30.10.06

En voiture

« Branlée à son insu dans le métro ». Ah, ben, ça alors !!! Même aux temps bénis où m’entraînait une imagination fertile et débridée sur des chemins plus ou moins interdits quoique bien émoustillants, je n’avais imaginé une pareille activité dans les vénérables wagons de notre digne RATP.
C’est pourtant la question existentielle de première importance relayée par Google et portée à ma connaissance par l’un de ces moyens modernes de surveillance des communications sur la toile qui s’appelle Sitemeter.
Question donc posée ce matin par un monsieur que sa libido chatouille sans autre précaution oratoire sur un blog aussi respectable que le mien !!
Mais une autre question vient me perturber à mon tour. Cette dame livrée à cette occupation délicieuse autant que métropolitaine,(dans un métro qui en a vu bien d’autres est-il besoin de le souligner), cette dame donc livrée à cette occupation réputée a priori intime l’effectue t-elle à l’insu de son plein gré?
Voila une autre interrogation qui a pour effet de m’échauffer la bile et qui devrait sans nul doute attirer certains de vos commentaires afin qu’enfin puisse s’éclairer ma lanterne (et le reste) sur ces activités que la morale réprouve, certes, mais dont la conclusion n’en est pas moins digne du plus profond intérêt

A vos plumes donc, amis(ies) du web pour me faire profiter de vos expériences éventuelles dans ce domaine particulier. Je précise que, même si elle ne vous emmène pas forcément jusqu’à Cythére, je suis un utilisateur invétéré de la ligne de métro n° 1

Claude

22.10.06

Mémorables memorabilia




Il a plu la nuit dernière. Dans le grenier où j’ai ma table de travail je me suis assis dans le vieux fauteuil de cuir qui trône à coté de cette surface où j'ai posé mon ordinateur
Yeux fermés, j’ai laissé le bruit insistant des gouttes sur les ardoises du toit me pénétrer.
Un bruit lancinant, hypnotique, un bruit qui étouffe tout autre bruit dans ce village déjà bien silencieux de toutes les façons
J’ai fermé les yeux et laissé mes pensées vagabonder au gré de leur fantaisie
Je suis ainsi revenu à mes origines, j’ai rejoint le milieu aqueux où nous passons tous ce temps suspendu que constitue une grossesse.
Je suis revenu dans le ventre de ma mère en quelque sorte, dans ce milieu doux et protecteur que l’on doit quitter pour affronter cet air qui, soudainement, vient déchirer les poumons et cette clarté brutale qui s’en vient agresser les pupilles

Ma mère !!! J’ai attendu en vain qu’elle parle, qu’elle dise, qu’elle explique.
Elle est partie, silencieuse, murée dans ses misérables secrets, son indifférence à mon égard, sa dureté envers l’enfant que je fus
Elle a quitté cette terre sans me dire un mot, ce seul mot que j’attendais d’elle: Pardon.
Elle est partie, habillée de son orgueil, manipulatrice jusqu’à ses tout derniers instants, jusqu’au bout des ongles pour ceux qui l’ont côtoyée
J’aurais aimé d’elle un simple mot de regret qui peut être m’aurait apaisé et peut être elle aussi mais ça, je ne le saurais jamais si ses actes lui ont inspiré un quelconque repentir pour ce qu'elle a fait?

Mais elle n’en aura rien fait et il me manquera toujours cette pièce essentielle à ce puzzle que j’ai, je crois, pratiquement et patiemment reconstitué: Je ne saurai jamais pourquoi elle ne m’a jamais aimé.
Elle ne m’a pas physiquement abandonné certes. Surtout parce que ça ne se fait pas mais son indifférence à mon égard aura été l’équivalent d’un abandon
En fait, je crois qu’elle a continué à régler ses comptes avec son premier mari, mon père biologique en fait, à qui elle a voué une haine qui ne s’est jamais démentie pendant toutes ces années et, consciemment ou pas, elle m’a fait payer le fait d'être là pour lui rappeler le désastre que fût son premier mariage

Je suis allée la voir dans la chambre d’hôpital où elle a vécu ses derniers jours sur cette terre. Lors de ma dernière visite, je crois qu’elle ne m’a pas reconnu. Je suis resté à ses côtés pendant presque une heure, interrogeant ce visage qui restera toujours pour moi une énigme.

