30.11.06

Le concerto

Peut être connaissez vous le concerto pour violon en mi mineur de Mendelssohn. Un des plus beaux que je connaisse et je ne me lasse pas de l’écouter.
Il m’a inspiré ces quelques lignes dont je vous laisse juge


LE CONCERTO


Légère, tu t’es enfuie
En courant sous la pluie
Et dans mon cœur résonne
Le concerto pour violon
De Mendelssohn
Et ses infinis frissons

Aérienne, tu t’es envolée
A la première ondée
Et j’écoute les violons
De Mendelssohn
Félix de son prénom
Et dans son concerto résonne
Dans un frémissement qui dure
L’écho vain de mes fêlures


Seul dans le noir profond
J’écoute ce concerto pour violon
Ce concerto en mi mineur
Où vient se briser mon coeur


Claude

29.11.06

La ligne mystérieuse




Tu t'en souviens? On arrivait à la plage par un petit chemin qui zigzaguait entre des touffes d’oyats. Il fallait monter la dune et, arrivé au sommet, on pouvait voir l’étendue plus moins grande laissée par la marée avec parfois des bois flottés qui nous enchantaient. On en a ramené quelques uns comme objets de décoration.

Moi, je me souviens, quand tu es arrivée la première de notre petite ascension, tu t’es retournée dans ma direction et le vent en a profité pour rabattre l’une de tes mèches devant tes yeux. D’un geste machinal, tu l’as remise en place et tu m’as souri.

Tu prends superbement la lumière comme disent les gens du cinéma et pendant un court instant, j’ai eu cette vision comme un hymne au bonheur et à la vie d'une jeune femme nimbée de lumière d’été et le temps s'est immobilisé comme pour laisser s'inscrire à jamais dans mes souvenirs ta blondeur se mariant à celle du sable de la plage en contrebas et à quelques filaments étirés de cirrus suspendus entre la ligne d’horizon et la fuite éperdue de la mouvante frontière océane

Nous nous sommes assis à quelques mètres des vagues qui se brisaient sur le rivage. Je t’ai demandé si tu voulais m'accompagner pour quelques brasses, tu m’as répondu que non et tu t’es immédiatement plongée dans la lecture du livre que tu avais emporté avec toi

Je me suis donc dirigé vers l’eau et tu m’as demandé de faire attention. J’ai du hausser les épaules et je suis entré dans l’élément liquide
Comme d’habitude, j’ai pensé que l’océan n’était pas très chaud et je me suis aspergé pour habituer mon corps aux différences de températures entre air et eau et je me suis décidé à plonger.

Je ne suis pas un très grand nageur mais enfin je me débrouille. A un moment j'ai regardé dans ta direction, tu étais tournée vers moi mais tu étais complètement absorbée dans ta lecture
Je me suis laissé porter par les vagues, je me sentais bien au sein de cette mouvance aquatique, mi-nageant, mi-faisant la planche en regardant le ciel. Soudain, j’ai réalisé que je m’étais éloigné plus que je ne l’avais prévu. Des quelques mètres où tu étais quand je m’étais retourné, la distance devait atteindre maintenant 40 mètres et je n’avais plus pied. Il était temps de revenir et c’est là que j’ai ressenti cette puissance qui insidieusement, inexorablement me poussait vers le large.
J’ai commencé à me battre pour revenir mais au mieux je faisais du sur-place. L'idée des "baïnes " et de leur traîtrises m'est venue à l'esprit
A un moment, j’ai vu que tu me regardais mais tu n'as pas compris que je me trouvais maintenant en difficulté et rassurée de me voir faire des mouvements de nage, tu es repartie dans ta lecture

Je commençais maintenant à avoir peur et le pire, à avaler de l’eau. J’ai regardé à gauche et à droite mais j’ai compris que mes efforts ne me rapprochaient pas de la terre ferme

Et c’est là que, pendant une infinitésimale fraction de seconde, l’envie d’arrêter m’est venue. J’ai littéralement « marché » sur cette très mince ligne qui sépare la désir de vivre de celui de mourir.

Pendant un très court instant, j’ai pensé arrêter mes mouvements qui maintenant devenaient pesants et frénétiques tout à la fois, j'ai presque accepté de me laisser aller, regard levé vers le ciel, à cet univers liquide qui me battait aux oreilles et le temps a, semble t-il suspendu son cours pour me laisser seul face à mon choix et les forces de la nuit ont failli vaincre pendant que, comme un équilibriste, je "marchais" sur ce fil ténu qui est celui de notre chemin de vie.

