31.5.06

J'étais bien jeune alors

Eh, oui! J'étais bien jeune alors et j'en ai gardé des remords bien des années après
C'est ce que je tente de dire ici.
Qu'il me soit beaucoup pardonné si toutefois c'est encore possible...

DEPARTS

De ses départs on ne revient jamais indemne
Quand on laisse ce que l'on aime

Vouloir en finir avec un visage

Le remplacer par tous ces paysages

Faits de forêts, de montagnes, de collines

D'horizons vibrants ou de rivières opalines

On n’en est jamais complètement guéri

De ces départs dans les matins rosis

Par des soleils toujours renaissants

Quand le sentier vous est accueillant

Et tend ses bras vers un autre monde

A prendre sans perdre une seconde

Pour contempler ce que l'on quitte

Pour répondre sans tarder à une invite

Dans l'impatience de fouler la route

Dans l'odeur des défaites et la honte des déroutes

Pour vouloir sans tarder aller sur les chemins

Sans l'aumône d'un regard ou sans lever la main

Toujours en soif d'une même quête

Partir sans payer toutes ses dettes

Partir sans avoir à dire je t'aime

Partir à l'heure du café crème

A la cloche de bois ou dès potron- minet

Sans se retourner, presque sans regret

Mais de tous ces matins bleus ou blêmes

On ne s'en sort jamais vraiment indemne.

Claude
Paris

29.5.06

Cotes étrangères

Cest juste au plaisir de voyager que je vous convie aujourd'hui

Quant à Taprobane, Coromandel et autres lieux singuliers aux doux noms exotiques, prière de vous reférer à vos atlas favoris...




COTES ETRANGERES

J’ai parcouru des côtes
Sur mes ailes d'aéronaute
Sur des bateaux hors d'âge
J’ai suivi des rivages
Devant Taprobane
J’ai mis en panne

Face au Coromandel
Admirant leurs tons pastels
J’ai buté sur des tombes
En marchant sous la lune
Perchoirs à colombes
Cachées à l'abri des dunes
Pour des marins perdus
À la recherche qu'ils furent
Jusqu’à l'ultime déchirure
De leurs rêves éperdus

J’ai vu vers Trincomalee
Dans d'étranges mêlées
S’opposer en de violents
Et multiples assauts
De puissants éléphants
Emmenant sur leur dos
Des singes batailleurs
Au comble de la fureur
Mener sabre au clair
Des charges incendiaires

J’ai jeté l'ancre dans des eaux
Tranquilles et cristallines
Aux splendeurs corallines
Et simplement nager
Jusqu’à m'en épuiser
Vers des portes
Où le courant m'emporte
Vers ces églises
Étranges balises
S’offrant en refuges
À des divinités transfuges
Et tous leurs serviteurs
Dans la douce moiteur
De ce bienvenu naufrage
En silencieux accastillage
Dans l'innocence profonde
D’un fragile début du monde

Claude
Paris 2005

28.5.06

La caverne

LA CAVERNE

Le monsieur parle. Il est assis derrière un grand bureau.
Elle est assise devant lui, balançant doucement ses jambes d’avant en arrière
Il parle en regardant la petite fille et en regardant aussi sa maman présente à ses côtés.
Une frêle et blonde enfant, tête légèrement penchée en avant, les mains croisées sur son jean, parfaitement immobile et le visage inexpressif.
Seules les jambes montent et descendent, d'avant en arrière comme un métronome battant une invisible mesure.
Mais les mots ne l’atteignent pas. Elle les sent seulement ricocher sur son crâne et se perdre autour d’elle entre sa chaise et le grand bureau qui la sépare de l’homme qui parle

-Melissa lui dit sa mère, Melissa, tu écoutes ce que te dis le docteur ?

Melissa, 8 ans depuis quelques jours, un adorable visage entouré de fins cheveux blonds se tait, yeux dans le vague et visage fermé.

C’est qu’elle est en chemin pour rejoindre sa caverne.

Elle a commencé son périple le long de ces grands couloirs qu’elle connaît par cœur. Elle a commencé à lire les mots puis les phrases écrits sur les murs
Des parties s’illuminent à son passage et elle les caresse du regard
Ils sont beaux tous ces mots, elle voudrait les prendre dans ses bras pour les bercer, pour les caresser
Certains sont dans la langue que parlent les adultes qui l’entourent mais d’autres sont dans des idiomes ou des sortes de patois qu’on n’entend jamais par ici

Elle est maintenant arrivée dans sa caverne, elle est immense, tellement grande qu’on n’en voit pas le fond, noyé qu’il est dans une obscurité qui ne demande qu’à être explorée

A sa gauche et à sa droite défilent en longues processions des nombres.
Des nombres qui se suivent comme ces guirlandes que maman accroche à l’arbre de Noël pour le décorer
Là, elle s’arrête pour les contempler. Un nombre à 7 chiffres, des chiffres qu’elle appelle un à un et qui viennent à elle comme des animaux familiers, elle imagine un autre nombre lui aussi composé de 7 autres chiffres et elle leur dit

–Mariez vous.

Et ils se marient, c'est-à-dire qu’ils s’assemblent pour se multiplier.
A une vitesse sidérante, ils montent et descendent le long d’une paroi qui s’illumine en brefs éclats brillants et en une fraction de seconde, ils sont là comme une armée d’obéissants serviteurs, contents d’être à la place déterminée par le calcul entrepris

Satisfaite, elle abandonne cet exercice et elle appelle à elle le nombre pi qui vient accompagné de 45 décimales mais elle lui intime d’arrêter et de rejoindre le mur où d’autres nombres remarquables palpitent doucement car elle ne veut pas être gênée par cette longue traîne pour la suite de sa promenade

Les parois de la caverne se sont élargies de telle sorte qu’elle ne les distingue pratiquement plus.
Elle est seule dans cet espace nu et ce sont de longues ondulations qui maintenant l’entourent et la frôlent.
Elles sont légères et filandreuses et remplissent le vide autour d’elle
Par jeu, elle y place des rectangles qui s’animent et palpitent de couleurs différentes, des rectangles plus ou moins longs qu’elle pose sur les structures aériennes qui doucement ondulent comme des herbes d’une rivière vivante et elle écoute une musique qui peu à peu l’enserre et la ravit

Elle y retrouve le bruit du vent et celui de la fleur qui éclot
Elle y entend le murmure de la pluie et l’impact de chaque goutte sur la mousse
Elle y perçoit le glissement de l’aile de l’oiseau déchirant un filet d’air

Les sons revêtent des couleurs différentes : Du pourpre éclatant à un bleu marine lumineux d’autres passent par des verts suaves et des jaunes reposants

