31.8.06

Surprise gothique

Retrouvé par hasard dans un tiroir avec le parfum triste des choses que l'on avait oubliées...



ODE AU PASSANT

Passant, viens t’en,
Franchis ce seuil redoutable
Pour laisser le signe du sang
Sur le jubé et les retables

Caresse d’un doigt enveloppant
Les ex-voto protubérants
De toutes ces âmes en souffrance
De ces cœurs prisonniers en partance

Ose, Passant, les prendre leur charge
Là où la vie se tient en marge
Viens si le nom de Belzébuth
Le faiseur de lumière ne te rebute

Viens, écoute d’un peu près Lucifer
Et vois le hibou, la vipère
Compter les jours qui te séparent
De ton prochain départ

Viens, Passant
Viens signer de ton sang
Suivant le rite convenu
Le signe sur l’autel moussu

Paraphe cet ultime passeport
Ne frémis pas, sois fort
Vois l’ange aux yeux d’éclair
Se lever du fond des enfers


Claude

30.8.06

Moriturus te salutat

La mort, voilà quelque chose dont on parle peu. Par pudeur peut être ou par inconscient désir de nier la réalité et notre sort commun.
C'est un peu comme quand on a très envie de devenir président "Y penser toujours, n'en parler jamais". Quoique dans ce domaine, les langues se délient sacrément actuellement !

Bon, j'étais jeune à l'époque (je le suis toujours mais un peu moins) et j'avais impressionné une de mes petites camarades de ces temps anciens en répondant à l’une de ses questions: As-tu peur de la mort par un « non » aussi sonore que péremptoire.

Comme je le disais, je suis maintenant un peu moins jeune, aussi comment répondrais je aujourd'hui à cette même question?

Elle:
- Cher Claude, as tu peur de la mort?

Moi:
-Non, bien sûr!!

Hein, ça a de la gueule ça, non? Courage, stoïcisme and co, ça pose son homme, non ?

Bon, allez, sérieusement qu'est ce que j'en pense?
Alors là, le Normand qui en moi sommeille, (j'ai bien dit Normand, pas autre chose), le Normand répond donc:

-Oui et non. Enfin plutôt non que oui.

Souffrir avant de passer la porte, ça oui, j'ai peur; me décrépir comme une fleur qui se fane comme disait l'autre, ça, oui aussi!

Mais de passer de l'état de vivant à celui de chose inanimée, ben ça, je m'en fous. Je serais plutôt animé par une vague curiosité de savoir ce qu'il y a une fois le seuil franchi si toutefois il y a quelque chose à voir (et entre nous, je crois bien qu’il n’y a rien à voir justement) juste une rencontre avec un cerbère qui est là pour simplement vous dire "Circulez, y'a rien à voir".

Comment savoir? Personne à ce jour n’est revenu pour nous en faire un compte-rendu précis et circonstancié même si toutefois j’ai lu de bien troublants récits de NDE (Near Death Experience)

Mais que de choses paradoxales auxquelles on assiste dans ce domaine. La vie, vous le savez comme moi a la réputation d’être une vallée de larmes, c'est comme ça qu'on dit toutefois quand on est savant et érudit.

Mais de la quitter cette fameuse vallée de larmes, ça ne fait rigoler personne, ce n’est pas paradoxal ça?

Alors qu'on pourrait d'un coup faire des économies de Kleenex, voila qu'on préfère renifler et se moucher et ne pas la quitter cette foutue vallée ou au moins le plus tard possible.

Regardez les papes, ils devraient être content, eux, d'aller voir leur chef et de lui dire:

-Eh, Chef, vous avez vu comment j'ai bossé, et combien de bonnes âmes j’ai contribué à enregistrer dans votre sainte église
Donc, ils devraient être tranquilles nos papes et se réjouir d’aller rapidement au rapport.
Eh, ben, non ! Ils s'accrochent, les saints pères ! Un jour de plus sur terre, ce n’est pas de refus, juste au cas où il y aurait un centième de point à gratter pour gagner la mention ou alors pour s’assurer le passage direct en Saint Pierre sup'.
Et voilà, le moment venu, ils barguignent, hésitent et se reprennent un coup de tiare en plus.

