30.9.06

La soixantaine



LA SOIXANTAINE

J’ai atteint les verts rivages de la soixantaine
Bien loin du temps joli de la prétantaine
Échoué en période de basses eaux
En attente d’un navire ou d’un quart de rafiot
Pour mettre le cap droit vers les Amériques
Ou vers le Bas-Poitou ou bien les Armoriques
Pour m’atteler encore aux ailes du souvenir
Pour ne pas en pleurer et pour toujours en rire
Me voilà au soir de cet âge qu’on dit mûr
Dans le métro de la mort, descente à Réaumur
Changement préalable à station Catacombes
Direction Pére-Lachaise et le pays des tombes

J’ai atteint les verts rivages de la soixantaine
Bien loin du temps joli de la prétantaine
Échoué en période de basses eaux
En attente d’un navire ou d’un quart de rafiot

Je suis à la merci du passage d’un train
De l’océan qui gronde et du moindre refrain
Et de la rumeur chaude de la ville qui s’éveille
Avec le regard qui toujours s’émerveille
Des yeux d’une passante ou du trot d’un enfant
Parti on ne sait où ni pour combien de temps
Je suis arrivé en bordure de cette soixantaine
Émigrant inconnu, sans bagage, l’âme sereine
J’ai mis le pied sur ces rivages aventureux
Un peu étonné d’être devenu presque vieux
Sur le sable encore chaud d’une jeunesse lointaine
Et son écho affaibli qu’un reste de vent promène

J’ai atteint les verts rivages de la soixantaine
Bien loin du temps joli de la prétantaine
Échoué en période de basses eaux
En attente d’un navire ou d’un quart de rafiot

Claude

28.9.06

Orages désirés





Nous ne valons
Que ce que valent
Nos rêves
Dans l’instant du matin
Lorsque les brumes
Se lèvent
Nous ne sommes
Que frissons
Dans les vagues
Du sommeil
Avant que les bruits
Du vivant n’atteignent
Nos oreilles
Nous ne sommes
Que d’addition
De ces fragilités
Entre prégnant néant
Et sombre éternité

Claude

26.9.06

Dunes


Elles sont belles ces dunes non? Belles, énigmatiques et tellement attirantes



MIRAGES

Lentement, se découpant sur l’horizon sans fin
Mais semblant pouvoir être touché par la main
Ils cheminent les hommes des grands infinis
Que rien dans leur allure patiente ne ralentit
Leur marche est semblable à notre destin
Comme à un désir, une promesse de lendemain
Apparaissant comme jouets d’enfants sur la dune
On dirait qu’ils nagent dans une lagune
Qu’offre à nos yeux assoiffés la féerie du mirage
Cette perfide offrande du désert en paysages
Sans cesse construits, aussitôt évanouis
En une débauche de pâturages épanouis

Quand nous saisit le vertige noir insondable
Lorsqu’autour de nous, tourne le vent de sable
Quand les dunes arrondies qui nous entourent
Sont des îles dont des vagues figées font le tour
Quand djinns, démons et sorciers se déchaînent
Et dans leur danse, viennent et nous entraînent
Pour un autre chemin, vers un autre demain

Quand continue lentement la caravane à son train
En marche vers là d’où nul peut-être ne revient
Quand le soleil à l’horizon explose et flamboie
Quand chaque rayon pèse de tout son poids
Alors, le désert rit et se moque des hommes
Qui foulent ces pistes que nul carte ne nomme
En recherche de rêves, en poursuite d’horizon
Lorsque le ciel est vide et la chaleur de plomb
Ainsi va la caravane qui se meut sur la dune
Messagère des dieux, dispensatrice de fortune
Et lorsqu’elle disparaît engloutie par les lointains
Une partie de notre être s’en va et la rejoint.

Claude

23.9.06

Des femmes...



