suis pas mal aujourd’hui encore, si, si, je vous assure)

Soyons franc, je devais avoir l’air passablement con dans ma tenue ou plus exactement dans mon absence de tenue en zigzaguant au milieu de tous ces corps plus ou moins affriolants

Arrivé de l’autre côté, je me suis rhabillé sans que personne ne songe à venir me féliciter pour mon courage et pour mon désir de me fondre dans le paysage. La prochaine fois, je marche sur les mains… J’aurai peut être plus de succès surtout à poil

Mais bon, cette minuscule anecdote me fait encore sourire aujourd’hui.
Et ne cherchez derrière ces quelques mots un sens ou un message caché sauf que je n’ai jamais très bien compris le plaisir éprouvé à se trimballer à la vue de tous en tenue d’Adam (ou d’Eve pour les dames) mais chacun doit pouvoir faire comme il veut dans la vie

Mais quand même, je pense que quelques centimètres de tissus placés aux endroits les plus stratégiques de nos anatomies ne sont pas mal non plus.

Et comme je suis en veine de confidences, je vais vous en faire une supplémentaire, je suis sensible aux coups de soleil et je préfère autant éviter d’en attraper un sur les joyeuses. Il y a tellement mieux à leur offrir à ces petites boules là pour qu’elles se mettent à chanter mais pas pour cause de rissolement….

Claude

14.4.07

Mais me retiennent....

Je le sais maintenant.
Si je n’étais pas persuadé que notre accession à la lumière dans cette vallée de larme que l’on appelle la vie était notre seul et unique essai, je crois que j’aurais franchi le pas consistant à trancher le fil de cette existence là pour accéder à une autre
Mais me retiennent mes petits matins accoudés à ma fenêtre pendant que je contemple vers l’ouest la campagne engourdie de sommeil alors que les oiseaux parcourent le ciel dans leur premier vol de reconnaissance du jour à peine naissant
Mais me retiennent les nuages et leurs promesses de futures floraisons
Et me retiennent le frémissement du vent dans la cime haute des arbres
Et me retiennent les bruits de l’ondée sur la terre assoiffée
Et me retiennent les sourires d’une femme qui se mélangent aux couleurs d’un ciel qui de bleu se réveille
Et je clos mes yeux et je m’en retourne à d’insignifiantes besognes où le regret de ce qui fut se mélange avec ce qui aurait pu être

Claude

Le pull




LE PULL

En l’attendant, je branchais ma chaîne hi fi sur une station de radio classique. Brahms succédait à Chopin et le bruit déchirant d’un violon qui pleure précédait les cristallines voix de soprani mozartiennes dialoguant à l’infini…

Et je guettais ses pas montant l’escalier qui menait à l’appartement.

Quand j’ouvrirai la porte avant quelle n’ait eu le temps de frapper, je sais qu’elle sourira en même temps que je le ferai en retour
Selon la saison, elle portera son long manteau qui descend très bas, presque jusqu’aux chevilles et qui lui amincit tant la silhouette ou alors cette veste verte légère et elle posera l’une ou l’autre pièce de vêtements sur le canapé du fond.

Commenceront alors ces longues séances d’échanges, nous parlerons à bâtons rompus sur de sujets les plus divers sans que vienne s’instaurer ce sentiment de gêne que je connais bien quand je m’ennuie face à un interlocuteur (et cela m’arrive souvent)
A ces moments, j’ai peur de me trouver à court de mots alors que insidieusement s’instillent la lassitude et la nécessité de devoir trouver un autre sujet alors qu’on n’a pas encore tout à fait fini celui dont on s’entretient.
Et les phrases deviennent de plus en plus difficiles à franchir la barrière des lèvres et les idées de plus en plus dures à coordonner pour enfin tomber dans un silence contraint que je romps en racontant n’importe quoi tout en souhaitant que cet entretien se finisse au plus vite…

