30.4.06

Slikke et schorre

Slikke et schorre, vous connaissiez ça, vous? Je vais vous faire une confidence moi j'ignorais totalement leur existence à ces deux mots là jusqu'à avant-hier quand je suis tombé dessus au hasard d'une de mes lectures.
Extraordinaire le pouvoir d'évocation des mots et de leurs consonances, non? Ils auraient pu, je crois, entrer facilement dans une chanson de Brel par exemple, vous ne pensez pas?
Moi, je les trouve beaux tout simplement et tellement évocateurs de ces plages de la mer du nord pleines de vent et de nuages. J'ai eu alors envie de les marier à un texte, juste pour le plaisir de les utiliser, de les manier avec délectation.
(Mais c'est juste pour le fun, il y a belle lurette que je n'attend plus rien.)

L'estran est, en géographie, la partie du littoral située entre les plus hautes et les plus basses mers connues.

L'estran proprement dit est divisé entre slikke et schorre :

  • La slikke (du néerlandais slijk, signifiant « boue ») est la partie basse de l'estran, qui n'est découverte que lors des basses marées.
  • La schorre (du néerlandais scor, signifiant « terrain d'alluvion ») est la partie haute de l'estran, qui n'est recouverte que lors des hautes mers. De la végétation peut pousser dans la schorre et fixer la vase de l'estran (comme dans le cas des prés salés).



L’ESTRAN

Mon cœur s’étend
Comme l’estran
Quand
Je t’attends
Entre slikke
Et schorre
Un cœur boulimique
Et qui te veux encore

Mon cœur se répand
Comme espace d’estran
Quand je t’attends
Comme passe le temps
Entre schorre
Et slikke
Mon cœur s’applique
À te vouloir encore

Mon cœur
Est comme l’estran
Comme cette heure
Qui sur la plage
S’éprend
De ton visage
Entre slikke
Et schorre
Comme une supplique
Qu'aurait un goût d'aurore

Mon cœur est
Comme l’estran
Quand la mer descend
Revient en flux de marée
En longues vagues pressées
Entre slikke et schorre
Alors que je t’attends
Toujours et encore

Claude

29.4.06

L'allée

L’ALLEE

Putain de merde !

Le juron lui vint spontanément aux lèvres qu’il prononça à haute voix dans la nuit profonde.

Une souche qui dépassait sur le chemin d’accès à la propriété et que de jour il n’avait jamais remarqué avait failli le faire s’étaler de tout son long

Il s’arrêta un instant. Le seul bruit audible était celui des feuilles de chêne que le vent faisait doucement bruisser au dessus de sa tête

Un nuage passa devant la lune et l’obscurité se fit plus profonde. Il frissonna et remonta le col de son manteau

100 mètres, 200 mètres, d’après ses estimations, c’est ce que devait mesurer l’allée.

Après c’était la cour pavée de vieux blocs disjoints et au fond la maison.

Elle aurait pu allumer au moins la grosse lampe extérieure car tout n’était que noir absolu autour de lui

Il mit la main dans sa poche et sentit la présence tiède de son portable dans sa paume. Il fût sur le point de l’appeler mais se ravisa.

Il lui sembla préférable de frapper à l’huis comme il l’avait fait tant de fois et attendre que sa voix se fasse entendre au travers de la lourde porte

Il se remit en route, regrettant de n’avoir pu conduire sa voiture jusqu’au perron mais bien sûr la grille était fermée et seul le portillon de côté s’était ouvert sans difficulté pour le laisser passer

Presque inconsciemment, il bifurqua sur la droite pour poser sa main sur le tronc d’un des chênes séculaires, moitié pour se repérer, moitié pour sentir une présence rassurante.

Il secoua la tête

-Bon Dieu, à mon âge, je ne vais pas quand même avoir peur du noir

Il revint vers ce qu’il estima être le milieu de l’allée et se remit en marche

Soudain, à peu de distance et derrière lui un bruit furtif se fit entendre comme une bête en chasse ou rejoignant sa demeure. Un mouvement léger qui s’arrêta aussitôt quand il toussota discrètement

Levant les yeux, il distingua deux ou trois étoiles doucement scintillant contre le noir d’encre de la nuit

Il continua sa marche en avant. Il avait hâte d’arriver maintenant et de retrouver le feu dans l’âtre et le couvert qu’elle savait si bien dresser.

Un repas d’amoureux, des lumières atténuées habillant de lumières douces les murs et leurs courbes de vénérables pierres

100 mètres, 200 mètres, la distance aurait du être depuis longtemps franchie lui semblat-il mais sous ses pas, c’était toujours le même revêtement inégal et les troncs tarabiscotés des chênes bordaient toujours les bas côtés

Il enfouit plus profondément ses mains dans son manteau car il avait vraiment froid maintenant et il pressa le pas

Très loin, il entendit un bruit de klaxon et curieusement, un oiseau de nuit sembla lui répondre d’une plainte modulée plusieurs fois

Une coupe de champagne bien frais, il imagina le mouvement des bulles dans leur flûte et son sourire vu au travers du liquide jaune et puis aussi ce Bourgogne que tous deux aimaient bien pour accompagner le repas.


Soudain, il poussa un cri de surprise et quelque chose comme le début d’un hurlement

Dans l’allée, les feuilles des vieux chênes s’agitèrent comme si une main géante avait ébouriffé la cime des arbres…



C’est un garde-chasse faisant sa tournée qui trouva le portable dernier cri encore chargé sur ce chemin forestier ne menant rigoureusement nulle part et très loin de la route la plus proche.

Poussé par la curiosité, il appuya sur la touche « ON », l’écran fluorescent se mit à luire dans les lueurs du petit matin.

