27.2.07

Amo, amas, amare

On m’a récemment posé la question pour savoir si je m’étais marié par amour. J’ai hésité pendant des secondes qui ont du paraitre longues non seulement à moi mais à « on » aussi.
Cette question, je me l’étais posée ou elle avait été posée voilà plus ou moins longtemps, toujours suivie plus ou moins spontanément du même constat suivant un même silence : Non, je ne me suis pas marié par amour. C’était une constatation et là s’arrêtait le questionnement.

J’ai appris ou on m’a appris des tas de choses dans la vie, des trucs intéressants, indispensables ou passionnants comme «la théorie générale de l'état», le droit du pétrole ou l’histoire des institutions romaines. J’ai aussi appris à parler Anglais, Allemand ou Russe. Et puis des tas d’autres choses, pour la plupart emmagasinées jusqu’à l’examen pour être oubliée aussitôt après. En d’autres termes, je me suis encombré au fil des ans l’esprit d’un tas de connaissances impressionnantes ou exotiques mais avant tout bien inutiles
Mais il existe une matière que l’on n’a pas pris la peine de m’enseigner: L’amour, celui qu’on reçoit en partage ou en héritage.
Or, cette chaine de partage ou d’héritage ne s’est jamais constituée ou manifestée à mon profit, alors comment savoir, comment comprendre car je crois que l’amour s’apprend par imprégnation, imitation ou répétition, que sais je encore? Mais il s’apprend ou s’assimile seulement si on le reçoit à des périodes charnières de son existence
Probablement qu’après il est trop tard et que les jeux sont faits. Je ne saurai jamais, je ne comprendrai jamais ce que ce mot ou ce concept veulent véritablement dire.
Bien sûr que j’ai su adopter par instinct probablement les mots ou les attitudes qu’il convient apparemment d’employer dans certaines occasions déterminées, quand on pense être amoureux ou bien lorsqu’on est soit même aimé
Mais comment savoir exactement? Comment être sûr?
Vous savez, les infirmités les plus pénalisantes ou frustrantes (j’ai du mal à trouver le qualificatif qui convient) ne sont pas forcément les plus visibles: On peut être unijambiste du cœur ou manchot des sentiments sans que personne ne le sache ou ne le remarque mais les moignons n’en sont pas moins purulents et répugnants comme dans ses images qui m’impressionnaient tant quand je regardais une édition illustrées de la cour des miracles dans l’œuvre de Victor Hugo

Que répondrais je donc à « On » aujourd’hui ? Que lui dirais-je ? Probablement la même réponse à la question posée mais sans que je sois sûr de rien, sans que je sache exactement, tant les éléments d’appréciation dont je suis à la recherche depuis si longtemps me manquent encore aujourd’hui si cruellement

Claude

25.2.07

La jeune fille et la mort

Vous savez, en descendant le boulevard Diderot, en arrivant au quai de la Râpée, là-bas, tout au bout, on se heurte à la ligne de métro et puis, entre les rails et la Seine, un bâtiment de briques s’élève, parallèlement au fleuve. Un bâtiment anonyme, sans marques particulières. C’est l’institut médicolégal de Paris.
C’est là qu’échouent ces corps que la mort a saisis dans la banalité d’une promenade anodine sur la voie publique ou à cause de la violence que parfois la nuit ou la bêtise des hommes engendrent
J’ai du m’y rendre un jour, je suis entré dans cette immense salle où silencieusement des charriots glissent sur leurs rails dans l’indifférence de ceux chargés des tâches de manutention dans cette antichambre du royaume des morts, c’est là que j’ai eu le temps de l’apercevoir, moi qui suis encore vivant…


LA JEUNE FILLE ET LA MORT

Elle a un visage à refuser la mort
Ses longs cheveux d’or
Enserre comme une résille
Cette longue jeune fille
Si gracile
Si fragile
Si calme dans son abandon
Une fille aux cheveux blonds.

