31.1.07

Mes ombres

Elles se lèvent de l’ombre
Ces ombres
Qui accompagnent mon passé
Le vent du matin
Remuait les feuilles des arbres
Ceux du bord des routes
Que nous partageâmes
Et je sens sous mes pas
Le sable qui longeait
Le lit du grand fleuve
Qui inlassablement roule
Ses flots tumultueux
Ce sable que nous foulions
D’un même pas
Elles se lèvent de l’ombre
Ces ombres qui viennent
De mon passé
Et je sais qu’il suffirait d’un rien
D’un presque rien
Pour que tout recommence
Comme avant
Dans les lointains temps là
Mais quand je tends les bras
Impitoyablement
Mes ombres rejoignent
L’ombre
Et disparaissent
Au tournant
De la nuit qui commence

Claude

29.1.07

Refus d'école

J’ai traversé mes années de pensionnat, trois ans, comme celles d’un interminable cauchemar. Je suis arrivé dans cet établissement inconnu d’une petite ville des bords du Cher en provenance de Normandie, amené là lors d‘un déménagement de ma famille à la rentrée de cinquième et je suis passé sans transition de l’état d’externe à celui de pensionnaires.
Je ne le savais pas encore mais le temps d’un certain bonheur venait de disparaître pour longtemps, le bonheur d’apprendre, de découvrir, de comprendre parfois à demi mots ce que me disaient les professeurs.
Pourquoi évoquer cette histoire ? Probablement le fait d’avoir récemment lu un article dans la presse sur le syndrome du refus d’école chez certains enfants, syndrome qui se manifeste pour des causes variées et multiples d’ailleurs
Avec le recul, il me semble avoir souffert en mon temps de ce syndrome qui s’est traduit pour moi par un refus de voir le monde qui m’entourait, le refuge dans une autre dimension, trop loin pour que ne m’atteignent la parole des professeurs et avec une conséquence immédiate: Passer du statut de brillant élève à celui de cancre avéré et ceci en moins de temps qu’il faut pour l’écrire
Et si je suis d’accord avec l’une des décisions d’une candidate à la présidence de la république alors aux affaires comme on dit, c’est celle qui consiste à interdire le bizutage. On ne mesure pas assez les dégâts que ces pratiques, au mieux imbéciles mais plus souvent dégradantes et donnant la possibilité chez certains d’exprimer de véritables tendances sadiques, on ne mesure pas assez disais-je les dégâts que ces pratiques peuvent occasionner chez de jeunes enfants livrés au bon vouloir de ce que je qualifie encore aujourd’hui de parfaits voyous
Je ne me suis pas enfui, certes comme le font certains mais ce fût tout comme: Personne vers qui réellement me retourner: Une mère indifférente à mon sort, un beau-père détesté autant que méprisé, des profs à qui je ne reproche rien mais dont aucun ne sut détecter ce qui me manquait tellement: Un peu d’écoute et un minimum de compréhension que je n’ai jamais trouvé au sein de ma famille
A la fin de la troisième, j’ai décidé, sans aucun diplôme en poche, de tout quitter et de partir travailler. Je n’ai toutefois jamais perdu l’école de vue. Poussé par l’aiguillon du savoir et le désir profondément ancré en moi de ne pas finir comme eux, entendez par là cette famille qui fût la mienne et que je continue à appeler ainsi à défaut d’autres termes plus adaptés à ce qu’elle fût vraiment pour moi
J’ai lu tout ce qui me tombait sous la main et peu à peu je suis devenu un parfait autodidacte
Bien des années, alors que j’étais salarié, je me suis inscrit en fac. En droit pour être précis et j’ai encore très présent en moi ce souvenir de mon inscription. J’ai pris la file comme tout le monde au milieu de tous ces jeunes gens, garçons et filles, avec dans leur poche un baccalauréat fraîchement acquis, bien plus jeunes que moi qui, à l’époque, venait de fêter mes trente ans
-Allez, c’est à ton tour, tu vas en droit ou en éco ?
Je l’aurais embrassée cette fille qui devait être étudiante d’ailleurs, je l’aurais embrassée car elle venait de me tutoyer. J’étais un étudiant comme un autre, j’avais rejoins la route si malencontreusement quittée tant d’années auparavant
Cinq ans après, je finissais par décrocher ma maîtrise (sans avoir assisté à un seul cours, figurez vous) mais comme le dit Kipling ceci est une tout autre histoire….