Un signal commença à palpiter doucement Vous avez un nouveau message- s’inscrivit dans la fenêtre.


Il mit l’appareil à l’oreille et appuya sur la commande idoine.

Une voix féminine se fit entendre

-Je t’ai attendu une partie de la nuit. Tu n’as même pas daigné me dire que tu ne viendrais pas. Inutile de continuer comme ça et inutile d’essayer de me rappeler. Adieu !!!


Claude

Jeux de lumières

Celui là, c'est le dernier de la série des bars. Après, j'arrête sinon vous allez croire que j'suis un poch'tron.
Bon, d'abord mais j'fais ce qu'je veux de ma vie et de mon blog aussi, non, mais!
En fait, quand on on a du vent aux semelles, on tient pas en place, c'est bien connu.
J'aime pas trop ce petit dernier mais comme je disais récemment, on peut pas avoir toujours du génie...


JEUX DE LUMIERE

Sous le globe rouge
Qui scintille
Bougent
Les filles
Tout en patchoulis
Et en friselis

Au comptoir
Se disent des histoires
Des lueurs bleues
Prêtent des reflets
De barbe bleue
A des barbus
Aux cous replets
Aux ventres cossus

Des gars
Beau comme au cinéma
Lorgnent des vestales
Aux longs visages ovales

Une sueur aigre
Coule entre les seins
Un peu lointains
D’une maigre
Des bijoux
A cent sous
S’enfoncent
Dans le saindoux
Très doux
Des bras roses
D’une grosse

Sous le globe rouge
Qui scintille
Bougent
Les filles
Tout en patchoulis
Et en friselis

Des rires hystériques
S'ajoutent à la musique
Et elles tournent
Et s’en retournent
En fendant la foule
Se mettre sous la boule
Qui balance
Sans nuances
Ses reflets rouges
Ses reflets blues
Au fond de ce bouge
Où rien jamais ne bouge

Sous le globe rouge
Qui brûle et scintille
Yeux perdus et joues rouges
Rêvent des filles
Tout en patchoulis
Et en friselis

Claude
Impressions

28.4.06

Dans la glace

(C'est pas un bouchon que vous voyez apparaître à l'arriére plan au dessus d'une bouteille. Non, c'est tout simplement ma pomme vu dans la glace d'un bar...)

On voit de drôles de citoyens dans les bars mais c’est certainement pour ça qu’on aime y retourner.

Des drôles de mecs, le regard perdu de ceux qu’en ont trop vu ou trop bu, je ne sais plus…

Emile et Gaston, mes potes, par exemple :

DANS LA GLACE

M’sieur Émile
N’est pas un imbécile
M’sieur Gaston
C’est pas un con
Ils portent des moustaches
Et boivent du gros qui tache
M’sieur Émile
N’est pas débile
Il est porteur-chef
Chez «De chez vous
A la tombe derechef!!!
Mourez!! Nous
Ferons le reste»
C’est comme ça qu’ils disent
Pour vendre leur marchandise.
M’sieur Gaston,
Lui est gardien de nuit
Il garde la nuit
Et ses bas fonds
Il garde la nuit sans s’arrêter
Tout ça pour l’empêcher
D’tomber.
M’sieur Gaston
N’est pas un con
Même si lui n’est pas chef
Derechef
Lui et Émile
Tranquilles
Contemplent leur vie
Qui doucement passe
Dans le dépoli
D’une glace
Émile et Gaston
Ces deux compagnons
Font du surplace
Dans l’attente lasse
Du garçon très poli
Qui leur sert
Le nécessaire
Pour leur mort à crédit.
M’sieur Émile
N’est pas un imbécile
M’sieur Gaston
C’est pas un con
Ils portent des moustaches
Et jamais ne se fâchent

Claude
Au bar 2004

27.4.06

Les bistrots parisiens

Les bistrots, les bistrots parisiens surtout. Ailleurs aussi probablement mais là, je connais moins.

On y boit mais avant tout et surtout on y voit.

Il suffit de regarder et en plus, ça c’est gratuit !

Il parait que de plus en plus ferment ! Dommage, ce sont encore en ces lieux où nos solitudes se frottant à celles des autres paraissent ainsi plus faciles à supporter.

AU COMPTOIR



Y’a celui qui…
Celui qui rit
Comme un dératé
Et qu’a oublié
Pourquoi !
Celui qui…
Qui ne dit
Rien
Et qui se tient coi !
Celui dont les mains
S’affolent
Dessus son faux col
Et qui mine de rien
Zyeute une chute de reins
Belle comme un Niagara
Et des seins
Qui tombent
En tombe
Tout flagada !
Y’a celui qui baille
Et qui fait ripaille
Qu’attend sa fiancée
Qui s’en est allée
Se faire des passes
Dans l’coin d’Montparnasse
Qu’a croix en or
Sur une chemise sport!
Et le garçon
Un rien obèse
Tourne sur ses talons
Perdus dans ses rêves
Et qu'attend qu'on se lève
Et puis tout au fond
Y’a la p’tite blonde
Qu’est toute seule au monde
Avec un regard qui fond
Comme un sucre dans sa tasse
Qui paraît si lasse
Qu’attend je n’sais qui
Pour faire je n’ sais quoi
Assise sur une chaise en bois
Quelqu’un d’par ici
Mais qui ne viendra pas
Et à qui j’aimerais bien…
Mais à qui j’dirai rien
Comme à mon habitude
Perdu que j’suis en solitude
Avec celui qui…
Celui qui rit
Comme un dératé
Et qu’a oublié
Pourquoi
Celui qui…
Qui ne dit
Rien
Qu’est là jusqu'au soir
Au comptoir
De ce bar
Où la vie va et vient

Claude

Les bistrots

26.4.06

Rime de rien

RIME DE RIEN

Et une petite chanson à la con, ça vous dit ?