Et puis la vision d'une fille baignée de lumière en m'attendant au haut d'une dune s'est imposée à moi et j'ai hurlé non, un non viscéral, venant du plus profond de mes entrailles et j'ai, en serrant les dents, allongé mes mouvements en direction de cette plage où était mon salut et là, j’ai senti l'océan desserrer son étreinte, la distance qui me séparait de toi s’est enfin amenuisée.

Je te suis revenu, j'ai repris pied vers la vie, je suis enfin revenu au port, j'avais frôlé le gouffre j'avais marché sur ce fil mystérieux duquel tomber d'un côté ou de l'autre peut vouloir dire vie ou mort, j'avais été funambule sur ce fil d'Ariane qui tisse nos destinées et j'avais décidé de faire le choix de retrouver la douceur de ta peau et la fermeté de tes seins

Je suis sorti de l’eau et, épuisé, je me suis allongé à tes côtés. Quand ma cuisse a touché la tienne, tu m’as dit
-Comme tu as froid

Mais tu ne t’es pas poussée et j’ai senti ta chaleur se transmettre à toutes mes fibres. J'avais gagné la lutte mais je ne t'en ai rien dit et je crois bien que c'est une larme qui s'est mêlée à cette eau salée qui s'attardait encore dans mes cheveux et venait mouiller mes joues mais ça non plus tu ne l'a pas vu.

Claude

28.11.06

Musiques...




Je sais comment enfourcher les traces du vent dans mes voyages immobiles, il me suffit d’écouter l’une de ces musiques que je garde de certains de mes voyages.
Il me suffit de fermer les yeux et de laisser leurs sons m’envahir. Ce matin, par exemple, j’écoute des enregistrements de musiques aborigènes. Un mélange étonnant de murmures, de gémissements, des passages aussi qui sont comme des prières et puis des chants d’oiseaux et de cris d’animaux. Un mélange qui est un moyen de rentrer en communication avec des entités dont nous avons perdu le souvenir et dont nous ne savons plus comprendre les pouvoirs

Et je m’en retourne vers eux, vers ces enfants de la terre qu’il m’est brièvement arrivé de côtoyer, je ne comprends pas, bien sûr, un traître mot de ce qu’ils disent mais leurs onomatopées et leurs paroles me touchent bien plus que ne le savent le faire tous ces chanteurs modernes qui hurlent ou susurrent trop près du micro ou dont les paroles se noient dans la musique d’accompagnement. Pour ce qu’ils ont à dire en général, ça n’a pas grande importance de toutes les façons.

Là, au moins, il me semble aller à la rencontre de l’authentique, je voudrais comme eux dans les vibrations produites par leurs instruments retrouver le contact avec cette terre qui est probablement en train de nous lâcher et s’apprête à nous faire payer cher toutes nos inconséquences.

Et puis, je reviendrai au Requiem de Verdi et à nos langages occidentaux et j’attendrai sans hâte qu’il m’amène jusqu’au Libera me, ce sommet dans la liturgie qu’il décrit et alors, comme toujours, je me laisserai emporter par ces paroles destinées à un dieu auquel je ne crois pas et face à notre petitesse, je mesurerai à nouveau le désespoir de savoir qu’il me faudra mourir un jour.

Claude

27.11.06

Pourquoi, oui, pourquoi?




POURQUOI?

On n'a pas souvent l'occasion, en ces temps agités, de se poser les vraies questions. Et pourtant...

Qui suis-je?
Où cours-je ?
Dans quel état j'erre?

Vous la connaissez cette fameuse trilogie n'est ce pas mais ce n’est pas tout, en effet:

POURQUOI peut on avoir une pizza à la maison plus vite qu'une ambulance?

POURQUOI il y a un stationnement pour handicapés en face des patinoires?

POURQUOI les gens commandent-ils avec un double cheeseburge et des grosses frites un coca... light?

POURQUOI achetons nous des saucisses pour hot-dog en paquet de 10 et des pains à hot-dog en paquet de 8 ?

Et ce n‘est pas fini...

POURQUOI Les femmes ne peuvent pas se mettre du mascara la bouche fermée?

POURQUOI le mot "abréviation" est si long?

POURQUOI, pour arrêter Windows, doit on cliquer sur Démarrer?

POURQUOI le jus de citron est fait de saveurs artificielles alors que le liquide vaisselle est fait de vrais citrons?

POURQUOI n'y a t’il pas de nourriture pour chat à saveur de souris ?

Les boîtes noires indestructibles dans les avions sont bien connues...

POURQUOI est-ce qu'ils ne fabriquent pas l'avion au complet dans ce matériau?

Si voler est si sûr que ça, POURQUOI l'aéroport s'appelle t-il un "terminal?

Et toujours:

POURQUOI est-ce qu'on appuie plus fort sur les touches de la télécommande quand les piles sont presque à plat?