Je n’ai jamais eu cette sensation pendant nos rencontres et s’il est arrivé que le silence s’installe parfois brièvement entre nous, les accords que nous entendions venir du fond de la pièce suffisaient à combler les quelques vides que nous laissions entre nos paroles.
Nous tentions alors de découvrir le nom de l’œuvre ou celui du compositeur et je perdais à tous les coups, je n’ai malheureusement aucune mémoire musicale et si j’apprécie par-dessus tout la musique que l’on qualifie de classique, je suis un vrai handicapé quant à la dénomination des œuvres…

Le froid s’était attardé sur Paris cet après midi là et je m’étais aperçu qu’elle avait ramené sa veste légère d’un geste frileux sur sa poitrine, j’avais donc été chercher dans l’armoire de la chambre l’un de mes pulls en cachemire pour le lui tendre. Elle l’avait mis sur ses épaules et noué les manches à son cou et j’avais bien aimé le spectacle qu’elle présentait avec ses cheveux blonds au dessus de cette masse enroulée en teintes légères de gris.

Et puis elle avait du repartir de l’autre côté de Paris là où elle habitait ce qui impliquait plus d’une heure de trajet et elle n’aimait pas trop se déplacer en transports en commun après une certaine heure du soir

Elle m’avait redonné mon pull que j’avais placé sur le valet de la chambre avant de le remettre plus tard à sa place dans l’armoire.

Je me suis activé quelque temps à ranger salon et cuisine et puis comme l’heure déjà était avancée, je me suis mis au lit

Je me suis réveillé dans la nuit avec la sensation d’une présence à mes côtés.
Pleinement réveillé maintenant, j’ai haussé les épaules et je me suis retourné pour essayer de retrouver le sommeil mais, lumières éteintes, cette même sensation est revenue et j’ai actionné la lampe de chevet placée à mes côtés
J’ai balayé du regard la chambre et c’est là que mon regard s’est attardé un instant sur le pull bien rangé sur le valet et j’ai eu la certitude que la sensation que je ressentais était beaucoup plus qu’une simple illusion et s’appuyait sur un élément matériel

Je me suis donc levé et j’ai soulevé le pull. Et soudain, j’ai compris: Le parfum, son parfum, celui qu’elle utilisait en permanence.
Et je me suis souvenu qu’elle m’avait dit : -Il va sentir bon, ton pull!!!
Je n’y avais pas prêté trop d’attention mais voilà qu’une odeur, la sienne, emplissait la chambre de sa présence.
D’un mouvement machinal, j’ai plongé mon visage dans cette douce symphonie odorante.

C’est alors que j’ai eu une violente pulsion sexuelle, irrépressible et imprévue
Tenant toujours mon vêtement contre mon visage, respirant cette magie que savent exprimer les parfums de qualité, je me suis étendu à nouveau sur le lit
Couché sur le dos, ma main est descendue à hauteur du sexe qu’elle a enserré machinalement et j’ai laissé ses mouvements se faire de plus en plus insistants, de plus en plus pressants alors que j’avais posé mon cachemire au creux de mon épaule….

Un simple exercice de masturbation me direz vous. Oui, bien sûr et vous aurez raison et tort tout à la fois car ce plaisir par essence solitaire s’est partagé entre fantasmagorie pure et réalité d’une odeur prenante, je caressais en fait en pulsions olfactives sa deuxième peau laissée là à ma disposition après qu’elle eut quitté l’appartement

J’ai donc fait l’amour sans honte ni pudeur avec une odeur et cette pensée ne m’a pas quitté jusqu’au au moment où s’est enfin déclenché l’orgasme en longues secousses libératrices
J’ai fait l’amour à une odeur dans le silence d’une chambre dont chaque recoin d’espace était empli d’une omniprésence pleine et singulière…
J’ai fait l’amour à une image revêtue de parfum…
J’ai mimé les gestes de l’amour en respirant un parfum habillant une image…