On a tous dans ses souvenirs une robe bleue qui tourne autour des jambes d’une fille.

La mienne, c’est la Manékine qui la portait, rencontrée derrière la porte d’un bouge ou dans les salons bien pensants d’une maison de province à goût de cire ou de verveine refroidie, je ne sais plus trop

Et alors ! Trouvées dans un bordel ou dans une maison bourgeoise, on y tient à nos Manékine, ces bulles de savon qui jouaient de leurs longues jambes nues et fuselées, des bulles qui entouraient nos cœurs pour mieux les étouffer de leurs enveloppes légères et aériennes…

LA MANEKINE

C’est la Manékine
C’est une fille de rien
En traits de sanguine
Et c’est notre bien
C’est notre jour de chance
Qui chante et qui danse
Si tôt le matin
Qui chante et qui danse
Donne moi la main…

C’est la Manékine
A l’odeur marine
De brise d’été
Et de foin coupé

Prends moi par la main
Montre moi le chemin
Et je m’en viens
Et s’en va Manékine
Et tous les saints
Et s’en va Manékine
J’me souviens plus très bien…

Mais si tu la vois
Dis le moi
Et si tu l’attrapes
Et si tu la happes
Tiens la bien
Tiens la bien…
Et dis lui
Qu’aujourd’hui
J’m’en reviens…

C’est la Manékine
C’est notre Mélusine
C’est la Manékine
On est tous ses mannequins
C’est la Manékine
Et c’est un chant de rien
C’est la Manékine
C’est une rime pour rien
C’est la Manékine…

On l’attendra bien
Au moins jusqu’à demain

Claude

25.4.06

J'aurais voulu être un poète

Ben, oui! J'aurais voulu être un poète comme d'autres auraient voulu être artiste comme le dit la chanson. J'aurai fait bien autre chose de ma vie en fait .

Certains ont ce pouvoir d'utiliser des mots qui peuvent vous accompagner toute une vie et vous aider dans les moments difficiles en vous transportant dans un autre ailleurs, dans un autre temps, dans une autre dimension.

Des hommes faits d'assemblage d'atomes particuliers et qui peut être ont gardé dans leurs tréfonds les souvenirs de leur origines stellaire pour pouvoir communiquer avec une autre réalité en suivant des chemins de mots qui ne sont pas les notres

J'aurais aimé être poète, c'est ce que maladroitement j'essaie de vous dire dans les lignes qui suivent et pouvoir m'échapper de cet environnement qui m'oppresse et m'attriste si souvent en ces temps de barbarie triomphante


J’AURAIS VOULU ETRE UN POETE...

Pourquoi ils voient pas
Comme moi
Ceux qu’on appelle
Des poètes ?
Ces hommes
Aux mots de fêtes
Qui déferlent
Comme des perles
Pourquoi ils causent
Pas comme moi
Et distinguent des choses
Que je ne vois pas ?
Pourquoi ils ressentent pas
Comme moi
La vie qui s’en va
Trop souvent cahin-caha ?
Pourquoi ils parlent pas
Comme moi
Tous ceux
Dont les yeux
Se remplissent
De chemins
Où leurs pas crissent
Où ils tendent la main
A des étoiles
Et à des nuages
A des filles sans voiles
Ou à des rois mages ?
Pourquoi ils partagent leurs nuits
Entre matins clairs
D’hier à aujourd’hui
D’aujourd’hui à hier
Entre soleils vagabonds
Et cris de déraison ?
Pourquoi ils sont comme ça
Juste comme je ne suis pas ?

Claude

24.4.06

Le voilier

Eh, oui ! Les ports sont faits pour être quittés.

Franchir une dernière fois cette limite qui sépare les eaux côtières des grands espaces hauturiers.

Vous ne m’en voudrez pas mais il est des voyages qu’il nous appartient d’entreprendre seul.

Vous ne m’en voudrez pas si je ne vous convie pas à cette dernière escapade…

LE VOILIER





Je lui mettrai le nez
Au vent debout
Ce vent au goût
D’embruns parfumés
Je lui tournerai
Le cul vers
La dernière langue de terre
Vers l’ultime falaise
Où s’accroche la glaise
Pour qu’y pousse la fougère
Son cul vers la terre
Et moi la tête levée vers
Les constellations
Sans regard vers l’arrière
Sans regret, sans frisson
Le proue de mon voilier
Tourné vers l’immensité
Je m’en irai
Sans frisson ni regret
La tête tournée
Dans le vert
De la mer offert
A ses secrets
Chevauchant la lame
Comme une cavale
Lui confiant mon âme
Comme on entre
Dans un antre
Ou dans une cathédrale
Cul tourné
Vers la terre
Enfin purgé
De mes délétères
Désirs
Seul avec les vents
Doux comme des soupirs
Seul dans les éléments
Quand ils se déchaînent
Sans peur et sans frémir
Prêt à briser mes chaînes
Prêt enfin à mourir

Claude


23.4.06

Le cabaret de la dame en noir

Encore un sur le même thème.

Sur les ports, ces bouches ouvertes sur un dialogue avec la mer.

