30.1.06

2éme démarque

C'est ma période bretonne! 2éme démarque, c'est vraiment le moment d'en profiter d'autant que je ne sais pas où me mèneront mes pieds pour ma prochaine destination. Tellement d'autres endroits où "traîner ses guêtres" comme on disait dans les anciens temps.
Bretagne! J'y ai passé une grande partie de ma prime enfance, auprès de ma grand-mère maternelle. De 6 à 9 ans et j'ai vécu une vie insouciante comme elle peut l'être à ces âges là. Une vie tout à fait comparable à celles de mes nombreux cousins et cousines, tous issus du milieu agricole
J'ai été avec délectation et aussi un grand sens des responsabilités gardien de vaches avant que ces foutues barrières électriques viennent mettre au chômage technique des tas de garnements qui seraient aussi bien dans les champs plutôt que devant leurs joujous électroniques ou la téloche abrutissante
J'ai encore dans la bouche le goût des pommes et des pommes de terre que nous mettions à rôtir dans les braises de ces feux que nous entretenions à l'abri d'une haie
Mais maintenant, ils les ont coupé les haies an nom de la ren-ta-bi-li-té, mot sacré s'il est et avec lequel il convient de ne pas plaisanter
Entre nous, ils en sont maintenant à indemniser les propriétaires qui veulent bien les replanter ces haies dans leurs champs et propriétés.
Ah, les cons!!! Doivent au moins être bac+26 technocrates et compagnie pour avoir pensé que les anciens étaient dénués de tout sens commun et que ces haies et le paysage agricole qui en découlait, façonnés par des siècles de pratique et d'expérience, étaient là pour seulement faire joli.
J'aimerais savoir traduire "bande d'abrutis" en Breton. Bon, mais là, je m'emballe et c'est jamais très bon pour la tension
Mais n'allez pas croire que je gardais les vaches 24/24, j'avais quelques loisirs quand même de temps à autre pour m'occuper dans la lande, cette lande bretonne qui est le pendant du maquis corse, à base de genêts et d'ajoncs et qu'on voit de moins en moins de nos jours
J'y passais des heures de jeux solitaires, totalement fasciné par la nature et les merveilles qu'elle recèle: Quelques champignons et voilà quelques masures de lilliputiens que je décorais avec ces plantes filiformes qu'on appelait fils de la vierge au milieu de toiles d'araignées constellées de gouttes de rosée et qui, vues au travers d'un soleil de matin d'automne étaient pour moi les plus belles des décorations comme aux Champs Elysées dont j'ignorais jusqu'au nom en ces époques bénies
C'est là que je faisais ces rencontres dont je parle ci-dessous. Vous ne me croyez pas? Vous pensez vraiment que j'aurais pu tout seul trouver ces noms de plantes cités dans le poème. C'est l'un de ceux que je cite qui me les a soufflé à l'oreille; un korrigan, un djinn, un farfadet et qu'importe, l'important est de savoir les entendre car ils parlent encore au fin fond de nos campagnes même si on est de moins en moins nombreux à en percevoir les chuchotis furtifs.




PEUPLES DE LA LANDE

Trolls
djinns
little people
des chemins oubliés
ceints de la morgeline
et d'hélianthème pourpré
elfes évanescents
sous la lune
en croissant,
peuples des dunes
qui vont s'éboulant
nains et titans
djinns facétieux
trolls inquiétants
apparaissant
un court instant
aux yeux
du voyageur errant
aux confins
de ces terres
des fins
de terre
Small people
cachés sous le saule
dans la plaine
et le bois
avec leurs reines
et leurs rois
Djinns et trolls
little people
portant
la morgeline
et la callune purpurine
se jouant
du voyageur errant
et l'entraînant
dans leurs danses
menées par les fées
vers les baies
et les anses
ouvertes aux voyageurs
en partance
vers d'autres ailleurs

Claude

29.1.06

Pour les Bretons (mais pour les autres aussi)

C'est le festival de Lorient qui m'a donné l'idée de ces quelques lignes. Cet incroyable défilé de groupes où participants et spectateurs communient dans la même ferveur.
On est loin de Bécassine et des poncifs sur la prétendue naïveté et lourdeur d'esprit des Bretons
J'aime tous ces reflets de chevaux d'orgueil dans les regards et la fierté extrème à pouvoir montrer ses coutumes et particularismes sur place et à la télévision sur une chaîne nationale. Juste retour des choses face à un état sûr de lui et dominateur qui a tenté d'étouffer ces espaces de liberté que sont les langues et cultures traditionnelles.
Et Dieu! Que les filles des bagadou, instrumentistes ou simples participantes, sont belles!!!