POURQUOI est ce que ce couillon de Noé n'a pas écrasé les deux moustiques qui demandaient à entrer dans l’arche?

POURQUOI est ce que les employés de chez Lipton n’auraient pas, eux aussi, droit à une pause café?

POURQUOI les moutons ne rétrécissent pas quand il pleut?

POURQUOI "séparés" s'écrit-il en un mot, alors que "tous ensemble" s'écrit, lui, en deux mots?

POURQUOI, quand j’achète un boomerang neuf, on ne me dit pas comment me débarrasser de l'ancien?

Et enfin, POURQUOI n’a-t-on pas de réponses claires à ces questions pourtant existentielles:

Comment les panneaux " DÉFENSE DE MARCHER SUR LA PELOUSE " arrivent-ils au milieu de celles-ci?

Quand l'homme a découvert que la vache donnait du lait, que cherchait-il exactement à faire à ce moment-là?

Si un mot dans le dictionnaire est mal écrit, comment s'en apercevra-t-on?

Et enfin, POURQUOI, oui, POURQUOI, en suis-je venu à écrire de pareilles conneries ?

Claude

25.11.06

Vide

Vide, se sentir vide
Inutile, se savoir inutile
Quand la vie se fait hirondelle
Et le pas celui d’une haridelle
Vide et inutile
Et des mots sans signification
en ces temps de reddition
Dans ces moments perdus
Où rien ne va plus
Quand le temps inutile
M'enléve jusqu'à mes désirs d’îles

Claude

23.11.06

Les travaux




Evidemment ça été du sport pour s’intégrer dans la circulation sur le périphérique mais il a fini par mettre le cap au sud.
Quelle circulation et comme dab, avec son immatriculation provinciale, ces cons de Parisiens ont voulu lui prouver qu’ils sont des champions en matière de conduite automobile. Capables d’utiliser un accélérateur et de dépasser tout ce qui les entourent en prenant le maximum de risques. Mais bon, ils sont comme ça, autant ne pas faire attention
-Tu veux dépasser ? Eh, bien vas-y mon brave! Je ne suis pas vraiment à une place près.

A cette époque de l’année, la nuit tombe vite, il fait déjà moins clair, il va falloir qu’il fasse gaffe, la dernière fois qu’il a pris la route, il a bien failli prendre la mauvaise direction et il été obligé de se rabattre sur la droite au tout dernier moment pour reprendre la bonne direction au grand dam d’un « confrère » autoroutier qui a aussitôt manifesté sa mauvaise humeur par un coup de klaxon courroucé.
Bon, on y est ! Porte d’Italie et les virages à venir pour quitter le périph’. Comment a-t-on pu laisser se construire de pareilles horreurs, tout est gris, sale, fait d’un béton vieilli avant l’âge et dangereux en plus avec ces courbes prononcées où il faut se battre pour garder une trajectoire correcte.

5 heures de route au bas mot. Il fera une halte pour un complément de plein avec un café noir en prime. Il lui téléphonera juste pour le plaisir sans cesse renouvelé d’écouter sa voix et ils se raconteront deux ou trois bêtises. Elle lui dira bien sûr de faire attention et ça le fera rire et une fois encore, elle fera l’inventaire des choses qu’il est censé lui ramener de Paris et tant pis pour les objets qu’il aura pu oublier. De toutes les façons, pas question de faire demi-tour. Ils échangeront un baiser au travers du combiné et probablement elle ira vérifier que le plat qu’elle lui a préparé mitonne comme il convient.

Il pleut, plus exactement il pleuviote et il est obligé d’actionner ses essuie-glaces, de les arrêter, de les remettre en route quand le caoutchouc commence à racler le pare-brise avec un bruit désagréable et ça le fait ronchonner. Il aime bien lorsque il est sur l’autoroute après avoir ajusté le régulateur de vitesse n’avoir rien d’autre à faire qu’à surveiller le ruban macadamisé qui se déroule sous ses yeux

Ah ! Bien sûr, il fallait s’y attendre, des travaux !!! Il ne manquait plus que ça. Tomber la vitesse, première chose à faire. Voilà quelque temps, un automobiliste, en excés de vitesse, à percuté des pompiers présents sur les lieux de travaux en cours et le corps de l’un d’eux, catapulté dans le fleuve proche n’a jamais été retrouvé semble t-il.
Des balises oranges et blanches et des trucs qui flashent et s’illuminent à son passage et un bref instant il se demande s’il déclanche un mécanisme quelconque au fur et à mesure de son avance ou si tous ces dispositifs lumineux clignotent et palpitent en permanence.