Alors si le représentant en chef de monsieur dieu ne se précipite pas très vite vers la sortie, que dire des sous-papes?.

Vous croyez qu'ils se bousculent au portillon, les sous-papes? Ils ont plutôt tendance à traîner les pieds, oui, nos sous-papes !
Et ici je ne parle même pas des mécréants dont je fait partie d’ailleurs. Eux, c'est simple, des pousses au rab qu'ils sont, toujours prêts à en reprendre une louche ou un petit jour en supplément voire à laisser carrément leur place au voisin si d'aventure ce dernier voulait aller sonner à la porte de l'entreprise Paradis and co en premier.

Donc la mort, vous voyez bien, c'est relatif, faut peser le pour ou le contre, faut voir quoi!

Bien ! Admettons que je meurs d'un coup, maintenant !
Enfin, pas de panique, hein! C'est juste pour du beurre comme on disait dans le temps

Bon, reprenons, je suis vivant et puis je suis mort. Vivant, je suis un moins que rien, (bon, je dis ça, mais c'est juste pour la démonstration, faut pas exagérer quand même).
Et puis, je suis mort, et là d'un coup, je deviens le meilleur, la foule en délire va dévaliser les boutiques de Kleenex à 1OO km à la ronde
"Du mieux que lui on n'a jamais rien vu depuis longtemps! Bon père, bon mari, bon citoyen qui paye ses impôts et qui dit bonjour à la concierge! Ah, c'est bien du malheur quand même, à son âge et alors qu'il avait tout pour être heureux etc. etc. et des tas d’autres inepties puisées dans le même registre.
Vous voyez bien qu'il peut y avoir des côtés sympathiques dans cette affaire là.

Du côté négatif, faut voir aussi. Penser que d'autres pourront toujours observer comment une jolie femme sait se déhancher à t'en donner le mal de mer alors qu’on sera injustement privé de ces visions qui savent donner son vrai sens à la vie
Et mon saule pleureur, hein ! Je suis sûr qu'ils vont me le tailler de travers mon saule quand je ne serai plus là et que du coup, il saura enfin pourquoi depuis si longtemps il pleure.
Et puis, tout un tas d'autres trucs vachement sympas qu’il serait fastidieux de vous énumérer ici, des tas trucs que je ne pourrai plus ni sentir ni goûter ou toucher.

Vous voyez donc qu'il y a à boire et à manger là dedans.

Mais si on prend les choses avec calme et entrain et en pesant bien le pour et le contre, c'est pas si dur que ça en définitive de parler de la mort.

Claude

29.8.06

Je n'aurais pas du...