LES CELTES

Il s'avance
ce peuple de Celtitude
Ils s'élancent
ces gens des terres
de finitude
des morceaux de mers
de fin du monde
des landes d'interludes
que les marées inondent
des prairies de cet océan
dressé entre Sein et Ouessant

Ses filles sont belles
dans leurs dentelles
Elles s'en vont de l'avant
mélangées à cette foule
et tous ces pas roulent
traînent et ricochent
comme les vagues
têtues qui s'accrochent
et sans cesse s'effilochent
sur la pointe acérée
de la moindre roche
au relief tourmenté

Ils s'avancent
garçons et filles
les corps se balancent
les yeux s'écarquillent
ils marchent dans les traces
de ceux là qui
arrachés un midi
ou une fin de journée lasse
s'en furent par trains entiers
pour une terrible saignée
dans une immense tuerie
pour de lointains pays
qu'ils ne connaissaient pas
au milieu de milliers de pas
dans d'autres lieux
qu'ils connaissaient si peu
arrachés à leurs labours
enlevés à leurs amours
sous le ciel languissant
d'un bel été finissant

Elle s'avance cette foule
comme s'avance une houle
et dans ses chants résonne
cette langue bretonne
celle du Faouet, de Locronan
cette langue si menacée
dans laquelle en tombant
leurs ancêtres ont crié
tombés dans la boue glissante
d'une noire épouvante
dans de lointaines batailles
hachés par la mitraille
et dont les noms
en longues litanies
ornent encore le fronton
de chapelles jolies

Claude

28.1.06

Autisme

Un peu par hasard, j'ai regardé à la télévision un documentaire consacré à une famille qui s'est fait une " spécialité": L'adoption d'enfants handicapés, trisomiques pour la plupart et abandonnés à leur triste sort par leurs familles naturelles.
Innombrables facettes du comportement humain; hier, je faisais allusion à la barbarie en marche pour envahir notre monde et voilà une femme et un homme, un couple dressé face au malheur et à l'injustice faite aux plus faibles de notre espèce: Les enfants.
Et n'en tirant aucune gloire, seulement en quête d'un sourire et prêts à donner ce surcroît d'amour qui donne toute sa signification à leur attitude et qui, encore et toujours et malgré tout, permet de ne pas perdre totalement espoir en cette drôle d'espèce qui est notre et capable du meilleur comme du pire

J'ai côtoyé voici quelques années déjà un enfant souffrant d'un handicap terrible. Je l'avais aperçu à quelques reprises cet enfant blond d'une dizaine d'années sans que rien dans son apparence physique puisse trahir le moindre disfonctionnement.

Ses parents habitaient une maison voisine de la notre et nos jardins se cotoyaient dans cette région toulousaine où nous résidions alors
J'avais tenté de l'apprivoiser à l'aide de quelques sourires ou de quelques signes mais le contact avait échoué et très rapidement, au détour d'une conversation, le mot "autisme" avait surgi.
Cet enfant en effet était autiste et toute communication avec l'environnement extérieur lui était impossible. A l’instar de Dustin Hoffmann das "Rain Man", il vivait essentiellement dans un monde de chiffres qu'il accaparait et maniait et semblaient être à même de pouvoir l'apaiser et atténuer ses souffrances.
C'est un adulte aujourd'hui et ses parents ont vieilli, c'était peu avant l'un de nos nombreux déménagements, aussi nous les avons peu connu mais il m'arrive parfois de pense à eux et surtout à lui. Q'en est-il advenu?
Avant notre départ, j'avais communiqué à la mère de cet enfant ce texte qui semble l'avoir émue, un texte que j'avais gardé au fond d'un tiroir et que ce documentaire m'a remis en mémoire.