Et c’est qu’on en voit des êtres et des choses dans ce concentré d’aventures avortées ou réalisées que sont tous les ports du monde: Des négresses blanches et des dames en noir mais je vous laisse la surprise de la visite…


LE CABARET DE LA DAME EN NOIR

C'est au cabaret
De la dame en noir

Que je l'attendais

Quand venait le soir

Sur un coin du comptoir
Une négresse trônait

Une négresse en ivoire

Toute nue et blanche

Avec des seins gonflés

Et de grosses hanches

Laissée par un navigateur

Un marin explorateur

Parti depuis pour

Des courses lointaines

Parti à la pointe du jour

En milieu de semaine

Parti dans un grand sourire

Pour ne plus jamais revenir

C’est au cabaret
De la dame en noir

Que je passais

Et que je la voyais

Cette serveuse

Qui me versait

Des verres

De blonde bière

Qui moussait

Et pétillait

Et on était bien
Dans ce rade

De la rade

Chez la dame en noir

Quand arrivait le soir

Et posées là

Sans grand tralala

Y'avait aussi

Des fleurs de corail

Qu’exsudent

Nos mers du sud

On se s'rait cru au paradis
Dans le son canaille

D’un accordéon

Palpitant

Doucement

Dans cet odéon

Où les yeux mi-clos

Accoudé au bar

Jusqu’à plus tard

Jusqu’à plus tôt

Je regardais les mains

Je regardais les seins

Et la taille

Sans faille

De la serveuse

Aux lèvres pulpeuses

Sous le regard noir

De la dame en noir

Dans l'attente

En vain

De celle qui jamais

Ne vint

S’arrimer

Dans ce vieux cabaret

D’un bout de quai venté

C'est au cabaret
De la dame en noir

Que je l'attendais

Quand venait le soir

Claude
Voyages immobiles

22.4.06

Les ports

C’est la série des histoires de port.

Attention, je dis bien port avec un T à la fin, pas avec un C. Pas d’histoires cochonnes chez moi, ce n’est pas le genre de la maison.

Je cherchais un titre original et j’ai trouvé : Les ports. Comme originalité, on a fait mieux mais on ne peut pas avoir toujours du génie, que voulez vous…




LES PORTS

J’irai les r’voir un jour les ports de mon enfance
Les ports où mes départs sont restés en souffrance
J’y écouterai le chant de l’accordéon en transe
Se glisser en pleurant sur les chemins d’Délivrance

J’irai pousser à nouveau la porte des caboulots
Et planter mon regard dans celui des matelots
Écoutant dans leurs plaintes et tous leurs trémolos
Des histoires d’sacs à terre et d’leur putain d’rafiot

Dans tous les bars au long des quais blafards
J’irai encor’ lever un verre jusqu’à plus tard
Avec des sacs-à-vins et des bons dieux d’soiffards
Des rebuts d’arrière ports et des demi-tricards

Je reviendrai humer la lourde senteur océane
Mélangée avec celles de sucre, de bière, de banane
Celles de colis ouverts sur des entrailles diaphanes
Je reviendrai ouvrir mon nez à la fleur ou à sa fane

J’apporterai mon pas fatigué aux bornes du départ
Là-bas au bout du quai qui fait suite aux remparts
Celui où s’embarquaient en leurs temps des bagnards
Dans la désespérance d’un p’tit matin d’cafard

J’irai là, moi aussi, et dos tourné à la terre
Face à l’océan sournois jouant des gris et des verts
Pour mesurer son indifférence à mes regrets amers
Seul, jaugeant cette plaine liquide, seul, défiant la mer

Claude
Voyages immobiles

20.4.06

Cap'tain

Vous en avez vu probablement comme moi dans les ports de vos vacances: Des hommes vieillis parfois assis sur une bitte d’amarrage, le regard fixé vers le grand large au-delà du phare de l’entrée du port.

Des hommes qui ont été embarqués en leur temps pour d’improbables escales vers des côtes exotiques et qui en gardent au plus profond d’eux-mêmes une insondable nostalgie.

Et leurs yeux délavés par tant de vagues affrontées fixent ces lointains ailleurs persuadés de pouvoir réembarquer encore pour d’autres aventures.

Mas l’âge est là, l’âge est venu et avec lui le temps des voyages immobiles

Et parfois, un beaucoup plus jeune, mi-attendri, mi-goguenard, vient prendre notre vieux capitaine par le bras pour lui dire que tout ça est terminé :




CAP'TAIN

J’irai vent debout
J’irai jusqu’au bout

Mais où t’ira ?
Jusqu’au bout de quoi?

Du quai en bois
Drossé par l’vent de noroît
Ou p’être bien de suroît
Pour m’embarquer à bord
Pour une chasse au trésor
Ou pour l’dernier bordel
Voir les demoiselles
Pour qu’encor' je bande
Sous leurs déferlantes
Mais j’dépasserai le quai
D’mes nuits embrumées

Allez, Captain
Affale la misaine
Pose ton sac par terre
On a touché terre

Ecoute, petit !
Ecoute ce qu’je dis
Je prendrai
Encore le quart
Pour t’guider
Vers l’phare
J’pourrai encor’
Virer de bord
Direction Rio
Ou Montevideo
Jusqu’au bout du quai
Tout au bout, j’irai
Pour m’encalminer
Pour m’emboucaner
Su’ l’dernier des Cap-horniers

Allez, Captain
Affale la misaine
Mets ton sac à quai
Te v’la arrivé

Claude
Voyages immobiles

Oiseau de feu


OISEAU DE FEU


19.4.06

Pour V et aussi pour W


René Magritte

Ses cieux sont si profonds
Qu’on y sent sourdre l’aurore
A ces points d’horizon
Où tremblent des points d’or
Ses murs de briques rebelles
D’un oiseau volent les ailes
Et un chapeau melon
Coiffe un caméléon
Buvant la couleur d’une pipe
Sur fond de moisson de tulipes
Quand la toile devient vibration
Et le château des rêves
Se transforme en maison
Lorsque le blé se lève
Quand l’homme devient volière
Et la forêt s'ouvre à ses clairières
Quand sur le sol assoiffé
Une pluie de pierres crépite
Alors d’un chapeau coiffé
Chemine René Magritte
Tout de rêves habillé
Pour y métamorphoser la réalité
Lui donner la patine des songes
Afin que nos yeux s’y plongent

Claude

17.4.06

Etoiles


Sans nul doute, vous avez, comme moi souvent levé les yeux au dessus de votre tête pour apercevoir cet incroyable spectacle qui s’offre à nos regards éblouis.