J’avais pourtant juré de ne jamais y remettre les pieds. Pourtant c’est ce que j’ai fait, vous savez bien sûr ce que vaut ce genre de promesses, n’est ce pas ?
Ce bistrot à l’angle des rues de Clichy et de Milan est toujours le QG des journalistes du journal professionnel où elle était rédactrice dans un autre temps, dans une autre vie.
Je me suis assis à la table de coin que nous aimions occuper lorsque nous le pouvions
Elle m’avait présenté à ses collègues journalistes, des forts en gueule pour la plupart et qui menaient grand train dans ce petit café qui leur tenait lieu de cantine
Ils avaient compris que nous préférions rester un peu à l’écart et nous laissaient en paix le temps du repas.
J’arrivais en général le premier et lorsque j’apercevais ta silhouette apparaître sur le trottoir d’en face, mon cœur commençait à battre la chamade
Nous savions que c’était sans espoir, les semaines nous étaient comptées puis ce furent les heures puis les minutes…
Parfois nos regards s’accrochaient comme pour se rappeler les plus infimes détails de nos traits respectifs, comme pour les graver à jamais dans nos mémoires
Aujourd’hui, avec le temps qui anéantit tout, il semble me souvenir que des flammes vertes couraient au fond de ses yeux et que la fossette de droite était plus creusée que celle de gauche lorsqu’elle souriait
J’avais juré de ne pas y revenir dans ces lieux mais vous savez, comme moi, bien sûr ce que valent ces promesses.
J’ai refranchi la porte et j’ai cherché des yeux les serveurs de ce temps là. Quelle folie, après tant d’années passées depuis ce bref temps de bonheur dont les hasards de la vie nous avaient fait crédit et dont je continue, aujourd'hui encore, à payer les intérêts
Un jour, pour je ne sais quelle raison, au moment de l’addition, le patron était venu avec une bouteille de cognac et nous avait offert une tournée et je t’avais longuement observée au travers des parois lisses de ce verre où reposait le liquide ambré et gravement nous avions trinqué sans dire mot. C’était peu de temps avant que nos chemins divergent et peut être que pour une mystérieuse raison le patron l’avait il deviné et mesuré la fragilité de nos amours condamnées.
Tant de mois, tant d’années ont passé et la vie aussi est passée depuis que nous sommes partis chacun de notre côté.
Je n’aurais pas du franchir ce seuil, je me l’étais promis mais vous savez comme moi comme sont illusoires ces promesses qui ne demandent qu’à être oubliées.
Je me suis assis à cette même table qui pour un temps nous avait accueilli
Je n’ai pu m’empêcher de regarder le trottoir d’en face dans l’espoir vain d’apercevoir ta silhouette
Qu’as tu fait de ta vie ? As-tu, comme moi, saccagé avec une belle constance ce court passage qui nous est octroyé pour arpenter cette vallée de larmes ? Et si, comme moi tu souffres maintenant d’insomnies, vois-tu, entends-tu, aperçois-tu un fantôme comme celui qui hante mes souvenirs ?
Un fantôme qui danse et qui chante revêtu d’une robe légère, une robe accordée à ce flamboyant été parisien où mon coeur est définitivement entré en hibernation

Claude

28.8.06

Oiseau groseille




OISEAU GROSEILLE

Oiseau groseille
Oiseau merveille
Oiseau pilleur
Oiseau voleur
Oiseau qui, dans
Un chiffonnement d’aile
S’en vient subrepticement
Dans ma haie aquarelle
Faire le plein
De fruits succulents
Oiseau groseille
Oiseau gourmand
Oiseau merveille
Que patiemment
J’attends
Au détour de ma haie
Dans un éclair noir et blanc
Venir picorer mes baies
Effrontément !!

Claude

27.8.06

La pierre et l'oiseau




C’était un oiseau
Gris comme pierre
Et une pierre qui
Se rêvait oiseau
Ils se marièrent
Et après un temps
Ils adoptèrent
Un coquillage
Tout blanc !!

Et notre oiseau
Et notre pierre
Attendent maintenant
L’envol de leur enfant

Claude

24.8.06

Tu viendras...




Tu viendras, n’est ce pas me rejoindre sur les rives de ce lac perdu et je saurai le bruit de ton pas à peine froissant l’aiguille tombée du pin.
Tu viendras t’asseoir à mes côtés, tu poseras ta tête sur mon épaule et nous attendrons que les étoiles, juste pour nous, peu à peu, s’illuminent.
Nous ne ferons que rester silencieux! Nous ne serons que silence et seuls les battements de ton cœur sous ma main me passeront en vagues renouvelées leurs mystérieux messages
Tu viendras n’est ce pas? Et nous ne serons alors que regard et nous laisserons nos yeux se remplir de la féerie des crépuscules des courtes nuits d’été.
Tu viendras n’est ce pas? Peut être qu’une météorite signera en fulgurante parabole son agonie dans les haute couches protectrices de notre planète terre.
Tu viendras n’est ce pas? Nous ne serons que nature, nous ne serons qu’immobilité et la chaleur de ta joue se répandra en moi en brûlure légère et j’attendrai que la brise venant de la montagne vienne sécher cette eau salée née soudain dans un coin de mes yeux.

Claude

23.8.06

Les hirondelles



Les hirondelles sont des parenthèses: Une parenthèse pour le printemps, l’autre pour l’automne.