Claude

25.1.07

Polyphonie

Il m’arrive d’écouter au hasard de mes escales radiophoniques sur la toile des chants auxquels je ne comprend pas un traître mot mais auxquels je m’attache à cause de la voix qui les transporte ou à cause des musiques qui les accompagnent quand leurs sonorités réveillent en moi des choses qui furent ou simplement rêvées.
Et je m’attarde à leur écoute et je ferme les yeux laissant les notes et les paroles me pénétrer
Et alors, parfois, les mots me viennent pendant qu’une voix fredonne son refrain inconnu et les mots s’échappent de moi qui ne fait rien pour les retenir…

Toute la tristesse
Du monde
Dans une langue
Que je ne comprends pas
Mais aussi l’allégresse
Si ronde
Comme une mangue
De ces pays là
Tout le malheur
Du monde
Dans une guitare
Qui succombe
Qui pleure les heures
Qui me séparent
De toi
De la récompense
De tes doigts
Toutes les joies
Et tous les sans soucis
Dans des chuchotis
De soie
Où se noient
Mes derniers défis
Toute la tristesse
Du monde
Tous les bonheurs
Au fil de l’onde
En reflets tristesse
Dans le courant du malheur

Claude

21.1.07

La Madeleine

Elle est morte, Madeleine. J’ai lu ça dans le journal ce matin. Elle est morte. Peut être que vous ne savez qui c’est, Madeleine. Si je vous dit : « Ce soir, j’attends, Madeleine, j’ai apporté des lilas, Madeleine, elle aime bien ça….
Ca y est, ça vous revient, bien sûr: Brel et ses chansons des années 60 et Madeleine qui ne viendra pas…
Eh, bien, elle est morte la petite Madeleine et Brel ne l’attendra plus avec son bouquet de lilas.
Mais putain, ils ne vont pas s’arrêter tous de mourir comme ça.
Vous me direz que je ne la connaissais pas Madeleine, pas plus que vous d’ailleurs, enfin personnellement j’entends.
Le journal de ce matin en présente une photo d’elle prise dans ces années là, elle est fraîche et jolie en traversant une rue parisienne sous le soleil et elle a choisi de partir, comme ça, de sa propre initiative.
En Espagne. Rendez vous compte !!! Pourquoi pas à Tombouctou ?
Et ça en fait du tintouin chez les Espingouins comme si ça les regardait une histoire comme ça !
Elle souffrait d’une maladie dégénérative, une dystrophie de je ne sais plus trop quoi sauf qu’elle était bilatérale ce qui aggravait singulièrement son cas et elle se transformait peu à peu en légume, alors, elle a décidé de partir comme une grande, de le franchir ce putain de seuil qui nous fait à tous si peur…
Bon, elle est partie Madeleine et ça me rend tout triste pourtant elle en a eu de la chance, Madeleine, elle a eu la chance de connaître Brel qui a du couchailler avec elle en ces temps jolis mais surtout elle restera parmi nous avec cette offrande qu’il lui a fait, malgré son cousin Joël et son autre cousin Gaspard qui la trouvait trop bien pour lui….
On en tous comme ça avec des Madeleine qui traînent au creux de nos mémoires, des Madeleine à qui on pense le temps d’un poème, dans le soupçon d’un mot qui hésite à disparaître, des Madeleine à qui on disait
-Bordel, Madeleine, tu pourrais pas la regarder de temps en temps ta putain de montre… J’ai l’air de quoi là ?
Tout en les fixant d’un regard sévère, tout ça pour pas leur dire ou leur montrer combien on était content et soulagé de les voir enfin apparaître en courant sous la pluie glaciale qui avait transformé notre raie des fesses en gouttière et le sentiment de se sentir tellement con avec nos fleurs à bout de bras