J’ai atteint l’âge, malheureusement d’ailleurs, où je suis, un peu trop souvent à mon goût, convié aux funérailles de gens qui me sont plus ou moins proches.
Je me suis surpris à plusieurs reprises lors de ces cérémonies à me retourner vers les femmes présentes aux adieux que nous devons à ceux devant quitter cette scène où nous évoluons tous pendant quelques rapides instants
Et si, instinctivement, je me retourne vers ces femmes de l’assistance, c’est parce que je sais que d’une manière que je ne comprends pas, j’y puiserai ou y trouverai du réconfort d’une façon que je suis incapable d’analyser et encore moins de comprendre.
Pourquoi, comment ? Je n’ai donc pas de réponse claire à donner. Simplement je suis persuadé que les femmes sont infiniment plus fortes, «plus »raisonnables» que nous, les hommes, face à la mort inévitable
Peut être le fait de porter la vie leur procure t’elle une vision fondamentalement différente de celle qui habite l’esprit des hommes.
Probablement savent-elles au plus profond d’elles mêmes le prix de la vie et qu’elles en mesurent toute la fragilité mais aussi la force avec des instruments qui complètement échappent à l’analyse masculine.
Cette donnée fait partie, je pense, de leurs cellules ou de leur gènes et c’est probablement ce qui leur procure cette force mentale tellement plus structurée et orientée que la notre
Si je devais me référer à des termes de sport, je crois qu’elles sont des coureurs de fond qui tracent obstinément leur route à petites foulées alors que les hommes sont généralement des coureurs de 100 mètres capables de fournir un effort intense mais pendant un laps de temps limité.
Ce n’est d’ailleurs peut être un seul fait du hasard si les hommes et les femmes courent ensemble l’épreuve du Marathon avec des écarts de temps qui tendent de plus en plus à se rapprocher d’ailleurs.
Je pense aussi qu’elles ont dominé leurs temps à des périodes oubliées de notre histoire commune.
Je crois qu’elles ont perdu le pouvoir sous la pression de la force physique brutale mais je crois que ce pouvoir, touche par touche, lentement certes mais sûrement, elles sont en train de se le réapproprier
Face le ciel que dans cette reconquête, (au moins sous nos occidentaux cieux, ailleurs c’est une toute autre histoire), fasse le ciel disais-je qu’elles ne se croient pas trop obligées de copier leur comportement sur celui des hommes sans galvauder cette part de mystère qui les fait si différentes et par conséquent si séduisantes à nos yeux.
Mais attention, différentes ne veut pas dire forcément meilleures et oublier qu’elles sont capables de déployer des stratégies sophistiquées à notre encontre pour arriver à leurs fins serait bien léger de notre part et vouloir l’ignorer serait nous exposer à de bien cruelles et cuisantes déconvenues…

Claude

22.9.06

Pensées




Elle est devant moi, complètement absorbée dans sa lecture
Les stations du métro défilent les unes après les autres sur cette ligne 1 dite aussi ligne des touristes.
Elle, ce n’est pas une touriste mais quelqu’un qui probablement revient de son travail et que j’accompagne l’espace de quelques stations en regardant ce profil entouré d’un flot de cheveux noirs d’où, de temps à autre, elle relève d’un geste machinal une mèche rebelle
C’est beau ce profil de jeune femme plongée dans sa lecture et je l’observe sans trop vouloir insister et soudain une idée se fait jour en moi
Lire un livre. Quoi de plus banal comme activité et pourtant si on prend le temps d’y réfléchir; qu’elle étrange activité. Des mots écrits en noir sur un support blanc, des mots écrits par quelqu’un dont on ignore souvent quasiment tout, une vague image peut être et encore…

Et au lecteur ou lectrice de créer des visages qui n’auront par forcément les traits dont les a pensé l’auteur des lignes lues, à celle ou celui qui parcourt un chapitre de recréer des scènes ou paysages à cent lieues de ceux perçus par celui qui les décrit ou les suggère avec ses propres mots
Et j’imagine en dessous de ces cheveux qui encadrent l’ovale d’un visage, bien à l‘abri de sa protection osseuse une masse grisâtre et immobile

Et cet organe me fascine, son fonctionnement intime en tous les cas.

J’imagine de fulgurantes liaisons dans cet amas inerte, des liaisons qui se déplacent à la vitesse de la lumière, des éclairs qui montent et descendent le long de vertigineuses cordes. Une parcelle de lumière qui escalade des pistes multidirectionnelles et vient illuminer un territoire le temps d’une caresse intemporelle pour aussitôt passer à un autre dans ce montage permanent des décors d’un fabuleux théâtre
Et dans l’immobilité de la lectrice qui me fait face, j’imagine ce prodigieux travail de création qui est le sien à cet instant précis et des questions surgissent en moi.
D’où nous vient la pensée ? Qui a mis en branle ces mécanismes extraordinaires de mémoire, de rêve et d’imagination et dans quel but ?
On nous dit que seulement une faible partie de cette matière grise est utilisée. Saura t-on un jour si cette partie là est celle de facultés aujourd’hui disparues : Précognition, télépathie par exemple ou si cet espace est prévu pour des possibilités futures dont certains calculateurs prodiges nous donnent aujourd’hui d’hallucinants aperçus.
Nous n’en avons pas fini dans la connaissance de notre boite noire et dans le fonctionnement de ce "disque dur" protégé par ses parois osseuses et totalement fascinant et probablement pour longtemps encore bien mystérieux dans l'état actuel de la science.