Puis je me suis levé de mon siège car l’heure du train approchait.
C’est à ce moment qu’elle a commencé à proférer une sorte de longue plainte, monotone et insistante : Ouh, la la ! Ouh, la,la…
Je l’ai regardée sans savoir que faire ou que dire, j’ai fini par franchir la porte de sa chambre et j’ai continué à entendre sa plainte jusqu’à ce que je croise deux infirmières en train de se parler.
Elles sont entrées dans la chambre voisine et j’ai tendu l’oreille pour savoir si je pouvais entendre encore quelque chose. Mais je n’ai rien plus rien perçu, peut être que, déjà, j’étais un peu trop loin pour que ces sons lugubres m’atteignent …

Elle est morte trois jours après cette ultime visite et, assez curieusement, j’ai pratiquement commencé mon blog en novembre de l’année dernière avec la façon dont j’apprends son décès. Tout est vrai et en même temps tout est faux dans ce récit que j’en fait

J’ai assisté à ses funérailles lors de ce jour d’automne, il avait beaucoup plu la veille mais la perturbation était en train de s’évacuer comme on dit laissant la place à un temps un peu plus frais avec de grandes trouées de ciel bleu parsemées de quelques nuages retardataires

A l’église, j’ai salué de vieilles connaissances, des gens que je connaissais depuis des décennies et, l’esprit ailleurs, j’ai suivi l’office religieux célébré par un prêtre qui semblait avoir bien des difficultés à faire normalement fonctionner son lecteur de cassettes d’un modèle antédiluvien il faut dire et sur lesquelles les cantiques étaient enregistrés

Au cimetière, j’ai regardé avec indifférence le cercueil disparaître dans les profondeurs de la terre.
A la fin, l’équipe des pompes funèbres a remonté les cordes utilisées pour la descente et là, de chaque côté de l’excavation, ces hommes en sombre se sont cérémonieusement inclinés dan sa direction
Je sais qu’elle aurait aimé de son vivant qu’on la salue de cette manière déférente

Puis je suis allé serrer la main au responsable de l’inhumation et j’ai signé un document pour services faits.
J’ai tourné les talons pour me diriger vers la sortie.
Les gravillons de l’allée font toujours le même bruit de crissement désagréable sous les semelles me suis-je dit
Puis, j’ai poursuivi mon chemin et définitivement tourné le dos à cette sépulture vers laquelle jamais je ne reviendrai.

Claude.

19.10.06

De vie et de mort en Inde et ailleurs

Un des grands privilèges qu’offre le fait d’avoir résidé à l’étranger est la possibilité, si toutefois on veut bien se défaire du faisceau des préjugés dans lesquels nous sommes si souvent enfermés, de se confronter à d’autres croyances, à d’autres pratiques, à d’autres approches face à ce phénomène que constitue la mort.
Dans nos pays occidentaux, nous sommes les héritiers d’acquis judéo-chrétiens conditionnant notre attitude face à nos fins dernières.
Le fait de croire ou de ne pas croire n’est pas le sujet mais observez notre attitude commune face à cette chose qu’est devenu un corps privé de vie. Après le décès, nous rendons ce corps à la terre.
Rappelez vous « Tu es poussière et tu redeviendra poussière ». Des générations de gens d’église ont répété cette phrase et ce retour à la terre est une démarche qui nous semble naturelle même pour les incroyants même si, marginalement, la crémation gagne peu à peu du terrain.
Mais une autre idée nous taraude, en y incluant les mécréants que certains d’entre nous (et moi le premier) sont: Ce corps qui est actuellement le notre, ce corps que nous habitons, nous devons le quitter au moment de la mort, (les croyants disent que ce moment est celui où on rend son âme à Dieu) mais ce n’est qu’une séparation provisoire puisque ce corps est celui avec lequel nous ressusciterons à la fin des temps.
Et peu importe que nous adhérions à ce concept, il est de toutes les manières inscrit en nous par les générations de ceux qui nous ont précédés: Ce corps sans vie doit donc faire l’objet de toutes les attentions qui vont au-delà du simple respect dû aux morts, il faut le préserver autant que faire se peut afin qu’il puisse « resservir » à la fin des temps

Mais cette approche de la mort peut être bien différente dans d’autres civilisations ou religions. Dans l’Hindouisme par exemple.
J’ai eu la chance de vivre pendant plusieurs années en Inde et au Népal. Dans ces pays, j’ai assisté à des crémations.