J'ouvre donc les parenthèses:
Chacune d’ entre elles est messagère, vous savez bien! Celle qui ne fait certes pas à elle toute seule le printemps mais qui quand même l’annonce.
Et elles nous arrivent incognito, l'une après l'autre, jusqu‘au jour où un éclair noir et blanc nous traverse la vue et nous fait dire « Tiens! Elles sont de retour parmi nous»

Et on se prépare à la belle saison, celle des jours qui allongent et loin des frimas de l’hiver et de cette neige qui nous a tenus prisonniers dans ce village breton haut perché et ouvert à tous les vents.

Mais actuellement, dés le soir tombant, elles se rassemblent sur les fils électriques en troupes nombreuses, en longues lignes symétriques parcourues de minuscules mouvements et je les vois de la fenêtre de ma chambre se perdre en de longs conciliabules secrets à base de pépiements ininterrompus.

Peut être discutent elles de la meilleure route à suivre pour rejoindre leurs pays de soleil ou s’encouragent elles à entreprendre leurs périlleux voyages au dessus des plaines et des mers.

Quoiqu’il en soit, elles vont sans tarder nous quitter et c’est tout le symbole mélancolique des étés finissants à grands coups de soirs raccourcis peints en rouges flamboyants, là-bas vers l’ouest, là où, déjà, des nuages s’amoncellent en prélude aux tempêtes à venir.

Et nos légères hirondelles, comme des notes semées sur une portée musicale, nous composent pour quelques temps encore le chant éternel de la nature en marche et des saisons en devenir et nous suivons du regard ces signatures qui, ce matin encore, paraphaient le ciel et nous qui les regardons s’élancer et disparaître de notre vue en frissons de flêche, nous aimerions bien les rejoindre pour, en leur compagnie, monter à l'assaut du coeur des nuages

Claude

21.8.06

Les chemins creux





LES CHEMINS CREUX


Que doit on attendre lorsque l’on remet ses pas dans ceux des temps jadis ? Que peut-on en attendre ?
Que doit-on attendre de ces promenades dans de vieux chemins creux obscurcis maintenant d’herbes folles et d’arbres envahissants ?
Que doit on espérer de ces croisements de sentiers maintenant à peine esquissés où jadis un amour attendit alors que le soir commençait à descendre sur la campagne environnante et que la ferme résonnait de ses mille et un bruits domestiques et futiles
Qu’y trouve t’on si ce n’est des lambeaux de rêves fracassés et des songes anéantis, tous ceux-là que l’on sema aux quatre vents d’une jeunesse folle, insouciante et porteuse d’imaginations déraisonnables.
Aujourd’hui, ils se réfléchissent dans les milles éclats de ce miroir brisé qu’est une vie vieillissante et qui, à l’infini, renvoient à un ciel parcouru d’espérances éteintes.

Claude

Et en écho à ce que je tente maladroitement d’exprimer, cette voix découverte au hasard du Net, une voix qui s’est tue bien trop tôt mais qui, grâce à nos techniques contemporaines, continue à murmurer avec élégance à notre oreille les secrets, les joies et les peines d’une vie à peine commencée et qui s’en va vers l’abîme…


LE CHEMIN DE SABLE

Ne pas se rappeler en suivant ce chemin...
Ne pas se rappeler... Je te donnais la main.
Nos pas étaient semblables,
Nos ombres s'accordaient devant nous sur le sable,
Nous regardions très loin ou tout près, simplement.
L'air sentait ce qu'il sent en ce moment.
Le vent ne venait pas de l'Océan. De là
Ni d'ailleurs. Pas de vent. Pas de nuage. Un pin
Dont le jumeau fut coupé dans le temps
Etait seul. Nous parlions ou nous ne parlions pas.
Nous passions, mais si sûrs de la belle heure stable!