Claude

20.9.06

Souvenirs


Le livre s’appelle Inuk, je me rappelle bien.
Sur la couverture, on voit un esquimau sur fond de banquise avec, à l’arrière plan,un traîneau et des chiensÇa s’appelle Inuk, ça veut dire homme en langue esquimaude.
C’est un livre que j’ai gagné en CE1 ou 2 en récompense du travail fourni
pendant l’année scolaire et ça décrit les aventures d’un missionnaire sur la
banquise canadienne.
Il faut dire que ma mère m’a inscrit dans un collège tenu par des frères et
on récompense les bons élèves dont je suis avec des livres écrits de
préférence par des religieux
Je lis ce livre en boucle. C’est le seul livre présent à la maison. J’ai
coupé une à une avec un couteau de cuisine les pages attachées ensemble et
aux découpures irrégulières sur la tranche, on peut mesurer ma hâte à
pouvoir passer à la page suivante

Je sais que tôt ou tard, sa colère va éclater. Pour des motifs les plus futiles le plus souvent, la viande est trop cuite ou pas assez, par exemple.
Et c’est ça qui me terrifie, cette soudaineté des accès de colère.
Je regarde furtivement ma mère, espérant un mot, un geste de sa part. Mais elle n’en fait rien, elle abonde dans son sens en s’ingéniant à le calmer et je lui en veux de cette attitude

J’ai appris des mots d’Esquimau et je suis devenu expert dans la façon de préparer les chiens pour partir sur la banquise. Je sais que là-bas, les jours durent 6 mois et que les nuits ont la même durée.

Il va laisser sa chienne venir lécher son assiette et ça, je ne peux plus le
supporter et je voudrais que ma mère lui dise que ça n’est pas distingué.
Distingué, c’est le mot qu’elle emploie pour décrire l’inspecteur de la société qui l’emploie quand il vient pour faire l’inventaire de l’épicerie dont elle est la gérante
J’aime bien quand cet homme vient, d’abord parce qu’il est en effet distingué. Il porte même une cravate, c’est dire. Et puis ce jour là, l’autre ne va pas se mettre en colère. Au contraire, il sait faire des efforts pour bien se tenir. Il se rase de près et il lui arrive de me passer la main dans les cheveux mais je n’aime pas beaucoup ça

J’ai relu à plusieurs reprises le chapitre qui explique comment les Esquimaux font face à la mort. Quand ils sentent que sa fin est proche, celui qui sait qu’il va mourir sort tout simplement et s’assoit sur la glace. Je suis impressionné et j’espère qu’il ne se trompe pas, que c’est bien le moment pour lui ou elle de quitter cette terre parce que, un fois assis, dans le froid de la banquise, plus moyen de faire marche arrière et personne ne viendra le secourir.

On n’habite pas très loin de la mer et s’il fait beau ce dimanche, on va prendre la vieille voiture d’avant guerre et embarquer cette étrange assemblage qu’il a fait pour servir d’abri sur la plage. Il a teint l’ensemble en vert pomme, ce sont des morceaux de toile de sacs à pomme de terre et il les a tendu sur un système compliqué de montants en bois.
Dès qu’il y a un peu de vent, l’ensemble s’écroule évidemment et j’ai l’impression que tous les gens présents sur la plage se marrent et se moquent de nous.
C’est pourquoi je m’installe le plus loin d’eux, qu’on ne pense pas que je
suis avec eux.
Je suis un petit garçon venu tout seul sur le sable, et je ne connais pas du
tout ceux là qui s’ingénient à remonter leur ensemble branlant de toile
de sac de pommes de terre peints en couleur vert pomme, cet ensemble qui me
fait honte.
Et tant pis s’ils oublient de me donner à boire ou à manger. Je n’ai ni faim
ni soif de toutes les manières et je reste obstinément assis sur le sable à regarder la mer d'un air détaché ou qui se veut tel.