A quelques pas coule la Seine
Et les bateaux qu’elle emmène
Doucement vers un autre horizon
D’autres odeurs et d’autres sons
Mais tout ça lui est bien égal
Sur sa table de l’institut médicolégal
Les bruits n’atteignent plus ses oreilles
Rien pour interrompre son sommeil
Un sommeil
Eternel…

ET POURTANT…

Elle a un visage à refuser la mort
De longs cheveux d’or
Enveloppe comme une résille
Ce qui était une très jolie fille

Claude

22.2.07

Dans la rue Rambuteau

DANS LA RUE RAMBUTEAU

Le monde va bien
Le monde est d’aplomb
Tout va bien pendant
Que j’attends au coin
De la rue Rambuteau
Et de la rue St Denis
Où il habite maintenant
Que mon fils me rejoigne
Le monde va bien
Le monde est d’aplomb
Des jeunes, des vieux
Des maigres et des obèses
Défilent en rangs pressés
Se heurtent et se croisent
Comme sur un fleuve déchaîné.
Le monde va bien
Le monde est d’aplomb
Au coin de la rue Courtalon
Les deux putes habituelles
Sexagénaires et cacochymes
Vantent et tentent de vendre
Des charmes un peu défraîchis
L’autre jour
L’une d’elles m’a sourit
En me disant –tu viens, chéri ?
Et mon petit fils
Qui marchait à la traîne
Est venu me demander
-Elle t’a dit quoi, la dame ?
A ses yeux qui frisent
Et comme il n’a plus rien à apprendre
Comme indigène du quartier
Je le soupçonne de carrément
Se payer ma tête
Mais le monde est d’aplomb
Et bien à sa place
Et j’attends toujours en sifflotant
Un air où il est question
D’une belle fille
Qui vit de l’autre côté
De la rue
Au milieu de la foule
Qui ressemble à celle qu’on voit
À Ouagadougou ou à Conakry

Claude

18.2.07

La bête




Elle est là à nouveau, bien présente, à demi sortie des plis du rideau placés de l’autre côté de l’appartement où je vis. C’est là qu’elle a sa cachette, c’est de là qu’elle sort sa gueule hideuse et me fixe
Je perçois ses halètements et ses soupirs d’impatience et de fureur rentrée dans le bruit de la circulation du boulevard parisien le long duquel j'habite
Elle vient à notre rendez-vous à ce moment qu’on appelle si justement entre chien et loup
C’est quelqu’un qui doit me ressembler comme un frère qui a du trouver cette expression qui colle si bien à ma réalité
Entre chien et loup.
Pour moi, ma bête tient du loup, de l’ours et de la hyène mélangés. Son poil est hirsute et je peux voir doucement luire dans la semi obscurité ses crocs, aiguisés et faits pour broyer si facilement les chairs
Elle attend et j’attends. Nous nous toisons de part et d’autre de l’appartement. Ses yeux cruels suivent tous mes mouvements, je vois ses flancs bouger doucement au rythme de sa respiration et parfois elle ronronne comme le ferait un chat mais un bref aboiement assourdi la ramène à son condition canine
Non, je ne me lèverai pas de ce siége où je suis assis. Nous continuerons à nous toiser, elle et moi.
Elle, à demi cachée dans ses rideaux, moi, vissé à mon siège.
Mais devant moi j’ai l’arme qu’il me faut pour la tenir à distance cette créature dont j’ignore le nom et qui s’est invitée chez moi depuis quelque temps déjà
Mon arme, elle est là, dans cette bouteille qui est devant moi, précieusement à portée de main.
J’aime les reflets sombres et rassurants que je perçois derrière ses parois de verre. Si beaux, si accueillants, si charitables.
Si rassurants aussi car, quand je sentirai qu’elle sera lasse d’attendre et qu’elle va commencer à bander ses muscles pour franchir d’un bond prodigieux et implacable la distance qui nous sépare, quand elle sera prête enfin à déchirer mes chairs de ses crocs luisants et colorer du rouge de mon sang son mufle horrible et sa gueule à l’odeur fétide, quand elle se décidera à refermer ses puissantes mâchoires pour réduire en pulpe informe cartilages, nerfs et veines de ma gorge offerte et à aspirer une vie encore palpitante, alors avant que ce moment arrive, je lèverai mon verre pour le porter à mes lèvres.
Alors, je sais que l’alcool, comme il sait si bien le faire, explosera en ruisselets multiples et changeants dans mon cerveau et enverra, amicaux et rassurants, ces signaux faits pour tenir à distance la bête et je sais que, comme d’habitude, elle perdra encore une fois le combat, celui entre l’homme et de la bête. Frustrée et furieuse, elle rejoindra sa tanière de rideaux et quant à moi, de verre en verre, je pourrai enfin m’enfoncer dans ma nuit et je finirai par m’écrouler, inconscient, sur le sol de l'appartement et je pourrai m'anéantir dans un sommeil de bête…
Et c’est là que l’autre bête, tapie là tout au fond de moi saura patiemment attendre son heure, sans hâte et sans pitié prête à livrer l’ultime round de cet ultime combat au résultat inscrit à l’avance