Ne te retourne pas sur le chemin de sable…

Sabine Sicaud, née en 1913, morte en 1928 d'une gangrène dans d'atroces souffrances, était poète.
Elle aurait 93 ans, elle n'en a eu que 15!
Quelques uns (unes) voient en elle une des grandes poétesses de langue française et j’en fait partie…

20.8.06

De pourpre et de stupre



Que cherches tu à nous dire, beau masque, échappé d’une peinture du Quattrocento ou d’un rêve de Botticelli?

Que cherches tu à nous dissimuler, quelles turpitudes furent les tiennes pendant ces heures passées sous les yeux attentifs d’alanguis lévriers couchés sur des tapis persans tissés par les doigts agiles de fillettes attachées à leur métiers pendant que la lune pleine accompli son cycle promis dans le noir diamant du ciel de la nuit?

Qu’as-tu vu à la lueur des candélabres aux montants de fine porcelaine bleutée de Bohème pour te faire les yeux si brillants sous la blancheur du masque?

Et quels parfums garde tu, courant sur ta peau, au milieu de cet étalage de pourpre qui te fait une couche somptueuse, de cette couleur qui court dans l’imaginaire italien depuis la villa des mystères à Pompéi jusqu’aux pinceaux inspirés des grands maîtres de la renaissance et qui s’étale encore de nos jours dans ces fêtes florentines pour lesquelles tu gardes la pose pour l’éternité.

Claude

17.8.06

Le son des didgeridoos



Ombre et lumière, sol y sombre !
Je m’abîme dans le silence des pierres et je m’ébats dans l’activité vibratoire d’une parcelle de jour.
Encore et toujours cette lutte entre les forces de l’obscurité et celles des aurores renouvelées et je sens ces mains qui me tirent et me poussent à égale distance de la verticalité d’une colonne libératrice et de la rotondité d’une planète en devenir
Et je sens ces ondes en cascades insoumises me pénétrer et suivre les lignes de force qui ruissellent dans mes veines et je deviens alors enfant de la Vouivre et je m’abandonne aux résonances informulées qui s’inscrivent dans ces quais où disparaît mon ombre et j’entends dans les lointains le chant profond des didgeridoos où s’exhalent et s’enroulent, profondes et inépuisables, les plaintes et les prières des enfants de la terre.

Claude

9.8.06

Fleur d'hacienda

J'ai déjà publié ce texte. Ah, oui? Ben, je ne me souviens pas trop et puis c'est mon blog et j'en fait ce que je veux, na!
Et puis, je l'avoue je l'aime bien cette Estrella là.
L'ais-je vraiment rencontrée? Allez donc savoir
Au fond d'un bouge porteñosien peut être,sur l'un de ces quais que longent, boueuses, les eaux du Rio de la Plata, dans une des petites rues qui s'étirent à côté de l'avenue Corrientes.
Elle fût pour un soir ma princesse, elle est mon souvenir sur un air de tango et, ce soir, ce sont ces accords langoureux qui sonnent dans mes oreilles et une petite silhouette qui danse et qui danse sur une piste étincelante sur fond de nostalgie dans la chaleur bleutée des nuits sud américaines
Et elle le mérite bien que, pour un instant, je la ressuscite en l'enlevant du royaume des ombres où s'empoussiérent mes souvenirs



ESTRELLA

C'est à Maravella
Que j'ai connu Estrella
La fille au nom d'étoile
Qui y dansait sans voile
Planant sur le nuage bleu
De noirs cigares noueux

Estrella, soeur d'Esmeralda
Estrella aux airs de gitana
Que des alcools aux tons verts
Faisaient bouger au souffle des enfers
Des vaqueros aux yeux exorbités
Fixaient la scène d'un air intéressé

Estrella y chantait la Comparsita
Dans les sons aigres d'un pianola
Estrella y dansait d'un air las
Avec un je ne sais quoi
Dans ses gestes d'un reste d'enfance
Et du port de reine la munificence

Dans le fond embrumé de la salle
Doucement du bout de ses doigts sales
Égrenant des colliers d'or mêlés d'opale
Un vagabond vêtu de cuir luisant
Au côté, un poignard taché de sang
Couvait des yeux notre belle gitane
Dont le regard avait la douceur océane
De la vague empanachée de blanc
Qu’a l'océan sous les caprices des vents