LE DODECAEDRE

Il a un dodécaèdre
Dans sa tête
Un dodécaèdre
Avec des trièdres
Plein de lumières
Voyageuses
Et de pierres
Précieuses
Un dodécaèdre
En trois dimensions
Qui tourne
Et qui tourne
En faisant
Des ronds
Un dodécaèdre
De telles dimensions
Qu’il remplit sa tête
Et lui interdit
D’être à l’unisson
Ou simplement d’être
Un jour, je sais
Qu’il ouvrira une fenêtre
De son dodécaèdre,
De son carré parfait
Il partira à cheval
Sur son hexadécimal
Avec ses rêves
Et sur les lèvres
Un rire triomphal
En forme d’hyper
Super
Hexagonal

Pour Jean Marc
Enfant autiste

Claude

27.1.06

Mozart, tout simplement


J'écoute, seul, dans ce grenier qui me sert de bureau le requiem de Mozart. Et je laisse la magie à nouveau opérer en moi et la musique m'envahir. Un homme du 18ième siècle me parle, s'adresse à moi, homme d'un autre temps, d'une autre époque, bardé de techniques, environné de gadgets hit-tech.

Et ce que dit Mozart me touche infiniment. Mozart va mourir et le sait. Ce requiem est son chant du cygne lui qui tant en avait toute la grâce.

Et, inflexible, se déroule la liturgie; de l'introït, où brutalement l'esprit s'élève dès la première note, sans une seconde de répit, immédiatement prêt à répondre à cet appel pressant et irrésistible qui va inlassablement se dérouler pendant l'exécution de l’oeuvre.

Et dans ces instants où des voix se cherchent, s'accordent et se déprennent, c'est tout le tragique et la grandeur de la destinée humaine qui s'offrent à mes oreilles et pénètrent profondément en moi

Mais dans cette oeuvre, Mozart dépasse le cadre d'une destinée individuelle, c'est au genre humain qu'il s'adresse dans ce Requiem où le désespoir constamment émerge mais côtoie soudain l'allégresse et l'élégance qui sont la marque de ce génie, comme si, malgré tout, la lumière ne voulait pas céder, pas encore, devant l'irruption des forces de la nuit

Autour de moi, le village s'est endormi, une bourrasque vient de se lever et plaque de gros flocons de neige sur les vitres exposées au nord.

« Mehr Licht » "Plus de lumière", les derniers mots de Goethe sur son lit de mort. J''ai en moi des irrésistibles envies de printemps, de soleil et d'arbres qui verdissent

Mozart, Goethe et tant d'autres et dans tant de domaines! Qu'a donc eu ce siècle, ce dix huitième qualifié de siècle des lumières, pour être cette période si privilégiée mais si courte de l'histoire des hommes?

Aujourd'hui, nous sommes au sommet des techniques, ils furent au sommet du génie et de la grandeur de l'esprit humain

Et soudain, je crois percevoir et comprendre le message que portent ces voix qui rebondissent sur les murs et emplissent l'espace de la vieille bâtisse où actuellement je vis

Mozart ne pleure pas sur ses propres fins dernières mais sur cette période si faste et si fragile qui fût la sienne. Il pressent, il sait que ce siècle des lumières va se terminer et que peu à peu les ténèbres vont venir obscurcir les horizons de notre monde

Il voit peut être les tragédies qui s'amoncellent et dont est grosse cette période toute de grâce et de légèreté.

Ces foules ivres de fureur lancées éperdument à la destruction de l'ordre ancien, ces confrontations cataclysmiques, ces deux conflits mondiaux où tant de Mozart en herbe disparurent dans la boue des tranchées, dans des camps faits pour exterminer

Les temps de barbarie sont en marche et nous envahissent et ce contexte particulier donne tout son poids au message de Wolfgang Amadeus, cet aimé des dieux et le mécréant que je suis lui envie cette relation avec la divinité

Et j'écoute cette voix qui s'élève et qui veut malgré tout entretenir la flamme de l'espoir éternel

Et soudain, dans cette nuit qui m'entoure et m’étreint, je sens une boule qui monte et me serre la gorge, un long frisson me prend et j'ai soudain envie de pleurer.