Elle se promène au milieu de ces filandreux filaments. Elle est heureuse simplement heureuse.
Elle accompagne leurs mouvements ondulatoires d’un murmure discret mais ses lèvres restent closes et nul ne peut savoir que, dans son ravissement, elle chante

Elle a perdu la notion du temps et du lieu. La caverne l’accueille et la protége et elle s’y sent pleinement chez elle

Les lettres, les nombres, la musique maintenant se mélangent montant et spiralant autour d’elle en longues processions filamenteuses
C’est une symphonie qui se déclanche composée de sons à nuls autres pareils.
Certains sont semblables aux longs cris rauques comme ceux des conques des lamaseries himalayennes, d’autres empruntent la fine délicatesse modulées par les flûtes des peuples nomades de l’Amazonie et d’autres encore sont ceux reproduisant les plaintes d’un oiseau tombé de son nid et qui pleure pour qu'on l'y remette

Des mots défilent maintenant devant elle assemblés en chapitres entiers
A la vitesse de la lumière, elle lit des versets de la Bible, une grande partie d’Hamlet, quelques strophes de Lost Paradise, des parties de chapitres de Montesquieu et de l’esprit des lois qu'elle a lu en cachette dans la bibliothèque paternelle à l’insu de ses parents
D’autres encore où se mélangent des strophes des Upanisads, des lignes du Popol Vuh et l’esquisse d’un sermon de Bossuet
Et aussi des pages de la divine comédie et des descriptions de Don Quichotte qui la font rire

Les lettres tournent maintenant autour d’elle à une vitesse vertigineuse et elle les laisse faire comme on peut laisser un enfant courir et jouer après avoir été pendant longtemps tenu à l’immobilité forcée

Elle est maintenant au milieu de ses amis les plus chers. Nombres, lettres et sons chantent et dansent pour elle, rien que pour elle.
Et dans ce mélange d’éléments disparates, elle lit et entend des langues oubliées, disparues, incomprises ou encore non traduites : Des fragments de Pascuan ancien, des psaumes sacrés égyptiens de la protohistoire avant les dynasties connues, des cantiques de peuples disparus de l’Amérique du sud, des antiennes d’anciennes tribus des vallées perdues de l’Arizona, des chants celtes et des litanies dédiées au dieu soleil des bâtisseurs de Stonehenge.

Et des chiffres se superposent aux lettres et se fondent en des sons lumineusement phosphorescents et elle se ravit de passer des uns aux autres.
Elle va puiser au fin fond de sa mémoire génétique pour y retrouver la langue des origines. Des langues à « clicks », des langues à base d’onomatopées, des chuintements, des sifflements, des langues venues de la nuit des temps et qui passent en longs éclairs vibrants.

Son ravissement augmente, elle se sent bien, elle est au centre d’une symphonie dont elle est le chef d’orchestre, le compositeur et la soliste

Elle flotte maintenant au milieu de tous ses amis qui la dirigent vers le fond de la caverne, irrésistiblement vers ce mur du mystère qu’elle devine au loin

Elle n’est plus seule, ses amis l’entourent: Les nombres, les lettres, les sons sont à ses côtés vêtus de longues et scintillantes parures

Et plus loin, au delà de la limite obscure qui tapisse le fond de la caverne, elle sait qu’elle trouvera la source de lumière pour laquelle elle est destinée et qu’elle y pénétrera pour s’y baigner et ne jamais en ressortir…

-Ces états d’absence que vous nous avez décrits sont réellement inquiétants, Madame, je ne vous le cacherai pas.
Nous avons fait subir à votre fille toutes les batteries d’examens que nous avons à notre disposition.
Ce cas nous dépasse. Je vous propose que vous nous la laissiez pour quelques investigations complémentaires mais je préfère ne pas vous cacher les difficultés qui vous attendent pour que votre enfant s’intègre un jour à un monde qui fondamentalement n’est pas le sien

*********************

J’avais cette petite histoire dans la tête depuis longtemps déjà.
J’avais d’autre part publié quelques lignes sur le sujet dans un envoi du mois de janvier de cette année.
C’est que ce monde de l’autisme dont nombres de secrets nous échappent encore et pour longtemps peut être ne cesse de me poser des questions

Un long article documenté de l’hebdomadaire « Le Point » de 26 mai a fini par déclancher en moi l’envie d’écrire ce qui précède

Quant au monde des autistes-savants, il ne peut que nous plonger dans état d'émerveillement mélé d'effroi. Un monde à part pour des êtres à part.

Dans son ouvrage « L'autisme, une autre intelligence », Laurent Mottron, de l'université de Montréal, conteste l'idée reçue selon laquelle ces autistes géniaux ne sont que des « idiots savants » dotés d'un pic d'habileté totalement isolé.

Pour lui, cette sous-estimation intellectuelle provient de tests inadaptés. « Le fonctionnement du cerveau des autistes est tout simplement différent, mais leur intelligence est de la "vraie" intelligence, même s'ils réalisent les tâches autrement que nous. » LE POINT

Et si ces êtres qui fascinent et dérangent étaient des précurseurs, des pionniers, des êtres qui, par accident ou en raison de mutations prématurées savent se servir et utiliser ces milliards de neurone contenus dans le cerveau dont nous autres, qualifiés de « normaux », n’utilisent qu’à peine 10% des capacités .

Et s’ils étaient des échappés du futur préfigurant des possibilités qu’attendent nos lointains descendants…

Claude

27.5.06

Bretagne en fleur








Pour ceux et celles qui possédent des jardins et des potagers en tous genres, quelques vues de ma jungle bretonne prises ce matin.

Un espace où on se garde bien de couper l'herbe et les plantes sauvages sur quelques parcelles pour en faire des refuges à papillons

26.5.06

La Boétie, à moi!!

Après un voyage jusqu'aux confins de l'univers et de hautes spéculations philosophiques sur nos propres fins dernières, je vous propose un autre voyage qui ne manque pas d'agréments non plus.

Je vous invite à la cueillette de la fraise sauvage comme certains de nos facétieux ancêtres, de Rabelais jusqu'à La Boétie, aimaient à dénommer ces ébats auxquels, entre eux, se livrent les amoureux de tous les temps.


TURLUTUTU

Turlututu
Chapeau pointu !
Et une turlute
Avant la culbute
Ah! Quelles
Sont belles
Nos comptines
Enfantines
Tous ces rondeaux
Si beaux
Des temps jolis
De la Boétie
Et de ses amis
Qui pouvaient
Trousser
Les belles
Et en même temps
Innocemment
Tourner
Des ritournelles
Et une branlette
Saperlipopette !
Qui, la chose
Doit être dite
Vaut bien mieux
Qu’un pauvre coït
Foireux
Et le déduit
Sacré nom d'un buis !
Quand nos belles
Lors des fêtes charnelles
Savent mettre nos bites
En orbites
Et sont des escabeaux
Pour la bête à deux dos
Qui va au bois
Voir si le loup n'y est pas
Et des marchepieds
Ou des escaliers
Pour voir
Au creux de nos soirs
Si des anges en kyrielles
Vraiment peuplent le ciel
À son septième niveau
Ah! Qu’ils sont beaux
Tous ces rondeaux
Des temps jolis
De la Boétie et de ses amis

Claude

25.5.06

Tout naît, tout vit, tout meurt...