C'est à Maravella
Que j'ai connu Estrella
La fille au nom d'étoile
Qui y dansait sans voile

Et ainsi nous mélangions nos songes
Comme ceux que le malheur ronge
Elle, perdue dans l'immensité des cieux
Et moi dans le brillant de ses yeux

C'est à Maravella
Que j'ai connu Estrella
La fille au nom d'étoile
Qui y dansait sans voile

Claude

8.8.06

Mon père

Mon père

J’ai très peu connu mon père, si peu en fait que son absence m’a longtemps semblé normale d’autant que, enfant de divorcés, ma mère ne me l’avait pas présenté sous son meilleur aspect.
La seule image que j’ai de lui est celle où il apparaît sur la photo de ses noces, photo miraculeusement retrouvée chez un voisin et où apparaît comme un jeune homme souriant avec une épaisse chevelure très brune qu’il gardera à peine grisonnante jusqu’à ses derniers jours
Je n’écris pas aujourd’hui pour régler des comptes ni pour savoir qui avait raison dans ces sordides histoires qui ont précédés la séparation de mes parents.
Il buvait, ça je le sais, comme tant d’autres malheureusement à son époque et dans certaines régions de France, la Bretagne en particulier
J’ai passé avec lui deux fois un mois lors de mes vacances scolaires alors que j’avais 13 et 14 ans. Je crois qu’il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour me rendre ces séjours agréables et s’il buvait encore, il s’est arrangé pour me le dissimuler le plus possible.
Je sais aussi qu’il a pris avec patience et pardonné sans faiblesse les frasques nombreuses d’une préadolescence turbulente.
Je l’ai croisé ensuite une fois encore et ce fut ensuite un long silence de plus de 17 ans pendant lesquels les ponts entre nous furent coupés.
Je l’ai retrouvé dans la région dont je suis originaire sur indication d’un tiers. Il était revenu à ses origines et vivait dans ce que nous appelons aujourd’hui une maison de repos et qu’à l’époque on dénommait hospice de vieillards sans plus de précautions oratoires, un lieu en d’autres termes où les indigents s’en venaient pour y finir leur vie
La rencontre s’est faite sans mots inutiles après tant d’années de séparation. C’est là qu’il a découvert qu’il était trois fois grand père.
Nous lui avons rendu visite à quelques reprises et à chaque fois, il avait préparé une surprise modeste pour ses petits enfants. Je pense que ces visites ont été pour lui un vrai rayon de soleil pour la brève période qu’il lui restait à vivre
Je garde un souvenir prècis de cette époque. Les pensionnaires de la maison où il vivait avaient organisés une fête et je me souviens du regard éberlué tout d’abord et émerveillé ensuite des deux aînés qui découvraient un grand père revêtu d’une sorte de longue chasuble de couleur bleue avec à la main une sorte de baguette magique. Il jouait alors le rôle d’un magicien dans le petit spectacle donné en l’honneur des visiteurs
C’est la dernière vision que j’ai de lui, ce père qui montait sur les planches pour la première fois de sa vie et heureux de le faire sous les yeux de sa famille retrouvée
Il est mort au début de l’été suivant avant que nous ayons eu le temps de revenir sur nos lieux de vacances.
Sa mort a été rapide et il n’a pas eu droit à l’aumône du regard d’un proche pour l’accompagner et peut être l’apaiser dans ses derniers instants.
J’ai pu assister à ses obsèques et ce fût tout.
Quelque temps après, j’ai reçu par la poste un modeste paquet. Mon héritage en fait: Une paire de lunettes non adaptées à ma vue, une montre de poignet en état de non fonctionnement et, absurdement, un peigne, un grand peigne d’écaille divisé en deux parties comme on les faisait à cette époque, un coté avec les dents serrées et l’autre moitié avec des dents plus larges
La seule chose de lui qui ait subsisté à mes nombreux et successifs déménagements, c’est le peigne d’écaille et lorsque je le tiens entre les mains, j’ai encore aujourd’hui le regard qui s’embrume et le cœur qui se serre