Pour les astronomes, ce sont des corps célestes siéges d’incroyables phénomènes physiques.

Souvent, ils leur donnent des noms ésotériques à base de lettres et de chiffres

D’autres, comme Saint-Exupéry, en ont fait le berceau d’enfants perdus dont l’un, un petit prince, enchante encore nos années adultes comme il l’a fait pour le royaume féerique de nos enfances

Pour moi, les étoiles sont un terrain propice aux aventures empanachées de rêves où elles ouvrent des chemins qui jamais n’ont de fin.

Alors, si vous le voulez bien, je vous invite à mettre vos pas dans les miens et à m’accompagner sur cette route balisée d’étranges compagnes.


Je vous joins une photo d’illustration à mon poème, vue prise de la vitrine d’une boutique de Bd Daumesnil sous les arcades à Paris12é

En bas, à gauche, on peut voir dans l’obscure clarté qui tombe des étoiles, une vague ombre se livrant à d’étranges manœuvres Il s’agit de votre serviteur en train de photographier la susdite vitrine.

Vous le distinguez mal mais je tire la langue avec application en même temps que je louche sur les réglages ayant comme d’hab négligé de prendre mes lunettes de vue.


Alors, comme ça, la prochaine fois que vous verrez un monsieur qui louche en tirant la langue, ça sera probablement moi. Le p’tit frère à Quasimodo qu’on m’appelle mais ça n’empêche pas de se faire un grand sourire

Méfiance quand même avant de vous précipiter sur un quidam correspondant au descriptif ci dessus en hurlant « Pose ta caméra, on t’a reconnu… » .Soyez bien sûr de votre coup, le parisien de base est parfois bien susceptible.

ETOILES

Dans l’aube la plus claire
Des yeux éperdus cherchent les étoiles
Gardant nos songes dans les nuits sans voile
Beltegeuse, Sirius, Altaïr ou Polaire
Astres étincelants dans le noir sans faille
Et qui tissent nos vies maille par maille
Compagnes qui possèdent des noms étranges
Pour beaucoup, demeures d’anges.
D’autres tout aussi respectables
Sont repaires de satyres
Pleines de songes et de rires
Ou bien terriers à diables

Étoile du soir,
Étoile du matin
Étoile de tout espoir,
Étoile de l’espoir vain
Étoile à la couleur émeraude
En état de perpétuelle maraude
Étoile au rouge de tison
Clignant au dessus de nos horizons
Étoile qui entraîne en ronde éthérée
Un cortège de planètes en suite échevelée

Étoile des amours tristes, étoiles des abandons
Étoiles doubles ou triples dansant le rigodon
Formant sur nos têtes un incroyable bestiaire
D’ours en cage ou d’oiseaux-lyres en volière
Brillants dispersés sur la ceinture d’Eurydice
D’où elles nous lancent leurs maléfices
Leurs sortilèges, leurs attrapes cœurs
Elles y piègent nos envies et nos rancoeurs
Étoiles souveraines, amies de nos chemins
Obstinées tisseuses de nos petits destins.

Claude

A la Fibonacci



POEME A LA FIBONACCI








15.4.06

Arabesques

ARABESQUES

Les arabesques
Que dessinent
Les mains des femmes
Sur la toile de fond
De nos rêves
A l'écoute
Sont le message
Qui tisse
Dans le temps
Qui passe
La trame
De la grâce éternelle
Et imprime
La trace
Légère
Que fait à la terre
La feuille
Poussée
Par le vent

Claude

13.4.06

Bof...


BOF…

Le poisson
Vif-argent
De la rivière
Sans retour
A suivi
De son ombre
La trace sombre
Du vent
Un tourbillon
L’a saisi
Dans ses griffes
Et l’a recraché
Sur la rive
Son ventre blanc
Luisant doucement
Comme une lune pale
Ourlée d’un rêve perdu

Claude

Cargo



IRRAWADDY

Il se meurt
Ce cargo hauturier
Échoué en période
De basses eaux
Sur les rives limoneuses
De l’Irrawaddy
Là où les temples
S'habillent d’or fondu
Quand les couleurs
Du crépuscule
S'enivrent
De bleu et de rouge
Lentement il abandonne
Sa coque fatiguée
Aux coups du flot assassin
Et dans le clapot
Qui inlassablement l’assaille
Se glissent les chuchotis
De ses marins partis
Loin
Oh ! Si loin !

Claude

12.4.06

Ecoutez...

ECOUTEZ TOUS

Ecoutez, vous tous
Vieux enfants
Des jours
Sans gloire!
Écoutez
Comme écho
Dans un repli
De votre cœur
Les voix de vos amantes
Laissées sur les rives
Arides
Des fleuves
Du souvenir !

Claude

11.4.06

Lignes de fuite


LIGNES DE FUITE

Lignes de fuite
Points de convergence,
Le regard fixé
Vers cet horizon
Où défilent

Là-bas
Là-bas
Tous ces nuages
En troupeaux serrés
Qui se dispersent en brumes
Sur des regards mouillés

Claude

10.4.06

L'amour est voyage

Oh, fan de chichourle! Oh ! Peuchère! Oh, qu’il est triste cet homme!