Depuis longtemps maintenant, ce parfum a rejoint le doux paradis des fragrances fragiles qui passent et s’évanouissent en ondes légères et odorantes mais le pull, lui, est toujours bien là et ce n’est pas sans trouble que je le déplie pour devoir affronter les frimas de l’hiver quand encore une fois le moment en est venu

Claude



12.4.07

La main




C’était le troisième voyage en ces lieux qu’il faisait. Cette fois, il s’estimait être proche du but qu’il s’était fixé.
Ses recherches avaient commencé voilà bien longtemps, de bibliothèques privées en établissements publics à travers le monde.
C’est dans l’un de ceux là, à Lisbonne précisément, à la Biblioteca Nacional de Lisboa qu’il avait fini par pouvoir lire le parchemin qui manquait à sa quête, écrit voici longtemps par Pedro Alvares Cabral qui s’était inspiré des écrits d’un moine dont l’histoire a perdu le nom et adressé à sa très gracieuse Majesté catholique Sebastian premier
Un dictionnaire d’une langue de ces temps là, des dessins, des croquis et, fait rare, des descriptions de cérémonies païennes comme l’on disait alors mais l’on sentait bien que le rédacteur, à, défaut de comprendre, s’était efforcé de retranscrire ce qu’il voyait sans porter de jugement et encore moins sans condamner ce qui est exceptionnel à cette époque
L’ouvrage fournissait aussi des cartes qui, à défaut d’être précises, fournissaient quand même des renseignements précieux pour localiser ce qu’il était venu chercher là

Il avait pu convaincre des porteurs Amayas lors la traversée du dernier village de l’accompagner et il avait commencé sa lente progression vers les collines qu’il devinait à peine dans le lointain.
Il avait pu lors des campements nocturnes se rassasier de spectacles à couper le souffle. Accroupis autour d’un maigre feu avec ses porteurs indigènes, il avait laissé son imagination vagabonder et prendre son essor parmi les magnifiques constellations qui trouaient la voute céleste au dessus de lui.
A sa grande surprise, tournés vers certaines étoiles, ces derniers s’étaient livrés à des incantations dans une langue inconnue et en tous les cas, différentes de celles pratiquées dans cette région que maintenant il connaissait bien et il avait pensé qu’on était loin de tout savoir sur la connaissance des Indiens sur leur histoire ancienne et les cultes des temps reculés

6 jours de route avait-il prévu, 6 jours de difficile progression entre forêts denses et savanes à hautes herbes, au milieu des moustiques, des sangsues lors de la traversée des rios. Enfin, tous les inconvénients de la vie sous les tropiques mais il était en excellente forme physique et le but proche l’exaltait et lui fournissait le surplus de motivation dont il avait besoin pendant les moments vraiment difficiles
Ce fut soudain et ça se produisit l’après midi du cinquième jour. Les collines apparaissaient maintenant toute proches. Après une pause où il venait de s’éponger le front, les porteurs lui firent comprendre que leur rôle s’arrêtait là. Il eu beau tenter de les persuader de continuer avec lui, ils secouèrent la tête avec vigueur en montrant de signes évidents de terreur
De guerre lasse, il fit un tri de ce qui lui paraissait absolument indispensable à la poursuite de sa mission. Accroupis sur leurs talons, visages impassibles, ses deux compagnons le regardaient en silence. Il fit quelques aller et retour pour mettre en sureté ce qu’il laissait derrière lui. Ils ne firent aucun geste pour lui prêter main forte comme si un mur invisible les empêchait de faire un pas au-delà d’une certaine limite
Haussant les épaules, il continua à entasser dans son sac ses affaires et se remit en route. A un moment alors que la pente commençait à s’accentuer, il se retourna pour faire un signe en direction des deux hommes qui jusqu’alors l’avaient accompagné mais ils avaient disparu aussi poursuivi t-il son chemin lesté de quelques kilos supplémentaires