Tout naît, tout vit, tout meurt

Voilà qui est bien banal me direz vous. Pourtant cette notion est relativement récente car ces mots s’appliquent à tout ce qui existe dans l’univers. Chacun et chaque chose à son rythme bien sûr

Avant (mais avant quoi ?), c’est le règne du rien et dans ce rien, l’univers est contenu et préexiste.

Et puis c’est cette formidable et inimaginable explosion où, en milliardièmes de secondes, puis en fractions de secondes puis en milliards d’années, l’univers visible se structure et se met en place (mais qui a mis le feu à la mèche et pour quelle raison ?)

Et aujourd’hui encore ce « travail continue puisque, à partir de l’œuf primordial, l’univers s’étend et s’étale « créant » ainsi du temps et de l’espace là où RIEN encore n’est.

Mais où « va » l’univers. Nous savons qu’actuellement les galaxies s’éloignent les unes des autres à des vitesses fantastiques.

Le feront elles comme cela indéfiniment ou bien, comme un élastique tend à reprendre sa dimension initiale, reviendront elles à leur point de départ, l’univers alors se contractant aux mesures de l’œuf primordial pour repartir en un autre cycle ?

Troublantes questions aux limites des possibilités de compréhension de notre petit cerveau et de ses insuffisants milliards de neurones.

Mais pour le reste, de l’éphémère avec ses 24 heures de sursis à l’étoile avec ses milliards d’années, tout naît, tout vit, tout meurt.

Savez vous que notre soleil a une réserve de 5 milliards d'années devant lui avant de brûler ses réserves et d’engloutir en même temps le cortége de planètes qui l’accompagnent dans une spectaculaire phase d’expansion pour devenir un cadavre d’étoile dérivant dans le noir absolu de l’espace, peut être en attente d’engloutissement par un trou noir pour rejaillir de l’autre côté recraché par une inimaginable fontaine blanche

Savez vous que certains arbres peuvent vivre des milliers d’années alors que l’éphémère né ce matin sera mort le matin suivant alors qu'en ce qui nous concerne, lentement mais sûrement, nous nous acheminons vers ces 120 ans que déjà nous attribue la bible.

Curieusement d’ailleurs, ce chiffre rejoint celui des plus récentes découvertes scientifiques puisqu’il semble que notre potentiel cellulaire nous accorde généreusement, sauf accident, cette durée de vie.

Où diable donc les rédacteurs des versets de la Genèse ont-ils été puiser cette information ?

Bon! Nous mourrons puisqu’il nous faut en passer par là mais ce qui s’applique à l’échelon individuel s’applique aussi à l’échelon collectif.

En d’autres termes, notre espèce, celle dont nous sommes si fiers, disparaîtra à son tour comme tant d’autres espèces l’ont fait à leur tour.

Vous ne me croyez pas ? Eh, bien, sachez que nous avons coexisté avec d’autres races humaines. Neandertal par exemple.

Vous connaissez bien sûr, au moins de nom.

Eh, bien, ces braves gens étaient des humains comme vous et moi mais d’une espèce différente puisque toute reproduction croisée était probablement impossible.

Nous sommes bien loin de cette idée naïve qui les voyait comme des ancêtres à peine présentables dont nous descendrions.

Tout faux !

Et voilà une autre espèce humaine qui n’est plus comme a disparu une autre espèce (Enfin, là, on est moins sûr) mais ce serait celle dont quelques fragments de squelette viennent d’être découverts dans une île de la Sonde, Flores au joli nom. Créature que les savants ont baptisé du doux nom de Hobbit en raison de sa petitesse (1 mètre au garrot, ces braves petits) mais aussi humains apparemment que vous et moi.

Disparus eux aussi.

Alors, pourquoi ne nous arriverait il pas la même chose à nous les sapiens et si fiers de l’être (pas forcément toujours à juste titre d’ailleurs)

Bon ! Ceci dit, on oublie généralement un échelon intermédiaire. Je veux parler ici des civilisations à défaut d’un autre terme.

Des milliers et probablement bien plus sont apparues, ont vécu et ont disparu conformément à la règle immuable citée plus haut.

Une multitude dont certaines n’a laissé que des traces infimes que des spécialistes s’efforcent, souvent avec beaucoup de difficultés à déchiffrer la signification.

Disparues à tout jamais dans le vent de l’histoire. Comme en Amérique du sud: Olmèques, Toltèques, Aztèques, Incas. Toutes avec une caractéristique, c’est qu’il n’existe pas de fil rouge entre elles. Elles sont nées, ont vécu et ont disparu pour quelque raison que se soit, seules et sans descendance

Ce qui n’est pas le cas sous nos latitudes. On trouve des rapports extraordinaires profonds entre les civilisations des Pyramides (car il y en eu plusieurs) et celle de notre temps, l’ère chrétienne ou ère du poisson comme aussi on peut l’appeler

La civilisation pharaono-judéo-chrétienne qui suit un fil d’Ariane se transmettant fidèlement d’époque en époque ses savoirs et ses traditions

Savez vous par exemple que la prière du Notre Père vient en ligne droite d’un rituel pharaonique et que le culte de Mithra fête la naissance de son dieu salvateur le 25 décembre de chaque année. quelques 2000 ans avant la naissance de ce dieu salvateur que l'on nomme Christ. Extraordinaires coïncidences, non?

Et les exemples sont multiples de l’apport de ces périodes dites antiques, de la Grèce à Rome, à notre époque actuelle.

Et le plus extraordinaires est que tous ces temps d’histoire semblent pouvoir se diviser en périodes de quelques 2000 ans.

2000 ans pour la civilisation du taureau, 2000 ans pour celle du bélier, 2000 ans encore pour celle du poisson qui est la notre et dont l’âge dépasse maintenant ces fatidiques 2000 ans

Nous arrivons donc en fin de vie pour cette civilisation dont nous faisons partie et qui a su, pour la première fois de l’histoire de l’humanité connue se répandre sur l’entière surface du globe

Elle sera suivie par celle du verseau si toutefois Platon se faisant l’écho d’une tradition remontant à la nuit des temps a raison.