Claude

15.2.07

Loris gracile



Vous connaissez, vous, le loris gracile? Je dois confesser que jusqu'à aujourd'hui, l'expression ne me disait pas grand chose.
Mais non, rien à voir avec une chanteuse à la mord-moi-le-nœud d’une Star-ac à la con.
C’est seulement une bestiole adorable qui vit au Sri-Lanka et qui est, parmi des centaines d’autres, une espèce en voie d’extinction.
Or, voilà qu’à lecture d’un article lu sur Internet, j’apprends qu’on utiliserait ses larmes, oui, oui, ses larmes!! pour soigner des affections humaines ce qui accélérerait sa disparition.
Quelles affections exactement ? Je l’ignore comme j’ignore comment on fait pour recueillir ses larmes mais j’envisage le pire…
Mais, bordel, faut il que l’espèce humaine soit composée majoritairement de cons pour condamner à la disparition des animaux susceptibles de soulager nos maux avec leurs larmes
Des sources à larmes qui guérissent!!!
On devrait de toute urgence les protéger et les garder parmi nous ces peluches attendrissantes d’autant que des larmes, nous ne tarderons certainement à en verser beaucoup sans loris graciles pour nous accompagner devant le sort qui nous est promis

Devant quelqu’un qui venait de crier « Mort aux cons », le Général De Gaulle de sa voix inimitable avait, parait-il, calmement rétorqué: « Vaste programme » et il avait bien raison…

Claude


12.2.07

Mot à maux

En simple écho à un site ami que l'on peut trouver ici:
http://euqinorev.typepad.com/bienvenue_dans_la_tanire_/2007/02/mots_dmaux.html

MOTS

Des mots
Aux maux
Des mots
D’émaux
Des mots
Si beaux
Des mots
Cadeaux
De simples mots
Emo…
..tionnants
Ou emo…
…llients
Des mots liants
Démo…
…tivants
Démo…
…lissants
Pleins de tourments
Des mots
Encourageants
Des mots
D’hémo…
…globine
A la couleur
Purpurine
Des mots
De sueur
Des mots
De sang
Des mots
De peur
Mais apaisants
Qu’un guetteur
Solitaire
Et au cœur
Sans défaut
Profère
Du haut
De sa colline
Aux claires heures
Cristallines
Quand la vague
Assassine
Pleine de dagues
Et de couteaux
S’amasse
Et se prélasse
Sans prononcer un mot

Claude

11.2.07

Mes cendres


MES CENDRES

Après ma mort
Je voudrais qu’une part
De mes cendres
Parte mélangée
à la crinière d’un cheval
Pour y griffer
Les lits du vent

Après ma mort
Je voudrais qu’une autre
Part
De mes cendres
S’envole
Là-bas, très haut
En direction des nuages
Pour y fertiliser le ciel

Après ma mort
Je voudrais que le reste
De mes cendres
S’attarde un instant
Dans la tiédeur
D’une paume amie
Avant qu’elle
Ne les répande
Pour qu’elles ensemencent
la terre