Vous y mettez tout l’accent du midi que vous voulez, vous savez bien, celui de Pagnol dans la partie de carte. Cet assent qui traîne et qui n’en finit pas, c’est juste pour vous mettre dans l’ambiance

Et c’est bien vrai que je n’ai pas été spécialement guilleret ces temps derniers que je vous devais bien quelques lignes un peu plus primesautières

J’ai cherché dans mon coffre à élucubrations diverses, variées et pas toujours d’un grand intérêt et j’ai déniché ça qui traînait là un peu perdu au milieu de tous ces flots plus ou moins lacrymaux

L’amour est voyage j’avais appelé ces quelques lignes et c’est probablement le seul voyage qui mérite de faire ses valises…

L’AMOUR EST VOYAGE

L’amour est voyage
Il est pèlerinage
Il est cette incursion
Dans des prairies sans nom
Il est ce ludion

De quatorze juillet
Ce lumignon
Des fêtes de l’été
Il est copeau d’étincelle
Il est lumière en parcelle
Quand le cœur balance
Hésite et se lance
Quand mon regard

S’accroche au tien
L’amour est ce phare
Cette clarté et ce lien
Quand ta main
Prend ma main
Quand lentement
Les battements
Lointains
Mais si pleins
De ton cœur
Enfin
A l’heure
Du mien
S’accordent
Et que dans ma tête
Au bout de leurs cordes
Les cloches de la fête
Résonnent
Et carillonnent

Claude

9.4.06

La retraite

J’ai récemment vu à la télévision une interview qui m’a interpellé quelque part !

Jolie, cette phrase, non ? Oui, bien sûr, sauf que je regarde de moins en moins la télévision mais ce n’est pas le plus important.

C’est la suite qui me pose quelques problèmes et je vais vous faire une confidence, cet emploi du verbe interpeller dans le sens d’interloquer, de surprendre voire d’intéresser fait partir de ce néo français jargonnant qui m’exaspère au plus haut point.

Quant à « Ca m’interpelle quelque part », alors ça !! Ça ne me donne pas des idées de meurtre, non, faut pas exagérer mais je ne peux m’empêcher à chaque fois que j’entends cette expression de me demander à quel endroit exactement ça peut l’interpeller (elle ou lui) et je dois vous avouer que les pensées qui me traversent l’esprit à ce moment ne sont pas à coucher sur le papier si l’on veut garder ce blogue dans les limites de la bienséance la plus élémentaire.

Mais ce n’est pas le débat du jour mais simplement une scène vue à la télé pendant une des nombreuses manifestations de ces derniers jours me revient à l’esprit. Elle concerne un brave père de famille accompagnant son fiston d’une quinzaine d’années à un cortége revendicateur de plus et à la question posée

-Pourquoi accompagnez vous votre fils à cette manifestation ?

-Je l’accompagne pour défendre ses droits à la retraite, il en a le droit comme tout le monde.

Oui, naturellement et sans aucun doute sauf que ce monsieur saute une étape sans s’en rendre bien compte, car c’est son fiston qui assurera à son propre père sa retraite. C’est ça le principe de répartition : Ce sont les jeunes qui paient pour les vieux.

Penser à la retraite à quinze ans, c’est faire preuve d’une belle précocité et de vision à longue vue mais je crois bien que ce jeune homme devrait plutôt penser à une formation sérieuse et bien adaptée apte à lui ouvrir à terme le marché du travail et je pense que son géniteur devrait l’encourager fort dans cette voie s’il désire vraiment profiter de sa propre retraite à lui.

Mais, bon, chacun voit midi à sa porte et ce n’est pas le lieu ici pour Paul et Mickey! Oups ! Polémiquer, pardon !mais cette fameuse retraite m’a inspiré quelque lignes que je soumets à votre appréciation car je ne pense pas qu’elle soit forcément les portes ouvertes sur le paradis et en soulignant comme il convient que toute relation avec des situations réelles, en particulier la mienne, n'est que le fruit de mon imagination (un peu trop) fertile.

Cela va sans dire mais mieux encore en le disant!!

Et j’ajoute que ce n’est qu’un avis personnel que je ne demande à personne de partager

LA RETRAITE

Vivent les grasses matinées!
Condamné à se reposer
Ça y est, c'est arrivé
On est enfin retraité!
Et promis, on s'ra bien occupé
Plus que quand on était salarié
On va manquer de temps
Pour pouvoir tout faire
Le jardin, la chape de ciment
La peinture de la porte de derrière
On va faire rougir la perceuse
Et préparer la tondeuse
Et puis on verra les copains
Un apéro, un verre de vin
À nous la belle vie!
La vie du sans-soucis
Mais on a oublié bobonne
Pas ravie de s'taper le bonhomme
Presque du matin au soir
Déjà qu'elle s' farcit le ronfloir
Du soir au matin
Alors, hein !
Faut voir!
Faut dire que c'est arrivé comme ça
On ne s'y attendait vraiment pas
Pas si vite que ça
En tous les cas
Et faut pas oublier
Que, bien caché,
Dans le mot retraite
Y’a celui de déroute
Comme celle de quarante
Et on en a soixante
Alors adieu les routes
Celles qu'on prenait le matin
Avec plus ou moins d'entrain

Du fauteuil au lit
Et du lit au lit
C'est Brel qui nous l'a dit
V’là ce qui nous est promis
Alors c'est pas sans regret

Qu’on revoit parfois les copains

Sur les routes ou les chemins

De l'usine, de l'atelier

Avec un plan encor' tracé

Et des clients qu'on doit livrer

Alors on s'en retourne vers son logis

La peinture, c'est déjà fini

Le gazon a bien jauni

Et la perceuse a dérougi

La ménagère de plus de cinquante ans

Regarde la télé d'un air absent

Alors, y'a le fauteuil qui tend les bras

Peut être qu'en fermant les yeux

On se retrouvera sous d'autres cieux

Et qu'on finira par oublier tout ça

Claude

8.4.06

Elle m'avait dit...