En effet, à en croire ce dernier, cette période est supposée être l’âge d’or de l’humanité où l’homme pourra égaler les dieux et qui sera fatalement suivie d’une autre période, début d’un autre cycle pour une plongée dans les âges d’obscurité pour plus tard ré émerger à la lumière et ainsi de suite pour les siècles et les siècles comme nous le disions alors dans nos catéchismes d’antan

Un long fil rouge courant de millénaires en millénaires dont il nous reste à découvrir qui en est l’Ariane et tenter de savoir qui est l’horloger qui remonte les rouages de cette énigmatique horloge à fixer nos destinées collectives, celles qui s’expriment au travers de toutes ces civilisations en cours et à venir.

Et si, à la fin des fins, comme dans l’anneau de Möbius l’univers s’en revenait à ses origines dans ce big bang inversé qu’est le big crunch; alors ne pourrions nous pas dire : Tout naît, tout vit, tout meurt pour un jour renaître, éternellement !!!

24.5.06

Univers

Chose promise, chose due, j’avais promis de mettre en ligne « Univers », c’est comme ça que j’avais intitulé le petit texte qui suit ces lignes.

Vous l’aurez remarqué comme moi, n’est-ce pas que ce mot prend un S même utilisé au singulier?

Et c’est vrai que c’est un concept bien singulier cet univers.

Et est-ce vraiment une coïncidence ce singulier/pluriel comme si on voulait laisser la porte ouverte à de bien troublantes hypothèses?

Nous en connaissons beaucoup sur l’univers visible maintenant surtout depuis le lancement d’Hubble mais connaissons nous TOUT ? Vraiment tout ? Rien n’est moins sûr.

Qui serait assez téméraire pour affirmer que nous connaissons et percevons toutes les forces, toutes les ondes et tous les moyens de communication ? Hubert Reeves

Notation que j’ai trouvée ici: fr

Big Bang, Big Crunch. Ces expressions nous sont familières et si les scientifiques s’accordent à peu près tous sur le Big Bang, les avis restent partagés pour le Big Crunch.

Retour aux origines ou expansion éternelle ?

Et si l’univers que nous voyons n’était qu’un leurre et s’il était qu’une infime partie d’un ensemble infiniment plus grand ?

Et si chaque porte que nous ouvrons était le passage vers d’autres portes ouvrant sur d’autres couloirs balisant des routes ouvertes vers un autre ailleurs qui nous fascine et nous attire?

Et nous, microscopiques moisissures évoluant sur un grain de sable négligeable placé dans un recoin éloigné d’un bras spirale de notre galaxie, nous osons soulever ces vertigineuses questions.

Et si c’était là que résidait notre seule grandeur et notre seule véritable noblesse ?

Et Dieu dans tout ça ? La réponse à la question ainsi posée est de la responsabilité de chacun d’entre nous.


UNIVERS




Mondes étranges et bouillonnants
Qui se tordent et se vrillent
Planètes de fer brûlant
Métaux qui se recroquevillent
Molécules en recherche d’atomes frères
Voguant dans la vacuité interstellaire
Noirs diamants en déshérence
D’astres éteints en errance
En quête des ultimes particules
Accouchées de galaxies-bulles
Étoiles où se piège la lumière
Pour un voyage sans frontière
Matière en gestation
Mondes en création
Soleils en destruction
Nébuleuses en évasion
Tourbillons de poussières galactiques
Maelströms d’éléments exotiques
De matière noire impondérable
Fragments de lunes impensables
Lourde respiration des profonds infinis
Espaces où le temps s’engourdit
Où des structures s’ensommeillent
Quand des étoiles chantent au bord du réveil
Prémices à leurs glorieuses naissances

Dans le cri précurseur à toute délivrance.

Claude

23.5.06

La palette du peintre

J'aurais aimé savoir peindre. Pouvoir m'asseoir, regarder et transcrire au bout de mon pinceau la transparence de l'eau, le bleu et le blanc de la Sainte Victoire, la fragilité de l'oiseau qui passe et qui éclabousse le bout d'un nuage d'une aile légère
J'aurais aimé me laisser pénétrer de sensations, de l'ocre de la dune, du tremblement des grains qui la composent, les mettre sur la toile et les faire miens pour toujours, à jamais immobiles soumis à l'exigence d'un pinceau qui doucement se promène à touches que-veux-tu sur une surface encore vierge

J'aurais aimé savoir fixer ces reflets de pluie sur les toits d'ardoises de ces toits aux réveils des matins de printemps, j'aurais aimé marier dans la même lumière les nympheas et le signe du temps qui passe en longs frissons sur la surface de l'étang
J'aurais bien voulu...
Mais je ne sais rien faire de tout ça, au contraire je suis d'une maladresse remarquable quand il faut me servir de mes mains, je ne suis qu'un approximatif branleur de mots
Un branleur de mots et même pas sûr de pouvoir ou savoir les faire jouir...





POUR TE PEINDRE

De quoi aurais je besoin?
Des épis du soleil de juin
Un peu de jaune pale
Quelques morceaux d’opale
Rien que pour tes cheveux
Et maintenant pour tes yeux
Juste une parcelle de ces cieux
Qu’à l’automne on a pris
Du vert clair bien sûr et du gris
Pour tes lèvres, de l’incarnat
Du corail et une once de grenat
Pour tes seins et leurs mamelons
De l’albâtre et de Sienne, sa terre
Qui joue de tous ses marrons
Pour y accrocher la lumière
Et enfin pour ta toison
Des bruns et des flammes
Certainement du rouge de tison
Enfin du feu dans toute sa gamme!

Claude
Paris

J'espére que Claude Monnet me pardonnera l'emprunt de ces intemporelles vibrations sur fond de rêves.

22.5.06

Miles Davies

Un bon fauteuil, un verre rempli d’un breuvage optionnel. (Moi, ça serait plutôt du Champagne mais ça n'est pas obligatoire), un autre liquide fait aussi bien l'affaire.

Et les yeux fermés, on écoute.
Miles Davies, vous connaissez? Oui, je sais, c'est un temps que les plus de 20 ans (euh, un peu plus en fait) ne peuvent pas connaître mais la magie agit toujours et même pour les plus jeunes je pense
Rappelez vous, "Ascenseur pour l'échafaud". Florence descendant les Champs Elysées et ces notes qui se détachent une à une comme liées aux pas de Jeanne Moreau, un pur moment d'extase

A déguster casque sur les oreilles si possible pour être bien sûr de n'en pas perdre une miette et écouter, seulement écouter et rêver...