Quand je sais qu’ils se sont endormis dans leur chambre voisine de la mienne,
je rallume la lumière et je me laisse embarquer à nouveau dans mes voyages
sur la banquise.
Je pars avec les chasseurs pour guetter le phoque qui fournira la viande,
les vêtements avec sa peau et la lumière avec son huile.
Je m’y connais drôlement sur ces coutumes et méthodes de chasse et de survie
dans ces terres du dos du monde et je crois bien que je saurais me débrouiller seul lorsque souffle le terrible blizzard avec tout ce que ce livre m’a appris

Je n’éprouve pour lui que haine et mépris. Ce mépris, cette haine sans
faille d’un enfant de 10 ans déçu au plus profond de lui par un adulte qui a
pris la place de son père. Déçu par cet homme qui vit avec ma mère. Je ne sais pas comment l’appeler, j’ai essayé « petit père » pendant un moment mais c’est trop long à dire bien que ma mère m’ait encouragé à m’adresser à lui comme ça. J’ai abandonné et c’est bien compliqué quand je dois lui parler, j’évite donc le plus possible de
le faire sauf cas de nécessité absolue

Parfois, il m’arrive de suivre la petite rivière qui passe derrière chez
nous et je monte sur l’un des flancs de la vallée. Là, je m’arrête devant la
grande pelouse bien taillée avec une grande et spacieuse maison tout au
bout.
C’est là qu’habite le fils du chirurgien avec qui je joue pendant les
récréations. Depuis l’endroit où je m’arrête, il m’est arrivé de voir des grandes
personnes assises sur des chaises longues et à qui quelqu’un apportait des tasses sur un plateau.
Du thé probablement; c’est un breuvage «distingué» qui n’a pas droit de cité
à la maison.
J’aurais aimé qu’il m’invite chez lui mais on se contente de jouer ensemble
dans la cour de l’école et je ne foulerai jamais l’herbe bien taillée de la
grande pelouse bien verte.

Je n’éprouve que haine et mépris pour cet homme chez qui tout me révulse
avec, souvent, la parfaite mauvaise foi d’un enfant malheureux.
Je ne suis pas un enfant martyr. Il ne me frappe pas, je crois qu’il a lu
une telle haine dans mes yeux qu’il se méfie de mes réactions en dépit de
mon jeune âge.
Mais bien des années plus tard, il me fera payer mon attitude mais ceci est
une autre histoire…

Je suis seulement un enfant seul et terrorisé, un enfant qui fait l’apprentissage de la solitude qui va rester une constante de sa vie et que tant bien que mal, il devra apprivoiser…

18.9.06

Brumes




BRUMES A BROCELIANDE

Danse, la reine, dans la haie
Avec les gnomes, les farfadets!
Danse à en perdre haleine
A en perdre ton peigne
A en oublier le pas
Sur un air de mazurka
Ou de valse de Vienne!
Attends que je m’en vienne
Avec toi et ton peuple des prés
Des champs, des bois et des fourrés!
Danse les pieds dans la rosée
Avec le serpolet des fées
Que connaît le vieux pays breton
Dans ses châteaux et ses donjons!
Danse, longue fille de la nuit
Dont la chevelure doucement luit
Pour prendre dans tes sortilèges
La trace de bruine ou le flocon de neige
Pour t’en faire un collier, un foulard
Et sur ta peau une parcelle de fard!
Danse avant que le matin n’arrive
Que le bateau des brumes n’atteigne ta rive!
Danse encore comme pour la dernière fois
Pour les elfes, les nains et aussi pour moi
Qui attend dans le creux du petit matin
Qu'enfin tu viennes me prendre la main!