Mais on ne les attend plus ces jolies Madeleine de nos 20 ans, celles pour qui on a pleuré en se cachant si bien qu’on a fini par se demander pourquoi, celles de nos années de fac entre la rue d’Assas et le jardin du Luxembourg et on reste là, immobiles et tristes à voir tous ces jeunes gens qui courent en remontant le putain de Boul’ Mich à la rencontre d’une Madeleine qui probablement ne viendra pas…
Bien fait pour leur gueule !!!

Claude

PS: C'est elle, la Madeleine, en 1961

19.1.07

Le crapaud




L’été bruisse de vie. Le bruit des mouches qui bourdonnent a pendant longtemps été pour lui le bruit même de la vie.
Il lui suffit de déplacer légèrement une pierre au pied du vieux mur. Il est là au fond du trou Il l’a trouvé par hasard, tapi, immobile au fond de sa cachette. Il est énorme au moins selon nos normes occidentales. Il trône là, immobile, hiératique et il lui apporte en offrande des mouches récupérées sur le tortillon collant que la grand-mère accroche à l’une des poutres du plafond de la cuisine
Il ne se lasse pas de le voir entrouvrir sa gueule énorme et soudain projeter devant lui une langue épaisse et gluante pour saisir la proie offerte
Il a des yeux topaze, énormes et leurs regards se croisent de temps à autre. Il peut rester là de très longs temps jusqu’à que la grand’mère l’appelle : Julien, où es tu encore ? Allez, viens manger…

Elle est jeune et belle. Une infirmière fraîche émoulue de l‘année dans sa blouse blanche immaculée. Il lui arrive de chantonner pendant les soins. Elle a des gestes très professionnels et il lui arrive de s’excuser de l’inconfort qu’elle va me procurer
Je pense qu’elle est nue sous sa blouse, pas de soutien gorge, ça je suis sûr, une petite culotte probablement. Mais je m’en fous, leurs médicaments sans doute, je ne bande plus depuis longtemps déjà et c’est mieux comme ça.
Ses yeux brillent dans les fins d’après midi, elle va rejoindre bientôt un amoureux et il m’arrive de tenter d’imaginer leurs ébats mais cela n’entraîne qu’indifférence de ma part voire un certain dégoût pourtant j’aime bien que ce soit elle qui vienne me prodiguer les soins
Qu’est-ce que je représente pour elle ? Un malade parmi d’autres et pour lequel elle est payée pour dispenser des soins et qu’elle oublie sitôt la porte franchie…Un corps vieilli et fatigué qui n’est rien qu’un terrain d’exercice professionnel et sa sollicitude n'est probablement que le masque du plus profond désintérêt

Il lui ai donné un nom mais il promis de ne le dévoiler à personne. Il se glisse auprès de lui dans sa cachette et apprend comme lui l’immobilité et l’attente. Il sait qu’il ne dort pas. Imperceptiblement, ses flancs se soulèvent, trahissant sa respiration, il peut rester comme ça parfaitement immobile et il calque son immobilité sur la sienne
La grand-mère l’a envoyé chercher du lait à la ferme voisine. Il est parti avec le pot rouge qui a un couvercle avec des trous. Un morceau d’écaille manque sur le côté et c’est lui qui souvent tire le lait directement du pis de la vache et il lui arrive de laisser couler directement le liquide chaud et douceâtre jusqu’au fond de la gorge
C’est en revenant et avant de traverser la route qu’il aperçu le tas informe légèrement sur le bas-côté, il a tout de suite su que c’était lui. Il a le ventre éclaté et ses viscères vert- tendre et rosés sont répandus autour de lui. Il est mort. Vous savez, vous de quelle couleur c’est du sang de crapaud ? Moi non, pas rouge en tous les cas
Il est revenu vers la route en cachant derrière son dos la pelle qui sert à la grand-mère à ramasser les poussières quand elle a fini de balayer la pièce du rez-de-chaussée
Il l’a remis dans sa cachette en prenant bien sien de repousser la pierre pour en obturer l’accès…