MILES DAVIES

Smile
Miles!!!
Que dévisse
Ta trompette
Laisse tes solos
Si lisses
Nous effleurer la tête
Nous caresser le dos
Smile, Davies!!!
Et que rien ne t’arrête
Dans les jardins
Chagrins
De nos petits matins
Incertains
Laisse tes accords dorés
Bercer nos fronts enfiévrés
Que ta trompette étincelle
Et allume les feux infidèles
Dans ces morceaux de cieux
Informes
Qui dorment
Au fond de nos yeux
Avec ta trompette berlingot
Et tes arpèges sanglots
Quand ta trompette déraille
Pleure, Miles
Quand tu craches la tempête
Et quand smile ta trompette

Claude

21.5.06

Vibrations

VIBRATIONS

C'est le reflet éphémére sur le velours de la nuit
Ces sont des nuages et du ciel,
Des nuages qui passent dans le ciel.
Ils sont lents et beaux et lourds.
C’est un arbre dont le feuillage doucement tremble
C’est la branche qui porte la fleur
C’est le pétale qui me griffe la peau,
C’est la caresse douce qui s’agrippe à ma peau
C’est l’odeur suave des matins de printemps
C’est l’ombre légère qui rafraîchit mon front
C’est le son qui vient d’une bouche entrouverte
C’est le chant du batelier qui s’en revient
C’est la rumeur profonde qui peuple les roseaux
C’est la rivière comme une peinture vivante
C’est l’oiseau qui cache le soleil
C’est l’aile qui déchire le ciel

Et venant du plus profond de moi
C’est le précipice et c’est l’avalanche
C’est le flux qui monte
C’est la fleur qui s’ouvre
C’est la source qui cherche son chemin
Et soudaine et brutale
C’est l’irruption irrésistible
De milles parcelles d’or vivant
C’est la montée et l’ascension
Et c’est, vertigineuse, la chute
Vers le grand rien, vers le néant

Et c’est ce qui laissera
Cette vague trace séchée
Collant sur la peau nue
Entre ventre et pyjama
Lors de mon réveil solitaire

Claude

19.5.06

Il était fils du vent

IL ÉTAIT FILS DU VENT

Il était fils du vent, fils du loup
Et peut-être davantage
Il vivait parmi nous

Mais à l’écart du village
De ses rêves, il était roi
Il suivait ses propres lois
La chimère était son empire
Ses besoins étaient ses désirs

Il était fils du vent, fils du loup
Et peut-être même bien pire
Ses amis s’appelaient vampires
Chouettes, grands-ducs ou hiboux
Chien errant, chien blessé
Putois ou rat d’égout
Souffrants, pleurants, traqués
Et pour lesquels il était tout

Il était fils du loup, fils du vent
Ou de personne plus certainement
Il n’avait ni présent ni futur ni passé
Il venait d’autres cieux ou de la lune
Ce voyageur au bagage bien léger
Détrousseur effronté de fortune
Meneur de loups et de leur sarabande
Quand grosse est la lune sur la lande

Il était fils de nos rêves et du vent
Il est parti avec des hommes en blanc
Sous le regard des braves gens
Du village et du Saint-sacrement
Direction Saint-Fiacre ou saint-Brandan

Qu’importe le nom du lieu ou le temps
Il est parti entre quatre hommes en blanc
Laissant là ses amis et sa vue sur l’étang

J’ai entendu il n’y a pas très longtemps
Venant de dessus les monts d’Arrée
Portés dans un grand souffle de vent
Le cri de la chouette y chevauchant la nuée

Et en réponse à la plainte du hibou
Ce que je crois être l’appel du loup
J’ai su alors qu’à Saint-Brandan
On changeait une paire de draps blancs

Claude

18.5.06

Si tu es...


SI TU ES...

Si tu es
De la bruine
Et du silence
Des ruines

Si tu es
Des collines
Et de la patience
Des signes

Si tu es
Des chemins
Et du chant
Des marins

Si tu es
Des estuaires
Et de la paix
Des rivières

Si tu es
De la dune
Et des rayons
De lune

Si tu es
De l’oiseau
Et de la lenteur
De l’eau

Si tu es
Tout cela
Alors tu es
De mon toit

Tu es de ma fratrie
Et de commune patrie

Claude

17.5.06

Si vous êtes...



SI VOUS ETES…

Si vous êtes
De la bruine
Et du silence
De la roche

Si vous êtes
De la colline
Et de ses bleus
Tremblants

Si vous êtes
Du chemin
Et de ses bords
D’herbes folles

Si vous êtes
Du matin
Et du frémissement
De la feuille

Si vous êtes
Du soir
Et du signe
De la main

Si vous êtes
Du marécage
Et de ses voix
Perdues

Si vous êtes
Du corbeau
Et de l’écorce
Du chêne

Alors,
Je vous ouvre
Grand
Les bras

Alors,
Je vous accueille
Comme partie
Des miens

Claude

16.5.06

Je ne suis...


Oui, je suis ça, je ne suis que ça…

Un voyageur en transit, un promeneur en attente du départ vers la matrice des origines à cheval sur une poussière d’étoile…

JE NE SUIS…

Je ne suis que poussière
Sur l’aile lente des vents
Je ne suis que lumière
Encerclant un volcan

Je ne suis que poussière
Dans la course des nuages
Quand change la lumière
Dans un prélude à l’orage

Je ne suis que poussière
Insouciant dans la rafale
Je ne suis que rivière
Dans ce silence qui m’avale

Je ne suis que poussière
Que molécule ou qu'étincelle
Je ne suis que trait de lumière
S'irisant dans un cristal de sel

Claude

15.5.06

L'oiseau pluie



L’OISEAU PLUIE

Je reconnais
Ton chant
Dans celui
De l’oiseau pluie

Je perçois
Tes murmures
Sur les ailes
De l’oiseau brume

Je retrace
La fuite
De l’oiseau bruit
Dans les méandres
Q’empruntent
Les sentiers
De mes nuits

Et je recueille
La longue plainte
Eternelle
Des amants
Désunis
Dans la rumeur
Du vent
Qui s’écharpe
Aux rameaux
Du levant

Claude

11.5.06

Les femmes de nos chansons

LES FEMMES DE NOS CHANSONS

Elles sont
De nos chansons,
Et tiennent de Mélusine,
Avec leurs tailles fines
Ou d’une Viviane
Qu’aurait des mains de liane
Des Barbara
Qu’on tiendrait par le bras
Direction Brocéliande
Ou un sommet des Andes.

Elles sont toutes le frisson
Qui fait trembler
La bulle de savon
Avant de s’envoler
Et d’emporter
Avec elles
En parcelles
Leurs couleurs irisées
Comme de l’avancée
D’un cap s’évadent
Comme des oeillades
Du phare
Des derniers départs
De palpitants
Scintillements.