Et après toutes ces années passées des questions viennent souvent me hanter : Qu’a-t-il fait de toutes ces années où nos vies ont été séparées ? A-t-il eu besoin de moi ? A-t-il tenté de rentrer en contact avec moi et lui ais manqué ?
Je ne sais rien de tout ces moments perdus et je ne le saurai jamais.
Et une autre question me vient aussi à l’esprit et me poursuit. L’ais je appelé une seule fois dans ma vie Papa, je n’en sais rien et je pense pouvoir répondre par la négative
Et aujourd’hui, alors que je le revois encore dans sa longue robe bleue de magicien dans la lumière de quelques projecteurs, je voudrais pouvoir me tourner vers lui, lui ouvrir les bras et lui dire : Papa, j’ai besoin de toi !

Claude

.

7.8.06

Ne serions nous que...



Ne serions nous que cela, ce trait indécis et étroit entre néant et infini ?
Ne serions nous que cela, cette imperceptible trace qui est celle de la ligne de partage des eaux mais dotée de la mémoire patiente des arbres ?
Ne serions que cela, rien qu’un frisson sur l’étendue liquide étourdie de clarté, rien qu’une ride frissonante à la surface des eaux mouvantes?
Ne serions alors que cela, rien qu’une étincelle, qu’une parcelle de lumière qui vacille et s’éteint sous l’assaut des vents des 4 horizons ?
Ne serions nous donc que cela ? Oui, probablement.
Que cela ! Rien que cela certes mais dans ce cela là se trouve la pâte qui fait de nous des hommes. Tout simplement !



Claude

La source de ces 2 merveilleuses photos est là: http://www.yannarthusbertrand.com/

6.8.06

Les voyages immobiles (13)

EPILOGUE

L’année passée, une grande société française m’a expédié un e-calendrier illustré de magnifiques photos
Pendant longtemps ce calendrier est resté dans mes dossiers jusqu’au jour où je me suis procuré un logiciel de capture d’images
C’est à ce moment que j’ai décidé d’écrire ces 12 voyages immobiles à ma façon d'autant que les vues correspondaient à des endroits que j'avais visités
En fait, j’ai parié avec moi-même de réussir à commenter d'une façon personnelle ces images qui me faisaient rêver et de faire partager ces rêves à ceux ou celles qui voudront bien me lire.
J’y ai mêlé des souvenirs personnels,des sensations, des rêves et des impressions fantasmagoriques
Dans certaines silhouettes que j’ai esquissées, certaines sont réelles, d’autres sorties de mon imagination. Lesquelles me direz vous ? C’est là le secret que je garderai par devers moi ne vous en déplaise!

Claude

Claude

3.8.06

Les voyages immobiles (12)




BALI


Du vert, dans toutes ses nuances.
Vert sombre, vert tendre, vert pastel.
Pas un coin de l’espace qui ne soit occupé par cette prolifération et cet envahissement du végétal
Et la nature qui s’en vient et qui va en cataractes silencieuses et innombrables
Les terrasses de Bali entre ciel généreux et eau régénératrice et nourrissante, l’homme a l’assaut de la vacuité de la nature vierge et qui marque sa présence dans ces vasques à ciel ouvert
Bali au rythme de l’éternité et de ces lignes qui le prolongent.
Bali dans l’immobile absence des saisons
Bali comme un rêve où s’engloutit l’homme d’occident,ses préoccupations futiles et ses rêves inachevés

Claude

2.8.06

Les voyages immobiles (11)