Depuis combien de kilomètres roule t-il maintenant à vitesse réduite ? Sans être un obsédé de la moyenne, il lui faudra quand même plus de temps que prévu pour atteindre son but
Evidemment, pas de trace de travailleurs, pas de traces de travaux non plus d’ailleurs. A croire qu’ils le font exprès pour les garder, les automobilistes, plus longtemps sur l’emprise de leur empire de macadam.

Il aurait du s’arrêter à la station qu’il a vue avant d’aborder cette portion en travaux, sa vessie commence à se rappeler à son bon souvenir et il va lui falloir prendre une décision
Depuis quelque temps déjà, il n’a pas aperçu d’autres feux de véhicules, ni devant lui, ni derrière lui mais ce fait ne l’inquiète pas outre mesure. Après tout, on n’est vraiment pas en pleine saison touristique et à cette heure tardive, rien que de très naturel que d’être seul pendant quelque temps sur cette portion de route
Il a quitté la zone de travaux, il ne s’en est pas aperçu immédiatement d’ailleurs, c’est après un moment qu’il s’est dit qu’il allait pouvoir reprendre une allure normale.
Sur sa droite, il aperçoit l’amorce d’une voie qui s’enfonce entre deux rangées de buissons, un parking mal signalé pense t-il et il se dit qu’il va s’arrêter juste un instant pour satisfaire son besoin naturel.
Il s’engage sur le chemin qui s’offre à lui et arrête le véhicule. Avant de descendre, plus par réflexe qu’autre chose, il coupe le contact. Après être sorti du véhicule, machinalement, il s’étire et redresse ses reins douloureux puis il fait un pas en avant…
Pendant une fraction de seconde, seul un bruit de branches cassées se fait entendre dans le silence absolu qui règne ici puis c’est, soudain, un long hurlement, un cri qui rebondit sur des murs ou des parois, un cri qui brusquement s’éteint rendant le silence de la campagne environnante encore plus épais et prégnant.
Deux ou trois oiseaux dérangés dans l’arbuste qu’ils s’étaient choisi se sont aussitôt envolés mais sont revenus bientôt rassurés par le calme revenu…

Le jour a fini par poindre, un petit jour poisseux et collant suintant d’humidité surie. Les amateurs de logiciel de modification d’image comprendront sans nul doute ce que je veux évoquer. Cela a commencé par l’arrière de la voiture, peu à peu, sa silhouette, lentement, précisément, inexorablement, abandonne ses formes au profit des couleurs et du fouillis des branchages environnants. ..

On peut estimer qu’au moment où le clair-obscur cédera enfin la place au jour à venir, quand péniblement et comme à regret les derniers lambeaux des brumes s’évanouiront pour redonner sa réalité banale à ce coin désolé de campagne isolée, tout sera redevenu comme avant, comme si rien n’était venu s’arrêter en ces lieux, la nature aura repris ses formes et quelques oiseaux pourront, tristement, à l’abri de quelques feuilles, s’interpeller et se répondre par de timides trilles, des chants mélancoliques et beaux où se mêlera l’écho d’un autre cri qui n’en finit pas de s’évanouir, s’évanouir, s’évanouir ….

Claude

22.11.06

On peut toujours rêver...

Ils sont venus, ils sont tous là
Même ceux du sud de l'Italie
Y a même Georgio, le fils maudit
Avec des présents plein les bras…


Vous connaissez comme moi ces mots de la chanson d’Aznavour, non ?

Eh, bien, ils vont sans tarder arriver avec tous les moyens mis à leur disposition. Tous (et toutes), plus beaux les uns que les autres, tous et toutes vêtus de lin blanc et de probité candide naturellement !
Tous en possession de solutions qui, enfin, vont nous faire sortir du marasme dans lequel ces incapables de concurrents, (eux n’ y sont pour rien, qu’alliez vous donc aller imaginer là ?) nous ont plongé depuis tellement longtemps.
Ils n’expliquent pas toujours comment tout ça a bien pu arriver sauf que, s’ils en avaient eu l’occasion, ils auraient forcément fait bien mieux que les autres évidemment. Ben, voyons !
Ils vont venir, comme d’hab. nous promettre, la bouche en cœur, des lendemains qui chantent ou des grands soirs glorieux et demain, promis, juré !! on rasera gratis.