A ce moment
Des embarquements
Quand le coeur décroche
Au son d’une cloche
D’un triste quai
Embrumé
Toutes nos Mélusine
Nos soi-disant cousines
Nos presque bonnes fortunes
Et leurs regards de lune,
Toutes celles
De nos rimes éternelles
Tendrement nous envoient
Avant que la nuit ne les noie
Dans la douceur
Du soir
Les frissons rieurs
De leurs touchants mouchoirs

Elles sont
De nos chansons,
Et tiennent de Mélusine,
Avec leurs tailles fines
Ou d’une Viviane
Qu’aurait des mains de liane
Des Barbara
Qu’on tiendrait par le bras
Ces amies de nos rêves
Et des ombres qui s'élèvent

Claude
Paris

10.5.06

Pierre, Jean Louis, Claude et les autres...

PIERRE, JEAN LOUIS, CLAUDE ET LES AUTRES…

Pierre, c’est mon ami, 80 et quelques printemps, une santé parfois un peu vacillante mais un humour toujours bien affûté et parfois féroce. Jean Louis aussi, bien plus jeune, la soixantaine toutefois bien affirmée et qui se remet mal du décès de son épouse l’été dernier

J’aime la compagnie de ces deux là que tout oppose, le plus âgé avec toujours un mot pour rire à la bouche en dépit de la fatigue qui parfois lui mort les reins et l’autre, le méticuleux, le calme, autrefois cadre dans une boite de logistique.

Deux hommes si différents l’un de l’autre et avec qui je me sens bien, avec qui je n’ai pas à me remettre en question. Deux hommes, deux amis !

Bonheur quand Pierre est présent à l'accueil de l’association où parfois je mets les pieds pour occuper certains de mes moments parisiens.

Bien sûr, j'ai le droit à :

-Alors, salopard, tu te décides à venir nous revoir, c’est quand même pas trop tôt !!
Franchement, j'aurais été déçu, s'il ne m'avait pas dit ça.
Maintenant, les rites des retrouvailles vont pouvoir commencer.
On va pouvoir se diriger vers ce petit restau quand aime bien dans un coin du populeux neuvième

Là, je pourrai dire à mon Pierre que je le trouve un peu plus frais que lors de notre dernier contact. Il venait alors de se faire opérer de la vésicule quand j’avais pris de ses nouvelles à l'hôpital.

-Oui, m'a t’il dit, quand tu m'a eu au téléphone, j'avais encore un pied dans la tombe et l'autre sur une peau de banane !!

Il a toujours de ces formules à l'emporte pièce qui me font inévitablement rigoler

Et je sais que si je m’attarde un peu plus que nécessaire sur la silhouette d’une jolie fille passant à proximité, il me dira :

-Tu préférerais sauter là dessus que sur une mine, hein ?

Mais on discutera sérieusement aussi, Jean Louis qui s’intéresse aux choses du monde va m’interroger sur la situation internationale.

Comme j’ai pas mal voyagé sur notre vaste terre, je suis supposé savoir, alors, je vais faire celui qui sait car je suis sensé disposer d'informations inédites

Alors, pas question de reculer mais à l'oeil qui frise de Pierre, je sais que lui n'est pas dupe et il sait très bien qu'en fait, je n'en sais pas plus que la moyenne des français sur ce qui se trame sur notre vaste terre mais ça le fait rigoler, je le sais bien, de me voir prendre un air de conférencier pour répondre, lui, qui sait si bien à son âge que plus grand-chose n’est réellement sérieux dans cette vie sauf peut être le plaisir simple de se retrouver autour d’une table devant un verre de vin vieux et une assiette qui répand un odorant fumet.

Et c’est ainsi que se dérouleront ces retrouvailles entre grosses blagues, un soupçon de sérieux et de cette tendresse si particulière que savent monter entre eux les hommes dans certaines de leurs réunions

Claude


9.5.06

Plan de vol


Juste un petit voyage pour ceux ou celles qui voudraient bien me suivre...




PLAN DE VOL

Nous parlerons du monde
De ses brunes et ses blondes
Nous parlerons de tout
Et nous rirons de rien
Nous serons fous
En essayant d’être sages
Afin d’attendre demain
Et ses autres paysages
Nous ferons quelques pas
De danse
De valse ou de samba
Et tenterons notre chance
A des jeux de comptoirs
Nous suivrons le trottoir
Jusqu’au marchand de roses
Où nous ferons une pause
Puis nous boirons du vin
En reprenant en chœur
L’un de nos vieux refrains
Et nous parlerons du monde
De ses brunes et ses blondes
Et nous serons fous
En oubliant d’être sages
Et nous rirons de tout
En effeuillant les pages
De ce livre avec entrain
Jusqu’au mot de la fin


Claude

6.5.06

Ils sont parmi nous...



ILS SONT PARMI NOUS…

A cette époque, je travaillais dans une société située en bordure du parc Monceau dans le nord de Paris. Je devais prendre mon métro à Nation et descendre à la station Monceau comme il se doit. Je traversais ensuite le parc plein de mères avec poussettes ou des jeunes filles au pair surveillant d’un œil jaloux des enfants bruyants et agités.

C’est un matin qu’il est entré dans la voiture où j’avais pris place.

Montant en tête de ligne, j’avais régulièrement une place assise et j’en avais choisi une, dos à la marche et me permettant d’avoir une vue sur la porte d’accès ou de sortie de la rame.

C’était un vieil homme avec un violon sous le bras. Un violon probablement ancien et d’usage fréquent au moins si on se référait aux taches noirâtres qui parsemaient ça et là la table d’harmonie.

Notre homme cependant pris le temps d’étendre soigneusement un fin linge blanc entre sa joue et l’instrument

Autour de lui, la plupart des passagers, plus ou moins perdus dans leurs rêves ou leurs préoccupations, indifférents comme ceux des grandes villes et qui en ont déjà tant vu ne lui accordèrent même pas un regard.

Il donna le premier coup d’archet et commença à jouer une mélodie comme jamais encore je n’en avais entendu de semblable : D’une infinie douceur mais traversée de longs passages harmoniques qui semblaient pénétrer l’âme, une composition baroque élégante et aérienne mais avec des accents de profond désespoir.

Beaucoup de visages se levèrent alors vers lui et certains voyageurs, fait rare, se retournèrent même complètement sur leur siége

Yeux baissés sur son instrument, l’artiste semblait indifférent à ces marques d’intérêt et il continuait à tirer de son violon ces sons étranges et tellement prenants et pressants

Une station arriva et avec elle, tout son lot de bruits divers et variés: Crissement des roues, ouvertures et fermetures des portes, signaux de départ. Pendant ce rituel, notre homme avait arrêté de jouer, l’archet pendant le long du corps

Dés le départ vers la station suivante, la mélodie reprit et c’est alors que son regard accrocha le mien

Pour la première fois, je distinguais ses yeux : Extraordinaires de pénétration, des yeux d’un bleu pale parsemés de paillettes dorées, des yeux étirés aux extrémités en forme d’amande comme ceux de félins, ceux de ces chats de race persane en particulier dont on ne se lasse jamais d’admirer la perfection

L’échange probablement fût bref mais je sais que son regard passa la barrière de mes propres yeux et vint imprimer un flash ou ce qui me sembla être tel, dans mon cerveau, à l’endroit où le nerf optique diverge en un faisceau de neurones au point que j’en ressentis comme un étourdissement rapide mais intense

En quelques millièmes de seconde, il avait en moi ouvert une porte

Continuant à me fixer, il sembla hocher la tête une fois ou deux et une esquisse de sourire triste vint à ses lèvres

Il descendit à la station suivante sans tendre la main, chose étrange, pour d’éventuelles oboles.