Nous nous voyions entre deux avions, entre deux déplacements de ma part en ces lointains temps là. On s’était donné rendez vous à côté de l’opéra Garnier, devant la vitrine Lancel pour ceux qui connaissent.

Elle travaillait dans le quartier et c’est en repartant après avoir dîné qu’elle m’a dit ces paroles « Ensemble, on aurait pu être heureux… »

Bon, je ne m’étale pas plus, j’essaie d’expliquer tout ça plus bas

Je repasse dans ce quartier de temps à autre. Je ne fais même plus de détours pour éviter certains endroits, le temps est passé par là et il s’y connaît, le bougre, pour guérir des blessures qu’on croyait éternelles.

Avec le temps, va ! Tout s’en va…Vous connaissez la chanson de Léo comme moi, non?

Bon! Maintenant, je vis de moins en moins à Paris, je passe beaucoup de ce fameux temps là à la campagne

Le printemps nous est tombé dessus alors qu’on ne l’attendait presque plus. C’est qu’il a été long ce dernier hiver ! A se demander si on allait en sortir. Et dire qu’avant j’aimais la neige. Là aussi, j’ai bien changé.

Mes deux bouleaux se sont enfin réveillés mais c’est surtout le saule pleureur qui a pris quelques longueurs d’avance.

Entre 8 et 10 mètres qu’il mesure. On l’avait planté ensemble avec un ami qui est mort depuis. Pas à cause de ça, je vous rassure. Jean-Baptiste, c'était mon ami. Une saloperie de cancer, comme d’hab.

C’est resté le saule à Jean Baptiste quand on en parle. C’est lui qui avait essayé aussi de m’initier au maniement de la faux pour couper les mauvaises herbes.

Je suis sûr que si sous ses six pieds sous terre, il lui arrive de penser à moi comme je pense souvent à lui, il doit encore en rigoler de me voir faire.

Je m’en fous, depuis j’ai acheté une tondeuse, ça fait du bruit d’accord mais au moins, les herbes sont coupées

Mais il faut que je prenne des précautions pour aller dans le jardin quand même sinon je vais encore me faire engueuler par le couple de merles qui m’acceptent bien en général sauf quand ils sont en train de faire leur nid dans la haie derrière.

Alors, je ne m’approche pas trop près car je sais qu’ils n’aiment pas ça et qu’ils se méfient de moi, bien à tort mais vous savez ce que c’est l’instinct parental.

Mais je ne m’en fais pas, je sais qu’on redeviendra copains dès que les petits prendront leur envol.

Bon, vous vous en foutez probablement de mes petites histoires douces-amères et vous avez bien raison. Je vous quitte donc pour aller vaquer à d’autres occupations…

Vous n'étes pas non plus forcés de lire la suite.

TU M'AVAIS DIT...

Ensemble,
On aurait pu être heureux
Tous les deux.
Tu m'avais dit ça
Il me semble
Un soir comme ça
Je ne le savais pas,
Pas encore
Que c'étaient nos adieux
Qu’allaient se séparer nos corps
On aurait pu ensemble être heureux
Ensemble doucement devenir vieux
Mais dans tes yeux
Il y avait tout le désespoir du monde
Quand le chagrin lâche la bonde
Nous allions partir amputés
Chacun de notre côté
Amputés et condamnés
Sans fin à errer
Toujours à la poursuite
En une éternelle fuite
De cette autre moitié
Qui faisait de nous
Une seule entité
Nous avions été fous
On s'était cru capable
De pouvoir rester à table
Mais après tant de batailles
À se défendre à corps perdu
D’estoc et de taille
La guerre fût finalement perdue
Nous aurions pu
Ensemble être heureux
Mais la vie ne l'a pas voulu
Elle nous aura fait vieux
Chacun de notre côté
Isolés, tristes et désespérés
Nous aurions pu être heureux
C’étaient de simples mots
Mais c'étaient tes adieux
Et ce furent tes derniers mots
Avec tout le désespoir du monde
Quand le chagrin lâche la bonde

Et nous sommes partis amputés
Chacun de notre côté
un peu équilibristes
Un peu unijambistes
Amputés et condamnés
Sur les routes sans fin à errer

Claude


4.4.06

Savez vous...

Beaucoup de choses sont dites sur ce phénomène des temps modernes : Ce type de communication instantané et universel que sont les blogs en général et c'est ce dont je veux parler bien sûr.

J’y découvre, comme vous le faites certainement, des trésors d’écriture, de sensibilité, d’émotions qui autrement seraient restées inconnues et ignorées au fond de tiroirs perdus.

Et c’est un privilège que de partager tous ces moments d’intimité, de rentrer dans des maisons sans y être expressément invité et y être malgrè tout chaleureusement accueilli.

Nulle intention de voyeurisme là-dedans mais le sentiment d’une porte amie qui ne demande qu’à être franchie

Et j’aime à me perdre dans des dédales de couloirs où des portes s’ouvrent sur d’autres portes et je m’y perd parfois, obligé de revenir sur mes pas, reprendre la piste interrompue et découvrir par le plus grands des hasards une partie encore inconnue et jusqu’alors inexplorée

Je redeviens explorateur dans mes voyages immobiles et j’avance avec délice dans ces terrae incognitae qui étaient ces blancs des cartes de géographie ou dans ces portulans des temps anciens et je n’ai pas peur d’y partir à l’assaut de ces terrains vierges ou de ces jungles inconnues

Et souvent, lorsque je reviens sur mes pas, il m’arrive de m’arrêter sur telle phase ou tel mot et selon la qualité de lumière, celle du matin ou du soir, j’y découvre un sens, une signification auxquels je n’avais pas pensé à première lecture

Et alors je soumets à un patient examen ces textes, ces phrases, ces mots pour tenter d’en arracher les secrets qui se cachent derrière leur choix et derrière eux leurs auteurs de chair et de sang.