Claude

15.9.06

Monologue urbain




La ville se parle, vous ne le saviez pas ? La ville se parle et se fait des signes. Je le sais car je l’observe à son insu et je la regarde et je l’écoute.
Bien caché sur mon balcon, elle ne peut me voir, elle peut alors se laisser aller aux confidences
Elle se parle et se fait des signes. Une lumière s’allume et s’éteint dans un coin de la ville et, simultanément, de l’autre coté de la ville une autre fenêtre lui répond, elle cligne de l’œil et fait savoir qu’elle a compris et que le message est bien arrivé
La ville murmure et grommelle, l’air est plein de mystérieux messages qui viennent de partout et de nulle part, dess signes qui s’entrecroisent et forment au dessus de ma tête le filet d’une gigantesque toile d’araignée
Je le sais quand je m’assois à mon balcon aux petites heures indécises du matin et que, silencieux je capte ces messages qui ne me sont pas destinés en contemplant un carrefour vide de toute présence humaine
De quoi parle t-elle la ville, je vous le demande ? Comment peut être se débarrasser de ces gêneurs que nous sommes, comment faire pour que nous vidions les lieux et qu’elle se retrouve seule avec elle-même enfin maîtresse de sa destinée enfin débarrassée de cette thrombose humaine et automobile qui pendant le jour engorge la moindre de ses veines et artérioles
Contrairement à la campagne où le silence de la nuit se fait aussi absolu que le noir qui entoure l’aventureux insomniaque, la ville palpite et vit sa propre vie, elle crie, elle pleure et parfois aussi elle rêve et pendant ce temps abandonnés à l’illusoire sécurité de leurs portes closes, ses habitants se prennent à espérer en un futur meilleur.

Claude

14.9.06

Soleil rouge




Un peu
De soleil rouge
Dans l’eau froide

Un reflet de soleil
Comme nos vies
Et leur cortége
De remords
Et de regrets

Un peu de soleil
Rouge
Accouplé à la noire
Eau froide

À peine
Un frisson
Sur la calme surface
De l’onde qui s’irise

Et une parcelle
De glace
Tremble
Et lentement
Se fond
Pour revenir
À la matrice
Des origines

Claude

13.9.06

Les roses




LES ROSES

Nos pieds fatigués
Reposent
Sur les roses
Du dernier été

Venez que je vous dise
Un secret
Par la brise transporté
Écoutez le atteindre vos oreilles
Déborder dans vos sommeils

Sous nos pas fatigués
Et la douceur des roses
S’évanouissent des choses
Et des destins condamnés

Sous la pâleur des roses
Qu’un vent du sud dépose
Sur des seuils à franchir
Ce sont les pleurs étouffés
Et les drôles de soupirs
Des âmes errantes
De nos lointaines amantes
De nos compagnes d’un jour
Disparues pour toujours
Et qui viennent
Se rappeler à notre souvenir
Qui s’en reviennent
Pour ne pas encore mourir

Claude

11.9.06

La montagne perdue




Une image spectaculaire mais avant tout effrayante.
Une vue qui était encore récemment emblématique de l’Afrique, le Kilimandjaro recouvert de sa coiffe de neiges éternelles sous l’équateur exactement.
Et cette vue, en dehors de sa vision esthétique qu’elle offrait, présentait ce côté rassurant des choses immuables d’un monde fait pour durer sans changement, égal à lui-même pour l’éternité
J’en ai parlé dans mon blog de cette magnifique montagne.
Mais voila, je suis tombé sur la vue de cette montagne décoiffée, privée de sa décoration de sucre glacé et c’est nous qui devrions l’être glacé mais d’effroi cette fois
Car en même temps que je découvrais cette photo dans le journal du dimanche d’hier, je lisais récemment un article de James Lovelock, Lovelock, vous savez, cet Anglais qui a popularisé l’hypothèse Gaïa, Gaïa notre terre, considérée comme un être vivant et a aussi découvert le trou dans la couche d’ozone au dessus de nos têtes
Je ne suis pas un scientifique de haut niveau et je le regrette. Je suis donc tenu à m’en remettre aux avis des spécialistes dont celui de Lovelock.
Leurs prophéties sont de plus en plus catastrophiques et les perspectives énoncées n’ont vraiment rien de rassurant. D’après tous ces commentateurs, nous sommes allé trop loin dans nos atteintes à notre planète mère. Et cela implique des changements spectaculaires dont nous risquons d’être les victimes impuissantes quelque soient les mesures que nous pourrions décider dans les années à venir
La vue de cette montagne est l’un de ces signes qui nous permet de toucher du doigt les changements qui nous attendent
Nous sommes des somnambules marchant endormis sur les bords d’un volcan prêt en entrer en éruption. Et il est à craindre que notre réveil soit, dans un jour proche, bien brutal

Claude

9.9.06

A toutes celles....

Oui, à toutes celles... celles qui ont traversé ma vie à un moment ou à un autre.
C'est loin déjà tout ça.
Et pourquoi, je choisis ce texte aujourd'hui? Ben, c'est simple, c'est le premier sur la liste du classement par ordre alphabétiques de ce que j'ai la faiblesse d'appeler mes poèmes.