Je ne l’ai jamais revu.

C’est depuis ce temps que je les entends.

Ils sont parmi nous !!!

Ils sont parmi nous et se parlent entre eux.

Ils sont parmi nous pour échanger leurs impressions ou se communiquer des instructions

Et pour ça ils se servent de chuintements, de sifflements, d’interruptions subites suivies par des claquements de langue !!!

J’ai entendu parler récemment de ces langues parlées par des indigènes de l’Est africain, les Bushmen.

Ils utilisent entre tribus différentes des langues diverses mais qui, toutes, incorporent des 'clicks' dans leurs expressions.

On pense qu’avec un tel langage, ils peuvent aussi correspondre avec les animaux du bush.

Quelquefois, j’entends des sons identiques dans ce que je suppose être leurs conversations.

Il m’est même arrivé de croire pouvoir distinguer l’un de nos mots humains s’échappant de leurs échanges mais bien vite suivi de ces manifestations parlées tellement étrangères à ce que nous sommes et aux langages que nous pratiquons

J’ai même reconnu certains de ces échanges auditifs sur la télévision ou la radio car ils se servent aussi des nos moyens de communications modernes dans des fréquences inutilisées ou que l’on n’écoute pas habituellement

J’évite maintenant de plus en plus la foule et les transports en commun mais même sur les trottoirs, j’entends leurs échanges

Ils communiquent entre eux et se reconnaissent !

Ils nous surveillent et nous jaugent !

Ils attendent.

Ils attendent probablement un signal venu d’ailleurs pour passer à l’action !

Ce cadre semblant perdu dans ses pensées avec sa mallette d’ordinateur, ces touristes équipés d’appareils photo dernier cri, cette femme entre deux âges avec un sac d’un grand magasin à la main, ce couple d’amoureux, elle la tête appuyée sur l’épaule de son compagnon.

Peut être tous ceux là sont de ces êtres en mission d’observation et venu d’un autre ailleurs.

Et toujours, ces sons, ces soupirs, ces grondements modulés du grave à l’aigu, un bruit de fond inaudible sauf à quelque uns choisis sur des critères qui m’échappent et dont j’ai fait partie à mon corps défendant.

Mais où sont les autres vigiles, les autres sentinelles, les autres guetteurs car je sais n’être pas le seul à avoir fait l’objet d’un choix par l’intermédiaire d’un vieux violoniste?

Comment alors à notre tour pouvoir communiquer entre nous, échanger nos impressions et prendre des dispositions face aux dangers qui nous guettent et élaborer un plan de défense avant qu’il ne soit trop tard?

Ne plus se sentir seul et impuissant face à ces présences, tellement étrangères et menaçantes.

Menaçantes pour notre survie, pour notre civilisation, pour notre propre identité

Et si je ne peux rien faire, comment couper le son ?

Je voudrais redevenir comme tous ceux qui, insouciants, continuent leur vie, indifférents à la menace pourtant là, bien présente autour de nous

Ne plus entendre, ne plus pouvoir entendre.

Fermer simplement les yeux et percevoir le son du vent remuant doucement les feuilles des arbres

Devenir sourd, ne plus avoir à subir ces bruissements furtifs, ces amorces de feulements, ces sifflements, toute cette communication entre ceux là si étroitement mêlés à nous et à nos petites vies

Refuser ces sons qui rentrent en moi et me font frissonner de peur et d’impuissance.

Je suis gardien, je suis vigile dans la foule qui m’entoure et je voudrais hurler, dire qu’ils sont parmi nous, nous espionnent, nous jaugent et nous observent comme le font nos entomologistes avec les colonies de fourmis ou de termites.

Ou alors, couper le son, passer sur « OFF », ne plus rien entendre…

Ou alors, fermer les yeux et dormir, dormir, dormir et s’anéantir dans le cœur froid du ventre de la nuit et qu’enfin se fasse le silence !!!




5.5.06

Les 20 ans

Un temps mythique et une question que je préférerais poser plutôt que d’être en mesure d’y répondre…

LES 20 ANS

Pour combien de temps
Dis moi,

Pour combien d'temps

Qu’on a vingt ans?

Combien de mois

Combien vraiment

De c'joli temps là?

Le temps

Des aventures

À coeur que voilà

Des ouvertures

Vers d'autres bras

Est-ce que ce sera

Des jours

Ou bien des mois?

Ce temps qui court

Celui des vingt ans

Celui du bon temps

Ce temps si court

Et dont on dit

Ca me fait soucis

Qu’il ne reviendra pas

Dis moi

Compte avec moi

Toi qui les a eus

Toi, qui les a vécus

Depuis longtemps déjà

Ces fameux vingt ans là

Ça fait des jours ou des mois?

Est-ce qu'on a le temps

Tu crois

De les goûter

Vraiment

Ces tendres années là

Ces années

Des grandes avancées

À coeur que voilà

Et des jours sans souci

À coeur que voici

Ces années des serments

Qui doivent durer longtemps

Mon garçon, ne perd pas
Ton temps à ça !

Ouvre ton coeur

À tes vingt ans !

Compte pas les heures

Compte pas le temps !