Et parfois, au hasard d’une relecture, je découvre parfois un mot qui malicieusement avait jusqu’alors échappé à mes investigations et qui soudain change toute la signification que j’avais mise à un envoi.

Et je crois comprendre alors des confidences qui me bouleversent ou m’émeuvent et je me fais l’effet d’être un ami cher ou une épaule sur laquelle la douceur du soir appelle aux partage de secrets ou à ces chuchotis des heures crépusculaires qui se mêlent à ces messages que sait nous dispenser la mer dans ses innombrables parfums et rumeurs

Savez vous qu’il m’est arrivé d’apprendre par cœur certaines des phases lues afin de mieux les apprivoiser et enfin pouvoir les accaparer.

Savez vous qu’il m’est arrivé aussi de ressentir une pointe de jalousie devant le ciselé de certaines expressions, le bonheur du choix de certains mots ou un raccourci saisissant dans la fin d’un envoi. Ah ! Pourquoi n’y ais je pas pensé moi-même plus tôt ? Vilain sentiment vite dissipé dans le ravissement de la lecture

Savez vous aussi que je profite de certains textes qui sont alors le point de départ de ces petites histoires que parfois vous me faites la gentillesse de lire

Et c’est ainsi que se constitue cette trame faite d’autant de fils d’Ariane où nous cherchons, tous ensemble, inlassablement parmi ces mille et un chemins offerts une mince et étincelante parcelle de notre vérité

3.4.06

It tolls for thee

No man is an island, entire of itself; every man is a piece of the continent, a part of the main. If a clod be washed away by the sea, Europe is the less, as well as if a promontory were, as well as if a manor of thy friend's or of thine own were: any man's death diminishes me, because I am involved in mankind, and therefore never send to know for whom the bell tolls, it tolls for thee.

John Donne 1623

Pour ce texte, j‘imagine un homme face à la foule des fidèles bras écartés et faisant face à l’est dans l’acoustique et l'atmosphère si particulière d’une cathédrale gothique avec ses phases qui lentement pénètrent en moi.

Un homme du seizième siècle me parle et je comprends si bien le sens de ses mots simples et beaux

J’aime ce texte qui trouve en moi une résonance dont je ne m’explique pas la force.

Je ne suis pas le seul puisque Hemingway l’avait choisi pour son roman « Pour qui sonne le glas »

Des mots essentiels pour un questionnement fondamental…

IT TOLLS FOR THEE...

Je suis las
Si las !
Pour qui donc
Sonne t’il ce glas
Que j’entends
S’étendre lentement
Ding ding et dong
Sur les toitures indifférentes
Et la campagne environnante ?
Il sonne
Et résonne
Pour moi
Qui me sent las
Tellement las
De ces nuages bas
De ce sommeil
Qui ne vient pas
De ce ciel
Dont je ne veux pas
Dans mon lit
Recroquevillé
Je me laisse aller
À questionner ma vie
Et j’entends
Sonner ce glas
Lancinant
Sur un rythme bas
Sur un tempo lent
Accordé à mon coeur
Qui bat
Sans discontinuer
Si las
D’avoir oublié d'aimer
Et je n’attends plus rien
Dans ce triste matin
Dans cette immense lassitude
Perdu en un océan de solitude
Je suis las, si las
Et sonne le glas
Qui dure, qui dure
Et qui préfigure
Celui de mon trépas

Claude

2.4.06

Je fus cet enfant


















JE FUS CET ENFANT….


Je fus cet enfant aux yeux emplis d’étoiles
Sur qui les songes avaient jeté leur toile
Je fus cet enfant au regard embrumé
Promenant sur le monde un regard étonné
Je fus cet enfant à la bouche bien boudeuse
Le sourire un peu rare et la mine sérieuse
Je fus cet adolescent au pas conquérant
Lancé sur les routes, allant droit devant
Sans que rien ne ralentisse sa course
En recherche de vent, de forêts ou de source
J’ai été cet homme au sommet des certitudes
Ne craignant ni foule ni solitude
Croisant les regards sans baisser les yeux
Dédaignant le diable, ignorant le bon Dieu
Je suis maintenant au crépuscule de mon âge
Tendant les mains vers la vérité des visages
Et devant le soleil qui descend et s’abîme
Je contemple ses derniers rayons caresser les cimes.

Je fus cet enfant aux yeux emplis d’étoiles
Sur qui les songes avaient jeté leur toile
Je fus cet enfant au regard embrumé
Promenant sur le monde un regard étonné

Claude
En Bretagne

1.4.06

Nouveau monde

NOUVEAU MONDE









Le serpent
A tête noire
A redressé son corps
Pour humer
Une trace évanescente
Avec sa langue bifide

Là haut
Patrouillant le ciel
Le faucon pèlerin
A lancé un cri aigu

Très loin
Au-delà des collines
Le grand loup gris
A commencé sa traque
Laissant sa femelle
Avec ses petits

L’eau de la rivière
S’est brisée sur une roche
Et a déchiré un nuage

Et tu t’es glissée
Près de moi
Sur notre lit de mousse
Sous le grand frêne rouge
Frissonnant
Au vent tendre
Du printemps






Claude