Full day behind the tamarisks—the sky is blue and staring—
As the cattle crawl afield beneath the yoke,
And they bear one o’er the field-path, one who is past all hope or caring,
To the ghat below the curling wreaths of smoke…

Kipling- Christmas in India


Ne croyez pas qu’il s’agisse de voyeurisme. Non, pas du tout ! Mais ces scènes sont celles de la vie de tous les jours et même si nous le voulions, il est difficile de ne pas, un jour ou l’autre, avoir à assister à une crémation.
« Spectacle » si difficile à admettre ou comprendre pour les occidentaux que nous sommes mais qui, avec le temps, finit par paraître aussi naturel que la descente du tombeau dans les profondeurs de la terre pour que le lent travail de retour à la glaise originelle finisse par faire son oeuvre.
Là, dans ces pays d’autres croyances, pas de décomposition ou de putréfaction mais une disparition rapide dans les flammes qualifiées de purificatrices.
Cette enveloppe que nous appelons corps est devenue inutile lorsque la vie l’a quittée et se doit de disparaître sans tarder.
Cette idée est acceptée car il n’y a pas de résurrection à la fin des temps pour l’Hindou mais un cycle de réincarnations successives qui ne s’interrompront que lorsque le Karma de chacun aura été réalisé et que l’âme individuelle pourra rejoindre la grande âme universelle et enfin arrêtera ces voyages qui empruntent ces vallées de larmes qui souvent sont celles de nos destinées personnelles




Mais dans le foisonnement des religions qui est la marque de ce pays, un groupe de quelques cent milles personnes existe. Une goutte d’eau vraiment dans la multitude humaine qui vit et meurt dans le sous-continent
Ce sont les Parsis, descendants des zoroastriens : Des adorateurs du soleil dont la religion date de trois ou quatre milles ans et qui furent chassés de Perse, l’Iran actuel, lors de la main mise de ce pays par l’Islam
J’ai croisé certains de ces Parsis. Ce sont des gens ouverts, amicaux accueillants. Pratiquement chacun parle trois ou quatre langues, ils sont tolérants et totalement ouverts vers l’extérieur. En dépit de leur petit nombre, ils ont beaucoup d’influence en Inde car beaucoup de familles de grands industriels pratiquent cette religion
Or ce petit groupe a une particularité remarquable dans leur approche de la mort. Le corps sans vie ne doit en aucun cas polluer les quatre éléments qui constituent le monde.
Donc, pas question de crémation pour ne pas polluer le feu
Pas d’ensevelissement pour ne pas polluer la terre
Pas question d’abandonner un corps à l’eau pour les mêmes raisons
Et enfin refus de laisser le corps disparaître au contact de l’air
Voici les raisons pour lesquelles ces défenseurs de la nature au pied de la lettre, ont finit par adopter une solution qui peut choquer nos sensibilités occidentales : Les tours du silence.
Vous avez probablement entendu parler de ces constructions dont il reste quelques exemplaires à Bombay ou Mumbay comme on dit maintenant
Au moins deux d’entre elles se dressent encore dans l’un des jardins publics de cette ville mais si vous vous rendez dans cette ville, n’espérez pas vous en approcher. Les accès en sont interdits et c’est probablement mieux ainsi car pour faire disparaître leurs morts, les Parsis ont adopté une solution aussi originale qu’expéditive. Les corps sans vie sont laissés, nus, au sommet de ces tours du silence et abandonnés à l’appétit des vautours qui joueront leur rôle de fossoyeurs en évitant la pollution aux éléments cités plus haut
Or, depuis une décennie, on assiste à une diminution drastique du nombre de ces oiseaux dont la vue était si familière quand je résidais là-bas et qui partageaient avec les vaches et les si nombreux et bruyants corbeau indiens les rues des villes pour y jouer le rôle d’éboueurs
Et voilà nos Parsis face à un véritable problème. Que faire au cas où cette espèce viendrait à disparaître totalement des cieux de ce pays et que faire pour que leurs croyances soient respectées. Aux dernières nouvelles, on en est à la création de centres de reproduction et à des efforts de repeuplement là où leur présence est nécessaire
Je crois que nous devrions écouter ce message et partager l’angoisse et le désarroi des Parsis. Fasse que reviennent en nombre les vautours afin que soient, encore et toujours, préservés ces quatre éléments qui sont la base même de la vie et que nos indifférences et inconséquences abîment chaque jour un peu plus

Claude

18.10.06

Poème polisson

On peut comprendre pourquoi, y'en a qui n'hésitent pas à redoubler...