Les heures se traînent à l’hôpital et cette pièce qui est maintenant ma demeure est pleine de bruits que je n’identifie pas, des bruits réguliers comme ceux d’un métronome et dans mon bras coule, goutte à goutte, un liquide qui se répand lentement dans mon corps.
J’ai appris l’immobilité et l’attente. Tout à l’heure, l’infirmière viendra et elle me dira qu’elle va me faire un peu mal mais que c’est pour mon bien. Avec ces tuyaux qui me sortet de la bouche, je me contenterai de pousser un vague grognement.
Et le soir viendra et je me noierai encore dans les indéchiffrables et mystérieux yeux topaze de mon ami le crapaud avant que la nuit ne se répande sur la ville qui de loin palpite et scintille …

Claude

17.1.07

Un somme nie

Insomnie (un somme nie ?) J’en ai marre de mes insomnies. Bon, d’accord, on ne va pas au lit simplement pour y dormir mais entre un ou deux exploits à y perpétrer, dormir c’est pas mal non plus ne serait-ce que pour y reprendre quelques forces pour de futurs exploits…
J’en ai marre de passer mon temps à refaire ma vie. Pour ce que ça change !!! Marre de voir ces années passées, ces années perdues, va savoir comment, plus que marre de voir tous ces jours me sauter à la gueule comme la vérole sur le bas clergé breton (ou d’ailleurs aussi, soyons objectifs)
J’en ai marre de ne pas vouloir prendre un livre au cas où le sommeil viendrait me visiter, marre d'écouter à la radio de pauvres gens exposer impudiquement leur mal de vivre...
Où il est le putain de marchand de sable, hein ? Vous savez celui qui piquait les yeux avec tous ses petits grains comme autant d’étoiles qui devaient s’éteindre toutes ensemble pour notre rendez-vous avec Morphée
J’en ai marre de me retourner sans savoir seulement si j’ai froid ou chaud dans mon lit, marre d’entendre la cloche des bonnes sœurs qui ont une congrégation plus haut dans la rue de Reuilly égrener patiemment, obstinément les heures, surtout celles des tout petits matins, nauséeux et désespérés, deux heures, trois heures… quand il n’y a même plus de laitier pour venir quelque peu égayer nos trottoirs depuis qu’on trouve son lait en poudre dans des cartons à la con…

Claude

15.1.07

Ma nana

MA NANA

J’ai craqué pour une nana
Qui est belle comme ça
Qu’est plus belle que ça
Que j’peux pas dire comme
Dire comme
quoi
J’ai pleuré pour une nana
Des larmes grosses comme
ça
Que j’peux pas dire comme
quoi
juste pour cette nana
Qui ne m’regarde même pas
Moi et mes larmes
Mon numéro de charme
Ma vie dans la balance
Elle, elle s’en balance
Une nana de feu
Une nana de glace
Qui seulement passe
Que j’peux
Pas allumer
Sur qui j’peux
Pas m’glisser
J’ai craqué pour une nana
Qui est belle comme ça
Qu’est pas belle pour moi
Qu’est pas faite pour moi
Pour cette nana
J’ai brisé mon cœur
Et puis me v’la
Qui bêtement pleure
Pour une nana
Qui ne voudra
Jamais ne voudra
Simplement de moi…

Claude

11.1.07

Serial qui leurre...