ROMA, MI AMOR

Rome, en latin, on dit Roma. Si on lit à l’envers, c’est amor. Amour. Marrant non ? Et quelle signification donner à ce fait si toutefois il en existe une.
Et puis une ville qui possède un endroit qui s’appelle Mons Vaticianae, le mont des devins savants qu’on appelle aujourd’hui Vatican est une ville qui recèle bien des mystères, qui mérite un détour et qui ne peut être totalement mauvaise
J’y suis allé après un détour par la Toscane aux collines douces comme des seins de femme avec Florence et le Ponte Vecchio et les toits de tuile qui luisent sous le soleil et Saint Marin à la superficie d’un timbre poste...
Je suis passé aussi par Rimini l’enfiévrée
Une terre amie, une terre sœur, une terre douce
J’ai voyagé seul, m’attardant là auprès d’un temple dédié à Apollon, admirant dans la campagne la verticalité des ifs, ces sentinelles d'éternité montant la garde devant l'arc de triomphe d'un général romain après l'une de ses bataille victorieuses, passant au grè de ma fantaisie d’un endroit à un autre, le coeur plein de ta présence avant de rejoindre Rome la belle, Rome l’exubérante, cette ville où tu devais me rejoindre pour ces quelques temps que nous volions, chacun de notre côté, à d’autres
A mon arrivée à l’hôtel, le message d’un ami commun m’attendait; un refus de priorité, l’autre voiture ne t’avait laissé aucune chance.
Tu es morte à ton arrivée à l’hôpital d’après ce qui m'a été dit.
Tu étais mariée de ton côté, c’est bien plus tard que je me suis rendu sur ta tombe sur laquelle j’ai répandu une poignée de cette terre de Sienne, cet ocre profond qui est pour moi maintenant et restera la marque de la Rome éternelle, éternelle comme cette seconde pendant laquelle, sous un ciel bas et triste parisien, sur le pont neuf pour la première fois je t'ai embrassée

Claude

1.8.06

Les voyages immobiles (10)




LA CHUTE

Le grand fleuve a manqué une marche et va s’écraser bien des mètres plus bas. Fascination de la large surface horizontale pliant soudain en vertigineuse chute verticale et on ne se lasse pas de contempler cette matière souple et flexible qui remplit l’horizon, une matière qui semble si abondante et inépuisable et pour laquelle pourtant un jour pas si lointain l’homme devra peut-être se battre pour en assurer la maîtrise

«Sa peau se parcourait de douleurs secrètes
Et dans sa chevelure naissait un fleuve ardent
Où coulait l'onde furieuse en grondant
Véhiculant l'écume légère à chacune de ses crêtes»

…Comme une chevelure de femme dans laquelle la main joue et se cache, une chevelure de femme qui s’écoule et ondule entre les doigts de celui qui l’aime et qui caresse rêveusement cette masse légère et odorante

…Les cheveux bruns, les cheveux blonds de celle qu’on aime dans un soir où la campagne s’endort et que l’on voudrait retenir jusqu’à la fin des temps mais qui pourtant glissent et se dérobent comme le fait en cataracte jaillissante l’onde cassée du grand fleuve dans son désir éperdu de toujours vouloir épouser la brusque dérobade de la terre porteuse

Claude

Les voyages immobiles (9)



AU LONG DES QUAIS

Bandol et cette brune que j’avais rencontrée sur la jetée et ces filles qui nous souriaient à pleines dents sur les quais de Sanary avec, imperturbable, le soleil qui brillait sur les vagues courtes de la Méditerranée et encore Toulon et ses cafés crème dans les bistrots proche de la gare à la curieuse architecture
Bien plus tard j’ai habité du coté de Marseille et puis, encore après à Menton l’Italienne.
Et pourtant j’ai la nostalgie de la Provence de l’intérieur, une Provence cachée et rugueuse, celle des vallons cachés et déserts que mes navigations aériennes me permettaient de découvrir mieux, une Provence sillonnée des anciennes routes romaines ou plus vieilles encore et qui ne mènent plus à rien et que nous avons empruntées de nuit du coté de Salon de Provence et j’ai encore en mémoire tous les parfums de la garrigue, celles du thym, de la lavande et de toutes les autres entraînées par les vents de l’été
Mais maintenant j’ai horreur de ces lieux où des blaireaux désargentés contemplent avec envie des blaireaux pleins aux as qui ne le regardent même pas, pour qui ils n’existent même pas et des bateaux sans âme qui dorment dans des mouillages désolés et le long de quais décorés comme des filles de mauvaise vie

Claude