Bon, c’est incontournable, comme on dit maintenant et c’est le prix à payer pour la démocratie en marche, parait-il
On peut toujours, me direz vous, ne pas allumer les étranges lucarnes qui trônent maintenant dans le moindre de nos salons ou ne pas écouter les niouses sous quelque forme que ce soit mais c’est pas gagné d’avance d’échapper à ce qui nous attend entre sordides coups bas et rodomontades préélectorales, autant en être conscient dès maintenant d’autant qu’on en a déjà quelques exemples bien gratinés

Alors, il m’arrive de rêver : Qu’on tombe sur quelqu’un qui vienne dire à l’électeur de base que je suis qu’il est aussi con, effrayé et désemparé que je le suis dans ce monde qui m’entoure.
Qu’il vienne me dire que tout va trop vite dans cet univers que nous partageons, lui et moi.. Que LE changement fondamental qui survenait en l’espace de trois générations, c’est maintenant trois fois (ou plus) dans la même génération, que tout est bousculé, que parfois même, tout est si rapide que la communication est devenue difficile voire impossible entre les aînés et les cadets d’une même fratrie

Je voudrais qu’il vienne me dire que cette grande et belle école qu’il a, en principe, fréquentée comme beaucoup de ceux qui, avec lui, vont venir nous vendre leurs salades ne sert pas à grand-chose si on n’est pas persuadé que la vérité d’hier sera l’erreur de demain,(et inversement) que les écrits des grands penseurs de tout poil sont sujets à caution dès que l’encre qu’ils ont utilisée pour nous faire part de la profondeur de leurs réflexions est à peine sèche sur leurs manuscrits.

Je rêve de trouver un candidat qui vienne me dire qu’il fera de son mieux avec les informations dont il dispose, qu’il fera ce qui est en son pouvoir pour essayer de changer mon quotidien mais qu’il est loin d’avoir la solution miracle, qu’il n’est pas du tout certain de pouvoir réussir et, si ça ne marche pas, qu’il s’engage à rendre les clés de la maison que j’ai bien voulu lui confier afin qu’un autre puisse, s’il en est capable, vienne et essaye de faire mieux que lui et que, pour l’accomplissement de cette lourde tâche, sincèrement et sans arrières pensées, il vienne lui souhaiter bonne chance

Comme je le dis plus haut, on peut toujours rêver, non ?

Claude

19.11.06

Le gouffre




Le mouvement défigure les lignes comme les mots peuvent gâcher l'image et je ne voudrais donc pas disserter trop longuement sur cette illustration trouvée lors d'une promenade sur le net
J'aime cette affiche de réclame comme on disait alors, faite pour vanter les charmes de la Corse.
Cela date de l'entre deux guerres, entre la Grande et celle qui, peut être, le fut moins et le dessinateur nous fait partager sa vision du bonheur
Un monde qui a disparu, des silhouettes esquissées ou affirmées d'êtres qui ne sont plus
Un monde contemporain de celui de "Cabaret" que je viens de revoir avec toujours le même émerveillement. Là aussi, tout un monde dansait sur les lèvres du volcan, on voulait oublier un cauchemar avant que de se précipiter dans un autre, une période de brève rémission, une parenthèse entre deux catastrophes
Et cette représentation de femme dans la lumière dorée des "golfes clairs" me touche profondément et avec elle cette peinture d'une époque qui s'en est allée et ne reviendra plus.
Et aujourd’hui encore nous dansons sous la conduite d'un maître de ballet dont les énigmatiques indications semblent nous conduire de plus en plus proche de ce gouffre ouvert à mes espérances éteintes


Claude

15.11.06

De ma jeunesse




J'AVAIS LA TRISTESSE

J’avais la tristesse
Légère
Mais la démarche altière
J’avais la tristesse
Entière
Et la détresse
En bandoulière
Quand je passais
En boule
Sur le boulevard
Du temps qui roule
Sur les trottoirs
Perdu dans la foule
J’avais la mélancolie
Comme seule compagnie
Et la tristesse
En brume légère
Mais aussi l'allégresse
Bien cachée derrière
Je les gardais des yeux
Et je les berçais
Toutes les deux
Ces deux voleuses
Du temps passé
Je leur chantais
Comme une berceuse
Pour les endormir
Pour les circonvenir
Et je leur murmurais
Des paroles enjôleuses
À ces deux trompeuses
Voluptueuses
En ces temps là
En ces jolis temps là
J’avais la tristesse
Légère
Mais la démarche altière
J’avais la tristesse
Entière
Et la détresse
En bandoulière

Claude

12.11.06

Transmission paternelle



je les ai surpris tous les deux en rentrant chez moi en ce début de soir, le grand clocher et son rejeton de clocheton. (ils ne se ressemblent pas me direz vous mais la mondialisation et ses mélanges surprenants atteignent aussi nos lointaines campagnes) et ils regardaient vers l'ouest, le grand clocher trapu et le petit, tout feu, tout flamme, ils regardaient vers là où le soleil s'endort.