A TOUTES CELLES…

A tous mes amours
Mes amours d’un jour
Ceux qu’on disait
Faits pour s'éterniser

A toutes celles
Celles qui à tire d’aile
Traversent mes insomnies
Ou mes rêves insoumis
Dans les méandres
Et les cendres
De mes nuits de plomb
Vides d’imagination

A tous mes amours
Mes amours d’un jour
Ceux qu’on disait
Faits pour s'éterniser

A toutes celles
Qui s’en vont
Dans un flot de dentelles
Vers les carrefours
Si lourds
De mes souvenirs
En mal d'avenir

A tous mes amours
Mes amours d’un jour
Ceux qu’on disait
Faits pour s'éterniser

A toutes celles
Cruelles
Des quais
Pas gais
De Montebello
Et des rives
Si grises
De Valparaiso

A tous mes amours
Mes amours d’un jour
Ceux qu’on disait
Faits pour s'éterniser

Et qui ont pourtant
Depuis longtemps
Disparus
Dans les vallées
et les forêts
du temps perdu
Et qui s’en allées
Déchirées
Dans les tons déclinants
D’un été finissant

A tous mes amours
Mes amours d’un jour
Ceux que l'on disait
Faits pour toujours durer

Claude

7.9.06

campagnes

J’ai connu une campagne bien différente de ce quelle est aujourd’hui. Une campagne que l’homme, le paysan se devait d’apprivoiser et quelle meilleure manière d’apprivoiser quelque chose que de le nommer.
C’est ainsi que les champs, les bois, les chemins pour s’y rendre portaient tous un nom distinctif: On allait au champs des ormes en prenant le chemin du verdet et tant pis si les ormes avaient depuis longtemps disparu et si rien ne venait dire ce qu’était réellement le verdet et pourquoi le champ du pendu ? Quelle tragédie s’était déroulée en cet endroit ? Un suicide probablement mais peut être aussi une justice expéditive en paiement de quelque méfait.
J’arrivais conduit par ma grand-mère dans des fermes desservies par des chemins creux sombres et menaçants du moins à mes yeux d’enfant et nous nous arrêtions devant des bâtisses basses où bêtes et humains cohabitaient à quelques mètres les uns des autres et les poules s’aventuraient souvent sur les sols de terre battue pour y picorer des miettes et chassées aussitôt à grand coup de torchon indigné par la maîtresse des lieux
Les animaux y avaient leurs propres noms aussi du moins les vaches et les chevaux
Un indigène des treize et quatorzième siècle ne se serait pas senti étranger à ce monde là
Mais aujourd’hui, ce monde là justement a disparu, l’homme a modifié ses rapports avec la terre. Il la violente à grand coup d’engrais et d’insecticides à haute dose et les herbes du diable, les plantes transgéniques finiront un jour ou l’autre par avoir droit de cité complet dans nos cultures
Dans mes promenades dans la campagne qui m’environne je retrouve quelques traces de ces anciens chemins creux et je suis encore capable de nommer telle ou telle pièce de terre perdue maintenant dans un ensemble plus grand
Quand je mourrai, le souvenir des ces choses passées disparaîtront avec moi et ceux de ma génération et il faudra bien que tôt ou tard ceux qui nous suivent trouvent un moyen de ré apprivoiser la terre avant que, lasse de toutes ces violences accumulées, elle ne se fasse justice elle même et redonne à l’homme si content de lui ce statut de moisissure que l’on chasse d’un revers de main

Claude

6.9.06

L’élastique

Les bruits, il y en a de bien évocateurs, celui là par exemple...Et puis il y a ceux du soir et ceux qui sont du matin mais, comme le dit la sagesse populaire, il n'y a pas d'heure pour les braves!!