LA COMPOSITION

Demain, composition,
J’espère que vous saurez votre leçon!

Il serait vraiment de bon ton
Que je les commence ces révisions!

D’abord le front
Bon!!!
Le nez,
Il y est
Parfait!
Deux lèvres, une en haut, une en bas
C’est bien comme ça.
Deux joues, un menton,
Bon, passons!

Un cou, deux épaules
Mes mains les frôlent
Et puis soudain,
Tiens!
Un sein…deux seins
Ça, c’est très bien!

Et puis après, plus rien
Un grand champ blanc
Un accident
En son mitan
Troublant!!
Et je descends

Un p’tit bosquet
Bien frais
Je m’y détends
Et m’y étends

Avant que..Mais voyons!
Encore un petit bouton
Tout seul, tout rond
Dernier bastion
Juste à l’entrée de ce vallon
Où je dois finir mes révisions!!!

Mais je m’appliquerai bien
Bouton ou pas, pour la note Bien
Car je dois la savoir ma leçon
Et réussir ma composition!!!

Claude
Poèmes polissons

14.10.06

Lignes




Se perdre
Dans les vagues
De l’indifférence
Fouler des rivages
Abandonnés aux houles
De pleurs assumés
Entrer dans l’humide
Douceur
D’un corps de femme
S’abandonner
Aux tremblements
D’une chair
Qui se crispe
Et crie
Sans fin
Dans l’irrésistible chute
De l’ange
Qui assume
Sa déchéance
Entrer dans la mer
Devenir
Ondulation
Devenir
Vague
Comme une forme vague
Et mourir
Dans une frôlement
D’embruns

Claude

11.10.06

Scènes de la vie ordinaire

Tu te donnais sans réticence. Tu te donnais avec une telle absolue sincérité qu’il m’arrivait d’en avoir les larmes aux yeux. Tu te donnais en complète impudeur.
Un jour tu m’as dit:
-Je suis une fille du sud et j’aime à faire plaisir.
Faire plaisir en fait, c’était faire l’amour sans retenue, sans frein mais non pas sans remord
Et nous le faisions cet amour dans la lumière douce des après midi d’été partout où pouvaient nous acceuillir en relative discrétion ces chemins ruraux de Picardie.
Un jour, je me souviens que nous avons du profondément troubler un paysan qui n"en demandait pas tant et qui se rendait dans ses champs. Nous ne l’avions pas entendu arriver sur son tracteur, occupés que nous étions à nous livrer à des occupations que la bonne tenue de ce blog m’interdit de précisément nommer ici.
Nous étions innocents. Innocents est, je crois, le terme qui pouvait le mieux nous convenir, elle et moi à cette époque
Nous faisions l’amour aussi dans sa chambre à la résidence universitaire et je crois bien que nos petits camarades savaient exactement les activités auxquelles nous venions de nous livrer, surtout les filles d'ailleurs qui ont toujours eu le nez creux pour ce genre d'affaires
Elle a fini par se marier à un prof de sport je crois et je sais qu’elle a tenté de reprendre contact avec moi.
J’ai noté son adresse à la volée en la prenant sur les quelques lignes qu’elle m’avait adressées mais je l’ai égarée tout aussitôt de telle sorte que je n’ai pu lui adresser quelques derniers mots d’adieu.
Mais c’est probablement bien mieux ainsi…
Il ne me reste d’elle que ces quelques souvenirs de lumière d’été où une fille se donnait si totalement qu’il m’en venait parfois les larmes aux yeux.

Claude



PS: Vous avez vu, j'ai utilisé Matisse et son tableau "the joy of life".
Ca s'accorde bien à mon propos, non? Et en plus, j'aime bien Matisse!

10.10.06

Petit dernier

J'en ai marre de ces conneries, de ces souvenirs de jeunesse. Il est bien temps de solder les comptes.
Celui là est le dernier qui trainait encore dans mes tiroirs.
Pour qui, pourquoi j'ai écrit ces lignes? Je ne m'en souviens pas très bien. Une mignonne avec qui j'ai du m'embrouiller à cette lointaine époque comme on dit dans notre si élégant langage moderne.
Mais quelle importance et puis ça m'évite de me cramer les neurones à trouver des trucs inédits.
Voici donc la bête...