C’est dans la soirée du lendemain qu’il atteignit le point sensiblement à mi colline. De ce point, il pouvait nettement apercevoir le Punta Del Rey et l’Acurpara comme prévu dans le grimoire lu au Portugal. Au moment où le soleil fut sur le point de disparaître, le dernier rayon avant que la nuit engloutisse le paysage frappa un endroit de la paroi qui le dominait. Il mémorisa avec soin ce point et commença les préparatifs de son campement

Il fût réveillé tôt accompagnés par l’incessant et surprenant vacarme de la vie tropical au lever du jour: Oiseaux, insectes et des bruits non identifiables, peut être des singes hurleurs mais c’était loin du coté où s’épaississait la forêt
Dès qu’il fût prêt, il se mit en route en direction du point vu la veille. La pente était devenue franchement raide l’obligeant à des pauses de plus en plus fréquentes et c’est seulement dans l’après midi bien entamé qu’il arriva à ce point dont il avait depuis si longtemps rêvé : Une petite plate forme et, à peine visible, dans la parois rocheuse l’amorce d’une grotte.
Il posa sur le sol son sac et se redressa en poussant un soupir de soulagement en frottant ses reins endoloris
Il se mis à quatre pattes pour franchir l’entrée mais très rapidement les parois se redressèrent au point qu’il pu continuer sa marche en se tenant debout. Au fur et à mesure de sa progression, il sentit que la température baissait et c’est dans une relative fraîcheur qu’il lui était maintenant possible de continuer sa marche
Sur ses gardes au début, dans la crainte qu’un animal sauvage ait pu se servir de cet endroit comme tanière, ses craintes peu à peu s’évanouirent car rien n’indiquait que la grotte ait servi de refuge à qui ou quoi que ce soit. Le sol fait d’un sable de grés était agréable pour le déplacement et ne portait aucune trace de vie ancienne ou récente

Il atteignit enfin ce qui se présentait comme un cul-de-sac mais il savait sur quoi exactement quoi faire pour poursuivre plus avant
Et comme prévu, la paroi s’écartât doucement sans à coup pendant qu’une odeur étrange atteignit ses narines. Hésitant, il resta immobile pendant que son cœur accélérait ses battements, sa lampe frontale perçait l’obscurité devant lui dans ce lui paraissait être un pièce de dimensions relativement réduites et creusée à même la roche environnante
Il finit par enfin franchir le seuil et balaya l’espace qui s’offrait à lui de gauche à droite
Ce qui attira son regard, ce fût tout de suite des coffres de dimensions importantes posés là contre les murs, 3 à gauche, 2 à droite.
Il s’avança, les coffres lui paraissaient avoir été confectionnés de cuir animal et le temps les avait ridé de façon extraordinaire

Le cœur toujours battant fort, il s’approcha du premier et le rayon de sa lampe fit jaillir des reflets des objets qu’il découvrait : Des masques cérémoniels, des couteaux, des armes aussi apparemment, le tout finement ciselé d’une main sûre et artistique.
Fébrilement, il continua ses investigations, le deuxième coffre recelait ce qu’il reconnu comme étant des vêtements de cérémonie porté par les prêtres des anciens cultes, richement brodés avec leurs parures de plumes, le tout dans un état parfait de surprenante conservation.
Un autre coffre ouvert offrit un spectacle féérique de milliers de pierres précieuses et il ne put s’empêcher d’un faire couler une pleine poignée entre ses doigts et c’est comme si un fleuve de feu prenait naissance soudain avant que de revenir aux ténèbres
Rien que pour le plaisir des yeux, il s’amusa à recommencer à faire couler la rivière scintillante
Pour briser le silence, il dit quelques mots à voix hautes qui les murs lui renvoyèrent en forme d’écho si gênant que, très vite, il se contraint au silence