26.1.06

Voyages intimes

Nous avons fait ensemble quelques voyages, l'Inde essentiellement pour ceux ou celles qui ont bien voulu me suivre
Alors, si je plonge dans mon coffre à souvenirs, je peux maintenant vous proposer l'Amérique du sud. Bof? Bon, l'Australie alors? Non plus. L'Afghanistan? le Pacifique? d'autres encore. Non, vraiment rien? Vous n'avez pas aujourd'hui l'humeur vagabonde et le goût pour les chemins de traverse qui parfois je vous l'accorde ne mènent à rien
Alors je vous propose un autre voyage qui concerne les femmes et les hommes. En fait, je vais parler au nom des hommes, mes frères.
Allez, je vois déjà quelques oreilles se dresser. Vaste et grand sujet hein! Et avec cette qualité d'être toujours d'actualité.
Je vais donc poser quelques questions que souvent en leur for intérieur se posent les hommes, ces infatigables explorateurs de géographie féminine en ces moments de douce intimité où deux êtres humains ne peuvent être physiquement plus proches.
Des questions auxquelles bien souvent leur femmes ou leur compagnes ne savent pas, ne peuvent pas ou ne veulent pas répondre. (les dames cocheront la case qui les concerne)
A vous alors, représentantes de ce sexe qu'on dit beau et qui peut-être un jour me lirez d'apporter votre propre contribution dans l'anonymat de la toile et d'ainsi lever quelque peu un coin du voile pour l'édification de ces hommes dont le lancinant et perpétuel questionnement reste si souvent sans réponse












SAURAS TU ME DIRE ENFIN?

Sauras tu me dire enfin
Quand sous le creux de mes mains
Se durci la pointe de tes seins
Sauras tu me dire enfin
Pourras tu me dire enfin
Ce beau pays dont tu reviens?

Quand de ta bouche entrouverte
Des mots d’amour s’écoulent
Comme une colombe roucoule
Et viennent de ta poitrine offerte
Sauras tu me dire enfin
Ce tendre pays dont tu reviens?

Quand fortes tes mains pressent
Et se crispent sur mes fesses
Quand tu veux que ton corps et le mien
Vraiment unis n’en fassent plus qu’un
Sauras tu me dire enfin
Ce pays sauvage dont tu reviens?

Quand tes mains s’accrochent à mes mains
M’aidant à briser tes remparts de satin
Quand éperdument mon sexe va et vient
Et laboure au creux de tes reins
Sauras tu me dire enfin
Ce pays perdu dont tu reviens?

Quand une partie de moi
Vit, palpite et meurt en toi
Quand je sens venir ce besoin
Qui mélangera tes fluides aux miens
Saura tu me dire enfin
Ce pays étrange dont tu reviens?

Quand sur le lit tu gis, assouvie, apaisée
Avec sur ton sexe un soupçon de rosée
Alors qu’au plus profond de tes yeux
Je peux encore y voir briller les cieux
Sauras tu me dévoiler enfin
Ce merveilleux pays dont tu reviens?

Poèmes intimes
Paris


PS: Ils sont beaux, non, mes deux questionneurs de sphynx qui encadrent ce poème et dont la présence symbolique ne vous aura bien sûr pas échappé?