Ils regardaient en fait dans la direction de ce champ de pierre qui pendant longtemps, si longtemps s'est étalé au pied du vieux clocher pour se vêtir de son ombre tutélaire et rassurante.

Mais la crise du logement venant, les morts s'en sont allé là-bas, plus loin vers le couchant. Et le grand clocher se désole sans ses morts qui, frileusement,se serraient autour de lui et je l'ai entendu chuchoter au petit mais vous ne le répéterez pas, n'est ce pas:

Petit, tiens toi bien
retiens tes oraisons
et comme moi tu seras gardien
mon garçon
de ce cimetierre
d'au dela l'horizon
où tous reviennent à la terre
gardien comme je le fus
de tous ces morts maintenant perdus

10.11.06

Histoire d'ô

Elle monte, je vous le dis, elle monte.
De plus en plus.
Sur la plage où je vais encore de temps à autre et qui celle de mes jeunes années, je vois bien qu’elle monte.
Je le vois au pied de la falaise du côté des roches, de l’autre il n’y a que du sable, alors, bien sûr, ça se remarque moins.
Mais maintenant je vous le dis, elle arrive à des endroits qu’elle n’atteignait pas auparavant.
C’est au point que des fougères se retrouvent les racines à l’air comme si elles nous montraient leur cul.
Et, croyez moi, il n’y a rien de plus con qu’une fougère avec les racines à l’air. Et entre nous j'ai vu des trucs plus bandant qu'un strip tease de fougère sur une plage bretonne
Elle monte. Comme ça, mine de rien.
Il n’y a peut être que moi pour le voir si ça se trouve?
Centimètre après centimètre et puis d’un coup, c’est tout un morceau de falaise qui s’en va faire le sable avec des tas de grains qui n’attendaient que lui pour faire encore plus de sable comme si on en avait assez comme ça, hein!!!
Et elle creuse des trous dans lesquels elle farfouille, elle y crée des courants et elle finit par l’avoir à l’usure cette con de falaise à qui la mer met la main au cul et qui en plus a l’air d’aimer ça
Vous l'aviez compris bien sûr que c’est de la mer que je voulais parler quand je disais qu’elle montait.

Alors que ceux qui ne savent pas nager se lancent vite fait à la brasse papillon ou éléphant au choix mais qu'ils s'y mettent fissa s’ils ne veulent pas se retrouver comme des niais au fond de la patouille en train de servir de casse-croûte à des crabes à la con


A bon entendeur, salut !!!

Claude

9.11.06

Chemin de vie



-Il est de ces après-midi comme ça. Des moments privilégiés, mis entre parenthèses et qu’on garde comme ça dans un coin de mémoire comme un souvenir qu’on chérit tout au long de son chemin de vie
On avait 15 ans elle et moi. 15 ans et l’insouciance de ces âges là. On descendait ensemble le long sentier qui serpentait entre des souches d’arbres abattus ou morts de vieillesse, entre les racines autour desquelles des bêtes diverses avaient creusé leur terrier. On l’entendait de loin la rivière, un bruit insistant et frais qui participait à notre course de plus en plus nettement
Elle savait prendre les truites à la main. J’ai essayé de faire comme elle et elle a essayé de me montrer, je n’y suis jamais arrivé.
Sa concentration extrême me fascinait comme me fascinaient ses gestes incroyablement précis. A cette époque la rivière traînait des herbes aquatiques comme d’immenses voiles verts en dessous desquels s s’abritaient des vies dissimulées et discrètes comme les truites parfaitement sauvages, elles, à cette lointaine période et non des spécimens relâchés d’élevages spécialisés et tout effarés de devoir se mouvoir dans les courants de la rivière maintenant agonisante
Elle était brune et mince. Ses jambes musclées et bronzées me fascinaient elles aussi.
Lorsqu’elle avait réussi à prendre une truite, elle brandissait sa prise frétillante d’un geste victorieux au dessus de sa tête avec sur son visage une expression de bonheur absolu. Comme je l’ai dit, je n’ai jamais réussi à pouvoir faire comme elle et j’en ai conçu un grand sentiment d’intense frustration