Une cavité creusée en retrait dans la roche attira soudain son regard. Il n’y avait pas immédiatement prêté attention et il se dirigea vers elle
Peu profonde, elle présentait une saillie sur laquelle était posé un boite oblongue d’environ une quarantaine de centimètres de large et quelques centimètres de haut et apparemment faite de la même matière animale que les coffres déjà explorés
Intrigué il pénétra dans cette niche. Pendant une fraction de seconde, il eut comme une hésitation puis se décida à offrir le couvercle
La représentation d’une main humaine, voilà ce qui s’offrit à sa vue et sa première réflexion fut d’en relever le degré extrême de réalisme et ce spectacle le troubla
Paume ouverte comme dans un geste d’invite, doigts légèrement écartés et le pouce faisant un angle de 90° avec le reste des doigts, elle présentait gravés ou »tatoué» à même la matière de curieuses représentations graphiques de ce qui pouvait être un quartier lunaire et l’ébauche d’une croix
Il se pencha vers l’avant pour mieux distinguer ce qui semblait être des symboles.
Alors qu’il accomplissait ce mouvement vers l’avant, la main sembla irradier une certaine forme de chaleur et puis, comme mus par un puissant ressort, elle quitta le tissu de couleur rouge sur lequel elle reposait et vint s’agripper à son cou
De surprise, il se recula et son premier réflexe fut de saisir l’objet et de tirer pour se libérer de son emprise mais, peine perdue, la main ou quoique cela fût, serrait maintenant de plus en plus. Saisi par la panique et la respiration complètement coupée, il voulu se mettre à hurler sans plus de résultat qu’une vague plainte étouffée. La pression devenait de plus en plus forte et ses deux mains posées sur l’étrange main ne lui étaient d’aucun secours.
Tout à sa peur, il ne remarqua pas que la paroi, doucement, s’était refermée derrière lui
Il se sentait maintenant de plus en plus faible, ses jambes commencèrent à trembler et il tituba.

Dans un mouvement qu’il fit, le rayon lumineux de sa lampe frontale illumina un bref instant l’intérieur de la boite de cuir grande ouverte et à la place qu’occupait la main, il eut le temps de voir un diamant de couleur bleutée d’une taille comme il n’en avait jamais vu et brillant de mille feux
Le dernier mot qui parvint à ce qui lui restait encore de pensée consciente fut «BEAUTE»
Puis, dans le silence absolu des lieux un faible craquement sinistre se fit entendre, l’inexorable et mortelle pression venait d’écraser le larynx et la région du cou environnante, ses jambes finalement finirent par se dérober sous lui et il mourut avant même de toucher le sol.
Et puis il n’y eut plus rien, rien que l’obscurité retrouvée de la grotte quand sa lampe torche se brisa dans sa chute.

Claude


7.4.07

Du phénix à la biture




Vous le savez comme moi que les corps de métier aiment à jargonner. C'est-à-dire que les spécialistes de tout poil aiment à utiliser un langage qui leur donne l’impression de faire partie d’une « élite » dont les autres n'en possédant pas les clés sont par nature exclus. Vanité humaine !!!
Pourtant bien souvent tous ces techniciens usent de termes dont l’histoire ou les racines leur échappent là où l’observateur attentif ou simplement curieux trouvera matière à remonter mythes et temps qui les accompagne
Prenons l’exemple, si vous voulez bien du biologiste procédant à la purification de pigments par chromatographie. Il peut avoir à distinguer deux constituants affublés du doux nom de phœnicoptérine pour l’un et d’adonirubine pour l’autre. Il pourra ensuite obtenir la beta ionone, l’un des constituants de ces éléments cités ci-dessus. Vous me suivez hein ?