Le cri perçant
De ses yeux crisse
Sur ma voix
Qui s’enlise
Et se perd,
Lune délaissée
Ma déchirure, ma force,
Au sentier des amours à naître
Va, perds toi dans
Les grands remous miasmeux
Les profondeurs simiesques
Des politiques féminines
Vagins béants
De nos doutes vides
Avalanche de sperme vague
Larmes d’orgueil
Ci-gît ma mémoire,
Mon age,
La beauté
Et toutes mes ignorances,
La rancœur de mes certitudes
L’enfance morte
De mes espoirs rétractés.

Claude

9.10.06

L'imprécateur

J'ai trouvé cette photo sur le site de HUBBLE. Incroyable, non? Même si je l'ai tant soit peu modifiée cette vue mais la forme est restée sensiblement la même et ces nébuleuses me fascinent. Celle ci s'appelle la nébuleuse de l'aigle.
L'imprécateur, ce qualificatif m'est venu à l'esprit. Mais a qui peut-il donc en vouloir cet ange des ténèbres venus du fond des cieux? De qui est-il le messager? De quels enfers le gardien? Et pour quelle terrifiante mission se présente-il comme ce guerrier menaçant sur fond de création du monde?
Je me suis moi aussi essayé à être un de ces imprécateurs dans ma lointaine jeunesse, un de ces imprécateurs qui hurle et s'égratigne aux aspérités de la vie et voilà ce que ça a donné:

(ce fût écrit voilà une trentaine d'années, rien n'a vraiment changé non?)



Lune vierge,
Abêtissement cosmique
Idole avachie des édiles
Bouffons de l’universel
Ubac des clairs de terre invisibles
A quoi bon puisque je ne crois plus!
Pourquoi mentir,
Non bourgeois né d’une terre infertile
Je fuis le luxe et me perds dans l’indifférence
De ma culpabilité acceptée,
Avare facile
Qu’une incompréhension sentie
Pousse au déviationnisme
Permanent, à l’attente grinçante
D’un forceps social
Un typhon lourd de structuralisme applicable
N’y aurait il que des Marcuse
Et des Lacamp?
Que des Bretons, des JCR?
Où sont les Rosa Luxembourg du mai passé
Les Saint-Just des grenades,
Les Babeuf de Beaujon
Misère sombre
Des week-ends autoroutés
Des soleils payés,
Des Saint Gobains sacralisés
Tristes tropiques des IBM satisfaites
Lune rousse du « genre anglais»
«Beggart’s banquet»,
Vivisection, capillarité ridicule
Ah, Vivre mieux avec Coca Cola!!

Claude

5.10.06

Liège


J’ai retrouvé ça au fond d’une valise. Quelques lignes rescapées de mes multiples déplacements
J’étais bien jeune alors. J’ai écrit ce texte alors que je sortais d’une épreuve sentimentale sévère.
Ecrirais-je les mêmes choses ou de la même manière ? Non bien sûr, l’âge est passé par là et avec lui une façon fondamentalement de percevoir ou de sentir les événements
Mais, bon, ce petit texte qui ressort de tant d’années accumulées a bien mérité d’aller s’aérer sur la toile et d’aller faire revivre tous ces souvenirs depuis longtemps enfouis

LIEGE

Liège de ses hanches,
Velours rose
De son sexe humide
Sable de ses cheveux,
Éclair noir
De ses aisselles au vent
Blanc crayeux de ses pieds
Toujours prêts à se tendre
Amusement topaze,
Yeux d’or, mica agile
Compréhension de ses mains
Qui figent le temps
Bulle chaude,
Vapeur d’alcool cuivré
Bouche à mordre
Liège,
Matériau d’amour
Pourquoi la vie t’a t’elle quittée
Mercure froid de mes pressentiments
Aveuglement glacé
Des moites odeurs de sueur
S’en viennent
Mouiller mon front
Offert au froid
De ta nuit

Claude

3.10.06

Les voix




Je suis sensible aux voix, très sensible. Pour être tout à fait franc avec vous, surtout à celles des femmes et voilà ce que cette préférence m'a inspiré.