Tu verras que décidément

Tu n'auras pas trop

Vraiment pas trop

De tout ton temps

Pour y goûter

À gorge déployée

Claude
Paris

4.5.06

Juste un peu de nostalgie

Ce fût il y a longtemps, dans un autre temps, dans un autre siècle et avant que, pour moi, les choses ne se gâtent avec l'éducation nationale...
(merci à Doisneau pour les illustrations)



QUI ME LES RENDRA

Qui me les rendra
Mes petits matins froids
Mes départs
En retard
Pour l’école

Buvant d’un trait
Mon bol
Coloré
De café
Au lait
Les marrons pendaient
Au bout des ficelles
Dans les poches, les boulets
Et les billes si belles
Sagement attendaient

Le moment sacré
De la récré

Qui me les rendra
Mes lointains matins froids
Les vieux marronniers
Flamboyaient
De leurs jaunes rouillés
Un soupçon de gel
Soulignait de blanc

De tout ronds
Morceaux de charbons
En tas abondant
De futures étincelles
Dans nos têtes
Résonnaient parfaites
Les déclinaisons

Et des bouts de leçons
Des bribes de chansons
Et des conjugaisons

Qui me les rendra
Mes fragiles matins froids
Le rire des copains
La promenade
Le long de la rivière
Toutes les rigolades

Les bousculades sans fin…

Elle avait un béret vert
Une cape noire
Et un air bien sévère
Sous l’écrin de ses cheveux clairs
Et quand nous l’apercevions
Nous devenions

Un peu plus silencieux
Déjà un peu plus vieux

Qui me les rendra
Tous ces matins froids
Quand j'étais empereur
Quand j'étais roi

Trappeur
De Fenimore Cooper
Ou bien Robin des bois

Qui me les rendra
Ces tendres moments là

Et mes dix ans
Et mes rêves à pleins temps
Alors, la vie me faisait
Des longs chemins en toiles
Où je semais d’un trait
Toute une pluie d’étoiles

Claude
Paris

2.5.06

Désert


J’étais au milieu du désert de Thar quand j’ai pensé ce poème.

Thar, ça ne vous dit rien ?

Alors, prenez un atlas et vous verrez une grande étendue vide entre Inde et Pakistan, du nord ouest du Rajasthan vers Karachi beaucoup plus au nord, c’est là.

Il est appelé aussi le Grand Désert Indien ou Mârusthali, le Pays de la mort

J'étais entre Bikaner et Jaisalmer, seul avec un chauffeur, à des lieues de tout habitat humain et ces mots sont venus mélangeant ce désert avec des images de l'Europe

Etrange action des déserts capables plus que n'importe quel autre paysage de vous transporter en quelques fractions de secondes en d'autres lieux, en d'autres temps...


DESERT

Dans les déserts couleur ocre et sang
Où est gardé le souvenir de guerres oubliées
Parmi les dunes que survolent les vents
S'entendent parfois de bien étranges mélopées
Nous parlant de conquêtes et de combats violents
Des voix qui se mêlent aux souffles déchirants

Qui sont les plaintes assourdies de vies cassées
Par de vieux capitaines ou leurs âmes damnées
Par des mercenaires des guerres de trente ans
Des lansquenets et bien d'autres brigands.

Entend s'écarteler sur la roche effilée ce vent
Qui t'enveloppe et te caresse au petit matin
Dans le désert et son silence assourdissant
Et crucifier sans pitié avec tout leur butin
Les armées en déroute et tous leurs régiments

Écoute bien ce vent méchant venant d'orient
Portant sa charge de terribles confidences
Écoute le bien quand il commence sa danse
Que tournent et s'enroulent les gémissements
Les demandes de merci ou bien les ricanements

Ce sont là les bruits et réminiscences
De tant de fureur, de tant de violence
Sur quoi s'étendent dans un remords sans fin
Les dunes mouvantes que rien ne retient.
Leur sable qui de tes mains s'écoule
Dont la forme au moindre frisson s'écroule

Est le linceul aride et l'austère humus
De ceux partis sans prière ni le moindre oremus
Tombés dans des luttes et des combats obscurs

Pour une cause perdue ou bien pour un parjure

Ils errent encore dans le grand vide indifférent
Dans ces étendues mortes refusées aux vivants
Qui ressemblent à ces champs d'après la bataille
Quand le sable s'élève comme une dure muraille
Pour garder en son sein tous ces soldats perdus
Et leurs âmes blessées sans espoir de salut.

Claude
En Inde

Touche d'innocence


On se demande souvent ce qu'est le bonheur. J' ai trouvé un exemple sur un blog dont je ne me souviens plus du nom. D'ailleurs si l'auteur(e) de ce cliché reconnait son oeuvre, qu'il (elle) me fasse signe pour me donner son accord pour que je puisse continuer à l'utiliser dans mes envois

J'en reviens au bonheur, ce sentiment si difficile à définer, tellement compliqué à quantifier

Mais regardez cette simple photo qui me met le coeur en joie à chaque fois que j'e l'aperçois dans le fichier où je l'ai classée et que je veux aujourd'hui vous faire partager.

L'innocence d'une petite fille, le geste de protection d'une mère prévenant une possible chute, tout ça baignant dans une lumière douce et apaisante probablement celle d'un paysage du sud de la Loire.

Quelle autre définition à donner au bonheur que ce fugitif et émouvant instant?

Et si le bonheur, c'était seulement l'un de ces petits riens dans un océan de chagrin?

Et si tu l’attrapes

Et si tu le happes

Tiens le bien

Tiens le bien…

Claude

1.5.06

Alchimie


L’alchimie fait partie de ces choses auxquelles je me suis intéressé en mon temps.

J’ai lu quelques ouvrages là-dessus. Je ne suis pas certain d’avoir tout bien compris

Il fait dire que rien n’est simple dans cette matière en particulier en raison du langage manifestement codé derrière lequel se réfugient ses adeptes

Mais quoiqu’il en soit, on lui doit des découvertes extraordinaires dans le domaine de la chimie en particulier

Mon hypothèse, mais cela n’engage que moi, est qu’il s’agit des fragments d’une science archaïque fort ancienne dont seules quelques bribes sont parvenues jusqu’à nous

Imaginez vous après un naufrage qui ne laisse sur le rivage que quelques bois flottés et débris informes devoir reconstituer un fier bâtiment, coureur des mers



Voilà en tous les cas ce que ce sujet m’a inspiré :

ALCHEMIA




C’est sous l’écorce des pierres
Que gît la genèse des mondes
Et dans leurs caches fécondes
Que reposent les mystères
Des forges où Tubalkaïn
Fait bouillonner l’airain
Des armes impatientes à venir
Où s’essoufflent des zéphyrs
Qui en leur sein élaborent
Du métal vil la larme d’or



C’est sous la surface des choses
Que s’agglomère la gnose
Pour des croyances en devenir
Engourdies de notre avenir
C’est là dans les chantiers
Aux profondeurs ôtées
Que doucement chante Orphée
Et sans fin voyage Jason
Que travaille le Trismégiste
À tisser d’or la toison
Pour habiller ces cabalistes
Prêts pour des voyages
Vers des aréopages
Pour jauger les manoeuvres
Préalables au grand œuvre



C’est au travers des vitraux
Que les rubis sapientiaux
S’offriront à des vestales
Aux sourires enjôleurs
Dans les smaragdites couleurs
De leurs arachnéens voiles
Y cachant l’ultime étoile
Dans les infinitésimales
Dernières lueurs sépulcrales
Du cœur secret de la nuit
Gardiennes des trésors enfouis
Sous l’infaillible protection
D’inflexibles et fiers dragons
Défendant l’accès des portes
Vers où nos rêves nous emportent

Claude