Revenons en donc à notre phœnicoptérine:
Dans ce constituant se cache un piment rose, celui trouvé dans les ailes du phœnicopterus roseus qui n’est rien d’autre que le flamand rose. Et derrière ce dernier se profile le Phœnix ou oiseau de feu, cet mythique oiseau solitaire qui vit 7 ans dans le delta du Nil et s’envole vers la Phénicie (le Liban actuel) pour y mourir ailes étendues au soleil pour renaître de ses cendres le lendemain.
Saura t-il faire, notre grand savant, la liaison avec la Phénicie dont les fiers marins sillonnèrent en tous sens la Méditerranée et certainement beaucoup d’autres mers en franchissant les colonnes d’Atlas
Le saura t-il que ces marins naviguaient sur des bateaux dont la proue était de forme phallique en souvenir de Cyparisius, ce beau berger dont Apollon tombe amoureux ? Zeus, jaloux, va transformer le berger en arbre, en Cupressus qui n’est autre que notre cyprès
En souvenir de cet évènement mémorable et arrivé à quai, notre marin phénicien va attacher le phallus en cyprès à la bite du quai avec une corde. Et c’est de cette façon que nait l’une de nos plus anciennes mesures connues: La biture
Et attention au matelot qui aura trop voulu célébrer Bacchus avant de toucher terre !!!





Revenons maintenant à l’autre piment, de couleur rouge celui-là et qui s’appelle l’adonirubine, vous vous souvenez ?
Ce piment se trouve lui dans les pétales d’une renonculacée, Adonis annua, tel est son nom.
Rappelez vous l’histoire : Vénus se promène et tombe amoureuse du beau et valeureux chasseur Adonis qui, malheureusement bousculé par un sanglier meurt au pied de la belle. Pour la consoler, Zeus transforme le chasseur en une fleur l’Adonis goutte de sang

C’est ainsi qu’à chaque extrémité de la molécule de phœnicoptérine et d’adonirubine, notre biologiste poète va trouver ce qu’on appelle un noyau cyclique: La beta ionone dont le nom vient d’Iona, déesse grecque des parfums
C’est grâce à cette beta ionone que l’on parvient à détacher les couleurs des éléments couleurs lesquelles seront remplacées par des senteurs au doux parfum de violette, exhalation ultime du noyau cyclique et c’est ainsi qu’on assiste à la transmutation de la magie des couleurs à la séduction subtile des parfums
Et nous voici de plein pied en terre d’alchimie en souvenir d’Al Chemesh, divinité solaire des Sémites mais ça aussi notre bien savant biologiste saura t-il le comprendre?

Nous avons donc pu, vous et moi, effectuer de concert un voyage en pays de mots et d'histoire mythique en compagnie de ces mots qui sont les fleuves souterrains de nos fantasmes et de nos rêves, dont on perd souvent le chemin de la source qui les vit naître mais qui pourtant existent et nous attendent pour abreuver nos curiosités souvent insatisfaites

6.4.07

Sur les quais




J’apporterai mon pas fatigué aux bornes du départ
Là-bas au bout du quai qui fait suite aux remparts
Celui où s’embarquaient en leurs temps des bagnards
Dans la désespérance d’un p’tit matin d’cafard

J’irai là, moi aussi, et dos tourné à la terre
Face à l’océan sournois jouant des gris et des verts
Pour mesurer son indifférence à mes regrets amers
Seul, jaugeant cette plaine liquide, seul et défiant la mer