Le temps, serial qui leurre !!!
Il est de ces surprises qui vous mettent la joie au cœur quand on les rencontre comme ça au détour d’une rue. Ces quelques mots, je les ai lus sur les murs d’un bâtiment, au fin fond du 13ème parisien, dans cette section de la ville en pleine transformation et où mes pas m’amènent de temps à autre.
J’aurais bien voulu photographier la chose avec cet instrument qui remplit un tas de tâches dont celle de me mettre accessoirement en communication avec mes semblables mais, comme d’hab. je suis parti à l’aventure en oubliant ce précieux ustensile vous privant donc de la preuve de ce que j’avance mais tant pis, vous me croirez bien sur parole, non ?
J’ajoute que je suis un adversaire résolu de ces horreurs graffistiaresques qu’on trouve sur les murs de nos villes et de nos campagnes et qui sont, an moins en ce qui me concerne, une permanente insulte à la vue.
Je sais qu’il de bon ton dans certains milieux d’admirer ces « chefs d’œuvre » et qu’il faut bien que jeunesse se passe, mais non !!! Au risque de passer pour un vieux con, je ne m’y habituerai jamais
Pour moi, de la même façon que des boutons sur un corps humain sont généralement la preuve d’un déséquilibre ou d’une maladie organique souvent grave, de même, ces gribouillis sont les symptômes d’un trouble profond du corps social.
Pour être clair, ce phénomène des temps modernes me scandalise et en même temps qu’il m’inquiète
Mais ces quelques mots lus pendant ma promenade m’ont pour un temps réconcilié avec ce gribouilleur qui a tenu à nous communiquer son heureuse trouvaille

Et comme c’est le jour des belles phrases, celle-ci qui nous vient de Malraux et que j’aime bien "je préfère ajouter de la vie aux années que des années à ma vie "

Claude

7.1.07

'Round midnight

Florence, Florence qui marche seule sur les Champs-Élysées dans un Paris gris et noir d’un petit matin informe
Vous vous souvenez, le générique du film « Ascenseur pour l’échafaud » quand elle remonte l’avenue et que la trompette de Miles Davies rythme ses pas. Florence sous les traits de Jeanne Moreau à la recherche se son amant perdu
Et Miles Davies qui égrène une à une ses notes comme s'il tirait à lui une couverture de velours noir et qui sème des accords où nos cœurs s’égratignent ….

Elle est la seule fille de notre petit groupe, je suis fier quand elle est à mon bras. Elle est la seule fille parmi nous, les garçons et elle sourit avec indulgence de nos prétentions à refaire le monde.
Il lui arrive parfois de tremper ses lèvres dans ce liquide ambré dont je me délecte à l’époque et souvent sa tête vient se poser au creux de mon épaule et elle ferme les yeux pendant que poursuivons nos bavardages jusqu’à des heures avancées de la nuit
On se réunit dans un bistrot à l’endroit des anciennes halles de Paris. Mais aujourd’hui, tout a disparu de ce qui fut le décor de notre jeunesse…

Bag’s groove, Doxy et la trompette de Miles continue à résonner dans ma tête. Dans ce bistrot, quelques musiciens américains venaient y faire leurs premières classes, certains sont devenus connus au moins dans les milieux du jazz et je continue à lire leurs noms dans la presse de temps à autre, dans les rubriques nécrologiques aussi je dois l’admettre.
Un jour, à travers les vitres du bus où j’étais assis, j’ai aperçu l’un deux, un batteur. Pour lui, j’ai mimé le mouvement des baguettes, il m’a fait un grand sourire et m’a fait le signe de la victoire, je ne sais pas trop pourquoi. Je ne l’ai jamais revu….