LA VOIX DES FEMMES

C’est dans la voix des femmes
Que l’on retrouve son âme
Quand elles sont de nos chemins
Ou qu’elles soient de nos lointains
C’est dans la voix des femmes
Qu’on y découvre sa flamme
Qu’on y mesure ses failles
Ses fuites et ses entailles,
C’est dans la voix des femmes
Fille de rien ou grande dame
Que l’on mesure le temps perdu
Le temps qui vient, le temps venu
Quand elles ressortent de nos mémoires
Pour accompagner nos soirs
C’est dans leurs voix qui nous appellent
Nous étreignent, nous interpellent
Que courent des fleuves d’argent
Où elles sont les rames
De nos voyages d’antan
Où elles sont voiles des caravelles
Sous des alizés gonflés de sel
Porteur de parfum de cannelle
Pour des îles Sous-le-Vent
Pour des sorties de gros temps
Elles sont nos fidèles amies
Celles des moments partis
Les voix des femmes
Des filles de joie, des grandes dames
Des filles de rien, des filles de tout
Qui nous accompagneront jusqu’au bout

Claude

2.10.06

Tassili n'ajjer




C’est en revenant vers le campement que c’est arrivé.
Ils avaient travaillé tous les trois chacun dans leur coin comme d’habitude : Mesures, photos, remesures, calques…La routine, quoi !
Les gravures se trouvent dans des endroits bien mal commodes; à se demander comment les artistes de ces époques se débrouillaient pour ne pas perdre leurs effets de perspective et ils admiraient l’ingéniosité et le véritable sens artistique démontré pour tirer parti de la moindre anfractuosité de la roche.
Comme à Lascaux et comme dans toutes les grottes ornées disséminées sur notre vaste planète
Ils se parlaient peu, absorbés par leur tâche et le silence qui les entourait n’en était que plus profond. Ils réservaient leurs commentaires au campement du soir, sous cette voûte étoilée qui déroulait ce spectacle dont les citadins qu’ils étaient n’arrivaient pas à se rassasier



Ils s’étaient spécialisés dans la représentation des figures humaines : Des pasteurs, des guerriers, des chasseurs. Depuis quelques jours, c’étaient des scènes érotiques qui faisaient l’objet de toutes leurs attentions.
De sexes hypertrophiés, des femmes offertes à des hommes masqués. Quelle signification donner à ces représentations ? Des hymnes à la fécondité et à la vie dans son éternel recommencement dans les rites et les fêtes qui précèdent son apparition ?
Ils ne se lassaient pas d’admirer ces formes surtout quand la lumière rasante du soir arrivant venait y ajouter un élément supplémentaire d’étrangeté et nul propos graveleux ne venait émailler leurs rares propos

Ils étaient dans le Tassili n’ajjer, une région magnifique d’une sauvage beauté mais malheureusement l’insécurité a gagné ce coin et surtout ses voies d’accès et il est à craindre que toutes ces beautés si vivantes dans leur écrin de pierre doivent se priver pendant longtemps de visiteurs
Mais peut être n’est ce pas plus mal ainsi d’une certaine manière…

ils avaient été missionnés par Paris pour faire ces relevés pour ensuite offrir aux visiteurs et touristes dans notre capitale la possibilité d’admirer ces œuvres des lointains habitants du néolithique saharien



C’est Georges qui le premier avait dit :
Allez, basta, pour aujourd’hui ! Le thé doit nous attendre, on y va !