Claude

5.4.07

In vino veritas




J’aime bien certains mots de la lange française: Immarcescible, mansuétude, incommensurable, infinitésimal et enluminure par exemple.
De ces mots qui sont si longs avec des sonorités si spéciales qu’on aime à en savourer chaque syllabe lorsqu’elles franchissent la barrière des lèvres.
J’en connais bien d’autres bien sûr mais je voudrais m’arrêter un instant sur enluminure dont j’en ai trouvé une pour illustrer mon propos.
Elle me fait sourire en même temps qu’elle rappelle l’omniprésence du vin dans notre mode de vie français et que ça ne date pas d’hier.
Quant à l’affirmation qu’elle présente: Voir Dieu, pour moi ce serait plutôt des éléphants roses qu’on prend éventuellement le risque de croiser mais je ne voudrais pas froisser ceux qui ont la foi comme on dit
Tout ça pour préciser que j’aime le vin. J’aime à en deviner sa provenance, l’année de sa fabrication, là il a été fait, imaginer ceux qui sont à la source de son élaboration et la lente maturation jusqu'à son arrivée à ma table.
J’aime regarder dans mon verre, ses rouges sombres aux accents de velours ou plus légers aux couleurs des primes heures des matins d’été. J’aime les blancs qui fleurent bon le lys ou les fruits acides
Oui, j’aime toutes ces saveurs ou ces tonalités si variées, si subtiles que je laisse passer doucement sur ma langue en m’efforçant d'en déguster chaque parcelle.
Et n’en déplaise aux nombreux pisse-froid qui aujourd’hui encombrent nos trottoirs et nos gazettes. Et n’en déplaisent à tous ces porteurs d’interdits toujours prêts à en rajouter dans le domaine du politiquement correct et de la pensée unique
Oui j’aime boire du vin bien que je n’ignore en rien des ravages de l’alcoolisme et que je ne ferme pas les yeux devant les dégâts directs ou collatéraux dus à l’abus que malheureusement certains en font
Je sais tout cela mais il n’en reste pas moins que le partage de quelques verres an compagnie de ceux que j’aime, car boire seul n’offre aucun intérêt à mes yeux, sera toujours pour moi une fête et un moment de plaisir absolu et j’aurai toujours le même bonheur à voir briller les yeux de ceux ou celles qui, en ma compagnie, voudront voir les heures doucement s’écouler en se berçant des silences de la campagne ou des rumeurs de la ville

Claude

4.4.07

Tu viendras...




Tu viendras n’est ce pas?
Encore une fois, tu descendras en courant le chemin qui mène vers la rivière et tes cheveux fous dansant autour de toi au rythme de ta course accrocheront à leurs extrémités des bouts de soleil
Et quand tu seras tout proche de moi, je lirai ces diamants qui sont tes yeux,
Tu viendras, dis moi, encore une fois?
Et je te parlerai de ceux là qui hantent encore les sentes et les sous-bois à la recherche d’un amour perdu mais tu ne m’écouteras pas, suspendue à mes lèvres pour y guérir ta fièvre
Tu ne m’écouteras pas mais tu viendras jusqu’à ma bouche pour te guérir à mes lèvres
Tu viendras n’est ce pas encore une fois pour voler mes paroles et me bâillonner de silence?
Le vent dans les arbres nous dira alors ses histoires, celles du temps où la terre était en paix, avant que les hommes l’envahissent de leurs guerres et de tout leur tumulte et nous serons les seuls à savoir l’entendre, les seuls à le comprendre
Tu viendras n’est ce pas te serrer tout contre moi comme tu le faisais autrefois?
Tu viendras encore une fois, dis moi ?
Tu viendras pour que tes cheveux me caressent les doigts
Et tu me regarderas…
Alors, je me perdrai dans l’immensité du fond de tes yeux et comme avant, comme voici bien longtemps, je n’aurai plus peur avec toi tout contre moi….