Attend, attend moi, j’ai un peu mal maintenant là-haut, à gauche dans la poitrine.
Je la vois avec sa robe qui lu tourne autour de ses jambes fines.
You my everything et if I could write a book. Toujours la même trompette, les notes s’enchaînent dans une discussion sans fin. Ça doit être la fumée des cigarettes mais j’ai la vue qui se brouille, je sais pourtant qu’elle n’est pas loin.
-Attend moi, attend un peu…

Bye Bye, black bird et Summertime et aussi Walkin, bien sûr
Couché l’un près de l’autre, le vinyle, un 33 tours, tourne sur ta vieille platine, on est dans ton studio de la porte d’Orléans, bientôt tu vas devoir retourner la première face car on arrive à 'Round Midnight et tu reviendras aussitôt reposer ta tête au creux de mon épaule.
Tes cheveux sentent la pomme verte et celles des foins fraîchement coupés. Je peux voir un multitude d’étoiles dans le ciel noir d’encre et je sais qu’elles s’allument l’une après l’autre quand les atteignent les arpéges de l’enfant de St Louis mélangées à celles de Charlie Parker et Dizzy Gillespie.
J’ai envie de me reposer, je suis un peu fatigué maintenant on va fermer ensemble les yeux et les étoiles vont continuer à s’allumer et quand on ouvrira les paupières, tu verras, ça sera comme si on était en plein jour…

Fallampoix en Trémeuse (de notre correspondant)

Un couple d’automobiliste a découvert le corps d’un homme gisant sur le bord de la route à quelques kilomètres de Fallampoix.
Le corps ne présentait aucune blessure apparente et selon les premières constations l’homme aurait pu succomber au froid nocturne.
On ne s’explique pas toutefois la présence de cette personne sur cette route peu fréquentée surtout de nuit, revêtue seulement d’un pyjama et d’une robe de chambre et portant aux pieds des pantoufles.
L’affaire qui a été confiée à la gendarmerie locale risque de se révéler délicate et longue en raison de l’absence totale d’indices permettant de procéder à son identification

6.1.07

Re belote

N'aurais pas lu ça quelque part êtes vous en train de vous dire?
Ben si, vous aurez bien raison, j'ai mis ces quelques lignes sur la toile voici déjà quelque temps mais une ressucée n'a jamais fait de mal à personne hein?

Un rêve se presse
Mon sexe se dresse
Un rêve me presse
Ma main est preste
Un rêve se presse
Ma paume fait le reste

Claude

4.1.07

Comprenne qui voudra




Polissons!

Est ce une invite
Ou l’épithète?
Si c’est l’invite
Et que je m’y soumette
Alors, c’est là que j’le mérite
Ce gentil nom
De polisson.

Claude

3.1.07

Panne



J’ai trouvé ce texte dans la presse nationale. Alors, bloggeuses, bloggeurs mes estimés sœurs et frères en toile et en web, on a la poignet qui souffre de contractions intempestives ou vos volatiles neurones se buggent comme dans un vulgaire PC s’essoufflant à coller au train de Windows ?
Je rigole mais c’est vrai que c’est dur de tenir la distance, de continuer à raconter de petites histoires jour après jour, dur de s’asseoir devant son écran et de se mettre à taper des mots et à composer des phrases forcément intéressantes et impérissables.
Ben, ce n’est pas aussi dramatique que ça ! On connaît tous la panne, le manque absolu d’inspiration, le vide total et sidérant devant cet œil glauque qui vous fixe d’un air idiot.
C’est Saint-Exupéry dans "vol de nuit" je crois qui souligne combien peu pesant est notre sac, bien léger notre bagage de vie, en d’autres termes, combien peu nous avons à raconter sur nous même.
Heureusement, il nous reste les rêves et l’imagination qui va avec. Il nous reste les sensations glanées le long des chemins et les odeurs et les couleurs qui nous accompagnent longtemps, tous ces menus fils que tisse de ses doigts agiles celle qui se plaira à les couper lors de nos fins dernières.
Il nous reste tout ça pour meubler nos manques, il nous reste l’impondérable, l’arachnéen, le fil de la vierge pour voyager loin, tout ça qui fait que nous attendons avec impatience, curiosité et intérêt tous ces petits cailloux dont vous vous évertuez à parsemer la toile et qui souvent sont le meilleur de vous-mêmes

Claude

1.1.07

Regards noirs

Vous avez vu sans nul doute comme moi ces images de l’exécution de Saddam Hussein. Difficile d’y échapper tant elles sont présentes sur tous les divers types de média utilisés. Que l’homme soit un absolu salaud, je crois que ça ne fait aucun doute mais j’éprouverai toujours la même gène et le mot est faible de voir des hommes « préparer » l’un des leurs au trépas.