Il s’était redressé quittant la position incommode que le tracé sur la roche lui imposait en essuyant machinalement la sueur qui coulait sur son front
Sur sa gauche, un fragment de roche était détaché de la paroi. Il avait toujours accroché à la ceinture l’outil qui lui permettait d’enlever délicatement un fragment de pierre pour des raisons de prises photographiques en général.
Mu par une impulsion qu’il ne comprend pas toujours aujourd’hui, il donna un coup léger et c’est un fragment à peine grand comme la main qui tomba à ses pieds
Poussé par le même inexplicable besoin, il retourna le débris tomba au sol
Et c’est là qu’il la vit et l’exclamation qu’il poussa inquiéta quelque peu ses deux autres compagnons
-Il t’est arrivé quelque chose ?
Leur première pensée avait été un scorpion fréquent dans ces lieux désolés
-Venez voir, vite !!
Ils précipitèrent et le virent penché sur ce qu’il contemplait, tête baissée au sol
Et c’est là qu’eux aussi la virent pour la première fois.
Avec mille précautions ils l’on rapportée au campement ne se lassant de la regarder sous tous les angles et d’échafauder les hypothèses les plus folles.
Heureusement leur expédition touchait à sa fin. Evidemment, leur premier soin, de retour dans la capitale a été de faire examiner leur extraordinaire découverte
On leur confirma que les pigments employés dataient d’une période bien antérieure au néolithique mais c’est tout ce qu’on pouvait en dire
On le demanda de faire le silence sur cette découverte et l’énigmatique figure sur un morceau de roche s’est retrouvée dans l’enfer des trouvailles inexpliquées et bien dérangeantes
Mais eux ne l’ont pas oubliée et ils continuent souvent à l’abris des portes closes à l’évoquer entre eux
Mais jamais ils n’ont pu répondre à cette question : Que faisait-elle là, face tournée vers la parois, cette femme aux allures si modernes, que faisait t-elle là dans sa pose alanguie cette ravissante apparition?
Et surtout, pourquoi et comment a-t-elle pu suggérer à l’un de nos contemporains, dans une fin de journée de travail, de lui revoir la lumière et le regard des vivants?

La voilà cette femme qui nous vient de la nuit des temps, je vous la présente cette Antinéa de civilations disparues sans laisser de traces sinon la sienne.
Antinéa, cette reine que les Targui du Hoggar appellent Tin-Hinan, hiératique et mystérieuse et dont l’insondable regard qui a contemplé des cieux bien différents des nôtres mesure dans un endroit à nouveau caché l’infinie fuite des jours

Claude

1.10.06

En couleurs




J’aime bien cette image. La nature jette ses derniers feux, les feux de l’été indien. Ce petit répit avant les frimas et les paysages en noir et blanc.

Toutes les couleurs jetées comme sur la palette d’un peintre et Dieu sait combien de peintres ont tenté de capter la plus infinitésimale parcelle de lumière pour en jouer avec l’ombre afin de souligner toutes les subtilités et les nuances de ces vibrations d’ondes qui sont la vie même. Vous avez vu les nymphéas je pense et là tout est dit sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter

Je l’ai vue dans ce marché aux fleurs dans l’air léger d’un matin de fin de septembre. L’été jouait les prolongations avec cette grâce que prennent les choses qui vont mourir et qui le savent.
Un air transparent et des feuilles aux arbres qui s’habillent d’un festival de nuances à leur périphérie avec encore assez de vert pour noud faire regretter les jours heureux et chauds de l’été en transition
Je l’ai vue dans ce marché où je n’avais rien de précis à faire, nos regards se sont croisés l’espace d’un bref instant. Et j’ai été frappé au cœur par la couleur de ses yeux, d’un bleu profond, intense, incroyable, un bleu iris et le blanc autour qui donnait à regard une intensité comme j’en ai rarement vu.
Elle s’est arrêtée à un stand pour acheter quelques fleurs et, je l’aurais parié, son choix s’est porté sur des iris. Je m’étais arrêté presque face à elle de telle sorte que je puisse me baigner dans cette intense clarté, de ce prodige que nous offre parfois la nature comme pour nous faire encore mieux regretter de devoir un jour la quitter
J’aurais bien demandé à la vendeuse de prolonger la préparation du bouquet mais ce dernier finit par passer dans les mains de l’acheteuse au regard d’iris
J’ai demandé pour ma part quelques roses et j’ai suivi des yeux une silhouette qui remontait l’allée bordée d’arbres de rouge et d’or. J’ai regardé une silhouette qui disparaissait là-bas au coin d’une allée, une silhouette qui aurait du depuis longtemps disparaître de mes souvenirs mais qui aujourd’hui encore gaiement marche dans une circonvolution de mon cerveau,à peine une légère égratignure sur un de mes neurones vagabonds
Peut être aussi la dame d’âge mur à qui j’ai tendu ces quelques roses en disant - C’est pour vous !- avant de reprendre mon chemin de retour et sans m’arrêter à son air surpris, s’est-elle aussi rappelée longtemps de ce matin d’allégresse et de couleurs mélangées. C’est, ma foi, toute la grâce que je lui souhaite !!


Claude