25.1.06

En panne

J'ai une panne. Non, non!! Pas celle à laquelle vous pouvez légitimement penser. De ce côté là, ça marche encore. Enfin, je ne mérite pas la première place sur le podium mais bon, on a vu prabablement bien pire.
Non, en fait, je parle de panne d'inspiration, de cette inspiration qui m'amenait à écrire et à aligner les mots les uns après les autres dans une sorte de jubilation et qui, enfin, formaient ce que l'on qualifie ordinairement de poème.
Un exemple: J'ai écrit un texte que j'ai appelé "femmes de granit". Une foule d'admirateurs (trices)( 4 personnes au total je crois) l'a trouvé pas mal, sans fausse modestie, moi aussi je l'aime bien ce petit texte .
Je me souviens du jour où je l'ai écrit; c'était un matin, le lendemain d'un naufrage en mer.
Je me suis assis en face de mon fidéle ordi et les mots me sont venus spontanément à l'esprit comme s'ils y étaient présents de toute éternité.
En quelques minutes, tout était terminé et même si par la suite j'y ai apporté quelques améliorations minimes, il est resté quasiment tel quel.
Or aujourd'hui, nada, que dalle, plus de mots qui viennent à ma rencontre comme avant, plus de ce bonheur à trouver une rime même si le seul lecteur en était moi même.
Maintenant je vis sur mes réserves, relativement importantes mais pas inépuisables.
Alors, l'angoisse me vient, quand j'aurai posté mon petit dernier, de quoi que je pourrai causer, hein?
A votre avis un peu de vitamine C, de la DHEA ou des yaourts super vitaminés pourraient ils arranger ça?
J'ai bien pensé au viagra mais j'ai peur avec ça de me disperser et de me livrer à des activités nocives à une création poètique écrite de qualité
Alors, bloggeuses, bloggeurs, mes soeurs et mes frères, dites moi tout et rassurez moi. Mon cas est il désespéré ou un traitement adapté pourra mettre fin à mes angoisses existentielles?

CELUI QUE JE N'ECRIRAI PAS

C'est le poème
que je n'écrirai pas
celui des cafés crèmes
bus au bar tabac
du coin
pas très loin
c'est le poème
que je ne peux
plus écrire
c'est un je t'aime
un peu vieux
c'est un rire
qui soudain
dans la gorge s'étrangle
des mots durs à dire
beaux mais vains
des mots à sangles
entravés
emprisonnés
c'est le poème
que je veux pas dire
avec des mots
chrysanthèmes
fait pour maudire
à se jeter à l'eau
c'est le poème
de tous ces amours
que le vent sème
dans le petit jour
des serments avortés
des mots d'amour morts nés
de ceux qu'on bredouille
qui partent en quenouille
devant une porte
qui soudain se clos
sur des amours mortes
et un coeur mort trop tôt

Claude

à coumarine

JE SUIS

Je suis
Comme je suis!
Je le sais, oui
Avant moi, d’autres l’on dit
Même si
Je ne me souviens pas qui
Eh bien, ma foi, tant pis
Et je le redis
Je suis
Comme je suis

Et cochon qui s’en dédit.

24.1.06

Alchimie

Pour ceux que ne rebute pas la poursuite de la trace intemporelle des songes
Pour ceux qui ne refusent pas l'emprunt de chemins détournés et évitent l'autoroute des pensées toutes faites
Pour ceux qui veulent bien voir au-delà de la réalité d'un monde en perdition qui se désagrège dans ses contradictions
Pour ceux qui savent percevoir les bruits furtifs qui encore peuplent les silences des déserts de monde disparus
Pour ceux qui aiment à se retrouver derrière les miroirs
Je propose ce texte où se retrouvent les thèmes de ce qui peut être est l'écume d'une science d'un autre temps exercée en d'autres lieux


L'ALCHIMISTE

J’ai du être alchimiste
Dans une vie antérieure.
Vous savez,
Un de ceux là
Avec un chapeau pointu
Et une cape
Avec dessinés dessus,
Des croissants
De lune
Et autres signes cabalistiques.

J’ai du être alchimiste
Et tant pis
Si ce n’est pas vrai
Et tant pis
Si on n’a ni vie antérieure
Pas plus que vie ultérieure
D’ailleurs.

Mais qui m’expliquera
Cette attirance
Pour les lumières
Des vitraux,
Pour cette lumière
Douce et tamisée
Qui donne à nos cathédrales,
(Gothiques bien sûr),
Cette sérénité feutrée,
Ce bain de rayons lumineux
Qui vous effleurent,
Et vous caressent
Comme la chevelure
D’une Esméralda flamboyante
Sans son Quasimodo,
Dans les murmures
De ce credo
Qui monte et s’enroule
Autour des piliers compagnonniques
De Notre Dame de Paris.