Claude

10.2.07

Les murs en pisé




J’ai vu un lieu où des gens avaient été exécutés. C’était dans l’arrière cour triste et noire d’un immeuble officiel berlinois lorsque je travaillais dans cette ville. Un rectangle à hauteur de poitrine d’homme fait de griffures ou de traces d’impacts sur un mur en briques.
Quand j’ai posé la question, on m’a indiqué que, dans cette cour, un peloton d’exécution avait fonctionné surtout dans les derniers mois de la guerre.
Mais l’imaginaire est bien curieuse chose qui me fait transposer ces lieux dans des pays de lumière, sud de l’Espagne par exemple, là où les murs s’habillent de blanc éclatant et d'ocre pali et sont comme autant d’écrans à l’ardeur du soleil…
Et les notes inspirées du concerto d’Ajanruez accompagnent ma rêverie à travers les collines et les rouges champs brûlés d’Andalousie


les murs de pisé

Sur les murs en pisé
De cette maison
Au large fronton
Et aux murs lavés
Par un chaud soleil
Éclaboussant de vermeil
Après l’entrée mystérieuse
D’un patio ombreux
Plein d’ombres rieuses
Et de rires nombreux
J’ai vu se découpant
Sur l’ocre apaisant
D’une maison du bonheur
La marque légère de fleurs
Rouges et grenats mêlés
Comme des roses de l’été
Aux teints un peu passés
J’ai vu en me rapprochant
Frémir des marques de sang
Qui sur les murs en pisé
Faisaient délicatement
Comme un cortège léger
D'éclatants coquelicots
Tracés là par des bourreaux
Et laissés pour ultime testament
Ou comme dernier présent
De ceux exécutés
Sur fond de murs en pisé

Claude

5.2.07

Carpe diem






On a vite fait de dire: c'est puéril.
Ce qui est puéril, c'est de se figurer
qu'en se bandant les yeux devant l’Inconnu,
on supprime l’Inconnu
[Victor Hugo, Contemplation Suprême]

Carpe diem !! Eh, oui, profitons en de ces jours à venir pendant qu’il est encore temps. Je pense que nous devons être dans l’état d’esprit de ce citoyen romain qui devait sentir vaciller sous ses pieds l’empire à l’heure où, nombreux, les barbares s’amassaient aux limes de ce dernier.
La Pax romana vivait ses derniers jours et un monde nouveau se profilait à l’horizon, pendant ce temps, Rome l’orgueilleuse jaugeait son destin à l’aune des jeux du cirque.
Panem et circenses, le peuple alors pouvait dormir tranquille.
On croyait pouvoir conjurer la chute annoncée de Rome dans le sang des gladiateurs mais, insidieusement, des forces ennemies se frayaient peu à peu un chemin vers le cœur de l’empire.
La fin d’un monde était proche et peut être en soupirant, le citoyen éclairé, lucide et désespéré se disait «Carpe Diem» avant que la grande obscurité pré médiévale n’étende ses griffes sur ces hauts lieux du génie humain adapté à son époque que fût le bassin méditerranéen et sa mosaïque de cultures diverses soumise à une seule autorité, celle de Rome, de ses lois et de son mode de vie

Ce fût la fin d’un monde, ce fût la fin d’une civilisation et, comme eux, voilà un peu plus de 2000 ans, nous nous retrouvons à la croisée des chemins pour un voyage sans retour
Mais car il y a un mais, les changements en cours ne sont plus les mêmes et l’échelle de risque face aux dangers qui se profilent est différente.
Les ennemis des Romains, méprisés autant que craints étaient des hommes, des barbares certes mais des hommes avant tout alors que nous, hommes du XXIème siècle avons un adversaire d’une autre taille ou d’une autre nature.
Les causes du conflit en cours sont multiples et variées, exposées et présentées dans des colloques, conférences et réunions qui se font de plus en plus nombreuses et alarmistes: Surpopulation, surexploitation des ressources, pollutions inquiétantes et récurrentes. Tous des facteurs inconnus au temps des Romains mais tellement présents de nos jours.
La race humaine est avant tout inconséquente, imprudente et prédatrice et il semble bien que cette fois elle soit allée trop loin avec comme conséquence directe le réveil de Gaïa.
Pour ceux et celles que le sujet intéresse ou que ce mot intrigue, je les renvoie aux travaux et théories de James Lovelock selon lequel la totalité de la matière terrestre vivante sur Terre (ou sur toute planète sur laquelle la vie s'est développée) fonctionne comme un vaste organisme (appelé ici Gaïa, d'après le nom de la déesse grecque), possédant une autorégulation qui adapte en permanence la planète à ses besoins.
La terre, Gaïa, serait ainsi un organisme avec une autorégulation. Et si ces changements qu’on nous annonce et dont on voit les premières manifestations ne seraient dus qu’à Gaïa en train de s’autoréguler et ceci à nos dépens
Pour vivre nous avons besoin de cette planète nourricière, l’inverse n’est pas vrai, Gaïa n’a nul besoin de nous. Tout porte à croire et à craindre que les phénomènes déclanchés par l’autorégulation de Gaia auxquels l’humanité aura à faire face dans un futur proche dépasseront en intensité les pires catastrophes connues de mémoire d’homme et que nous soyons sur le point de quitter un monde bien différent de celui qui a été, jusqu’à maintenant, le notre.
Carpe diem !!!