Ah, ce petit bruit de l’élastique
Sur une peau de velours
Ce bruit ténu et ironique
Résonnant comme sur un tambour
Quand pressants, mes doigts s’affolent
Pour libérer de leur écrin
Les senteurs de ta douce corolle
Tes trésors et ton odeur de satin

Ah, ce petit bruit de l’élastique
Qui résonne tôt le matin
Quand ma main va et vient
Entre ton ventre et tes seins
Ce petit bruit précurseur
De ce cyclone que je sens
Gronder, sauvage et violent
Au plus profond de mes reins

Ah, ce petit bruit de l’élastique
Que j’entends résonner, unique
Dans le silence de cette chambre
Dans cette odeur de mer et d’ambre
Ce bruit lourd de toutes les attentes
Quand ta peau se fait douce
Quand mon corps le tien pousse

Oh, ce petit bruit de l’élastique
Comme signe de reddition
Comme accord et comme abandon
A notre tendre et lascive union

Ah, ce petit bruit de l’élastique
Quand les cinq derniers grammes
De nylon qui encore t’habillent
Cette dernière défense s’envole
Quand tout ton corps me réclame
Quand soudain il s’anime et brille
Quand nos respirations s’affolent
Et que le petit bruit de l’élastique
Ce bruit léger et ironique
Ce prélude à nos tendres désirs
N’est plus qu’un lointain souvenir

Claude


5.9.06

Retour en Afrique

Vous ne m'en voudrez pas n'est ce pas si je vous entraîne à nouveau à mes côtés ences lieux que la magie habite et où la poussiére des souvenirs s'accrochent encore à la semelle de mes souliers...




Afrique…
Afrique
Fantastique
Qui se déploie
Et qui flamboie
L’homme est oiseau
Dans ses sauts
Compulsifs
Son corps
Se tord
S’agite en longs
Frissons lascifs
D’un bond
Il escalade le ciel
Se yeux s’éveillent
Ses yeux se défont
L’homme est oiseau
Il est prince ou griot



Afrique…
Afrique
Féerique
La piste s’étire
Dans les gris hauts
Du Kilimandjaro
Dans des rires
Tout blancs
Dans des chants
Viscéraux





Afrique de poussière
De couleur sang
Et de mystère
La plaine vibre
Sous le soleil de midi
La savane libre
S’étend à l’infini
Un chant répond
Aux sons profonds
Des balafons
Le grand fleuve scintille
Dans le regard
Hagard
D’une fille
Qui vacille
Et se vrille






Afrique…
Afrique
Magnifique
L’homme est oiseau
Son aile balaye
Comme celle d’une corneille
L’ocre du patio
L’homme est oiseau
Éléphant, Buffalo
Gazelle ou papillon
Panthère ou roi lion
L’Afrique se déploie
L’Afrique flamboie
Sous le soleil
Qui s’émerveille
De ses sauts convulsifs
De ses tremblements lascifs

et avec moi il y eut Kylia
et son regard impénétrable
dans ses voiles couleurs fuchsia
Kylia qui fût ma reine des sables

Claude

4.9.06

Jamais content

Vous connaissez vous, cette sensation de vide, cette difficulté à trouver ses mots, cette vacuité, ce désir de rien?
Moi, ça m’arrive de temps à autre! Et c’est la cas aujourd’hui et ce depuis déjà quelques jours.
Une plongée du côté du néant sur fond de chute dans un puits sans fond.
Peut être est ce du à un séjour prolongé en province et soudain la ville et son tourbillon de futilité me manque.
J’ai envie de bruit et de silhouettes nombreuses qui se hâtent sur des trottoirs rectilignes
Le silence de la campagne me pèse et m’oppresse, même les oiseaux bigarrés, ces mendiants éhontés qui viennent nombreux et bruyamment réclamer leur portion de miettes du déjeuner du matin, m’ennuient.
Dans quelques jours, Je serai de retour dans la capitale
J’irai rapidement boire un café chez mon copain, le traiteur du bas de mon immeuble et je sais que, réciproquement, on se dira qu’on serait nettement mieux là-bas, très loin, là où on a ses racines.
Et je sais que je finirai peu à peu par croire à mes mensonges et lui aux siens et souvent pour mes repas du midi je sais que je choisirai des salades bien fraîches, parfumées aux produits du terroir comme il sait si bien les faire pour que, l’espace d’un instant, je puisse oublier Paris et son atmosphère délétère.

Claude

3.9.06

Partir




Partir
Se glisser
Dans l’aube naissante
D’un coup d’aile
Se mettre en route
En profitant
De la complicité
Des vents
Se glisser
Dans ses veines
Et ses courants
Passager clandestin
Esclave de son destin
S’abandonner
Aux ondulations multiples
Messagères de l’aurore
Partir
Vers les équinoxiales
Langueurs
Des océans menteurs
Partir
D’un coup d’aile
Au soleil levant
Partir
Pour ne jamais revenir

Claude