-Je l’appelle la bête. Elle va commencer à bouger, je le sens, je le sais, c’est son heure préférée, celle des après-midi quand les instants qui passent sont faits d’interminables vacuités et qu’elle en profite pour s’installer et en prendre à ses aises mais elle aime aussi ces longs moments noirs de mes nuits insomniaques.
Elle s’installe en commençant par le bas du dos et elle monte par étapes successives vers ce lieu où elle a son origine. C’est là qu’elle prend ses aises et s’étire. Je sais que chacun de ses mouvements va devenir de plus en plus insupportable, qu’elle va occuper chaque centimètre carré de mon être intime pour le transformer en souffrance à l’état pur.
Heureusement les techniques modernes permettent de pouvoir l’apaiser pour un temps cette douleur, j’ai ce tuyau qui me perce le bras et il suffit d’un geste, d’un simple geste pour que le liquide salvateur se répande dans mes veines et la force à abandonner de sa superbe et son travail de démolition l'abominable bête qui habite mon corps pratiquement à temps plein
Alors, elle consent enfin à reculer mais je sais qu’elle n’est jamais très loin, qu’elle ne dort que d’un œil, prête à profiter du moindre relâchement de ma part et de la disparition d’effets de ce liquide qui parvient pour un temps à lui faire lâcher prise
Je vais entrer ensuite dans un monde cotonneux, un monde où tout s’assourdit, les sons, les odeurs les gestes, je vais rentrer dans un monde inconsistant, ouaté et que je déteste même s’il m’est devenu indispensable si je ne veux pas être que douleur et rien d’autre.

-Nous avons 15 ans et ses parents sont venus passer leurs vacances dans la grande maison proche de la notre. Sur le chemin du retour, nous ramasserons des châtaignes que nous ferons cuire avec ses truites directement dans l’âtre de sa maison ou de la mienne et comme d’habitude on s’amusera des ombres qui courent sur les murs
Cet après midi là, elle s’est immobilisée brusquement en haut de la montée et elle a mis un doigt sur sa bouche pour m’imposer le silence. A notre droite, sur le chemin qui mène à la ferme, elle m’a fait voir la renarde à l’affût d’un mauvais coup dont pourrait bientôt être victime une poule du paysan d'à-côté. Sentant notre présence, la bête a tourné la tête dans notre direction, son regard a croisé les nôtres et elle s’est éloignée sans hâte et a disparu bientôt au bout du chemin herbu
C’est à ce moment là que ma compagne s’est brusquement retournée vers moi et a appuyé ses lèvres sur les miennes. Pendant un court instant, un trop court instant, j’ai pu en éprouver la douce et ferme élasticité de cette bouche sur la mienne. J’ai gardé en moi, bien protégés comme un bien précieux, cette fraîcheur et cette brûlure mélangées en dépit des années passées.
Mais en même temps, j’ai vu dans son regard passer un effroi absolu comme un nuage d’orage qui vient obscurcir un ciel jusqu’alors serein. J’ai senti ses yeux verts me pénétrer puis elle a secoué la tête, s’est détournée et a poursuivi vers la maison.
Je n’ai rien osé lui demander et le soir quand nous nous sommes retrouvés, cette lueur inquiétante avait disparu ne laissant place qu’à l’émerveillement d’un feu qui vit et crépite et allume d’éphémères étincelles tout au fond de pupilles apaisées

-Je paie la note de toutes les cigarettes fumées, l’une après l’autre. Je savais les risques encourus mais j’ai voulu rêver en admirant les élégantes volutes de fumée s’élevant devant mes yeux, j’ai éprouvé aussi de l’apaisement à sentir la nicotine venir combler mon vide existentiel. J’avais été prévenu, je pais la note. Quoi de plus naturel en somme ?

-Elle avait posé ses lèvres sur les miennes d’un mouvement spontané et totalement inattendu. Elle avait planté ses yeux dans les miens et je ne sais pourquoi j’avais cru y lire, mélangé à la peur une infinie tristesse.
Elle avait des yeux étirés aux coins comme ceux d’une renarde, comme celle que nous avions brièvement observée à l’affût pour se saisir d'une poule du voisin, des yeux intenses, mouchetés de vert et de gris et j’aurais aimé que pour toujours s’arrête le temps pour pouvoir m’y poser et n’en jamais revenir…
Les vacances se sont terminées peu après, le temps s’est soudainement gâté et ne nous a pas permis de revenir à nos chasses, nos pêches et à nos émois adolescents.
Ce matin là, elle est entrée dans la voiture de ses parents. Avant, on s’est gentiment embrassés sur les joues et nos bouches ne se sont même pas effleurées.
La voiture a démarré et juste avant le virage pour prendre la grande route, son père, au volant, a brièvement klaxonné. J’ai cru voir une main se lever à l’arrière du véhicule et à tout hasard, j’ai agité la mienne et après il n’y a plus rien eu. Le chemin était devenu désert et je venais de tourner une page de ma vie...
J’ai su qu’elle avait commencé de brillantes études dans son lycée parisien. Nous avons correspondu à diverses reprises, quelques lettres, des cartes postales d’autres vacances à l’autre bout du monde et celles des vœux ou des anniversaires. Et puis, progressivement le silence s’est fait. Une dernière fois, j’ai reçu une lettre des Etats-Unis où son père s’était établi. Et puis plus rien, la vie s’y entend bien pour ainsi laisser insidieusement s’établir les ruptures comme si de rien n’était même si, pour l’oubli complet, c’est parfois une toute autre histoire.