Claude

Pour ce qui est du monde futur, toute ma prévision est: Ce qui ne fut pas sera, et nul n’en est à l’abri. Haldane Daedalus or Science and the Future

3.2.07

La corrida





Beaucoup sont contre, d’autres pour. Quant à moi, je ne prends pas position. J’ai assisté à une corrida pendant que je résidais dans le sud-ouest de la France et je tente aujourd’hui de décrire mes impressions comme pourrait le faire un peintre…

CORRIDA

Les flancs du taureau
soulèvent la bouse fraîche
verte et rêche
collée sur sa robe bordeaux;
rouge sombre coule le sang
qui se mélange à ses excréments
rouge aussi est sa langue
qui sort et se balance
devant cet autre
à la belle gueule d'apôtre
dans son costume cousu d’or
qu'un éclatant soleil colore.

Le fauve gratte le sable
d'un sabot semblant indifférent,
cou penché, mufle pendant
une odeur indéfinissable
de mort et de sueur âcre
plane dessus la plazza
où se joue comme un sacre
dans des couleurs incarnats
le sacrifice des toros
sur des airs de fandango.

C'est la grand messe barbare
qu'accompagnent des fanfares,
c'est l'heure où le soleil s'élève
et dans l'arène plonge ses glaives
c'est l'heure où les toros se couchent
devant des yeux farouches
de senoritas émoustillées
et d'aficionados surexcités.

La voilà venue cette heure
où pour nous les toros meurent
dans les grondements de la foule
remuée par une grande houle
c'est en cette fin d'après midi
que la mort entrée en catimini
se redresse triomphalement
dans un terrible mugissement

Claude

1.2.07

Réminiscence

Ça m’arrivait de la regarder comme ça pendant de longs instants et je pense que je finissais par l’intriguer voire de la mettre mal à l’aise.
Il était pourtant important pour moi de comprendre et de retenir le jeu des ombres et lumières sur son visage et de savoir lorsqu’elle souriait combien de muscles participaient pendant ce moment précis à cette illumination soudaine qui inondait son visage
Je me suis depuis souvent demandé par où passe la frontière entre laideur et beauté sur un visage humain. Il suffit de si peu de choses: Une bouche un peu trop large, un menton trop pointu, des yeux trop enfoncés, que sais-je encore?
Si peu pour faire d’un visage un lieu où l’on voudrait instantanément et pour toujours se perdre et disparaître, si peu pour faire d’un regard cet oasis que réclame tant le voyageur perdu dans le désert
Je n’ai jamais compris comment elle s’arrangeait pour accrocher la moindre parcelle de lumière à ce mouvant paysage qui étirait ses yeux vers les tempes avec ses joues ou ses yeux ou ses lèvres qui, ensemble en mouvement, en faisaient un spectacle unique dont je ne me suis jamais rassasié
Vous le savez vous pourquoi un visage n’est à nul autre pareil parmi des millions et des millions d’autres qui s’ingénient à le copier mais n’y parviennent jamais?
Où est-il le mystère de cet échafaudage fragile qui est le visage de celle qu’on aime? Dans quel mouvement de muscles cachés sous une peau élastique, dans quel déplacement d’une articulation de cet extraordinaire édifice qui s’élève à coup de signes imperceptibles? Où est-il enfin ce secret où l’on cherche son salut comme s’évertua à le faire le photon des lumières primordiales avant l’aube de la création …

Claude