Qui me dira cette attirance
Qui est mienne
Pour ce pourpre profond,
Ce rouge des origines,
Celui du mariage alchimique
Des éléments quand,
Enfin,
Se réalise le grand dessein,
Quand se marient les parties,
De plusieurs à l’unité,
Quand enfin
Se crée la pierre philosophale,
Cette dispensatrice d’or,
Celle de l’ultime sagesse
Ou de l’ultime renoncement.J’ai peut être été ce sage
Penché
Sur sa cornue bouillonnante,
Son athanor chantourné
Quand de celui ci s’élèvent
Les chants
Des nouveaux mondes
À naître,

J’ai vu peut être
Ce rayonnement subtil
Courant dans le sang
De nos veines,
Cette lente et têtue
Palpitation
Comme un pouls

Lors du réveil
Cette respiration
Têtue et discrète
D’un homme perdu
En mal d’amour.

Qui me dira
Qui se cache
Derrière ce grand rideau
De velours cramoisi?
Qui se dissimule

Dans ses plis?
Quel diable

Aux pieds fourchus
Et à la langue acérée?
Quel ange au teint clair
Et aux yeux de cristal?

J’ai vu
Tout ça
Dans la lueur rougeâtre
D’un rubis
Adouci d’améthyste,

J’ai vu
La lumière piégée
Dans des labyrinthes
Sans fin.

J’ai vu
Le grand œuvre
Se mettre en route
Dans les fumées et
Les vapeurs aristotéliciennes
Dans l’ombre portée
De Giordano Bruno
Brûlé
En place publique

Par des moines dévoyés,
Aux trousses qu’il était
De l’œuvre au noir.

J’ai vu aussi
Le futur se lever
Au milieu
De ces miasmes
Qui s'élèvent
D’un vase taillé
Dans le cristal
Le plus pur
De Bohème
Et sur ses bords
Trembler
Et rouler

La goutte de sang
D’un prophète esseulé.

J’ai vu
Les grimoires
Où s’inscrivent
En soleil refusé
Les mille et un noms
D’un Dieu
Au regard absent.

J’ai baigné
Dans les lueurs rouges
D’un premier matin
Du monde,

J’ai vu la feuille trembler
Sous les assauts acérés
D’un vent
Qui s’en vient des enfers

Alors qui me dira aussi
Pourquoi
Les adeptes
Des Pyramides cachées
Se font l’écho
De troublantes confidences
Quand des dieux
Aux yeux rieurs
Fulminent
Au-dessus de monts ombragés !

J’ai entendu
Dans les couverts
Luisants
De pluies de printemps,
Se plaindre
Et geindre
Les enfants nés
D’amours adultères.

J’ai vu
Les yeux smaragdins
D’un Belzébuth
Pervers
Perdus dans les méandres

Sans fond
De marécages spongieux.

J’ai vu,
Penchées
Sur des cornues sifflantes

Mélusine, Viviane
Et toutes les fées
Bienfaisantes
Et y jeter dans un geste

Sans appel
Les mets essentiels
Au banquet
D’une fête barbare.

J’ai vu aussi
Les cavaliers
Aux selles
En peau de loup
Et aux montures
Harnachées d’or
Dansant
D’un sabot léger
Dans le sable
D’une blanche
Carrière de gypse.

J’ai vu
Le soleil éclabousser
De gouttes d’or
Les prés jaunis
De l’été

J’ai vu
Ses rayons se réfléchir
Dans les sphères
De rosée
Qui sont les larmes
De satyres du printemps.

J’ai vu
Les serpents
Du caducée,
Ces compagnons
D’Hermès
S’unir
Et s’engloutir
Dans des épousailles
Sans fin.

J’ai du être astrologue,
Alchimiste et devin,
Sculpteur
De voûtes étoilées
Arpenteur
Des vierges forêts
Éclaireur
De chemins perdus
Observateur
De soleils levant
Comme on les voit
S’étaler sur la ceinture
D’Eurydice

Et que nul
N’y trouve malice,
Et que nul
N’y cherche offense
Et qu'on veuille
Bien me rejoindre
Sur ces chemins tordus
Qui tous ne mènent pas
Vers Compostelle,
Par ce signe de ralliement
Qui fut celui des compagnons
À la coquille
Partis vers
On ne sait où

En quête
D’une lointaine étoile

Claude