3.4.07

Cimetière (presque) sous la lune






Je vais vous raconter une histoire. Une petite, rassurez vous.
C’était il y a bien longtemps sur une route toute plate entre Chennai et Pondichéry, dans l’Inde du Tamil Nadu donc.
Je rentrais à mon hôtel isolé sur la côte, le Fisher’s Cove, et l’après midi déjà s’étirait
Pas grand chose à voir sur cette route étroite et qui longeait un paysage de dunes.
De l’autre côté c’était la mer du golfe du Bengale, ses longues plages de sable blanc et son lancinant rouleau plus loin au large
Soudain, j’ai cru apercevoir quelques choses dans l’étendue sablonneuse parsemée de touffes de plantes littorales
Des tombes avais-je cru voir
Il faut dire que dans ce pays qui incinère ses morts, au moins chez les hindouistes qui sont quand même plus de 85% de la population, les cimetières sont rares et étriqués sauf là où les musulmans sont nombreux (bien que présents en Inde, les chrétiens sont une petite minorité sauf en des points très précis comme Pondichéry par exemple)
J’ai donc demandé à mon chauffeur de bien vouloir s’arrêter et je me suis dirigé vers cet ensemble hétéroclite où j'avais cru apercevoir des croix
J’avais bien eu raison, il s’agissait bel et bien de croix posées sur des tombes, toutes peintes de couleurs pastel
Il y en avait une petite dizaine de ces sépultures et chacune d’une couleur différente, dans des nuances de verts, de bleus ou de jaunes.
Posées là, un peu bancales et orientées grosso-modo vers l’est, en direction de la mer en d’autres termes..
En me rapprochant encore, j’ai voulu identifier par leur nom ceux qui reposaient là
Mais à ma grande surprise, nul nom, nul date, nul moyen d’identification
Alors, d’où provenaient ils ceux là gisant en cette portion désolée de la côte du Coromandel: Des marins victimes d’un naufrage, que la mer a rejetés et à qui des mains charitables ont voulu rendre un dernier hommage ou alors une petite communauté de convertis comme on en trouve quelques unes dans la campagne indienne et qui est venue enterrer là ses morts?

Je ne le sais pas, je ne le saurai jamais d’autant que cette portion de territoire a souffert du dernier tsunami et peut être alors que l’océan est revenu pour reprendre son bien, peut être que mes naufragés sont revenus à l’élément liquide d’où ils venaient et alors ils sont morts une deuxième fois et avec eux ceux qui les avaient enterrés ou leurs descendants plus ou moins lointains
C’est curieux mais souvent je repense à cette image, celle de ces tombes aux douces couleurs pastel et je regrette de n’avoir pas eu d’appareil photo avec moi en ce début de soir là pour en fixer le souvenir dans une mémoire pas toujours très fidèle.

Oui, j’y pense de temps à autre à ces morts inconnus qui peut être dorment encore dans ces grands champs d’oyats
Il m’est arrivé de parfois penser à refaire ce voyage à l’envers, revenir à cet endroit précis où des hommes reposent sous des pierres et des croix doucement colorées et tenter de retrouver dans la magie d’une fin d’après midi indien ces navigateurs au long-court et moi les regardant, seul, dans un océan de dunes mais je n’y reviendrai pas, je le sais aujourd’hui.

Claude

2.4.07

Joue avec la mort...




Guitare
guitarra
et se cambre
la taille
de la belle gitana
ole, aie
pobre de moi
la corde vibre
et les sons
se marient
à ceux
de la bodega
ole aie
et se cambre
la taille
de la fille
au noir
regard
assassin
Espagne Espagna
le vin lourd
coule
rouge comme
le sang du toro
et les voix
des femmes
se tordent en
longs sanglots
et dans le sombre
cheveux
qui vole
c'est la mort
qui soudain
nous frôle
et se rappelle
à nous
dans le frisson
d'une épaule
ole, tia, ole
et j'entend
les cris dans
l'arène
et une fille
danse comme
le torero
esquive le toro
comme
le matador
joue avec la mort

Claude

1.4.07

Je n'aime pas...

Je n’aime pas les religions,
Toutes les religions.
Je n’aime pas tous ces mots en isme
Prononcés par ceux là
Atteints de priapisme
Ou par ces nanas
Qui se font gonfler le la
Ceux qui actuellement battent les estrades
Pour nous vendre leurs salades
Et dans mon bourg du bout du monde
Je sens l’intolérance qui inonde
Ces quelques près carrés
Où devraient s’ébattre nos libertés
Celles qui devraient nous faire forger
Nos propres opinions
Sans le besoin de religions
Sans tous ces grands mots en isme
Eux même atteint de priapisme
Et au fin fond de ma campagne
Où j’en ai marre de cette campagne
Je vais tenter de prendre de l’altitude
Et dans le sens du poil caresser ma solitude

Claude