-Au rez-de-chaussée de l’établissement où je suis, une jeune personne vend des journaux et des livres et il m’est arrivé de descendre en ces lieux pour feuilleter et acheter quelques revues ou un document quelconque
Ce matin là, mon regard s’est posé sur un livre, une couverture blanche, très sobre et un titre qui a attiré mon attention « Chemins de vie », je l’ai pris dans la main pour en regarder quelques pages comme j’aime parfois à le faire
C’es alors que la vendeuse qui me connaît bien maintenant m’a interpellé
-Il vous intéresse ce livre ? Savez vous que l’auteur a fait partie de notre maison pendant quelques années? Elle a même été chef du service où vous êtes actuellement, elle a écrit ce livre juste après avoir cessé ses activités, elle vit maintenant en province je crois
C’est alors que j’ai retourné le livre. Et je l’ai vue sur la quatrième page de couverture, c’était bien elle, entourée de ses parents qui, chacun, lui avait mis une main protectrice sur ses épaules
C’était elle, ma brune et mince adolescente de ces lointains temps là, ma sauvageonne aux yeux verts et aux jambes bronzées.
C’était elle, assise sur ce muret que je connais bien et qui existe encore devant cette maison où elle avait passé ses vacances.
C’était elle qui me revenait ainsi à l’improviste et en pleine figure dans cet après- midi insipide et gris dans cette clinique spécialisée dans les traitements anticancéreux et alors que j’avais encore pu rassembler quelques forces pour me frotter au monde des vivants

J’ai acheté ce livre et je suis remonté à l’étage aussi vite que je l’ai pu, je l’ai mis dans le tiroir de ma table de nuit.
Je ne l’ai pas lu, je ne le lirai pas mais quand j’emprunte ce long couloir barré au loin d’une lourde porte qui barre mes horizons, ce couloir obscur dans lequel je pénètre de plus en plus profondément, ces incursions m’effrayent moins et je m’y engage avec une certaine sérénité
C’est que j’y chemine en sa compagnie car elle marche avec moi, je le sais, je le sens et il m’arrive d’entendre sa voix qui s’élève et rebondit en se mêlant à ce murmure d’eau qui éclabousse les roches semées dans le lit de la petite rivière.
Et je regarde souvent cette photo et je la regarde, elle, avec une mèche de ses cheveux légèrement soulevée par le vent et qui lui retombe sur le front et je contemple aussi ce logo imprimé en bas de page, cette représentation d’un renard qui est celle de cette maison d’édition qu’elle a choisi pour y faire publier ses lignes écrites par elle dans ce livre qui est celui en fait de nos chemins de vie où nous nous retrouvons enfin à l'aube de ma mort

Claude

6.11.06

Juste une histoire...

Eh, oui, juste une histoire, une petite histoire qui nous ramène aux alentours de l'an mille...





LA HORDE

Et elle s’avance la horde
La colonne des guerriers
De potence et de corde
Sur les routes empoussiérées
Ils portent gilets de loup gris
Et viennent des steppes de l’infini
Les chevaux fument sous l’effort
Accroché aux selles brille le butin d’or
Elle serpente de hameaux en lieu-dits
De villages éveillés en fermes endormies
Plus loin là-bas au ras de l’horizon
Une fumée s’élève comme balle de coton
Dans l’innocence du matin indifférent
Curieux, s’arrête un instant le roux écureuil
Dans sa course et se cache sous une feuille
L’oiseau sur la branche pépie et s’envole
Les champs de la plaine arboricole
Sont gros de leurs fruits lourds de l’été
Doux, le vent s’en vient les caresser
Elle chemine la horde
Rassasiée, gestes alanguis
Les corps se balancent
Et son chef au regard d’aigle
Fixe sans le voir le chaume de seigle
Tous vont au rythme lent de l’avance
Des montures, le bruit des sabots
Doucement martèle leur trot
Vers leurs futures rapines
Au delà de la prochaine colline
Jetées en travers des montures
Entre soieries et lourdes tentures
Quelques blondes et frêles enfants
Yeux écarquillés ouverts tout grand
Hurlent en silence leur désespoir
Et pleurent à un avenir bien noir
Et elle s’avance la horde
La colonne des guerriers
De potence et de corde
Sur les routes empoussiérées
Sur les sentes et traverses de l’été
Semant mort et désespérance
Sur ces chemins de doulce France

Claude