Dans cet ordre d’idée deux images continuent de me hanter.
La première est relative à une scène qui se passe dans l’Europe occupée lors du deuxième conflit mondial. Un groupe d’hommes s’affaire autour de quatre ou cinq personnes déjà juchées sur des chaises ou des tabourets. On va pendre ces gens.
Qu’on t-ils fait ? L’histoire ne le dit pas, la caméra de son oeil glacé se contente d’enregistrer la scène. Elle s’attarde un moment sur un homme, grand, vêtu d’un manteau et portant la barbe. L’un des bourreaux s’approche de lui, la corde à la main et l’homme obligeamment penche la tête vers celui qui va lui ôter la vie.
Ce dernier va alors lui enlever le chapeau que l'homme porte et qui le gène pour passer la corde, ceci fait, civilement, « gentiment », en quelque sorte, le bourreau va remettre ce chapeau en place en prenant la peine de l’ajuster correctement.
Et ce geste est pour moi le comble de l’absurde au milieu de cette tragédie. Mettre quelqu’un à mort en prenant soin que son chapeau soit bien en place.
Eternelle question du comportement humain et de ses agissements les plus inattendus…

L’autre image qui aussi me hante ne dure que quelques trop longues secondes. Elle est relative à cette terrible période de l’épuration qui suivit la libération de la France entre 44 et 45 dont on parle peu et dont nous n’avons pas collectivement à être très fiers.
Là aussi la caméra, impitoyable, s’attarde sur un corps pendu par les pieds à la flèche d’une grue. Il s’agit d’une femme, jeune, les cheveux longs flottants dans le vide. Il semble qu’elle ait été battue et torturée. Elle va probablement mourir et la foule, autour d’elle, se repaît du spectacle.
Qu'avait elle réellemnt fait? Mais quelle importance, rien qui puisse en tous les cas justifier un pareil traitement et une telle mise en scène
Et la foule présente, toujours égale à elle-même, la foule imbécile, dangereuse et avide de sang et de sensationnel, cette foule à laquelle je me frotte de temps à autre pour mesurer l’absolu sentiment de répulsion qu’elle m’inspire.
Nous sommes maintenant en 2007, y aura-t-il un jour de premier de l’an pour penser que la barbarie nous a quitté?
J’ai peur que ce ne soit pas pour aujourd’hui ni pour ces jours de l’an à venir… Malheureusement et les regards noirs que je porte sur le monde qui nous entoure risquent de rester encore longtemps de la même tonalité!

LES TONDUES

C’est une image qui me hante
Une du milieu des années quarante
Des femmes au regard d’enfants perdus
Jetées apeurées au regard de la rue
Et dont peut être le crime n'était
Que d'avoir osé aimer
Un envahisseur abhorré
Des femmes aux crânes rasés
Promenées, exhibées humiliées
Et à qui de vaillants chasseurs
Et d’implacables sectateurs
Firent payer chèrement
Quelques minutes de pauvre égarement
Eux qui, hier, encore, rasant les murs
Avant que de raser des crânes
Passaient devant les devantures
En ayant peur de leur reflet diaphane
C’est une image qui encore me hante
Ce bétail dans le fond d’un tombereau
Qu’une foule ivre de ressentiment
Accompagne pour avoir sa part de sang
Tondue, avilie, c’était la fiancée du boche
C’était la putain la plus moche
Celle qui prolongeait la défaite
C’était cette petite au regard d’enfant
C’était ce pauvre corps saignant
Au visage tuméfié, à la mine défaite
C’était dans le milieu des années quarante
Et encore aujourd’hui cette image me hante

Claude